On dit qu'autour du labyrinthe de Grandol, il y a toujours une ville, si petite soit-elle, et après avoir fait avancer la carriole un moment une fois le soleil couché, des lumières apparurent au loin, ce qui nous évita de devoir bivouaquer.
Le fait qu'une ville se trouve près d'un labyrinthe est dangereux, car les monstres peuvent en déborder comme cette fois-ci, mais comme c'est le siège de la guilde des aventuriers qui la gère, le problème est résolu rapidement.
L'objectif est de sécuriser des pierres magiques de manière stable, ce qui en fait le seul pays capable d'en exporter vers Neldahl.
« Maître, pourquoi êtes-vous venu au labyrinthe alors qu'on apercevait la ville ? »
« L'actuel toi ne possède pas cette atmosphère tendue… cet air affûté. C'est pour le cultiver. »
« … Y a-t-il jamais eu un moment où vous aviez une telle atmosphère ? »
« Oui. Quand nous nous sommes battus à la guilde des aventuriers de la capitale sainte. Si tu avais continué à grandir comme ça, ce serait été bien, mais hélas, il te manque maintenant le sens de la crise, ou plutôt la tension. »
…… Quand il parle du combat à la capitale sainte, c'était bien… quand j'ai conquis le Labyrinthe des épreuves, non ?
C'était quand je plongeais sans cesse dans le labyrinthe, frôlant la mort, et que j'ai réussi à m'en sortir d'une manière ou d'une autre…
Même rien qu'en y repensant, je me dis qu'il est miraculeux d'avoir survécu…
« À cette époque, j'étais désespéré pour survivre… »
« C'est ce qui te manque maintenant. Puisque le Démon de guerre est là, tu t'en sors souvent au combat, et tu dois avoir un sentiment de sécurité. Mais je pense que cette sécurité ralentit ta vitesse de progression. Puisque tu n'as pas de talent, tu as passé plus de temps que moi ou que le Démon de guerre sur le fil du rasoir, donc retrouver cette sensation devrait être possible. C'est à partir de là que commence le véritable entraînement. »
Certes, tous deux ont dû connaître le fil du rasoir, mais ils n'ont pas l'expérience de s'être fait couper bras et jambes pendant plus de six mois comme moi, donc ce que dit le maître est peut-être juste.
Mais ce qui m'inquiète, c'est que « c'est à partir de là que commence le véritable entraînement ».
« Enfin, à ce moment-là, je pense que je n'aurais pas été étonné de devenir fou… »
Si je n'avais pas bu l'Objet X pour augmenter ma résistance mentale, si je n'avais pas eu l'Oreiller d'Ange, j'aurais eu bien des raisons d'abandonner, mais le plus important, c'est que je n'ai pas renoncé.
Mais si je me bats avec eux deux, je pense que cette sensation reviendra vite, non ?
« Luciel, c'est pour que tu puisses transformer ta propre lâcheté en arme, une arme que seule ton sens affûté peut te donner, que nous faisons cet entraînement. C'est pour cela qu'il faut un peu te pousser dans tes retranchements… »
« … Qu'est-ce que vous comptez me faire faire exactement ? »
Sous le regard glacé du maître, tous les pores de mon corps s'ouvrirent et une sueur froide me parcourut.
Je m'étais préparé à l'entraînement de Maître Brod, mais mon corps faillit se figer en entendant qu'il allait me pousser dans mes retranchements, car ce ne serait pas à moitié.
En y repensant, il ne m'a jamais laissé utiliser le Soin pour les courbatures ou les contusions, il m'a taillé au sabre pour de vrai pendant l'entraînement, il a lâché sa soif de sang pour voir si je ne pouvais vraiment plus me relever quand je tombais, et je n'en garde pas un bon souvenir.
« Pour le dire simplement, je vais faire en sorte que tu puisses vivre en ne percevant que le ki et la puissance magique. »
« Hein ? »
« Normalement, on ne peut pas faire faire une chose aussi dangereuse, mais comme Luciel peut utiliser la magie de soin, il devrait pouvoir l'acquérir. Lire les présences, prendre l'initiative après l'adversaire, l'essence de l'art martial. »
Même si on me parle d'un truc aussi mangaesque…
Et puis, le fait que le maître dise « devrait pouvoir » avec un espoir, ça veut dire qu'il y a moins de cinquante pour cent de chances que ça marche.
« … Y a-t-il déjà eu des gens capables de faire ça ? »
« Il parait qu'il y en a eu plusieurs, en incluant Seigneur Reinster. Mais comme on dit que Seigneur Reinster entendait la voix des esprits, c'est peut-être un peu différent. »
Même avec un si beau sourire… dit autrement, ça veut dire que Seigneur Reinster n'a pas pu le faire, ou que ce n'était pas nécessaire, non ?
Et il essaie de me le faire apprendre, mais est-ce que c'est vraiment nécessaire pour moi ?
