« Halte ! » Le vieux Xu sprintait de toutes ses forces, les yeux rivés sur l'homme au chapeau et au masque, devant lui.
Virant sec, l'homme masqué percuta un passant sans oser s'arrêter et fonça droit vers la grande rue.
« Vous êtes fou ou quoi ?! » Le passant, contusionné, n'avait pas encore retrouvé son équilibre qu'il sursautait de nouveau au passage du vieux Xu.
Furieux, il s'apprêtait à leur crier des injures dans le dos quand il vit le fuyard s'élancer sur la chaussée. Au même instant, un scooter électrique traversait le carrefour.
Pour l'éviter, le conducteur fit une embardée et chuta. Les roues encore en rotation le traînèrent sur plusieurs mètres d'asphalte.
Un enfant assis à l'arrière avec un cartable fut projeté au sol et éclata en sanglots.
Heureusement, une voiture qui suivait pila juste à temps. Dans le crissement strident des pneus, elle s'immobilisa à moins d'un demi-mètre de l'enfant, évitant de justesse un drame bien pire.
Le vieux Xu jeta un coup d'œil au parent blessé et à l'enfant couvert de sang, balaya du regard la circulation des deux côtés, puis regarda au loin le suspect enjamber la glissière. Il s'arrêta.
Se tenant la poitrine, qui le brûlait après ce sprint soudain, il sortit son téléphone pour appeler les secours.
Après avoir donné le lieu et l'état des blessés, le vieux Xu contacta les services de la circulation pour faire envoyer des agents sur place.
Une fois tout cela réglé, il lança un dernier regard frustré vers la direction où l'homme avait disparu. Il appela son collègue pour faire sortir la vidéosurveillance du secteur.
« Xiao Shen, c'est moi. Vérifie les caméras au croisement de la rue Kangning et de la rue Xinxing. Je cherche un fuyard. »
« Kangning et Xinxing ? » Xiao Shen confirma l'adresse, puis laissa échapper un « Hein ? » surpris.
« Chef Xu, je viens de recevoir un signalement. C'est une enfant qui a appelé : elle dit avoir trouvé un méchant dans une ruelle juste à côté. Je partais justement avec Xiao Zhou. »
« Une enfant ? » Le vieux Xu se figea. Sans qu'il sache pourquoi, une certaine frimousse de petit pain fourré lui vint aussitôt à l'esprit.
C'est elle ?
Non, impossible. La petite cuisinière n'était-elle pas à la porte de Nanda ? Comment aurait-elle pu arriver là-bas si vite ? Par téléportation ?
L'esprit du vieux Xu était sens dessus dessous.
« Envoie-moi le numéro de l'appelante et l'adresse exacte. Je suis tout près, j'y vais directement. »
Se frottant la poitrine douloureuse, le vieux Xu repartit.
Pendant ce temps, l'homme masqué avait fini par semer son poursuivant après avoir enjambé la glissière et couru sur plusieurs pâtés de maisons. Il leva la main et arracha son masque, découvrant un visage couvert de griffures et de cicatrices.
Adossé à un mur, il cherchait son souffle. Ses poumons le brûlaient et le manque d'oxygène lui donnait le vertige.
Après quelques pas de plus, il se laissa glisser contre un mur pour s'asseoir.
« Parlons-en, de la malchance. »
Il regarda autour de lui et massa ses mollets endoloris.
Soudain, le tintement d'une canette qui roule le fit sursauter.
« Qui est là ?! » siffla-t-il, les yeux affolés.
Personne ne répondit. Il n'y avait que les murs étroits de la ruelle et la lueur blafarde des réverbères.
Puis une ombre passa sur le mur devant lui.
Il tourna vivement la tête et vit un chat tigré qui le fixait du haut du mur. Ses yeux ambrés s'étaient réduits à de fines fentes verticales.
Le chat était sec, avec des rayures parfaitement symétriques.
« Ah, ce n'est qu'un chat. »
En voyant de quoi il s'agissait, il se détendit.
« Puisque tu viens te livrer toi-même... »
Il tira de sa poche un flacon compte-gouttes de cinq millilitres et fit tomber deux gouttes de liquide sur sa main. Puis il tendit le bras vers le tigré, sur le mur.
Ce liquide contenait une phéromone à laquelle les petits animaux ne résistent pas.
Une seule goutte suffisait...
Le tigré fixa la main tendue et renifla légèrement, comme pour confirmer enfin quelque chose.
Un grondement sourd vibra dans sa gorge.
L'instant d'après, plusieurs autres chats bondirent sur le mur et toisèrent l'homme avec mépris.
« Qu'est-ce que... » L'homme se figea. Un frisson lui remonta la nuque.
