La bataille contre l'empereur s'acheva, et comme le prince Albert avait repris vie en regardant Melfina, il fut décidé de changer de lieu pour entendre parler des démons et de la démonisation.
« J'ai une petite affaire à régler, alors entendons leur récit dans la salle d'audience. »
Personne ne s'y opposant, nous nous mîmes en route vers la salle d'audience sur l'ordre de Lionel.
À la sortie de la chambre de l'empereur, les quatre soldats démonisés étaient ligotés avec des cordes par six autres soldats.
« Ramenez ceux qui ont été démonisés à leur forme originale. Emmenez-les avec vous. »
Sur l'instruction de Lionel, nous nous dirigeâmes vers la salle d'audience, formant un groupe conséquent.
Les gens du château nous jetaient des regards, mais du fait de l'effectif, même en portant l'empereur inconscient, cela ne tourna pas au tumulte.
Nous parvînmes devant la salle d'audience, mais Lionel ne s'arrêta pas et ouvrit la porte située derrière le trône.
« Commençons par prendre ce qu'il y a à prendre. »
Je ne comprenais pas le sens de ses mots, mais en le suivant à l'intérieur, je compris qu'il s'agissait du trésor royal.
« Hein ? »
Pas seulement moi, tout le monde figea en voyant l'attitude de Lionel.
On pouvait s'y attendre d'un général, il connaissait l'emplacement du trésor, mais… comment avait-il ouvert la serrure ?
« Ce trésor contient des outils magiques et des médicaments qui permettent de récupérer de la puissance magique. Il vaudrait mieux soigner les démonisés d'abord. »
Ce que disait Lionel était plein de bon sens, mais je décidai tout de même de demander l'autorisation au prince Albert, responsable sur place.
« Dans ce cas… Altesse Albert, cela vous convient ? »
Pour éviter qu'on ne m'accuse plus tard de vol, je voulais avoir son accord explicite.
« Ah. Cette fois, je vous ai causé bien des ennuis. Comme convenu, je vous céderai quelques objets du trésor. »
Altesse Albert restait blotti contre Melfina même après le déplacement, mais il ne montrait plus aucune hésitation et assumait parfaitement son rôle de prince.
… Même s'il l'assume, c'est normal puisqu'il est de sang royal à la base.
« Luciel-sama, voici. »
Ce que Lionel sortit du trésor et me tendit n'étaient pas des potions de mana, mais un joyau scintillant et un collier.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Cette sphère est un Cristal de Mana. On peut y stocker et en extraire de la puissance magique selon l'attribut. Et ceci est le Collier du Roi des Esprits. La légende dit qu'en le portant, on utilise plus aisément la puissance magique et qu'elle en coûte moins. »
Vraiment digne de l'Empire… le trésor regorge de pièces rares.
« Le Collier du Roi des Esprits, il suffit de le porter, mais comment utilise-t-on ce Cristal de Mana ? »
« Apparemment par manipulation de la puissance magique. »
Je pris le Cristal de Mana en main, imaginai faire circuler ma puissance magique interne dans le cristal, et la fis passer. Je fus surpris de sentir ma puissance magique augmenter brutalement.
« Incroyable… »
En un instant, ma puissance magique fut au maximum.
Ensuite, je mis le Collier du Roi des Esprits autour de mon cou et me tournai vers les soldats démonisés pour entamer l'incantation.
« Ô Dragon Sacré, deviens la lumière qui libère tout, avale toutes les malédictions et souillures, et accorde la purification salvatrice aux âmes mauvaises. »
Là encore, je sentis ma puissance magique s'écouler massivement, mais au moment où mon cou sembla briller, la sensation de perte s'arrêta.
Je craignis un échec, mais en voyant le Dragon Sacré engloutir et purifier les soldats démonisés, je compris que la consommation de puissance magique avait vraiment été réduite.
« C'est incroyable… »
C'était véritablement un trésor national.
