Le représentant des représentants avait à peine commencé à se déplacer vers la salle de réunion qu'une voix l'interpella.
« Tu peux y aller devant, je te rejoins. »
Garba lança cela et disparut.
« Comme on s'y attend d'un ermite, nya. »
Kety, derrière moi, portait ce jugement, mais je donnais la priorité à ma discussion avec Gurga.
Toujours cet ours… la présence de Gurga évoquait l'ours noir d'Asie dont je gardais le souvenir de ma vie antérieure.
Gurga me regardait en souriant. Apparemment, il voulait parler de miel.
« Franchement, je suis surpris que tu aies noué des relations amicales avec les Hatch. Le miel, ça ne court pas les rues. Alors quand tu as reçu du miel, je me suis dit que peut-être… mais bon. C'est une race qu'on croise rarement, d'ordinaire. »
« Notre rencontre était purement fortuite. Et j'essayais de rendre Yenice plus vivable, mais… je n'ai fait qu'échouer. »
« C'est bien ce que je me disais. Pourri jusqu'à la moelle, ce pays, peu importe qu'on devienne Tueur de Dragon. Tu sais pourquoi Garba a quitté Yenice ? »
« Non. Olga m'a seulement dit qu'il était autrefois appelé enfant prodige. »
« On lui a fait tout porter, sans qu'il soit représentant, et on lui a rejetté la faute à chaque échec. C'était son quotidien. Alors quand je me suis inscrit comme aventurier, on a quitté Yenice à deux. »
« … Garba qui abandonne. »
Ce pays pourrit depuis si longtemps.
« Il regrette que les contrecoups de l'époque te fassent souffrir aujourd'hui. »
« … Je commence à comprendre, dans ma chair, la difficulté de gérer les gens. Ces temps-ci, je n'ai qu'une envie : partir en voyage… »
Dans ma vie précédente, salarié, le travail hors de ma spécialité… moi, je décrochais les contrats, je rédigeais les bons de commande avec dates et spécifications, et je confiais le reste au bureau d'études.
Mais maintenant, je dois assumer la responsabilité de tout. Comme le patron d'une PME.
Tout le poids de la responsabilité m'écrase les épaules.
« Cette fois, ce ne sont pas les représentants qui ont tenté d'étouffer la corruption du pays en te faisant devenir Tueur de Dragon grâce à la conquête du labyrinthe activé, ce sont les anciens qui sont fautifs. On t'a porté aux nues. »
« Les anciens ? »
Des anciens… je n'en avais jamais entendu parler.
Et c'est Jasuan qui avait propagé le titre de Tueur de Dragon.
Devant mon air interrogatif, Gurga m'expliqua simplement.
« Les représentants des huit races sont tous jeunes, non ? Le plus âgé doit avoir la quarantaine. Pourquoi ? Parce qu'il y a le Conseil des anciens… les chefs de clan, ces nuisibles vieillards, qui donnent les ordres. »
« … Je n'ai jamais entendu une chose pareille. »
« Au-dessus des représentants, chaque race a des anciens qui les désignent. Pour un représentant, aller contre les anciens est impossible, en temps normal. »
« … ? »
« Le Conseil des huit races ne compte que huit races, non ? Et le vieux de la race des dragonnés possède une Bénédiction, donc les dragonnés ne peuvent pas lui désobéir. »
… Je réalise que j'ignore encore la plupart des choses sur Yenice.
« Ça allait si bien depuis quelques mois… »
Alors que je laissais échapper ce regret, Gurga posa sa main sur mon épaule et me chuchota les dessous de l'affaire.
