Son regard revint sur le format en main.
Il le préférait définitivement au tournoi préliminaire.
Il comportait en réalité de nombreux tours. Six au total détermineraient le plus fort des Écuyers Martiaux. Chaque tour servait précisément à éliminer une fraction des participants.
Les trois premiers en écartaient chacun quatre-vingts pour cent, ne laissant que vingt pour cent passer au suivant. À l'issue du quatrième, il ne restait plus que zéro-virgule-vingt-cinq pour cent des prétendants. Huit individus seulement subsistaient après le troisième tour.
À partir de là, un tournoi à élimination directe en trois manches désignerait le prochain Champion Virodha.
Grâce à ce filtrage par paliers, Rui jugea le système bien supérieur à une mêlée générale où le dernier debout l'emportait.
« Quel genre d'épreuves compose les trois premiers tours ? » demanda-t-il.
Il nota que ce point n'avait pas été précisé. C'était d'autant plus crucial que ces tours élimineraient plus de quatre-vingt-dix pour cent des candidats.
« Vous le saurez au moment d'y faire face », l'informa Maître Deivon. « Ce n'est pas une information que je peux divulguer. Toutefois, vous êtes assez perspicace pour en déduire davantage. »
Rui plissa les yeux. Il avait déjà maintes hypothèses. Il lui était aisé d'inférer et de déduire une fois qu'il cernait l'objectif de ces trois tours.
Celui-ci était d'éliminer tous les concurrents qui n'avaient aucune chance de remporter le Concours Martial, quel qu'en soit le format, pour la simple raison qu'ils n'étaient pas assez forts.
Cela ne signifiait pas qu'ils étaient faibles en soi. Ils ne l'étaient pas, puisqu'on pouvait les considérer comme le premier pour cent du Royaume d'Écuyer. Pourtant, pour s'emparer du titre de plus fort, quatre-vingt-dix-neuf pour cent d'entre eux étaient simplement insuffisants.
Les trois premiers tours visaient à écarter tous ceux qui ne méritaient même pas d'être envisagés comme candidats au titre de plus fort.
Avec cet objectif en tête, plusieurs inférences et déductions s'imposaient. Il existait des standards minimaux qu'on était en droit d'attendre de quiconque méritait ce titre. Standards minimaux pour les paramètres de base : offense, défense, manœuvre. Même si le véritable Écuyer le plus fort, quel qu'il soit, était un spécialiste, il devait encore dépasser un certain seuil dans ces domaines.
Un Artiste Martial offensif ne pourrait jamais être considéré comme le plus fort s'il était pathétiquement fragile côté défense. Une seule attaque suffirait à l'abattre, et il y aurait presque assurément des plus rapides pour l'achever en exploitant cette faiblesse.
Il en allait de même pour les autres profils. Spécialiste ou non, il y avait un plancher dans chaque catégorie qu'il fallait franchir pour pouvoir ne serait-ce que prétendre au titre.
Compte tenu du niveau requis pour être le plus fort, ce plancher était en réalité assez élevé et pouvait servir de bon critère pour éliminer beaucoup de prétendants, ne conservant que ceux vraiment dignes de l'être.
Il était donc fort probable que les trois premiers tours fassent office, entre autres, de tests de paramètres de base.
Il n'en était pas certain, mais il se réjouissait d'avance d'affronter chaque défi et de le surmonter. Il espérait que ce ne serait pas comme le tournoi préliminaire, une compétition de masse avec laquelle il n'était pas le plus compatible.
« Vous devriez aussi faire vos bagages et vous tenir prêt. Vous vous rendrez à la ville de Li, dans la Théocratie Virodha, le seul État qui agit au nom de la Foi Virodhabhasa. » Maître Deivon l'informa. « Les mille représentants y seront réunis avant le début du tournoi principal. »
Rui acquiesça. « Je m'en charge. Au fait… »
« Hmm ? »
« Concernant notre accord, nous n'avions pas le format quand nous l'avons conclu, mais nous l'avons maintenant », lui dit Rui.
« Ah… » Maître Deivon comprit immédiatement. « Vous vous inquiétez de la clause exigeant une performance suffisante pour gagner assez de crédits et acheter le traitement médical que vous cherchez. »
Rui acquiesça.
Leur accord stipulait que Rui performerait bien au Concours Martial en tant que protégé de Maître Deivon, ce qui rapporterait à ce dernier des crédits en tant que découvreur officiel de Rui.
« Si vous atteignez le tournoi final du Concours Martial, vous pourrez obtenir le traitement médical de la plus haute qualité garantissant un rétablissement total sans complications », expliqua Maître Deivon. « Normalement, il faudrait aller plus loin. Mais vous êtes mon protégé, ce qui abaisse la barre comme je l'ai mentionné lors de notre accord. De plus, vous avez été désigné comme une Graine Virodhabhasa. »
Rui froncea les sourcils.
Ce n'était pas qu'il ne s'y attendait pas. Il s'y attendait au contraire. Son Art Martial correspondait trop bien à la description de l'Art Martial des Virodhabhasa : l'Antithèse.
Ils se fixèrent en silence.
« Pour être honnête… » commença Maître Deivon. « Si je soupçonnais que vous pourriez être une Graine Virodhabhasa comme je l'ai mentionné il y a un an, c'était une possibilité solide sur laquelle j'étais prêt à parier car c'était gagnant-gagnant dans tous les cas. Cependant, aujourd'hui, j'ai pu vous voir combattre pour la première fois… »
L'homme plongea son regard dans les yeux de Rui.
Ce simple acte fit naître en Rui une pression énorme.
« Parmi toutes les soi-disant graines que j'ai croisées par le passé, la moitié étaient douteuses. Beaucoup de gens en position d'autorité distribuent ce titre un peu trop facilement parce qu'ils y gagnent en contribuant à en trouver », exposa candidement Maître Deivon. « Pourtant, vous… »
L'atmosphère se tendit.
Les yeux de Rui s'aiguisèrent tandis que l'air se glaçait de quelques degrés.
L'expression de Maître Deivon se durcit.
« Votre seule existence me fait me demander si la Révélation Divine n'est pas entièrement faite de merde. »