À mes mots, l'Association marchande du Renard a grondé.
J'ai continué à frapper tant que le fer était chaud.
« Savez-vous quelle est la peine prévue pour l'escroquerie ? Naol ! Ces gens semblent l'ignorer, éclairez-les donc ! »
« Oui, madame ! »
Naol s'est mis à réciter gravement ce qu'il avait appris par cœur à l'avance.
« L'auteur reconnu coupable d'escroquerie est condamné à indemniser la victime du double de la somme escroquée. Selon le droit civil de l'Empire, si l'indemnité ne peut être payée, l'auteur et sa famille devront travailler comme esclaves à hauteur du montant fixé. »
« Voilà ce qui est écrit. »
J'ai penché la tête et j'ai regardé l'Association marchande du Renard avec arrogance.
Tout cela n'était que de la psychologie humaine.
Même un bon citoyen qui a vécu sans commettre un seul crime frissonne quand on lui met la loi sous le nez.
Et puis, il s'agissait ici d'un duc de haut rang face à un vicomte parti de rien.
Ils ne pouvaient pas ne pas se sentir écrasés.
« La somme que vous avez réclamée à la famille Valruga était d'un milliard de marks. Le double ferait deux milliards de marks. Avez-vous tous assez d'argent pour payer cette indemnité ? »
C'est impossible.
Après avoir décidé de lancer l'opération bombe à panique, Naol et moi avons arrêté d'examiner les reconnaissances de dette.
Nous avons enquêté sur l'Association marchande du Renard à la place.
L'Association marchande du Renard était une organisation composée de petits marchands qui opéraient aux alentours du territoire.
Deux d'entre eux étaient vicomtes, mais sans terres.
Ils n'étaient pas pauvres, mais pas riches non plus, à en juger par la façon dont ils avaient gravi les chemins de montagne en plein hiver, uniquement pour récupérer cet argent.
Même en réunissant toutes leurs fortunes, ils ne pourraient pas indemniser les deux milliards de marks.
Autrement dit, comme le prévoit la peine pour escroquerie, toute leur famille devrait travailler comme esclaves.
Saisissant enfin la situation, les hommes de l'Association marchande du Renard ont élevé la voix, le teint blafard.
« Qu-quelles absurdités racontez-vous ! Quand est-ce qu'on a triché ?! »
« C'est vrai ! Quelle escroquerie ?! Même si vous êtes le duc, vous ne pouvez pas accuser les gens comme ça ! »
« Si vous ne pouvez pas nous rembourser, dites-le franchement ! Ne nous menacez pas comme ça ! »
Sur un clin d'œil de Naol, les soldats derrière moi ont frappé le sol avec les lances qu'ils tenaient.
Boum !
La peur a traversé les yeux des marchands en un instant, devant ce geste brutal.
Ça valait la peine de leur avoir fait répéter la frappe au sol pendant trois heures entières la veille.
« Comment osez-vous élever la voix ! Vous avez devant vous la duchesse ! »
Naol a haussé la voix, lui aussi, en la sortant du ventre.
Aussitôt submergés par l'atmosphère, les membres de l'Association marchande du Renard ont vite flanché.
Je n'entendais pas leurs pensées, mais je savais très bien que toutes sortes de scénarios se déroulaient dans leur tête.
Alors qu'on aurait entendu une aiguille tomber, j'ai parlé comme un monarque accordant sa dernière clémence.
« Bien sûr, il serait correct de régler cela selon le droit civil. Mais comme c'est un contrat très ancien, il s'y trouve forcément des erreurs. »
Les visages des dix marchands ont changé par à-coups.
« Je vous donne jusqu'à demain. Ceux qui confesseront seront épargnés, mais dans le cas contraire... »
Les lances des soldats se sont pointées vers l'association marchande.
Les fers acérés ont brillé vivement sous la lumière.
Bien sûr, c'était aussi un mouvement soigneusement répété la veille.
« Je traiterai cette affaire selon le droit civil. »
Chez les hommes de l'Association marchande du Renard occupés à repasser le passé dans leur tête, les expressions mêlaient la peur, la confusion et le doute, mais une seule personne affichait un visage furieux.
C'était aussi l'homme que Naol et moi soupçonnions le plus.
L'homme qui avait mené l'Association marchande du Renard depuis le début.
Rwan.
Il me fixait d'un air enragé, comme si j'avais ruiné son plan.
« Quelle escroquerie aurions-nous commise envers le duc ?! Nous sommes innocents ! »
Rwan s'est exclamé, désespéré.
« Faut-il vraiment que j'y réponde ? Ceux d'entre vous qui ont triché le savent mieux que moi. »
« Nous n'avons pas triché, de quoi diable parlez-vous ?! Vous essayez de nous intimider avec votre pouvoir ? Je n'arrive pas à croire que ce sont là les Valruga ! »
Ses hurlements étaient comiques et donnaient l'impression que nous les écrasions avec notre rang. C'était ironique de dire une chose pareille en sachant le duché ruiné.
J'ai ri d'un air moqueur.
