Lexion demanda alors, comme en passant.
« Et Aiden ? Y a-t-il eu quelque chose qui t'a mise mal à l'aise ? »
Je secouai la tête à sa question et répondis gaiement.
« Pas du tout. Je pense que c'est une bonne personne. Il est doux et bien parlant. J'ai hâte d'être avec lui. »
« … Vraiment ? »
Il semblait se demander si Aiden et moi nous entendions bien. J'ajoutai exprès quelques mots pour que Lexion ne s'inquiète de rien.
« Oui. Je trouve que le chevalier Aiden met les gens très à l'aise. Je m'entends très bien avec le chevalier Aiden, alors ne t'inquiète pas pour lui. »
Quand j'insistai sur mon intimité avec Aiden, Lexion répondit lentement.
« C'est vrai… »
'Quoi ? Pourquoi ce ton ?' Je relevai la tête, entendant la voix de Lexion un peu plus basse que d'habitude. Juste à ce moment, il marmonna.
« Je suppose que vous êtes devenus proches. »
Cependant, sa voix était trop basse pour être entendue.
« Quoi ? Qu'as-tu dit ? »
« Non. Je suis content que tu ailles bien. »
Lexion répondit doucement et sourit comme d'habitude.
'Hein ? Ce n'était qu'une impression ?' Je souris à mon tour sans remarquer ses subtils changements.
Le lendemain matin. Quand je quittai ma chambre, un chevalier autre qu'Aiden se tenait là. Elle sourit et me salua la première.
« Bonjour, Mademoiselle Tiarozetti. »
« … Ah ? »
Je penchai la tête et poussai une exclamation légère. Daisy, qui se tenait à côté de moi, fut aussi surprise par ce chevalier inconnu. La femme portait le même uniforme de chevalier qu'Aiden. Son air était assez froid, peut-être parce que ses cheveux étaient attachés très serrés. Elle se présenta à moi tandis que je la fixais.
« Je suis Violet Vivozza. Aiden a rejoint l'équipe de subjugation, donc à partir d'aujourd'hui, je m'occuperai de la jeune demoiselle. »
Le ton grave de Violet résonna calmement. C'était très impressionnant, sa façon de parler avec mesure. Toutefois, j'avais des doutes sur son explication.
'Maintenant ? Il a rejoint l'équipe de subjugation maintenant ? Hier encore, Lexion a dit clairement que c'était presque fini…'
Comme l'escorte changeait sans préavis, je paniquai. Aiden était un partenaire confortable, et puis je n'avais jamais rencontré Violet dans ma vie précédente. Soudain, je me rappelai ce qui s'était passé hier.
'Est-ce que le chevalier Aiden s'est mis en colère contre moi à cause d'hier ?'
Quand j'ai soigné la mère de John de mon propre chef, je me suis sentie triste en me rappelant que l'expression d'Aiden était très douloureuse.
'Même ainsi, changer d'escorte sans un mot… Est-il si en colère ?'
Je demandai, un peu boudeuse.
« Alors, le chevalier Aiden m'escortera-t-il à nouveau après la subjugation ? »
Violet me lança un regard perplexe et répondit d'une voix morne.
« Ah, c'est si la demoiselle le veut… peut-être, est-ce que je ne vous plais pas ? »
De la tension était visible sur son visage. J'agitai la main comme si j'avais dit une bêtise.
« Oh, non ! Je dis juste ça parce que je me sentais un peu triste qu'il parte sans dire au revoir. »
« Heu, ça a été décidé très soudainnement ce matin… il n'a probablement pas eu le temps de venir. Quoi qu'il en soit, le chevalier Aiden ne reviendra-t-il pas plus tard ? »
« C'est vrai ? »
« Bien sûr. »
Violet répondit sur un ton assuré, un doux sourire sur le visage. Rassurée, je lui rendis son sourire, et elle changea de sujet.
« J'ai entendu dire que vous alliez en tournée. Où allez-vous aujourd'hui ? »
« Ah, aujourd'hui… »
J'expliquai à Violet où j'allais aujourd'hui. Elle essaya très fort d'être utile, même si c'était une tâche difficile pour elle.
Ce soir-là, Aiden ne vint pas me voir.
Et ce fut pareil le lendemain matin.
