Rui fut stupéfait qu'un tel personnage se soit adressé à lui, ne serait-ce qu'indirectement. Pourtant, il ne regrettait pas sa décision ; la mission en elle-même ne lui apportait absolument rien de valeur pour enrichir son expérience et faire progresser son Art Martial et sa Voie Martiale. Il ne ferait qu'engraisser son ego tout en étant réduit à un trophire d'exposition. Une telle vanité risquait même de faire régresser sa Voie Martiale.
Le Style du Vide Fluide était bien plus qu'un trophée d'exposition. C'était la cristallisation de décennies de recherche, de décennies de sang, de sueur et de larmes acharnés et enragés, de décennies de quête. Une quête du pinacle des arts martiaux et, désormais, de l'Art Martial.
La simple idée qu'on le traite comme l'un de ces nombreux trophées hérissa Rui, bien qu'il sût sagement cacher sa colère indignée.
La calèche s'immobilisa à l'entrée principale du hall, et les portes s'ouvrirent tandis que les majordomes de la famille DiViliers aidaient Nartha à descendre ; Rui fit de même dès l'instant d'après.
La scène qu'il découvrit lui fit comprendre à quoi s'attendre. Chacun des invités était accompagné d'Apprentis Martiaux.
Il y avait même quelques Écuyers Martiaux !
Ils dégageaient une impression tranchante et lourde, pourtant ils bridèrent leurs émotions, étouffant leur aura. Ils firent du bon travail, aucun des humains ordinaires ne semblait les remarquer. Pourtant, tous les Apprentis Martiaux pouvaient distinctement sentir une puissance d'un Royaume supérieur.
Rui pouvait aller bien plus loin : il était même capable de jauger lequel d'entre eux constituait la plus grande menace.
« Monsieur DiViliers, cela fait bien trop longtemps. » La voix agréable de Nartha le tira de sa rêverie.
Rui se tourna vivement, ses yeux tombant sur un vieillard à l'allure d'une élégance extrême. Ses vêtements et sa peau semblaient pratiquement luire d'un éclat qui leur était propre.
De longs cheveux blancs flottants tombaient jusqu'à sa nuque. Une épaisse barbe blanche ornait son cou, débutant là où s'arrêtaient ses cheveux. Il donnait l'impression d'un lion majestueux, avec une présence qui exigeait l'attention.
« Madame Freier. » Une voix profonde et mélodieuse s'échappa de sa bouche, alors qu'il souriait. « Je suis si heureux que vous ayez pu venir. »
Il se tourna vers Rui. « Et celui-ci est... »
« C'est mon combattant représentant aujourd'hui. » Elle sourit. « Il se fait appeler Thalken. »
Thalken était l'alias qu'il avait choisi d'utiliser tant que son identité restait cachée.
« Je vois. » Une lueur d'intérêt s'alluma dans ses yeux, avant qu'il ne se tourne à nouveau vers Nartha. « Profitez bien de votre temps ici aujourd'hui ; si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis à votre entière disposition. »
« Merci pour votre hospitalité. » Nartha fit une révérence tandis que Charles DiViliers souriait, avant de passer à l'accueil des autres invités.
Nartha et Rui poursuivirent à l'intérieur, Nartha rejoignant un cercle de femmes, chacune accompagnée de ses propres Apprentis Martiaux.
« Ma chère, mademoiselle Freier. » L'une d'elles la salua. « Ravie que vous ayez pu venir. Hein ? Où est l'Apprenti Gregory ? »
« J'ai laissé partir Gregory. J'ai mis la main sur quelqu'un de bien meilleur. Faites connaissance avec l'Apprenti Falken. » Elle présenta Rui.
« Meilleur ? » Ses sourcils s'arquèrent. « Impressionnant. Il a l'air assez jeune aussi. » Dit-elle, l'inspectant ouvertement de la tête aux pieds.
Les femmes badinèrent jusqu'à ce qu'une voix tonitruante capte toute leur attention.
« Mesdames, Messieurs. » La voix tonnante de Charles DiVillier résonna dans tout le hall. « Permettez-moi d'exprimer ma plus sincère gratitude à tous pour m'avoir rejoint alors que j'organise nos jeux martiaux coutumiers. J'ai le plaisir de vous annoncer que le nombre d'invités a atteint un pic à l'occasion du Festival Martial. J'espère que vous passerez tous une merveilleuse journée. » Dit-il d'un ton mesuré, sous une salve d'applaudissements. « Maintenant, sans plus attendre. Commençons ! »
À peine eut-il parlé que les portes gigantesques au fond du hall s'ouvrirent, dévoilant une large plateforme d'observation circulaire surplombant une vaste arène en contrebas.
Les invités semblaient habitués au phénomène. Ils se répartirent sur la plateforme d'observation de l'arène, profitant des sièges luxueux tandis que majordomes et servantes étaient à leur service.
« Mesdames, Messieurs. » Une autre voix prit le relais. Il commença immédiatement à animer l'événement. « Comme prévu ; le premier match oppose le champion en titre de M. Hoerken, l'Apprenti Frillix Hafbor, au challenger de Mme Fellington, l'Apprenti Havier. Des officiels des paris sont présents à chaque emplacement de la plateforme d'observation, veuillez placer vos mises. »
Deux hommes entrèrent dans l'arène.
« Prenez vos positions ! » Leur intima l'arbitre.
L'Apprenti Hafbor adopta une position privilégiant la défense statique. Il ancra fermement ses jambes au sol, écartées de son centre de gravité, comme s'il n'avait aucune intention de bouger de cet endroit.
L'Apprenti Havier, lui, adopta une position étrange, les doigts recourbés tandis qu'il brandissait ses mains vers Hafbor, comme s'il s'agissait de griffes.
Pourtant, c'en étaient.
Les yeux de Rui s'élargirent alors que les ongles d'Havier s'allongeaient. Ce qui n'était à l'origine que des ongles se mua en griffes tandis qu'il brandissait ses griffes longues de plusieurs centimètres.
'Cela a dû demander une quantité phénoménale de conditionnement.' Songea Rui, surpris. Rui ne pouvait même pas imaginer ce qu'Havier s'était infligé pour obtenir de tels ongles.
« Vous pouvez commencer. » Énonça l'arbitre.
Havier se lança vers Hafbor avec une vélocité remarquable, comblant la distance qui les séparait en un instant.
Il frappa lourdement, lançant ses griffes sur Hafbor avec une vélocité remarquable.
Et pourtant.
FRAP
Les griffes déchirèrent le tissu d'Hafbor sans effort.
Pourtant, elles échouèrent à percer sa peau.
Hafbor prit un instant pour regarder Havier de haut, le dévisageant tandis que ce dernier faisait de son mieux pour au moins lui infliger une blessure.
En vain.
POW !
Hafbor frappa d'un direct tandis qu'Havier reculait, avant de riposter par un coup encore plus puissant.
Et pourtant,
THWACK
Son attaque n'atteignit jamais Havier, Hafbor l'ayant habilement déviée.
THWACH THWACK THWACK
Havier continuait de frapper, et Hafbor les redirigeait tranquillement hors de son chemin. Ce qui surprit Rui, c'est que son corps bougeait à peine. Signifiant qu'il ne fournissait aucun effort tandis qu'il calmait les puissants coups d'Havier.
'Il n'applique que quelques onces de poids sur les coups.' Les yeux de Rui s'écarquillèrent de surprise. 'Il ne les repousse pas par la force brute, il déstabilise leur flux de puissance en appliquant le poids minimal sur les mouvements d'Havier au bon moment et au bon endroit, les faisant déstabiliser et partir hors trajectoire.'