La Secte Flottante disposait d’un nombre remarquable de refuges destinés à protéger les civils face à de telles calamités. Dans bien des domaines, la main-d’œuvre civile de la Secte Flottante était tout aussi essentielle que celle des gardiens. Elle constituait l’épine dorsale de l’organisation, assurant tout ce travail invisible et sobre qui s’avérait absolument vital à sa maintenance.
De plus, contrairement à ce qui se passait jadis pour les gardiens, la Secte Flottante ne bénéficiait plus d’un apport continu en main-d’œuvre qualifiée.
L’ordre ne s’inquiétait guère pour ses gardiens, puisqu’une marée d’Écuyers Martiaux hautement qualifiés venait gonfler ses rangs chaque jour. Des filtres multiples veillaient à ce que, parmi cet afflux excédentaire d’Écuyers, seuls des élites aptes intégrassent effectivement les rangs de la Secte Flottante.
En revanche, le même luxe n’était pas imaginable pour la main-d’œuvre qualifiée. Il était bel et bien difficile pour la Secte Flottante d’en recruter et d’y gagner des volontaires.
Pour commencer, ils exigeaient que les membres adhèrent définitivement à la Secte Flottante et y vouent entièrement leurs biens. À elle seule, cette condition repousserait neuf postulants sur dix. Mais l’exigence ne se limitait pas à un engagement profond : une fois l’adhésion actée et les portes de l’île franchies, il fallait considérer comme acquis qu’on n’en repartirait plus.
Cette insularité radicale par rapport à la civilisation humaine rendait la chose inévitable. Payer les frais pour permettre des allers-retours fréquents à des civils incapables de pratiquer la Marche Céleste revenait tout simplement à se ruiner.
Par ailleurs, les membres humains étaient censés résider et travailler dans un environnement extrêmement mortel pour leur physiologie. Toute exposition directe entraînerait la mort sur le coup.
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Malgré la quantité de précautions, de zones sûres et de dispositifs de sécurité redondants, la simple charge psychologique imposée par un milieu capable de tuer en moins d’un battement de paupières restait intenable pour le commun des mortels.
Ces critères écartaient une écrasante majorité de la main-d’œuvre disponible dans la Région de Kaddar de toute pensée à soumettre une candidature. L’organisation avait dû surmonter maintes épreuves et saigner beaucoup avant d’obtenir les talents nécessaires à la création ex nihilo d’un ordre totalement opérationnel et autosuffisant.
Si les effectifs en place relevaient donc d’un capital humain précieux, il était normal que la Secte Flottante n’économisât aucun effort concernant les abris conçus pour les protéger précisément dans ces conditions.
Rui étendit ses sens en observant les foules s’engouffrer dans les couloirs menant vers des bunkers solidement blindés.
Les gardiens, en revanche, ne s’évacuèrent pas. Contrairement aux civils ou même aux Apprentis Martiaux, ils n’étaient pas assez fragiles pour rendre l’âme simplement à proximité d’un affrontement de niveau Senior. Ils restaient en alerte prudente. Bien que la plupart d’entre eux fussent trop faibles pour affronter un Senior Martial, leurs Cœurs Martiaux fussent à bout, ils ne pouvaient se permettre d’être traités comme de fragiles coupes de verre qu’il faudrait mettre sous cloche.
Leur appellation de « gardiens » ne s’expliquait pas autrement : on attendait d’eux qu’ils montent au front pour protéger leurs charges au moment voulu, même si leur résistance paraissait vaine.
Cette perspective n’était pas réjouissante, pourtant, il ne vit point la forme de résistance qu’il avait anticipée. Après tout, les Écuyers Martiaux de l’ordre étaient taillés dans un autre drap : nul individu aussi opposé à se lancer au péril de sa vie n’aurait pu franchir l’épreuve des challengers pour devenir membre.
Les lâches étaient triés dès avant leur entrée dans l’organisation. Même les serpents du calibre de Serokin manquaient de cette lâcheté crasse.
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Quelques instants s’écoulèrent alors qu’ils se préparaient à l’assaut imminent. Vêtus de leurs tenues martiales, ils vérifièrent rapidement d’être à l’apogée de leurs capacités après avoir ingéré des potions de régénération ainsi que des pilules nutritives ultra-concentrées.
« Quand nous rentrerons à l’Empire kandrien, on aura de quoi raconter, oui », murmura Kane en s’étirant, dénouant sa musculature.
« Juste », remarqua Rui avec un sourire complice. « Tu impressionneras Fae quand tu lui conteras comment tu as traqué un Senior Martial alors que tu n’étais encore qu’un Écuyer. »
Kane lui lança un regard noir.
« Blague », rit-il. Il s’apprêtait à enchaîner une nouvelle plaisanterie à propos de Kane lorsque soudain, quelque chose changea.
Tous deux figèrent tandis que leur Instinct Primordial captait une vague infinitésimale de danger.
Le monde devint glacial alors qu’un champ de pression abyssal commençait à vriller l’air même autour d’eux.
La faune et la flore de l’île frémirent tandis que tous les êtres doués de conscience ressentaient une puissance brute et colossale.
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Rui activa l’Onde Tempétueuse pour étendre ses sens en profondeur sur toute l’île, tentant d’évaluer ce qu’il se tramait.
Même s’il le savait déjà.
Cette pression était indéniable. Écrasante. Impérieuse.
Cela lui rappelait aussi l’ampleur titanesque de ce qu’il venait d’entreprendre en acceptant de les combattre. À ses yeux, c’étaient des monstres, et ressentir la violence sanguinaire qu’il percevait lui rappela que la situation n’était pas une blague.
Il risquait très facilement d’expirer en un clin d’œil. Juste cette sensation fit légèrement baisser la confiance qu’il avait puisée à forcer la Senior Xanarn à utiliser son Art Martial. Il ne se sentait pas en position désespérée, loin s’en faut, mais cela tempéra indiscutablement son analyse des risques liés au combat contre des Seniors Martiaux.
Ils se déplacèrent précipitément vers la source de cette pression tandis que Rui élargissait ses sens afin de discerner les combats au mieux de ses capacités.
Grondement.
Une onde de choc traversa l’île en entier tandis que les fondations mêmes du sol commencèrent à trembler !
« Ils ont commencé », chuchota Rui en plissant les yeux.