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The Martial Unity

Chapitre 1994

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Chapitre 1994

Chapitre 1994

Chapitre 1994/200899%~6 min de lecture1 009 mots

La dynamique de la conversation bascula dès que Rui fit état du Clan Silas et de l'Arbre Ancien comme leviers de négociation. Il devenait presque évident que le Médecin Divin avait plus hâte de traiter avec Rui qu'à l'inverse.

Ils savaient tous deux que le Médecin Divin mentirait s'il prétendait valoir autant que le Clan Silas et l'Arbre Ancien réunis. Or, Rui savait pertinemment qu'il peinerait probablement à rivaliser en valeur avec seulement l'un d'eux, mais il se garda bien d'en parler pour l'heure.

« L'accès à la prophétie et à l'Arbre Ancien constitue un service permanent », l'informa Rui. « Si vous souhaitez y avoir accès en continu, vous devez offrir vos services en continu à l'Empire kandrien. »

À équivalence de conditions, un service continu relevait toujours d'un patrimoine bien plus précieux qu'un service ponctuel.

« Même ainsi, je ne saurais diagnostiquer la pathologie de Gaïa tout en exerçant sur le territoire kandrien », répliqua-t-il avec son habituel détachement clinique. « Je ne peux pas trahir ma mission. »

« Je ne vous en fais pas la demande », répondit Rui d'un ton posé. « Rien ne vous oblige à parcourir le monde en personne pour retrouver cette pathologie. D'ailleurs, je peine à comprendre pourquoi vous jugiez pertinent de traverser seul le Domaine des Bêtes plutôt que de vous adjoindre les services de Maîtres Martiaux. Cherchiez-vous simplement à prouver que vous étiez le seul être humain capable d'y parvenir en comptant uniquement sur vos propres ressources ? Cela vous a pris plus d'une décennie pour atteindre la Variété de Mellow, alors que Kane et moi avons mis trois mois. »

« Je ne puis m'appuyer sur des Artistes Martiaux, car nul parmi eux ne saisit la nature de l'Arbre de Vie. » Il secoua la tête. « Le voyage en soi ne suffit pas ; il exige une compréhension viscérale de la biosphère pour être habili-

L'homme resta coi, le verrou tombant soudain dans son esprit.

Il posa son regard sur Rui.

Le visage de Rui trahissait lui aussi la même prise de conscience. Leurs esprits avaient fait la même rencontre instantanée, franchissant ensemble la même porte que nul n'avait soupçonnée jusque-là.

« Je n'ai tout simplement pas le temps », répondit Rui en écartant les mains. « Ma Voie Martiale repose sur l'Évolution Adaptative. C'est un processus strictement réactif : il ne déclenche que sous le choc des stimuli que je subis. Pour satisfaire l'ambition qui guide mon existence et adapter mon corps à chaque force de l'univers, je dois m'y exposer systématiquement, une par une. Je n'ai pas le temps de-

« — C'est idéal ! » s'emballa aussitôt le Médecin Divin. « Traquer la pathologie de Gaïa nécessitera justement de vous exposer à chaque facette du globe. Vous êtes le seul Artiste Martial, hors les Transcendants immobiles, à pouvoir jouer les stéthoscopes ambulants pour toute la planète ! »

Mais son enthousiasme se dissipa brutalement lorsque l'attitude de Rui devint glaciale.

« Je ne suis pas un instrument entre vos mains. »

Sa voix porta un froid mortel.

Le Médecin Divin écarquilla les yeux en plongeant son regard dans celui de Rui.

D'un noir abyssal.

Au creux de leurs pupilles nageait une ténèbres infinie.

Un néant absolu.

Cette vision calma nettement l'ardeur du médecin. Cependant, l'hypothèse était trop séduisante pour l'abandonner ainsi. Une intuition primitive lui dictait que Rui possédait toutes les qualifications requises pour canaliser cette quête et traquer la maladie qui gangrène Gaïa.

Peut-être percevait-il encore les frémissements de l'illumination de l'Arbre de Vie logée dans son Palais Mental. Peut-être s'agissait-il simplement des interrogations vertigineuses qu'il lui avait autrefois soumises, dont Rui s'était tiré les doigts dans les dents.

Mais surtout, il venait de mettre la main sur une solution capable de démultiplier l'efficacité de ses diagnostics. Le rayon sensoriel et la vélocité d'un Senior Martial dépassaient les siens de tant qu'on en rigolait presque.

« …Vous m'avez mal compris », reconstruisit aussitôt son masque impassible le Médecin Divin. « Je tournais simplement la proposition d'exercer en Kandrie comme un compromis plus que convenable, à condition que vous acceptiez en contrepartie une commission martiale confiée par mes soins. »

Sagement, il recontextualisa ses propos en les englobant sous l'angle contractuel. Les Artistes Martiaux étaient familiers avec les missions de l'Union ; la proposition perdait là tout caractère agressif.

« …Une commission ? » La pupille de Rui s'embrassa d'un vif intérêt, ses traits reprenant leur composition normale.

« Une commission. » Le médecin valida. « Pour m'assister dans le diagnostic de Gaïa. Zéro deadline. Zéro contrainte administrative. Aucun plancher d'heures à remplir. Je ne vise qu'une issue. Vous pourrez l'exécuter en pilotage automatique, parallèlement à votre immersion dans les forces de ce monde, afin de concrétiser votre ambition première. »

Rui saisit aussitôt la nature de l'offre.

Tout s'éclaircit pour lui : obtenir la prophétie et un lien perpétuel avec l'Arbre Ancien ne se payerait pas avec la seule guérison de l'Empereur de l'Harmonie. Il faudrait livrer une prestation médicale ininterrompue sur le sol kandrien pour légitimer l'usage de tels atouts.

Or, sceller cet accord l'immobiliserait en Kandrie, bloquant net l'avancement de sa véritable quête. Dès lors, la seule parade consistait à déléguer la phase diagnostique à un Artiste Martial de confiance, éclairé par une connaissance avérée de l'Arbre de Vie.

S'en remettre à Rui accroîtrait exponentiellement ses chances de succès. Un prospecteur de premier ordre remplacerait avantageusement ses errances personnelles, tout en débloquant simultanément les deux actifs majeurs au lieu d'un seul.

Le diagnostic final de Gaïa basculerait irrémédiablement du rêve à la réalité !

Encore fallait-il que Rui acquiesce. Dans le cas contraire, le Médecin Divin serait contraint de patrouiller physiquement lui-même, condamnant du même coup son installation en Kandrie et le limitant à la prophétie seule, sans bénéficier jamais de l'intelligence de l'Arbre Ancien.

Rui referma les paupières. « …Je refuse de prendre une décision immédiate. Vous aurez ma réponse une fois que nous aurons quitté ces lieux et que vous aurez restauré la santé de mon père. »

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