« Tu crois que ça a un sens ? »
Un jeune homme en colère balaya la vaisselle sur la table. D'un rugissement sec, les ustensiles brisés s'étalèrent sans défense sur le sol. La femme tremblait en serrant John dans ses bras. Le jeune homme sentait fortement l'alcool. À voir ses yeux injectés de sang, on dirait qu'il a encore passé la nuit à jouer. L'homme regarda la femme de haut avec une attitude arrogante et demanda.
« Tu m'as caché de l'argent ? »
« Ce… ce n'est pas ça. »
« Il n'y a pas moyen qu'un prêtre du temple te soigne sans raison et gratuitement en plus ! Tu me prends pour un idiot ?! »
Alors que l'homme hurlait, John trembla et se blottit plus profond dans les bras de sa mère. Le jeune homme réagit plus agressivement parce qu'il avait déjà perdu tout son argent. La femme serra les dents et répondit.
« Comment aurais-je pu avoir soudain une telle somme d'argent ? Un prêtre en pèlerinage m'a aidée. Vraiment. »
« Même si c'était un prêtre, comment pourrait-il guérir une jambe paralysée en un jour ? »
L'homme, sarcastique, attrapa les jambes valides de la femme et rit. Il était déjà hors de lui parce qu'il buvait. La femme regarda son fils aîné, sans voix, les yeux pleins de larmes. Incapable de gérer sa colère, l'homme hurla férocement en regardant la mère et le fils garder la bouche close.
« Pourquoi ne me répondez-vous pas ?! »
À cet instant, quelqu'un frappa à la porte d'entrée.
« Qui est-ce ! »
Dès que l'homme ouvrit la porte en hurlant follement, il haleta et recula. L'atmosphère meurtrière d'avant avait complètement disparu.
Le visiteur était un homme au ventre rond. Il releva ses lunettes et regarda le jeune homme. Contrairement aux trois personnes misérables, les vêtements que portait l'homme étaient très splendides. D'un coup d'œil, la différence d'apparence était énorme. Le visage gras de l'homme affichait l'abondance. La famille de John, en revanche, était misérable et très contrastée. L'homme potelé regarda le jeune homme avec des yeux très sinistres.
« Se-seigneur, qu-qu'est-ce qui vous amène ici… »
Le fils aîné qui menaçait sa mère jusqu'à récemment devint un mouton doux devant cet homme potelé. Comme le jeune homme baissait profondément la tête contre le sol, l'homme l'enfonça encore plus avec sa canne et dit.
« Le paiement promis n'est pas encore arrivé. »
« J… j'ai perdu tout l'argent cette fois… »
« Ce n'est pas mon problème. »
L'homme appelé « petit seigneur » répondit en bâillant profondément. À première vue, il semblait ennuyé. Le jeune homme roula des yeux et cria en pointant sa mère.
« Je… je donnerai un garant ! »
« Jack ! »
Aux mots de Jack, la femme cria d'une voix rauque. L'homme la détailla de la tête aux pieds, penchant la tête.
« Oh ? Tu es debout. Tu ne boitais pas avant ? »
« Il semble qu'ils m'aient caché de l'argent. Je récupérerai l'argent en interrogeant ma mère d'une façon ou d'une autre… »
« J'accepte cette femme et ton frère comme garant. »
« Non ! Pas cet enfant… ! »
La femme se dressa devant Jack et hurla. Mais Jack la repoussa brutalement et traîna John devant l'homme. Sur un geste de lui, l'escorte derrière lui attrapa John. John gémit en essayant de se libérer.
« Maman ! »
« John ! »
La femme cria vers John. L'homme au cœur froid plissa les yeux face à ses larmes et parla froidement.
« Emmenez cette femme aussi. »
Alors que le chevalier attrapait la femme, le petit seigneur se retourna vers Jack.
« Ne te montre pas avant d'avoir l'argent. »
C'était une voix loin d'être aimable.
Après un moment, la subjugation fut totalement terminée. La porte qui était fermée s'ouvrit immédiatement, mais l'atmosphère du domaine était toujours rigide. Peut-être faudrait-il du temps pour qu'elle se stabilise. Le seigneur Hakun décida d'organiser un banquet pour remercier Lexion de son aide lors de cette subjugation. Comme c'était un banquet spécial organisé pour la famille Sparrow, il était difficile de s'y soustraire, donc tout le monde finit par y assister.