Quand le Dragon Sacré translucide à la lumière bleu pâle eut traversé les soldats et disparut, ceux-ci avaient retrouvé forme humaine. Mais comme ils semblaient visiblement épuisés, j'activai immédiatement Extra Heal.
« Puis-je vraiment les accepter… ? ! »
Alors que je m'apprêtais à reconfirmer auprès d'Altesse Albert, je remarquai que l'expression détendue du prince, qui tenait Melfina, avait disparu, et je suivis son regard. Au bout se trouvait Paula, cette oni.
Paula s'était infiltrée dans le trésor on ne sait quand, et maniant habilement une multitude de mini-golems, elle expertisait les trésors.
Et seuls les objets qui trouvaient grâce à ses yeux étaient apportés par les mini-golems jusqu'à Paula avant de disparaître… ce cycle se répétait.
Le nombre d'objets approuvés par Paula dépassait largement la vingtaine.
« Paula, ce nombre, c'est quand même non. »
« … Les golems sont individus et groupe, groupe et individus. Les golems ont fait de leur mieux. »
Paula bombait le torse en disant cela, mais comme Altesse Albert, d'ordinaire si timide, intervenait, je décidai de refuser.
« Dommage, mais comme c'est Paula qui les contrôle, c'est non. »
« C'est mesquin. Mais au moins ça, je le veux. »
Ce que Paula me montra en disant cela était une bague d'apparence banale.
En la voyant, Altesse Albert afficha un air soulagé, puis l'approuva.
Quand Paula arbora un sourire éclatant, nous fûmes les seuls à comprendre que cet objet était exceptionnellement rare.
Quant à Lionel, il présenta à Altesse Albert une grande épée, un grand bouclier et une longue lance, puis annonça :
« Ce sont mes biens que Sa Majesté avait confisqués. Je les récupère donc. »
« Soit. »
Ensuite, Estia, Kefin et Kety, sous prétexte que c'était amusant, cédèrent leurs droits à Paula, ce qui fit à nouveau paniquer Altesse Albert. Pendant ce temps, je sortis Ryzaak du cercueil de l'Ermite et fis le réveiller par Estia.
Une fois informé que tout était fini, Ryzaak resta hébété, mais sembla tout comprendre et promit de tout raconter avec Gradias.
Et nous fîmes tout nous dire sur les démons et la démonisation, mais…
« Donc vous ne saviez pas combien de personnes l'empereur et Cloud avaient démonisées, ni pourquoi ils poussaient à la démonisation ? »
« Oui. Je ne savais pas que des démons allaient et venaient dans le château. On m'avait seulement ordonné, en me marquant de la marque d'esclave, de ne parler à personne de mon père et de Cloud… Je n'étais sur place que parce qu'on m'avait dit qu'il y aurait une attaque. »
« Puisque vous sortiez de ce laboratoire, vous avez vu les démonisés, non ? »
« J'avais entendu dire que c'était un laboratoire pour incorporer des démons… pour absorber leur pouvoir. Les soldats et les esclaves étaient les hommes de main de Cloud, je ne pouvais rien dire. »
Malheureusement, l'interrogatoire de Gradias ne donna rien.
Je me tournai vers Ryzaak pour le questionner.
« Donc vous avez trahi parce que Cloud vous a proposé un marché : devenir espion pour surveiller les mouvements d'Altesse Albert et les siens tout en étant esclave, ou être démonisé, et vous avez choisi l'espionnage ? »
« C'est ça. Ceux qui avaient été démonisés n'étaient plus humains. J'ai jugé qu'il valait mieux choisir l'espionnage que d'abandonner mon humanité. »
« Mais la marque d'esclave a disparu à Ébiza, non ? »
Pourtant, il resta du côté de Cloud, il devait y avoir une raison.