À un type ordinaire comme moi… alors que je sentais une soif de sang dans le dos et que je me retournais, il y avait Lionel et les autres qui avaient l'air de s'amuser.
« Magnifique. À l'avenir, augmentons progressivement ce que vous pouvez faire. »
« À part la soif de sang, c'était un échec total, donc ça risque de prendre du temps, nya. »
« Nous aussi, nous vous soutiendrons de toutes nos forces, alors devenons plus forts ensemble. »
« Luciel-sama, vous pourrez sûrement tout réussir. »
« Lydia et moi aussi, nous vous aiderons. »
« Je vous prêterai mon humble aide pour que vous puissiez percevoir la puissance magique des esprits de chaque attribut. »
Pour une raison quelconque, mes serviteurs étaient pleins d'entrain.
Et puis, je me demande pourquoi ils ont l'air ravis d'apprendre mon entraînement, mais ils vont sûrement regretter de m'avoir fait faire cet entraînement spécial.
Puisque le temps que le maître me consacrait va être redistribué à tous.
Et puis, c'est un monde infernal où aucune faiblesse n'est permise.
« Faites de votre mieux pour répondre aux attentes de vos serviteurs. »
« Gyaaaaaaah ! »
Au moment où le contenu de l'entraînement fut décidé, le maître me creva les yeux sur-le-champ.
Je me dépêchai d'essayer d'utiliser le Soin extrême, mais je sentis la soif de sang du maître et pris de la distance.
« Bonne réaction. Tu peux enlever la douleur avec le Soin, mais si tu guéris pour que ça voie, la prochaine fois, je t'arracherai les yeux. »
Je savais que cette parole terrifiante n'était pas une simple menace.
Le maître est un homme qui fait ce qu'il dit.
Mais contrairement à avant, je décidai de prouver que je savais dire non, pas seulement oui.
« Maître, quand est-ce qu'on fait le combat d'entraînement avec Lionel ? Je l'attendais avec impatience à tous les deux. N'y a-t-il pas quelque chose à faire avant de m'entraîner ? »
« Bien sûr. Mais pour que je revienne à mon apogée et que le Démon de guerre retrouve sa forme, il faut enlever la rouille. Si Luciel parvient à sentir le souffle de la terre et le flux de l'atmosphère pour saisir les présences et la puissance magique, il devrait pouvoir imiter tout mon être et l'élever au rang de sien. Si c'est le cas, il n'y a aucune raison de ne pas pouvoir gagner, que l'adversaire soit un dragon ou un démon. Pour que mon disciple y parvienne, je vais recréer mon apogée à partir de maintenant. »
« Tourbillon. Luciel-sama n'est pas seulement ton disciple. Bon, je reconnais au moins cette ardeur. Mais imiter ne suffit pas. Si tu peux sentir les mouvements, il te faut les réflexes pour y réagir, la technique pour les parer, et la capacité physique qui va avec. »
« … Ce genre de choses, on peut s'en sortir comment qu'on veut en montant de niveau. Et puis, si on arrive à saisir les présences et la puissance magique, en nous imitant, on devrait aussi pouvoir sentir la différence avec soi-même. »
Le but final de l'entraînement, c'est de nous imiter tous les deux… c'est impossible.
« Luciel, change d'état d'esprit. Si tout s'accomplit, une vie paisible t'attend. »
Sur ces mots, j'entendis les pas du maître s'éloigner.
Je trouvais ce maître dingue, mais je ressentais une nostalgie face à cet entraînement déraisonnable qui était pourtant pour mon bien.
En imaginant la dureté de passer du temps dans le labyrinthe des fourmis sans la vue, j'en avais les larmes aux yeux, mais comme leurs attentes me faisaient plaisir, je décidai de m'accrocher.
« Le maître a l'air de ne pas manger, mais on dîne ? »
« Moi, je mange, c'est sûr. »
Entendant ma voix, le maître fit demi-tour, ses pas résonnant.
Pour le repas, il suffisait de toucher le Sac magique pour savoir ce qu'il contenait et le sortir de la liste, donc il n'y eut aucun problème pour le repas de tous.
Mais on me mit une cuillère et une fourchette dans les mains, et comme je ne pouvais pas manger sans qu'on me guide, j'ai dû subir l'humiliation du « ah~n »… par le maître.
« Luciel, l'actuel toi est comme un nourrisson. Si c'est frustrant, deviens capable de tout percevoir. »
Je savais que c'était une remontrance encourageante, mais il n'était pas question de rester comme ça, et je ne pouvais pas perdre du temps pour quelque chose dont je ne savais pas quand je l'atteindrais, alors j'invoquai mon soutien mental, mon pilier.
L'Appréciation de la maîtrise des compétences.
Aveugle, je vérifiai quelle maîtrise montait, et je pris la décision de commencer à chercher une méthode d'acquisition efficace pour maximiser la progression.
Retrouvant cette sensation après si longtemps, l'anxiété laissa peu à peu place au plaisir, et je résolus de mettre tout mon cœur à surprendre le maître.