« Et alors ? N'est-ce pas vous qui êtes venus au château de Valruga dans cet état d'esprit ? »
J'ai regardé la fenêtre et j'ai murmuré.
« Un blizzard approche. Vous le saviez ? Beaucoup de gens ont disparu pendant un blizzard sur nos terres, autrefois. Une fois disparu, il est difficile de retrouver la moindre trace de vous. »
Je me suis retournée vers les marchands devenus livides, avec un sourire en coin.
« Vous aussi. Faites bien attention à ne pas vous perdre en repartant. »
─────
Avant de lancer l'opération bombe, j'avais préparé beaucoup de choses.
Enquêter sur l'Association marchande du Renard, et entraîner les soldats pour poser l'atmosphère.
Et la dernière chose que j'avais préparée, c'était cet homme.
« Waouh... Woaaah... »
Le plus grand duché du continent avait été ruiné, mais il en restait quelque chose.
Toutes les figures importantes et tous les gens loyaux au duc depuis près de mille ans.
Beaucoup avaient trahi le duché ou l'avaient quitté, bien sûr, mais il restait des gens de talent jusqu'au bout.
Et cet homme était le plus puissant de notre château... Il était chargé de la traque, de l'assassinat et de l'intimidation.
...C'est du moins ainsi qu'on me l'avait présenté.
J'ai regardé l'homme devant moi d'un œil dubitatif.
Il portait un épais tablier de caoutchouc, souillé de sang.
La façon dont il me contemplait avec ravissement dans cet état avait quelque chose d'un peu terrifiant.
Il avait l'air d'un jeune homme inoffensif aux cheveux châtain clair, un genre d'instituteur de maternelle. Ses vêtements sanglants n'en dégageaient qu'une atmosphère plus effrayante encore.
L'homme, qui me fixait comme en transe, a soudain repris ses esprits et m'a saluée d'un sourire joyeux.
« Ah, il faut que je salue madame correctement ! Bonjour, madame ! Je suis Bircher Crimson. »
Oui, quand on est membre d'une organisation secrète, on ne peut pas mener une vie sans sang.
On ne peut pas avoir peur du sang.
Pendant que je m'efforçais de calmer mon cœur affolé, il continuait à me regarder avec des yeux brillants.
« Madame, je voulais tellement vous rencontrer... Je peux vous serrer la main ? »
Quand je lui ai tendu la main, Bircher l'a saisie fermement entre les deux siennes et l'a secouée avec fébrilité.
Comme s'il rencontrait une célébrité qu'il admirait.
« ...Il est vraiment fiable ? »
Quand je me suis retournée pour poser la question, Bella a répondu avec assurance.
« Bien sûr ! Comme madame l'a demandé, monsieur Bircher est un expert de la traque, de l'assassinat et de l'intimidation ! »
J'ai jeté un coup d'œil à l'homme qui contemplait nos mains serrées avec un visage exalté.
« ...Vraiment ? »
« En fait, il est un peu... un peu dangereux comme personne, mais ses compétences sont sûres. Il était à l'origine le chef d'une organisation secrète qui faisait les choses discrètes et dangereuses pour notre château. »
« Et il fait quoi, maintenant ? »
« Il abat des bêtes. »
« ... »
« Il n'a plus assez d'argent pour faire tourner l'organisation, et il faut bien qu'il gagne sa vie. Mais c'était vraiment un génie sans précédent dans l'organisation ! Déjà du temps du grand-père du duc... ! »
« C'est bon. »
J'ai coupé Bella et je me suis tournée vers Bircher.
« Bircher. »
À mon appel, il m'a regardée comme un chiot dont on prononce le nom.
« Oui, madame ! »
« Bircher, j'ai besoin que vous fassiez quelque chose pour moi. »
« De quoi s'agit-il ? »
« Suivre quelqu'un et écouter tout ce qu'il dit. »
Un éclair a traversé les yeux de Bircher.
Si le Bircher de tout à l'heure était en veille, le Bircher présent semblait tout à fait réveillé, et allumé.
« Vraiment ?! Vous êtes sérieuse ? Je vais vraiment aller chasser, après tout ce temps ? »
Au lieu d'une ambiance solennelle, Bircher est entré en état de frénésie. Comme un chien qu'on va lâcher de sa laisse.
« Qui ? Qui ? Qui est-ce que je dois écouter ? Waouh, madame. J'aime vraiment ça ! Je n'arrive pas à croire que j'ai une mission confiée par madame... Je suis tellement heureux ! »
Il faut croire que Bircher était fait pour le métier des organisations secrètes.
Je ne le savais pas à ce point.
« Celui qui se tenait au fond et que j'ai regardé en dernier. Suivez-le, et découvrez ce qu'il dit et ce qu'il fait. N'oubliez pas de tout me rapporter. »
« D'accord ! »
Bircher, qui allait détaler tout excité, s'est retourné vers moi pour demander.
« Madame, si je fais bien ce travail, est-ce que je peux servir madame pendant une journée ? »
Bircher a fait la moue.