« Tu as assaini le bidonville, favorisé les demi-hommes-bêtes et les sans-famille. Ça, les anciens ne l'ont pas supporté. Ils ont donc monté ce plan. »
« … Juste pour ça, ils ont provoqué une telle explosion ? »
« Ah. Tu comprendras les détails plus tard, mais comme les bâtiments se sont effondrés et que tu n'en es pas ressorti, ils ont saisi l'occasion pour faire porter la responsabilité à la Guilde des guérisseurs aussi. »
« … D'où Garba sort-il de telles informations confidentielles ? Et vous deux, vous n'êtes pas là depuis un moment déjà ? »
« On est arrivés à Yenice il y a trois jours. »
« Vous n'avez pas été repérés ? »
« Grâce à mon frère. »
« Et une fois à la salle de réunion, quel est mon rôle ? »
« Aucun. Tu as soufflé un vent nouveau sur Yenice, ligoté par ses vieilles habitudes. On t'a mis des bâtons dans les roues, mais tu as essayé d'améliorer l'environnement. Tu as le droit de te reposer un peu, le ciel ne t'en voudra pas. »
Tout en discutant ainsi, nous parvînmes à la salle de réunion. Les demi-hommes-bêtes y étaient encerclés par une coalition de bêtes-hommes menée par un tigre-homme.
À cette vue, je m'élançai, mais Gurga me retint par l'épaule.
« Rassure-toi. Personne n'est blessé, non ? J'avais déjà passé commande à la Guilde des aventuriers. »
En y regardant de plus près, une unité armée faisait barrage entre les demi-hommes-bêtes et les bêtes-hommes, empêchant toute attaque. À l'intérieur du périmètre, je distinguai Jasuan et Giaus.
« Qu'est-ce que cela signifie ? »
« Approche un peu, tu comprendras. »
Comme il l'avait dit, en m'approchant, je vis des bêtes-hommes âgés, ligotés et bâillonnés, ainsi qu'une quinzaine d'autres bêtes-hommes.
« T'as pas trop attendu. Luciel est sain et sauf. Luciel, voilà les responsables dont on parlait tout à l'heure. »
Au moment où Gurga l'annonça assez fort pour que tous l'entendent, l'assemblée bascula dans l'agitation.
Les vieillards grognaient, mais les bêtes-hommes capturés avec eux restaient calmes.
« Luciel-sama, merci d'avoir sauvé Dolstar-san. Nous aussi, sur l'ordre des deux personnes que vous estimez, nous avons correctement accompli notre travail. »
« Hein ? L'équipe de Kefin n'a pas de blessés ? »
« Non, aucun. »
Soulagé, je me tournai vers Gurga pour lui demander des explications, mais cette fois ce furent Jasuan et Giaus qui m'interpellèrent.
« Impressionnant. Nous pensions que Luciel-sama, qui bénéficie de la puissante protection du Dragon, ne pouvait pas mourir si facilement. »
« Quand on nous a demandé de propager la rumeur de votre mort pour attiser la foule, nous avons eu des sueurs froides. Mais les anciens, d'ordinaire si prudents et si rares en public, se sont tous réunis. Il n'y avait pas d'autre occasion, et tout s'est bien passé. »
Tous deux me montrèrent un visage rassuré, puis leurs yeux devinrent perçants en se posant sur les vieillards.
Je ne parvenais déjà plus à suivre la situation.
Voyant mon désarroi, Gurga commença à m'expliquer pas à pas.
« En fait, pour cette opération, on a utilisé des aventuriers. On leur a dit que c'était la dernière chance de redresser Yenice. »
« … Le terrain prévu pour l'école, l'ancien bidonville, et la Guilde des guérisseurs attaqués ? »
« Il y a quelques blessés, mais c'était le meilleur choix. »
« … Pourtant, au bidonville, il y avait des demi-hommes-bêtes mourants… Sacrifier le petit pour le grand, une telle stratégie… Moi, je… Est-ce que l'incendie aussi… »
Je comprenais à peu près le but de l'opération.
Mais peut-être suis-je trop tendre : je ne peux pas cautionner un plan qui blesse des gens.
« Pas du tout. Cette explosion nous a tout autant surpris. À la base, mon frère et moi avions prévu d'aller te voir hier, avant que ça n'arrive. »
J'en eus un soupir de soulagement.
Si eux avaient provoqué l'explosion sciemment, je les aurais méprisés.
C'est alors qu'une voix légère retentit.
