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The Great Cleric

Chapitre 244

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Chapitre 244

Chapitre 244

Chapitre 244/36467%~10 min de lecture1 856 mots

Le lendemain de la réunion de stratégie, la résistance menée par le prince Albert quitta les lieux en direction de la capitale impériale.

J'espérais que cette fois, ils écouteraient correctement ce que disait M. Bazak.

C'est en pensant à cela que je ruminais les informations qu'Estia et les autres avaient extorquées la veille.

« Mais dites donc, ce faux Lionel… Cloud, qui brise les chaînes des esclaves liés au duché de Branju… pour être honnête, je suis surpris. »

« C'est pourtant plausible. Si sa magie humaine s'est transformée en magie démoniaque, il n'est pas aberrant que la marque d'esclave se soit altérée du même coup. »

C'est Lionel, qui marchait un demi-pas devant moi, qui prit la parole.

Je n'avais jamais entendu dire qu'une marque d'esclave pouvait disparaître par altération de la magie, et il semblait que personne d'autre ne le savait non plus.

Bon, cela dit, ce n'est pas juste une altération : sa race elle-même a changé pour devenir démon, donc ce n'est pas impossible.

Si la magie s'altère, est-ce que la carte d'aventurier et ce genre de choses deviennent inutilisables telles quelles ? Tandis que je tournais cette question naïve dans ma tête, je demandai à Lionel ce qu'il pensait de la bourde du duché de Branju.

« D'ailleurs, le duché de Branju a-t-il bien pu envoyer Cloud vers l'Empire sans avoir vérifié un point aussi simple ? »

« Les recherches sur la démonisation ont vraiment progressé ces temps-ci. Il se peut qu'un être démonisé parvienne à ramener sa magie à l'état initial par sa seule volonté… ; le plus probable, c'est qu'ils n'aient tout simplement pas eu le temps d'enquêter. »

« … C'est vrai, ça se tient. Mais rien que de savoir qu'il y a plus de cinquante soldats démonisés, voire plus de cent selon les prévisions, ça calme sérieusement l'enthousiasme pour l'opération. »

On avait aussi appris qu'une cinquantaine de personnes étaient démonisées dans l'Empire, mais je préférais ne pas gober ce chiffre sans vérification.

Plus important encore, on avait compris que l'Empereur lui-même tolérait la démonisation.

Quand il l'avait appris, l'expression de Lionel était devenue celle d'un dieu de la guerre avant la bataille, terrifiante à voir.

« Ceux qui sont devenus démons par volonté propre retourneront à la terre ; pour ceux qu'on y a forcés, s'ils peuvent redevenir ce qu'ils étaient, certains seront sauvés. »

Les paroles consolantes de Lionel me firent sentir un tout petit peu soulagé.

« C'est ça, ouais. Ceci dit, hier je n'ai pas pu demander parce que M. Bazak et les autres étaient là, mais quel genre d'interrogatoire avez-vous fait pour tirer autant d'infos ? Ils ont craché le morceau étonnamment vite, non ? »

« Oui. En leur faisant boire trois coupes d'Objet X selon la méthode de M. Garba, ils ont commencé à parler immédiatement, et nous en avons été surpris nous-mêmes. »

« C'est parce que Luciel-sama peut boire l'original pur qu'il est anormal, nya. »

« Mais grâce à ça, nous pouvons sortir comme ça, alors merci, Luciel-sama. »

Kefin, qui travaillait en tête, s'arrêta, se retourna pour répondre, puis Kety se moqua de moi et Estia me porta aux nues : un échange pour le moins étrange.

Ces trois-là s'entendent drôlement bien, quand même. Je décidai en moi-même de leur confier les prochains interrogatoires.

En même temps, Kety n'extériorise pas ses sentiments autant que Lionel, mais pour cette affaire, je me disais qu'on pouvait leur faire confiance.

C'est l'impression que j'en eus.

