Rui avait passé quelques jours à l’orphelinat. Profitant de ce temps pour retrouver sa famille et échanger avec chacun d’eux. Il s’était même amusé à entraîner Max et Mana aux arts martiaux en toute détente. Surprise : peut-être leur volonté de devenir des artistes martiaux n’était-elle pas aussi déraisonnable qu’il y paraissait.
Max était plutôt costaud pour son âge ; ses muscles étaient remarquablement développés pour quelqu’un de sa génération et il était évident qu’il consacrait beaucoup de temps à des activités physiquement exigeantes. Il possédait un beau potentiel.
Mana, en revanche, faisait preuve d’une agilité et d’une rapidité remarquables. Elle était incroyablement souple, légère à la fois et capable d’exécuter des déplacements mobiles complexes.
Franchement, s’ils suivaient un entraînement rigoureux et complet, ils avaient de solides chances de décrocher l’examen d’entrée à l’académie quand ils seraient plus âgés. Peut-être n’y parviendraient-ils pas à treize ans comme lui, mais plus tard, cela ne serait pas hors de portée.
Rui se rappelait que les candidats les plus forts après les apprentis étaient les élèves plus âgés qui frôlaient la limite d’âge de l’examen d’entrée. Leur physique, leur âge ainsi qu’un entraînement rigoureux sur le long terme faisaient d’eux les meilleurs parmi les postulants.
De plus, avec Rui pour les entraîner, leur progression devrait surpasser celle des futurs candidats de leur âge. Des décennies d’études, de recherches et de développements sur l’entraînement physique et martial le plus optimal avaient affûté ses sens pédagogiques à un degré extrême. Il était persuadé de pouvoir optimiser le développement de leurs corps et leur conscience du combat grâce à un programme personnalisé et ciblé.
En sus, il pourrait préparer leur état d’esprit et leur attitude à être plus propices à la découverte de leur art martial. Les amener à développer une tendance à l’introspection sur eux-mêmes et leur combat. Il était certain que les familles martiales faisaient quelque chose de similaire, sûrement de manière plus exhaustive. Cela expliquerait pourquoi le taux de percée vers le stade d’apprenti martial était plus élevé au sein de la communauté martiale. Les enfants de ces familles avaient été élevés de façon à faciliter leur passage au stade d’apprenti et la découverte de leur voie martiale.
Après avoir passé plusieurs jours aux côtés de sa famille sous différentes formes, Rui finit par regagner l’académie martiale. Il avait trop de choses à faire pour se permettre de prendre de longues vacances.
Dans un premier temps, il avait pris rendez-vous pour chacune des trois familles martiales qui l’avaient engagé en tant que partenaire d’entraînement pour leurs apprentis.
Aujourd’hui, il rendait visite à la famille Frial pour mettre au point les détails du contrat de mission.
Une fois arrivé devant le manoir gigantesque, il fut immédiatement accueilli et guidé par une servante.
« Bienvenue, apprenti Quarrier. » dit-elle. « Le maître vous attend. »
« Merci. » répondit Rui en la suivant.
Bientôt, ils atteignirent une aile du vaste manoir après avoir fait le tour des immenses jardins. Sa seule taille et son luxe écrasant suffisaient à montrer à Rui dans quelle mesure cette famille jouissait d’un statut prestigieux.
Toutefois, ce qui le surprit vraiment, ce fut en sentant une présence sourde mais pesante alors qu’il ouvrait cette porte. Ses yeux s’écarquillèrent en reconnaissant cette sensation.
Maître martial !
« Vous allez bien, monsieur ? » demanda la servante en remarquant son expression.
« Ne ressent-elle pas cela ? » se dit-il. « Euh… Non, ça va. »
Elle fit signe vers la porte coulissante. « Je vous en prie. »
« Merci. » Il pénétra dans la pièce.
« J’avais raison. » songea-t-il en posant le regard sur la unique silhouette dans la salle.
Maître martial Rana Frial. Le patriarche de la famille Frial.
« Maître Frial. » inclina-t-il profondément. « C’est un honneur de vous rencontrer. Je ne m’attendais pas à avoir affaire à vous aujourd’hui pour une question aussi futile. »
Maître Frial était un homme d’âge mûr, penché vers la vieillesse. Il fixa Rui de son regard intense tandis qu’une voix antique franchit ses lèvres.
« Alors tu as pu me détecter. » nota-t-il, ignorant complètement les propos de Rui. « J’avais restreint ma présence afin de ne pas causer de gêne à ceux qui m’entouraient, et pourtant tu as un esprit assez vif pour m’avoir repéré malgré tout. Je vois, c’est donc ainsi que tu as vaincu la technique du Pas du Vide. »
Rui ne répondit pas, gardant l’inclinaison. Il pouvait sentir la différence entre Maître Frial et le directeur Aronian. D’abord, le directeur Aronian s’était attaché à lui et était dès lors plus courtois ; il affichait une personnalité ouverte et posée.
Pourtant, l’artiste martial de réputation si brillante qui se tenait devant lui était d’une autre nature.
Rui dégustait un soupçon de fierté profonde et un tempérament plus tranchant. C’était un homme qui ne lui portait aucune sympathie particulière, ni n’avait la moindre obligation envers lui. Instinctivement, il ressentit un sentiment aigu de danger.
Il devait absolument veiller à ce qu’il fasse et dise.
« Assoie-toi. » ordonna Maître Frial.
Non, c’était un ordre.
Son ton était dominateur.
En tant qu’être ayant franchi les paliers supérieurs des royaumes martiaux, il s’attendait pleinement à ce que Rui obtempère.
Malgré le luxe du manoir, les appartements du maître martial étaient d’une simplicité remarquable. En dépit de sa fierté immense et de son autorité naturelle, il semblait mener une existence sobre et pieuse.
Rui s’assit sur le sol, jambes pliées, face au maître martial.
« Mmm… Il semble qu’Aronian avait raison. Tu es spécial. » remarqua-t-il.
« Vous me flattez. » baissa légèrement la tête Rui.
« Je ne flatte personne. » riposta-t-il d’un ton sec, les yeux plissés. « Mon évaluation de ta personne est exacte et justifiée. »
Rui ne répondit pas. Il était perplexe.
« Concernant le contrat… » commença Rui. « Je n’ai rien contre les sept heures hebdomadaires, mais je préfère les accomplir en une seule journée plutôt que de grignoter une heure par jour. »
« J’accepte. » répondit-il d’un ton désinvolte.
« Merci, Maître. » répondit Rui, avant de se taire.
« Cette petite formalité réglée… » reprit Maître Frial. « Je te propose quelque chose, jeune homme. »
Il plongea son regard puissant et lourd droit dans celui de Rui, lui glissant un frisson le long de la colonne vertébrale. « Rejoins la Secte du Feu. Tu es digne d’être convoqué personnellement par moi-même pour intégrer nos rangs, et je jure au nom de la famille Frial que notre proposition saura valoriser ton investissement. »