Il tourna la tête vers l'arrière. À un moment ou à un autre, plus de vingt chats s'étaient rassemblés dans l'ombre.
Des chats noirs aux yeux d'émeraude.
Des roux perchés en haut des murs.
Sept ou huit tricolores et tigrés argentés se tenaient de part et d'autre, bloquant les issues de l'étroite ruelle.
La peur le prit enfin. Il comprit que quelque chose n'allait pas du tout.
Quand il se retourna vers l'avant, dix autres errants étaient apparus.
Au-dessus d'eux, sur une branche, un oiseau noir bien plus grand qu'un corbeau fixait l'homme d'un regard perçant de prédateur. Il lâcha un croassement guttural.
« Craa-a ! »
Comme sur un ordre, la nuée d'errants bondit.
« Reculez ! Éloignez-vous de moi ! » L'homme se débattait, cherchant à ramper vers l'entrée de la ruelle.
Des entailles sanglantes apparurent aussitôt sur sa peau nue.
Le premier chat tigré resta assis tranquillement sur le mur, seul le bout de sa queue s'agitant.
« Aaah ! Crevez tous ! » L'homme frappait des pieds et des poings au hasard. Il tira un cutter de sa poche pour taillader un chat noir qui bondissait vers son visage.
À cet instant, le chat tigré du mur bougea enfin. Saisissant l'ouverture parfaite, il plongea et lui laboura les yeux de ses griffes.
« Aaaaargh ! » Un hurlement d'agonie déchira la ruelle et porta loin dans la nuit.
L'étrange oiseau sur la branche parut effrayé par le bruit. Il battit des ailes et s'envola au loin en lâchant d'autres « Craa-a ! ».
Ningshu, qui venait de s'engouffrer dans la ruelle comme un coup de vent, sursauta elle aussi au hurlement.
La seconde d'après, le Talisman de Marche Rapide collé à ses vêtements s'embrasa en une boule de flamme bleutée.
« Ouah ! Ça brûle ! Ça brûle ! Ça brûle ! » Ningshu s'empressa d'arracher le talisman en feu et sauta plusieurs fois dessus pour l'éteindre.
Elle fourra sa tétine dans sa bouche, furieuse.
« Système ! Tu m'as encore arnaquée ! »
« Je n'arnaquerais jamais la Petite Souris Blanche ! » retentit la voix du Système. « Les talismans d'attribut vent ont un tempérament explosif. Je n'y peux rien, ils se consument aussitôt après usage. C'est la règle. »
« Eh bien, tu n'as qu'à ne pas les laisser brûler sur moi ! Ma maîtresse dit que les enfants ne doivent pas jouer avec le feu. C'est dangereux ! » Ningshu bougonna et s'enfonça dans la ruelle.
Elle repéra bientôt l'homme qui se tenait le visage en hurlant sous l'assaut des errants.
« Bon, dispersez-vous, dispersez-vous », dit Ningshu en agitant la main. « Je dois appeler la police. »
« Miaou ! Fffff ! » Un chat fit le gros dos et cracha un avertissement dans sa direction.
« Ne sois pas si grincheux. Je sais que tu veux te venger, mais garde ça pour toi. Nous vivons dans une société de droit : quand on a un problème, on va voir un policier. » Ningshu sortit son téléphone et composa le numéro d'urgence.
« Allô ? La police ? J'ai trouvé un méchant dans une ruelle. Vous pouvez venir vite ? »
L'opératrice commença par s'assurer que Ningshu était en sécurité, lui dit de rester cachée, et dépêcha l'unité la plus proche.
Une fois qu'elle eut raccroché, Ningshu sortit plusieurs boîtes pour chats, les ouvrit et les posa au sol avec de la viande séchée pour chiens.
Les chats penchèrent la tête, reniflèrent l'air, puis regardèrent tous ensemble le chat tigré.
Le tigré, lui, fixait Ningshu.
Il se souvenait de cette pousse d'humain. Elle lui avait déjà donné une boîte, c'était la même odeur.
« Ce n'est pas encore pour vous ~ » Ningshu forma un mudra et alluma un bâton d'Encens de Mérite après l'autre. Cela lui faisait mal de voir ses réserves fondre aussi vite.
Tout l'Encens de Mérite qu'elle avait acheté au Système y passait. Vu les habitudes du Système, le prix aurait certainement augmenté au moment de se réapprovisionner.
Sale pied de cochon capitaliste !
Ningshu n'était pas tout à fait sûre d'employer l'expression correctement, mais elle l'avait entendue un jour dans la bouche d'un client à l'étal.
Voilà. Pied de cochon capitaliste !