« Je ne sais pas si on me flatte ou si on me rabaisse, c'est délicat à juger… ; au fait, la réunion a repoussé l'assaut sur l'Empire d'une semaine, non ? »

« En effet. Maintenir cette tension sans la laisser retomber n'est pas chose aisée. »

Lionel acquiesça profondément et continua d'avancer.

Mais ce n'était pas ça que je voulais dire.

« D'ordinaire, dans ce genre de situation, la procédure voulait qu'on raccompagne Rina et Nanya à la capitale sainte, non ? »

« Ces deux-là, pour tout ce qu'elles disent, ne veulent pas se séparer de Dran-dono. »

Effectivement, hier soir, quand j'ai annoncé qu'on rentrait à la capitale parce qu'on avait du temps, elles ont dit qu'elles restaient à Ebiza, mais c'était sûrement parce que Dran y était.

« Même so, on a décidé de faire de cette semaine des jours de repos, non ? »

« C'est ça, nya. Donc dans ces moments-là, une distraction comme ça s'impose, nya. »

J'approuvai les mots de Kety.

Pourtant, ce matin-là, je n'avais pas réalisé que chacun avait sa façon de se changer les idées.

C'est en poussant un profond soupir face à cette prise de conscience que Kefin, qui venait de finir son travail, m'appela.

« Luciel-sama, le désamorçage des pièges est terminé. »

« Ah, l'escalier devrait apparaître bientôt. »

« Alors j'y vais en éclaireuse. »

Et comme Estia, carte en main, l'annonçait, Kefin s'élança pour neutraliser les pièges probables plus loin.

Voilà. Nous étions en train d'explorer le labyrinthe qui relie désormais Ebiza à l'Empire.

Comme on avait acheté plein d'ingrédients et de vivres dès le matin, j'avais bien trouvé ça un peu bizarre.

Mais je m'étais dit, impressionné, que c'était sans doute pour parer à tout imprévu en territoire impérial, et j'avais laissé courir.

Avant que je ne m'en rende compte, on raccompagnait le prince Albert et les siens jusqu'à l'entrée du labyrinthe, et hop, on se mettait à le conquérir. C'est clairement louche, mais comme tout le monde avait l'air de s'amuser, je n'ai pas trop osé fourrer mon nez.

Je me demande sérieusement si c'est ça, la « bonne » façon de profiter d'un jour de repos, mais comme personne d'autre n'émettait d'objection, je me résignai à plonger dans le labyrinthe.

« Lionel, utiliser la semaine de repos pour conquérir un labyrinthe, y a pas un truc qui cloche ? »

« C'est la meilleure méthode pour ne pas mourir, comme vous le dites toujours, Luciel-sama. On a eu la chance de mettre la main sur la carte de ce labyrinthe, et peut-être que vous y découvrirez de nouveaux pouvoirs. »

Ce que dit Lionel, je le comprends. Prendre les meilleurs moyens pour survivre, c'est bien ce que je dois faire maintenant.

Mais aller à la guilde des aventuriers dès l'aube, gagner un match irrégulier un contre cinq, acheter la carte du labyrinthe, y entrer et rester constamment en première ligne pour trucider des monstres… est-ce anormal de trouver que quelque chose ne tourne pas rond ?

Je me creuse la tête.

« C'est vrai, tu dis toujours que c'est la meilleure méthode pour ne pas mourir. Donc monter en niveau n'est jamais une erreur, je ne le pense pas non plus. Mais… est-il vraiment nécessaire de se mettre une telle pression ici et maintenant ? »

« Oui, même ça ne suffit pas. Les héros et braves qui ont marqué l'histoire ont toujours été entraînés dans les conflits, en toute époque. Et Luciel-sama ne fait pas exception : vous serez inévitablement happé par les troubles à venir. »

« … Mauvais présage. En plus, tu le dis avec une certitude flippante. »

Si l'instinct de guerrier de Lionel lui dit ça, la probabilité n'est pas nulle, et c'est bien ce qui m'embête.