À cette époque, Aiden était introuvable. J'étais perplexe de ne toujours pas le voir même après la fin de la subjugation. Même si je demandais à Lexion, il disait seulement qu'il lui avait confié une mission secrète, donc il était difficile de poser d'autres questions.
'Est-ce que tu m'évites ?'
Tandis que je suis morose avec de telles pensées, je tombai sur Aiden par hasard. Lexion avait dit qu'il était en mission secrète mais il était là, dans le hall de l'hôtel.
« Chevalier Aiden ? »
J'appelai Aiden qui marchait sans force. Il jeta un coup d'œil furtif derrière lui et écarquilla les yeux dès qu'il me vit. Quand je m'approchai, il me salua.
« Cela fait un moment, Mademoiselle. »
Pour une raison quelconque, il devint froid. Même sa voix semblait fatiguée.
'Tu ne m'évites pas, tu as dû être vraiment occupé.'
Je ressentis de la pitié pour lui et lui parlai gentiment.
« La mission secrète a dû être assez ardue. Tu as très mauvaise mine. »
« Une mission secrète ? »
Aiden demanda en fronçant les sourcils. Je hochai la tête avec un air perplexe.
« Milady, un instant, venez par ici. »
Ayant dit cela, il sortit de la foule et m'entraîna quelque part. Quand nous atteignîmes un couloir calme, il dit d'une voix basse.
« Il n'y a pas eu de mission. »
« Oui ? Alors pourquoi n'es-tu pas venu ? Tu as soudainement cessé d'être mon escorte… »
« Ça, ça… »
Aiden jeta un œil autour de lui, il semblait très sur ses gardes. Alors que je levais les yeux vers lui, il laissa échapper un profond soupir.
« Je suis désolé, Lady Tiarozetti. »
« Chevalier Aiden ? Qu'est-ce qui se passe ? »
« En fait… après que Son Excellence m'ait soudainement demandé de rejoindre l'équipe de subjugation, j'ai été si occupé par le travail que je n'ai pas eu le temps de venir. Je n'ai même pas pu dormir correctement. »
« Mon dieu… »
À y repenser, son apparence était très misérable. Peut-être m'a-t-il croisée sur le chemin du retour après avoir été dehors tout ce temps.
« La subjugation n'est-elle pas déjà finie ? »
« Seuls quelques chevaliers sont restés dans la forêt au cas où il y aurait des bêtes inconnues. »
« Alors tu es dans la forêt depuis que tu as rejoint l'équipe de subjugation ? »
« Ouais, enfin… »
Il renifla ses vêtements.
'La raison pour laquelle je ne pouvais pas te voir n'était pas parce que tu étais en colère contre moi, mais parce que tu étais de service.'
Je ressentis une certaine forme de soulagement. À cet instant, Aiden fit un pas en arrière. Comme s'il venait de réaliser tardivement qu'il sentait mauvais.
« Oh, je suis désolé. »
« Ça va. Plus que ça, je pensais que tu m'en voulais parce que je ne te voyais pas du tout. »
Les yeux d'Aiden s'écarquillèrent tandis que je tripotais mes doigts.
« Pardon ? Ce n'est pas ça. Au contraire, je pensais que Lady Tiarozetti était en colère contre moi. »
« Quoi ? Pourquoi ? »
Surprise par cette réponse inattendue, Aiden hésita avant de continuer.
« C'est parce que ce jour-là, j'ai été un peu dur avec toi, et la Lady a changé d'escorte tout de suite. »
« J'ai changé d'escorte ? »
« Ce n'était pas ça ? »
« Non… »
Après avoir échangé nos versions des derniers jours, un bref silence s'installa entre nous. Un instant plus tard, Aiden, qui faisait une expression sérieuse, marmonna bas.
« Il semble que Son Excellence me déteste. »
« Le duc ? Pourquoi ? »
« … Ce n'est rien. Enfin, je suis content de savoir que tu n'es pas fâchée contre moi, ma Lady. »
Quand je demandai, Aiden répondit en secouant la tête. C'était un peu bizarre, mais je n'insistai pas. Il y avait quelque chose que je voulais vérifier davantage, alors je demandai en hésitant.
« Alors… est-ce que tu reviens en tant qu'escorte ? »
« Je ne sais pas… Son Excellence doit l'approuver… »
Aiden ferma la bouche avant de finir sa phrase.
Soudain, son regard se fixa derrière moi.