Quand Rui arriva, les Maîtres de l’Union Martiale n’auraient sans doute pas imaginé qu’il s’apprêtait à livrer des duels qui changeraient sa vie. Alors que la plupart des Artistes Martiaux en sa position seraient profondément stressés à l’idée de remporter ce combat pour échapper à un sort horrible, il fit son entrée à Daracol avec un sourire enthousiaste au labours.
Le nombre de Maîtres Martiaux ayant choisi d’assister à ses duels n’était pas négligeable.
S’ils ne purent tous y être, il avait indéniablement battu un certain record par le simple fait du nombre de Maîtres Martiaux s’étant déplacés pour pouvoir contempler la puissance de l’Artiste Martial le plus extraordinaire qu’ils aient jamais croisé. Lorsqu’il arriva sur le champ de bataille désigné à Daracol, la multitude de Maîtres rassemblés patientait déjà à l’extérieur de cette arène gigantesque qui s’étendait sur des centaines de kilomètres de diamètre.
Une telle distance ne représentait rien pour leurs sens puissants.
Pourtant, Rui ne détourna pas son attention vers les nombreux amis qu’il comptait parmi eux.
Non.
Au milieu du champ de bataille, il se retrouva à fixer une seule personne.
Un seul être.
« Sage Lemolen », inclina-t-il la tête en signe de respect envers le puissant Sage Martial qui se tenait devant lui. Vêtu d’une tenue sombre, presque noire, et d’un capuchon sur la tête, cet homme se démarquait nettement. Rui n’avait jamais vu un Sage Martial maîtriser son aura aussi parfaitement que Lemolen. On aurait dit que cet homme n’était même pas un Artiste Martial.
Il ne pouvait pas détecter l’aura lourde, typique des Sages Martiaux. Il ne sentait pas leur influence habituelle sur l’environnement.
« Maître Rui… » Un souffle rauque s’échappa de sa gorge tandis que ses yeux se plissaient. « Êtes-vous prêt ? »
Le Sage Martial épingla Rui sous son regard puissant, le visage marqué par un déplaisir visible.
« Bien sûr, Votre Sageité. »
« Je serai l’arbitre de votre duel. Je m’assurerai que le combat se déroule conformément aux règles tout en veillant à ce qu’il soit protégé de toute surveillance non autorisée. Nous ne pouvons pas laisser filtrer les renseignements stratégiques de nos Maîtres Martiaux auprès du grand public. »
Sa déclaration n’était pas légère.
« J’en suis flatté, Votre Sageité. »
« En êtes-vous sûr ? » lança-t-il d’un air menaçant. « Si vous l’étiez vraiment, vous ne nous auriez pas trompés, tous, comme vous l’avez fait. Dès que j’ai appris votre supercherie, ma première pensée fut de tuer l’Ombre Silencieuse et de vous traquer dans le Domaine des Bêtes. »
« … » Rui se contenta de le fixer, impassible.
« Pire, je crains que cette farce de pénalité devra faire office. » marmonna-t-il. « J’espère que la justice finira par l’emporter. Maintenant que vous voilà ici, je ne vois aucune raison de retarder le coup d’envoi de la première confrontation. »
Il leva la main et un Maître Martial émergea immédiatement des coulisses, pénétrant sur le champ de bataille.
Le torse nu, il portait un bas martial. Son Corps Martial était parfaitement affûté, hérissé de muscles hyper développés et dégageant une puissance brute colossale.
« Maître Gerlin Hanti de la Secte de la Terre, grade neuf, sera votre premier adversaire. » annonça solennellement le Sage Lemolen.
L’homme jetta un regard noir à Rui. « Maître Rui. »
« … Ça fait un moment, Maître Gerlin. » rétorqua calmement Rui.
C’était un homme qui avait rejoint la faction de Rui quatre ans plus tôt avec un enthousiasme timide, avant de tourner complètement dos après avoir découvert sa supercherie.
Rui put directement sentir la colère fermenter dans son esprit.
« Vous avez pris pour acquis toutes les choses dont vous avez été béni, » l’accusa-t-il. « Je suis là pour vous apprendre qu’une supercherie a toujours un prix. Votre Esprit Martial peut être plus puissant que le mien, mais mon Corps et mon Cœur sont bien supérieurs au vôtre ! »
Il prit une garde, poing serré contre son flanc tandis que son bras avant était tendu vers l’avant, jambes écartées et poids bien réparti.
« … » Rui le dévisagea un instant avant de reprendre sa garde neutre classique.
Les deux Maîtres Martiaux s’affrontèrent, prêts au combat.
Rui resta absolument insensible tandis que Maître Gerlin devenait de plus en plus furieux face à l’indolence affichée de Rui.
« Commencez. »
La voix rauque du Sage Lemolen lança l’échange.
BADUM !
Leurs Cœurs Martiaux et leurs Esprits Martiaux s’embrasèrent de puissance.
À l’instant même, l’Incarnation Martiale de son adversaire fleurit.
Une armure hérissée de piqures. Impossible de porter le moindre assaut sans se blesser soi-même.
Une seconde, elle se dressait haute et fière.
La suivante…
« … ! » Maître Gerlin figea alors que l’Incarnation Martiale de Rui éclata dans toute sa gloire éphémère.
Elle jaillit en un tsunami effroyable, submergeant son adversaire.
Elle s’étendit bien au-delà, englobant l’intégralité du champ de bataille.
Les Maîtres Martiaux spectateurs frissonnèrent alors qu’une avalanche d’obscurité infinie les engloutissait.
Un vide sans fond.
Rien, pourtant tout.
« Qu’est-ce que c’est… ? » murmura Maître Vericita, la terreur au yeux, face à une Incarnation Martiale plus puissante que tout ce qu’elle avait jamais ressenti. La masse d’informations était si colossale que chaque Maître Martial dut activer son propre Esprit Martial simplement pour résister à cet assaut !
« Grrh… » grinça des dents Maître Ceeran. « Si puissant ! »
« Vraiment… » commenta Maître Zentra. « … Vraiment incompréhensible. »
« Kekeke… ! » ricana Maître Reina. « Comme attendu de mon élève ! »
La majorité d’entre eux étaient bouleversés au point de rester muets, même lorsque leurs Esprits Martiaux luttaient pour contrer ce flot titanesque d’informations propulsé par son Incarnation Martiale.
Le Sage Lemolen plissa les yeux, grave, témoin de la puissance inimaginable de l’Incarnation Martiale de Rui.
Elle dépassait largement ses propres attentes.
Maître Gerlin était glacé, immobile.
Non.
Il était incapable de bouger.
Son affinité en tant qu’Artiste Martial avait toujours été celle du Corps. Il avait à peine réussi à percer jusqu’au Royaume de Maître avec un Esprit Martial pathétiquement faible.
Assez pour combattre des Maîtres Martiaux, mais…
« Ngggrh ! » serra-t-il les dents quand ses yeux virèrent au rouge sang. Il se débattait.
Penser.
Décider.
Bouger.
Les Incarnations Martiales injectaient violemment des données dans le subconscient via leur lecture de la communication non verbale post-désinformation, des flux que l’esprit conscient perturbé ne pouvait réguler.
Normalement, les informations transmises étaient bien trop faibles pour entraver n’importe quel Esprit Martial.
Mais que se passerait-il si l’écart entre deux Esprits Martiaux était tel que les infos envoyées par l’Incarnation Martiale de l’un surpassaient celles que l’autre pouvait traiter ?