« Oui. Jusqu'ici, j'ai déjà vécu des expériences qu'on ne croirait pas possibles en temps normal, alors j'ai le pressentiment que Luciel-sama sera encore mêlé à bien des choses à l'avenir. »

Lionel, qui balance ce funeste pressentiment en plein labyrinthe, affiche un visage rafraîchissant, comme s'il ne le trouvait pas funeste du tout.

Lionel ne me livre presque jamais ses vrais sentiments. Il se contente de veiller sur ma progression. C'est l'impression que j'ai toujours eue.

C'est pour ça que, après qu'il m'ait protégé en combattant le dieu maléfique, au prix de tous les niveaux et compétences qu'il avait accumulés jusqu'alors, j'ai eu envie de lui demander ce qu'il en pensait.

« Avec un pressentiment pareil, t'as bien continué à être mon serviteur. C'est super appréciable, mais Lionel, t'es vraiment bien tel que tu es, à mes côtés ? »

La remarque avait un côté un peu méchant, mais Lionel a maintenant une famille à Yenice.

Il n'est plus esclave ; pourquoi continue-t-il à me suivre à ce point ? La question me trottait dans la tête depuis longtemps.

Pourtant, en entendant mes mots, Lionel ne sembla pas plus troublé que ça, se tourna vers moi et dit :

« … Quand j'étais général de l'Empire, je ne pensais qu'à l'Empire. Je ne crois pas m'être trompé, mais il y avait toujours un vide. »

« Y a pas de guerre maintenant, mais ces derniers temps, tu nous embarques dans des conflits à l'occasion ; au fond, c'est pas pareil qu'à l'époque de l'Empire ?  »

Certes, depuis qu'il est mon serviteur, il vit loin des guerres ; pourtant, de force majeure ou non, on l'a obligé à risquer sa vie contre des démons, un dieu maléfique…

Mais au moment où je pensais ça, Lionel sourit et ouvrit la bouche.

« Ôter la vie à quelqu'un, c'est fermer à jamais l'avenir de cette personne. À l'époque des guerres, je me battais toujours en espérant que l'ennemi batte en retraite, tout en courant sur le champ de bataille pour que mes alliés ne soient pas blessés. C'était terriblement vide.  »

L'époque impériale de Lionel, hein… j'y avais peu réfléchi, et je n'en avais jamais entendu parler.

« Comparé à ça, c'est le jour et la nuit. Depuis que je suis votre serviteur, j'ai connu maintes batailles qui font vibrer le cœur, j'ai vécu des expériences impossibles en temps normal. Et j'ai même eu cet incroyable cadeau : mon corps a rajeuni. »

Lionel dit ça en souriant. Son sourire ne laissait transparaître ni regret ni résignation.

« Pas de regrets ? »

« Aucun. J'ai combattu des dragons, j'ai croisé le fer sérieusement avec Senpû le Tourbillon, j'ai affronté des démons et un dieu maléfique. Et grâce à ce rajeunissement, je peux viser des sommets encore plus hauts. En plus, j'ai maintenant une famille. »

« Tu tranches net, hein. »

« Hah. Ce n'est pas ça. Je considère que protéger Luciel-sama, c'est protéger l'avenir de ce monde. »

« Arrête de lier l'avenir du monde à ma personne. Quoi qu'il en soit, c'est trop d'attentes. »

« C'est une évaluation juste. D'ailleurs, j'ai une ambition. »

« Une ambition ? Je peux l'entendre ? »

« Oui. En tant que premier serviteur et ancien général impérial ayant soutenu le Sage Luciel, figurer dans la biographie qui sera écrite sur vous. »

Une balle courbe inattendue me laissa coi.

« Hein ? »

« Quand la biographie de Luciel-sama existera, je veux qu'on s'y souvienne de moi comme du vassal loyal qui a soutenu le Sage Luciel. Ahahaha ! »

Lionel partit d'un grand rire et continua d'avancer.

« Biographie… Si je regarde celle de Reinster-sama, c'est impressionnant, mais la mienne à côté… n'aurait pas lieu d'être. »

Je baissai le moral tout en descendant vers le dixième niveau du labyrinthe.

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