« J'ai vu l'empereur se téléporter, et j'ai pensé qu'on ne pouvait pas lui échapper. Gagner contre autant de soldats démonisés, celui qui le croirait serait fou. »
On m'a traité de fou par implication, mais effectivement je ne me vois pas battre des soldats non démonisés, donc l'argument de Ryzaak tient la route.
Si l'empereur se téléportait sans qu'on s'y attende, ce serait trop effrayant.
« Bon, peu importe. Disons-le quand même : votre sort est entre les mains d'Altesse Albert, donc selon l'impression que vous ferez, votre avenir en dépendra. »
« … Il reste encore quelques démons dans ce château, mais ils sont probablement morts. Tous les esclaves portent la marque de Cloud à l'avance, donc s'il meurt, ils mourront aussi. Il disait que les esclaves de l'empereur sont des pièces qu'il utilise et qui lui sont proches. »
« Alors ça veut dire qu'il n'y a plus de démons dans l'Empire, c'est bien ça ? »
« Ah… non, il n'y en a pas dans le château, mais « Luciel-sama, on a une communication de Dolan. » »
J'avais oublié que jehad confié la Pierre de Communication à Lionel, mais il semble qu'un message urgent, que Lionel ne pouvait pas juger seul, soit arrivé.
« Prête. »
Je pris la Pierre de Communication des mains de Lionel et me concentrai pour me connecter à Dolan.
« Dolan, ça va de votre côté ? »
« Ah, nous on va bien. Mais tout à l'heure, on a croisé un chevalier dragon de l'Empire, un seul. Il nous a ignorés et a foncé vers vous à toute vitesse. Par précaution, nous survolons le château impérial en cercle. »
« Je vois. Tu peux attendre un peu ? »
Avant d'avoir la réponse de Dolan, j'appelai Lionel.
« Lionel, si un seul dragon ailé revient du front, quelles situations sont envisageables ? »
« Quand on a pris un fort ennemi sur le champ de bataille, les autres cas sont la percée du front ou un événement imprévu. »
« Sage, si le problème est ça… « Excusez-moi. Juste avant le combat contre Louvre, l'unité spéciale a commencé à attaquer sans distinction amis et ennemis… » »
Un soldat s'engouffra dans la salle d'audience, et, visiblement paniqué, sans même bien vérifier qui était là, il coupa la parole à Ryzaak pour nous transmettre l'urgence.
« … C'est ça que tu voulais dire ? »
« … Euh, ouais… »
Ryzaak avait sans doute voulu garder cette info comme monnaie d'échange, car il avait l'air abattu.
Mais ce n'était pas le moment de s'en occuper.
« Ça veut dire qu'il faut aller sur le champ de bataille, non ? »
Regarder le visage de Lionel pour le demander fut une erreur.
« Oui. Cela créera une dette encore plus grande envers l'Empire, et si on laisse faire, ce deviendra très problématique. »
« Je vois. Et l'empereur, on en fait quoi au final ? »
« Estia l'endort avec sa magie des ténèbres, mais on ne sait pas jusqu'à quand elle tiendra. »
« C'est embêtant… hein ? »
« Qu'y a-t-il ? »
Je fixai le soldat qui était entré en panique tout à l'heure, car son visage me disait quelque chose.
« Kefin, Kety, attrapez ce soldat qui a fait le rapport. »
À mon ordre soudain, les deux réagirent immédiatement.
Et en un instant, le soldat capturé fut amené près de moi, et effectivement, c'était un visage que je connaissais.
« Depuis Ienies, c'est vraiment les retrouvailles. »
« … Pourquoi un Guérisseur de rang S est-il ici… »
Je remerciai ma Chance souveraine d'avoir fait se croiser à point nommé le personnel nécessaire.
« Bon, y a plein de trucs, mais d'abord j'ai besoin que vous fassiez plusieurs choses. Coopérez, d'accord… monsieur le marchand d'esclaves. »
Avant de partir au front, je pus souffler soulagé, l'inquiétude de l'arrière étant dissipée.