« Yo, désolé de vous faire attendre. Il a utilisé une technique bizarre, il a failli s'enfuir. »
Garba arrivait, un tanuki-homme sur l'épaule, et un homme ligoté sous le bras.
L'atmosphère, bruyante un instant plus tôt, bascula dans un silence total.
« … Euh, celui qui est inconscient sur votre épaule, ce ne serait pas Warabis-sama ? Et l'autre, ses vêtements ressemblent à ceux de l'homme que j'ai secouru tout à l'heure… un humain ? »
« C'est terrible, non ? Il me revoit après longtemps et s'évanouit rien qu'à ma vue… Et celui-ci, c'est l'exécutant du sabotage cette fois. »
« Ha ? »
Pourquoi connaît-il l'exécutant ?
« Les demi-hommes-bêtes, vous reconnaissez ce visage, non ? »
Garba déposa Warabis au sol et tourna le visage de l'homme ligoté vers nous.
« … Na… Hattori, c'est pas toi ? »
Kefin cria.
Hattori ? Ce Hattori qui est censé être mort dans le labyrinthe ?
« Il avait dit qu'il était mort, non ? »
C'est Garba, pas Kefin, qui répondit à ma question.
« Il bosse dans l'ombre depuis un moment. Pas ici, pour l'Empire Ilmacia. »
« Cet homme, il doit une dette à Yenice, non ? »
« À l'origine, oui. Il a une capacité de métamorphose, il l'utilisait pour collecter des infos. Il transmettait la situation du bidonville aux anciens. »
« Kuh kuh kuh. La trahison, c't'à l'basis du ninja. Y'a pas d'mal à aller où on valorise mes capacités… de gozaru. »
Il a l'air d'un étranger qui aurait appris une connaissance erronée du ninja… c'est sûrement un réincarné.
« Désolé de te réveiller, mais ta capacité est déjà inutilisable. Un esclave criminel peut voir toutes ses capacités scellées. »
« C'est pas vrai… hein ? L'art de se défaire des cordes marche pas… de gozaru. »
« Hattori, pourquoi nous avoir trahis ? »
Dolstar, le chef des demi-hommes-bêtes, sortit du cercle et interrogea Hattori.
« Je suis reconnaissant qu'on m'ait ramassé, de gozaru. Mais j'ai une mission en tant qu'élu des dieux. »
« Un dieu ? La déesse Freyja serait descendue ? Des balivernes. Tu n'as pas un tel titre. »
« J'ai perdu la vie, et un dieu m'a sauvé… de gozaru. Si l'élu que je suis restait au plus bas, je n'aurais pas de visage à montrer à ce dieu. »
… C'est définitivement un réincarné.
Mettons de côté l'histoire des dieux, ce n'est pas le sujet. Le problème, c'est comment il perçoit la tentative de meurtre.
« Tu savais que Dolstar et les autres travaillaient là-bas. S'ils n'avaient pas été secourus, plus d'une dizaine de personnes seraient mortes. Qu'en penses-tu ? »
Hattori me dévisagea et répondit.
« C'est tout à cause de vous, de gozaru. Vous avez capturé les espions impériaux les uns après les autres, je me suis retrouvé sans fonds, j'ai dû accepter ce boulot. »
C'est là que Garba, qui tenait Hattori, posa sur lui un regard glacial et prit la parole.
« Ouais. Pur rejet de la faute. On va te faire causer sous la torture, alors tu peux déjà t'évanouir. Luciel, l'Objet X. »
« Heu, ah, oui. Tout de suite. »
Je sortis un tonneau et une tasse de mon Sac magique et versai l'Objet X.
C'est un réincarné, et un ninja endure tout, alors peut-être qu'il va le boire sans problème ? J'avais cette crainte. Sur l'ordre de Garba, Hattori se mit à boire l'Objet X, mais juste avant de finir, il révulsa les yeux et moussa.
« Luciel… lui filer du pur, t'es impitoyable. »
Gurga reculait, mais moi, je ne comprenais pas de quoi il parlait.
Alors commença le discours de Garba.
