Les yeux de Rui s'écarquillèrent lorsqu'elle prononça son jugement et sa sentence à son encontre.
Il ne s'attendait pas à ce qu'elle le condamne à l'exil et au bannissement. Dorénavant, il ne pourrait plus jamais retourner à la Fédération Martiale Panaméenne. De plus, il ne pourrait jamais accéder à aucune de leurs ressources ou de leur capital, sans parler de rejoindre l'une de leurs composantes.
S'il n'avait pas déjà fait partie de l'Union Martiale, il n'aurait pas pu y rester non plus. En d'autres termes, il était coupé de nombreuses organisations martiales parmi les plus puissantes, ainsi que de leurs ressources et réseaux. Sans compter qu'il n'avait aucun moyen d'influencer les lois auxquelles il serait soumis, sans aucune protection de leurs dispositions.
Il poussa un doux soupir, secouant la tête. Ce n'était guère agréable ; toutefois, il n'y pouvait rien.
En son cas, heureusement, il s'entraînait et devenait plus fort d'une manière pas trop affectée par ce dénouement. Toutefois, se voir refuser l'accès aux incroyables ressources d'entraînement faisait assurément mal.
Dans des circonstances normales, il aurait été bien plus troublé par la perte d'accès à toutes ces ressources. Mais étrangement, il n'en fut pas trop ému. Après tout…
'J'ai l'Empire kandrien.'
C'était aussi simple que cela.
Avec sa trajectoire actuelle, il était possible que l'Empire kandrien puisse un jour lui donner tout ce que la Fédération Martiale Panaméenne pouvait offrir. Tant qu'ils gagneraient la guerre et parviendraient à consolider leurs gains, les choses qu'il avait perdues en assouvissant sa rancune au sein de la Fédération seraient reconquises au sein de l'Empire kandrien.
Cependant, tout le monde n'accueillit pas sa sentence aussi bien que lui, ironiquement.
« Votre Sagéité… ! » Le Maître chargé de le surveiller resta stupéfait par son choix.
Cependant, la Sage Kole parut sans regrets. « Et avec cela, cette affaire est close. Escortez le Maître Rui hors d'ici et hors de la Fédération Martiale Panaméenne. »
« Votre Sagéité ! » Le Maître refusa de céder. « Cette sentence est— ! »
Il se figea alors qu'un tsunami de puissance périlleuse s'abattait sur lui, le laissant entièrement paralysé.
« Vous n'êtes qu'un garde dans cette salle. » Sa voix douce mais tranchante s'éleva. « Sachez votre place. »
L'homme grinca des dents en baissant légèrement la tête avant de se tourner pour dévisager Rui tandis qu'il l'escottait comme ordonné.
La Sage Kole s'éloigna en fauteuil roulant avec nonchalance.
« Euh, Votre Sagéité, d'autres affaires attendent votre jugement. » Un Maître fronça les sourcils. « …Elles ne me concernent plus », remarqua-t-elle alors qu'elle quittait lentement la salle de jugement.
Elle avait plusieurs affaires urgentes à régler au plus vite.
Rui, de son côté, entama immédiatement la descente après avoir récupéré ses affaires. Son exil était effectif immédiatement ; ainsi, il devait partir sur-le-champ. Pourtant, ce n'était même pas si mal sachant que la Fédération Martiale Panaméenne serait plus furieuse que lui.
Il ne pouvait même pas imaginer combien de personnes seraient profondément mécontentes de la décision de la Sage Kole. Beaucoup espéraient profiter de l'occasion pour extorquer tous les juteux secrets de l'Empire kandrien.
« Quelle journée merveilleuse… » commenta-t-il avec un sourire alors qu'il descendait du sommet de l'immense plaque tectonique qui portait le siège est de la Fédération Martiale Panaméenne, admirant les vastes étendues de terre et d'eau qui s'étiraient loin à l'horizon.
Il avait prolongé sa visite à la Fédération Martiale Panaméenne plus que prévu. Ainsi, il savait que son transport était déjà parti.
« Tant pis, il faut y aller à pied. »
Il s'élança au loin tout en pensant à la Sage Kole.
« Je me demande combien de temps il lui faudra pour arriver », se dit-il.
Il savait que démissionner de son poste de juge et quitter la Fédération Martiale Panaméenne ne pouvait se faire en un jour. Cependant, en tant que Sage Martiale, il y avait probablement peu de choses qui pouvaient l'en empêcher.
Même si elle était infirme, la Fédération Martiale Panaméenne était fondamentalement structurée pour les Artistes Martiaux. Ainsi, personne n'avait d'autorité sur elle en tant que Sage Martiale. En tant que telle, elle se rendrait sans doute à l'Empire kandrien très bientôt. Dans ce cas, il valait mieux qu'il parte sans attendre trop longtemps.
Il se mit immédiatement en route vers l'Empire kandrien sans trop de souci. En somme, les choses ne tournèrent pas aussi mal qu'elles auraient pu, et cela seul valait la peine d'être célébré. Par-dessus cela, il parvint enfin à se venger et à tuer Uma et fit un pas vers le Royaume de Sage.
De plus, il avait réussi la mission que son père lui avait confiée.
Ainsi, l'Empire kandrien aurait acquis une partie de la puissance dont il avait besoin. En supposant que les autres Sages Martiaux aient également réussi, cela assurait que la puissance de niveau Sage de l'Empire s'élèverait à des niveaux bien supérieurs.
Considérant que les Sages Martiaux étaient la partie la plus importante de toute guerre entre nations de niveau Sage, il n'était pas étonnant que son père soit si déterminé à faire rejoindre le plus de Sages Martiaux possible à Kandrie et à leur faire prêter serment au trône ou à l'Union Martiale.
En somme, les choses étaient très probablement sur la bonne voie.
Ce qui signifiait que la guerre n'était probablement pas loin d'éclater.
Après tout, cela faisait un mois qu'il avait commencé à faire percer des Apprentis. Depuis, il n'avait aucun doute que les trois autres puissances de niveau Sage s'étaient déménées pour tenter de percer le secret. Finalement, ils décideraient que ça suffisait et attaqueraient simplement l'Empire kandrien.
De plus, ils n'étaient même pas encore tombés sur les autres trésors de l'Empire kandrien. Le moment venu, ils comprendraient bien vite qu'ils auraient dû déclarer la guerre dès le début. En considérant toutes ces variables, il y avait des limites strictes à combien de temps encore la guerre pouvait être retardée.
« Quelques mois, pas plus. » Les yeux de Rui se plissèrent.
Il ne pouvait pas attendre.