« Argh ! » grogna l’homme en ripostant et en s’élançant vers Rui.
VROUM !
C’était une feinte.
BOUM !
Le pied de Rui fila telle une catapulte, allant s’écraser directement contre sa mâchoire dans un croch arrière montant. L’homme eut alors bien du mal à reprendre ses repères.
Pourtant, à chaque attaque, il saignait.
Que l’Écuyer Dekriole le fasse exprès ou non, peu importait.
Il suffisait que Rui frôle l’Écuyer Dekriole pour voir le sang couler. Même lui-même, en assaillant, se blessait.
Mais il insistait.
Il souhaitait vérifier si le rythme de ses blessures pouvait être géré par le Tissage du Sang, et les résultats initiaux se révélaient fort prometteurs.
Chaque plaie occasionnée par le moindre contact rugueux avec l’Écuyer Dekriole était immédiatement résorbée par cette technique. Les douleurs les plus vives s’estompaient comme par enchantement, tandis que ses cellules mobilisaient énergie et composés nécessaires au titre de briques élémentaires pour les tissus régénérés.
Malgré les dégâts colossaux infligés à son propre corps à chaque coup porté sur Dekriole, sa régénération restaurait instantanément son intégrité physique.
POUM POUM POUM !
PLAF !
Rui déversa une combinaison de coups directement sur son visage. Ses propres mains se mirent à saigner abondamment avant que son facteur de régénération ne s’enclenche.
Face à face, l’Écuyer Dekriole commençait à s’exaspérer. Bien qu’il parvienne à blesser Rui, ce dernier maîtrisait le duel. Il esquivait nettes ses assauts, enchaînait ses propres frappes, puis cicatrisait sans délai les dommages subis par simple friction corporelle.
Pourtant, il n’accordait à l’Écuyer Dekriole la possibilité d’asséner la moindre riposte.
Seconde après seconde, il constatait que le simple fait de toucher Rui devenait progressivement un calvaire !
Bien entendu, jusqu’à un certain point, c’était là son style : un schéma contre-offensif qui blessait quiconque frôlait même vaguement son armure.
Cela ne signifiait toutefois pas qu’il se limitât à ces seuls artifices pour dominer son adversaire. C’était aussi un frappeur extrêmement agressif, capable d’étauiller son opposant ou de le marteler de coups massifs.
Mais face à Rui, il ne parvenait même pas à placer des frappes décemment !
« Tes séquences sont si basiques qu’un enfant pourrait les lire », marmonna Rui à un moment donné.
BOUM BOUM BOUM BOUM BOUM !
Cinq impacts retentissants le précipitèrent sans même qu’il ait eu le temps de traiter les paroles. Leur violence fut telle qu’il oublia immédiatement la réplique de Rui.
Il jeta un regard en arrière vers Rui, les yeux exorbités de stupeur.
Ses vêtements étaient en lambeaux, mais sa peau et ses chairs demeuraient immaculées, hormis trempées dans son propre sang.
L’Écuyer Dekriole serra les dents, grognant sous l’effet de la frénésie sanguinaire, et s’élança en avant. Il espérait neutraliser Rui rapidement pour prendre une position avantageuse où il pourrait exploiter sa puissance brute pour réduire son adversaire en pièces !
Bien que son Corps martial soit indéniablement conçu pour endosser le rôle d’un blindage quasi-immun, tout en faisant subir des ravages à ceux qui tenteraient de le frapper, Rui ne s’aventurait pas aisément dans ce piège.
Sentant les poings de la Reforge Adamantin, conjugués à la Convergence Externe et à la Lance Réverbérante, s’enfoncer dans son abdomen à chaque assaut, il sentit naître une envie pressante de vomir.
Habituellement, ses opposants ne le frappaient pas avec cette brutalité, car cela leur infligerait des blessures auto-infligées : chair arrachée et saignements abondants. Nul ne désirait gérer ce désagrément, personne ne franchissait donc cette limite.
À ceci près que Rui faisait exception.
POUM POUM POUM !
Il asséna encore une volée de coups sur l’Écuyer Dekriole, mais ce dernier se contenta alors de rehausser sa garde pour protéger son tronc, les dents serrées.
Il comprit que le fossé de compétence qui les séparait était abyssal, presque ridicule. Il jugeait sa maîtrise personnelle suffisante, mais face aux dissections chirurgicales de l’attaque de Rui, il peinait à conserver un quelconque point d’appui.
BOUM !!!
Un coup titanesque écrasa sa garde, provoquant d’immenses hématomes en une seule fois. Ses bras s’écartèrent un instant alors qu’il les agitait pour atténuer les élancements.
POUM !
Une jambe, directe et rapide, vint fouetter sa mâchoire. Son cerveau cognait d’avant en arrière ; la pureté du choc engendra des traumatismes contondants aiguës, suffisamment sévères pour ne pas seulement lui donner le tournis, mais aussi le plonger dans l’inconscience.
Cras !
L’homme s’effondra sur le sol, le sang jaillissant de quelques plaies béantes, avant de sombrer dans les limbes.
La victoire s’avéra décisive et écrasante.
Plusieurs spectateurs froncèrent les sourcils. Ils avaient déjà assisté à des combats de Rui, mais ils ne s’étaient jamais confrontés à une telle technique de régénération.
Beaucoup éprouvaient l’impression qu’il dissimulait une potion de soin quelque part dans sa poche ou son équipement.
Pour nombre d’entre eux, c’était la seule explication plausible pour expliquer comment il s’était procuré un tel remède en si peu de temps.
Sauf que, bien évidemment, la réalité était toute autre. Les deux combattants avaient été fouillés, et Rui n’avait rien inhalé d’autre que de l’air depuis le début de l’affrontement.
Plusieurs avaient compris que Rui avait soit contenu cette aptitude depuis toujours, soit l’avait acquise subitement au cours des derniers mois.
Si les gardiens des classes inférieurs restaient bouche bée devant cet exploit, les gardiens des grades supérieurs observaient la scène avec une méfiance palpable.
Le saut de Rui, de la dixième à la cinquième classe, leur démontrait qu’il ne reculait devant aucun moyen pour viser arbitrairement plus haut afin d’accéder aux meilleures salles d’entraînement, plutôt que de suivre la voie traditionnelle : grandir en puissance pour gravir lentement les échelons et parfaire son épanouissement grâce à des infrastructures optimales.
Non.
Rui s’était tout simplement propulsé en avant, sans état d’âme ni considération pour les protocoles établis. Ce phénomène n’était pas totalement inédit, mais il appartenait à l’étrange minorité de ceux qui rejoignaient la Secte Flottante déjà aptes à tenir tête aux gardiens les plus puissants de l’organisation.
Le courant finit par se faire jour : il dissimulait délibérément sa force réelle pour une raison obscure, et avait toujours possédé cette vigueur intrinsèque.