« Bonjour à tous, ravus de vous revoir, et pour ceux qui ne me connaissent pas, enchanté. Celui qui gît là, c'est le fils de Grauga, le chef du clan loup.
J'ai toujours détesté ce Yenice.
Dès mes quinze ans, j'assistais au Conseil des représentants aux côtés de mon père.
Ce que j'y ai vu, c'était une réunion qui n'avait de Conseil que le nom, où chaque race ne faisait que se tirer dans les pattes. Pas un lieu pour débattre de vraies politiques.
Qui proposait quelque chose et échouait voyait toute la responsabilité rejetée sur sa race ; qui réussissait ne réclamait que des droits. Une assemblée sordide.
Cette pourriture durait depuis l'époque de mon grand-père, qui avait chassé le Sage en lui faisant porter le chapeau de tous les maux, et avait détruit la Guilde des guérisseurs.
Le fait que les épices poussent aujourd'hui dans les champs, c'est parce que le Sage a récolté des graines du monde entier, enseigné leur culture, et ouvert des circuits de vente à l'étranger.
Ce n'est absolument pas le Conseil des représentants de Yenice qui en a décidé ainsi. »
Garba connaissait vraiment le Conseil.
« Mon frère a proposé trois politiques dans sa jeunesse. Deux ont réussi, une s'est fait massacrer. Tu le crois ? La troisième, le Conseil des anciens… le Conseil des chefs de clan avait déjà décidé de la tuer dans l'œuf. »
« Le Conseil des représentants et le Conseil des chefs de clan sont distincts ? »
« Ah. Comme je l'ai dit, ce sont les chefs de clan qui désignent les représentants pour deux ans. »
« Je ne le savais pas non plus. »
« Normal. »
Tandis que nous discutions à voix basse, le discours de Garba continuait.
« Pourquoi le guérisseur Luciel-sama a-t-il été porté à la tête de Yenice ? Pour camoufler les malversations des représentants d'alors.
Le représentant tigre, Shaza, a comploté avec Grohara, l'ex-vice-maître de la Guilde des apothicaires, pour vendre des informations nationales à l'étranger, empocher des sommes considérables, et acheter les anciens pour devenir représentant, comme l'enquête l'a prouvé.
D'autres, comme le représentant lapin, Liliard, ont détourné des salaires par de faux rapports. Pour cacher ces menus méfaits, on a placé Luciel-sama, guérisseur de rang S et Tueur de Dragon, à la tête du pays.
Les chefs de clan pensaient qu'il ne pourrait rien faire avant la fin de son mandat.
Mais il n'était pas ordinaire.
D'abord, il a nettoyé ce bidonville sale et puant.
Il a traité les demi-hommes-bêtes sans discrimination, parce qu'on ne choisit pas sa naissance. Résultat : ils n'ont jamais commis un seul crime.
Ensuite, pour que l'avenir de Yenice soit radieux, pour que la prochaine génération puisse s'épanouir, il a investi sa fortune personnelle pour construire une école.
La destruction d'aujourd'hui dans le district de guérison a été ourdie pour piéger les demi-hommes-bêtes et Luciel-sama. Cela aussi est établi.
Habitants de Yenice, est-ce acceptable ? Les bêtes-hommes sont-ils une race vile qui rend le mal pour le bien ? Si non, reconstruisons Yenice ensemble. »
Garba voulait, par cette affaire, tout remettre à plat, effacer les mauvaises coutumes.
Cependant, quand le projet d'école a été évoqué, il y a eu des murmures. Beaucoup ignoraient encore cette histoire.
C'est un choc considérable.
Je parlai bas à Gurga.
« Garba-san qui m'appelle avec "san", ça me démange le dos, mais… »
« Un discours, c'est fait pour ça. »
« Je me demandais : ne vaudrait-il pas mieux que Garba-san devienne le chef ? »
« Temporairement, oui. »
« D'ailleurs, la Guilde des aventuriers de Meratoni, elle va bien ? »
« Ah. Brod m'a dit de l'épauler un moment. »
« Je ne sais comment remercier Maître Brod. »
« Quand ton mandat finira, va le lui dire toi-même. »
« Oui. »
Je ne lève pas la tête assez haut devant Brod, qui nous a envoyés tous les deux.