« Bella est toujours avec madame... Moi aussi, je veux avoir une madame mignonne à servir. Je suis fatigué d'abattre des bêtes tout le temps. »
« Hé ! C'est mon travail de la servir ! Espèce d'ingrat ! Je t'ai déjà laissé rencontrer madame... ! »
Avant que j'aie pu dire un mot, Bella lui a crié dessus.
« Tu es la seule à avoir la mignonne madame pour toi toute seule ! Moi aussi je veux servir madame ! Radine ! »
Et voilà les deux qui se sont mis à se disputer pour savoir qui aurait le droit de me servir.
Je tresse mieux les cheveux de madame que toi.
Je suis plus soigneux, alors je nettoierai mieux sa chambre.
Écouter cette dispute m'a donné mal à la tête.
« Ça suffit ! »
À ces mots, tous les deux se sont arrêtés et m'ont regardée.
« Très bien. Si le travail est bien fait, je vous autoriserai à me servir pendant une journée. »
« Youpi ! »
« Madame... ! »
Bircher a laissé éclater sa joie tandis que Bella était au désespoir.
« Mais seulement si l'affaire est bien menée, c'est entendu ? »
« Oui, oui, oui ! Ne vous inquiétez pas ! »
─────
Il faut que je réussisse.
Bircher a serré les poings.
C'était la première mission que son maître lui confiait depuis longtemps.
Quand il avait entendu que l'épouse du maître arrivait, il n'en attendait pas grand-chose.
Ce sera la même chose que la précédente madame, de toute façon.
La précédente duchesse était lassée du château un jour sur deux, et quand elle voyait Bircher et les autres enfants du château, elle affichait un air dégoûté.
Elle était hystérique, et indifférente aux enfants qu'elle avait mis au monde.
Elle avait même eu une liaison avec un autre homme, dont elle recevait des bijoux.
'Si elle n'était pas morte, je l'aurais peut-être tuée moi-même.'
Mais cette fois, madame était différente.
Son apparence était si charmante que tout le monde souriait en la voyant, mais l'esprit qu'elle avait au-dedans n'avait rien à envier à celui d'un lion. Et en plus, elle lui confiait une mission aussi intéressante.
Sous prétexte de manque d'argent, l'organisation secrète avait été dissoute, et c'était la première mission qu'il acceptait depuis longtemps.
Bircher s'est caché dans le plafond et a vu madame sortir, laissant seuls les membres tourmentés de l'Association marchande du Renard.
« J'ai fait ce que tu disais, et voilà où on en est ?! »
« Une escroquerie ?! On n'en a jamais entendu parler ! Pas étonnant que les conditions soient si belles... ! »
« Je... moi, je ne peux pas mourir comme ça ! Tout ça c'est la faute de Rwan, si tu confessais que tu as tout inventé toi-même... ! »
« Ça suffit ! »
Rwan a frappé la table et leur a crié dessus.
« Ce n'était qu'un mensonge. Quelle escroquerie ? »
« Mais... »
« Ma vie est en jeu aussi ! Si vous mourez, je meurs ! Tout ce qu'ils nous ont dit était faux. Ils mentent parce qu'ils ne veulent pas nous donner l'argent. Je ne sais même pas en quoi consisterait cette fraude, alors comment pouvez-vous y croire ? »
Rwan répondait calmement, mais les autres étaient déjà submergés par la peur.
« Mais en face de nous, il y a un duc ! S'ils voulaient vraiment nous tuer et nous jeter dans la neige... je, je ne sais pas. Qu'est-ce qu'on va faire ?! »
« Alors quoi, tu croyais pouvoir toucher une somme pareille sans rien risquer ? »
Les yeux de Rwan ont lancé un éclat terrible.
Le plan ne peut pas être ruiné comme ça !
« Tu crois que vous seriez sauvés si je confessais ? Nous sommes déjà tous dans le même bateau. Gardez ça en tête ! »
Rwan a lancé cela froidement et il a quitté la pièce.
Bircher s'est fondu dans l'ombre et a suivi Rwan.
Rwan est rentré dans sa chambre, a effacé son calme de façade et a envoyé valser une chaise d'un coup de pied.
« Bon sang ! »
Il a fait les cent pas, nerveusement.
« Non... ils ont trouvé l'astuce ? C'est impossible. Pas avec toute la préparation que nous avons faite. C'est ridicule. »
Ça ne peut pas mal tourner maintenant !
Le plan que son maître avait préparé avec minutie.
Dévorer le château de Valruga était prévu depuis plusieurs décennies.
Les Valruga ne pouvaient absolument pas posséder un milliard de marks. Leur nom était tout ce qui leur restait !
La famille Valruga n'avait plus qu'à abandonner son château et se retirer.
Peu importait qu'ils réunissent le milliard de marks ou non. Du moment qu'ils dépensaient les derniers fonds du duc, il obtiendrait le château sans peine.
Il n'avait pas peur des menaces de cette duchesse arrogante.
Si cela échouait malgré tout, il y laisserait sa vie.
À cet instant, quelqu'un a frappé à la porte de Rwan.
C'était un autre membre introduit dans l'Association marchande du Renard pour accomplir le plan avec lui.
« Où en est la situation ? »