« Vous êtes vraiment choyé, Luciel-sama. »
Lionel m'adressa la parole.
« Ah. À Meratoni comme ici, il m'a toujours aidé. Lionel, si je te libère de l'esclavage, tu passes au tutoiement tout de suite, d'accord ? »
« Kakaka. Je préfère comme ça. »
« Haa… réfléchis-y. »
Lionel se contenta de rire.
Garba enchaîna par une déclaration solennelle.
« Normalement, je ne peux pas les juger.
En tant que nouveau chef du clan loup, j'invoque mon droit de contrainte et l'exerce ici. »
Un murmure monta.
Succession de chef ? Droit de contrainte ? Je ne comprenais pas ces termes, alors je demandai franchement à Gurga.
« La succession de chef, c'est si simple ? Et le droit de contrainte, c'est quoi ? »
Gurga marqua une pause avant de répondre.
« D'abord, la succession. Elle n'a lieu qu'à la mort du chef ou s'il commet un crime méritant l'esclavage. Le clan se réunit, élit le successeur, et celui-ci prend la charge. »
« … Personne ne peut s'opposer à Garba-san, donc il a pu succéder directement… »
Devant ma remarque, Gurga ricana.
« Ouais. Personne à Yenice n'oserait contredire mon frère en face. Quant au droit de contrainte… »
Selon Gurga, le droit de contrainte comporte des risques.
Seul le chef de clan peut l'utiliser. Une fois invoqué, pendant dix ans, les représentants élus perdent leur droit de parole.
De plus, Yenice étant une démocratie, si le droit est utilisé sans que chaque clan n'ait été préparé en amont, les chances qu'il soit adopté sont quasi nulles.
Inquiet, je poursuivis mon interrogatoire.
« Cette fois, ça passera ? »
Gurga ricana à nouveau, un grand sourire aux lèvres.
« Cette fois, tous les chefs de clan des huit races ont commis des crimes méritant l'esclavage. Donc, à l'heure actuelle, le seul chef, c'est mon frère. Et dès que de nouveaux chefs seront désignés, le droit de contrainte sera réactivé. En réalité, il n'y a aucun risque. »
Ma conversation avec Gurga s'acheva. Je me tournai vers Garba, qui commençait à énoncer le contenu du droit de contrainte.
« Bon, moi j'y vais. Je vais cuisiner avec ça, alors prête-le-moi. »
Gurga récupéra le tonneau d'Objet X et marcha vers Garba.
Leur seule réunion semblait doubler la pression.
« Les huit anciens, instigateurs de ce chaos, seront tous exécutés et leurs biens confisqués.
Quant aux représentants actuels, les révoquer tous d'un coup risquerait de faire effondrer l'économie. On prévoit donc une période de transition pour la passation.
Ensuite, on les interrogera. S'ils sont innocents, ils ne deviendront pas esclaves, mais tous leurs biens personnels seront confisqués. Coupables, ils seront esclaves à vie, condamnés aux travaux de défrichement. »
« Ensuite, l'homme qui a causé l'explosion. Après son audition, ce sera au représentant de l'ancien bidonville de décider : exécution ou esclavage.
Pour Warabis, on a établi qu'il a été manipulé, mais il deviendra esclave. »
« Enfin, beaucoup ont participé à l'émeute. Normalement, tous deviendraient esclaves criminels, mais Luciel-sama a demandé la grâce.
Donc, quiconque boit la cuisine de Gurga et la boisson du Sage reçoit la grâce. Le choix est égal pour tous.
Sachez qu'il n'y a pas d'échappatoire. Tout le monde aura les mêmes conditions. »
« La cuisine, c'est moi, Gurga. Mangez et buvez une cuisine qui monte au ciel et une boisson dont l'arrière-goût ne s'efface jamais, et fêtons la naissance du nouveau Yenice. »
Gurga lança cela avec allégresse.
Je le regardais, me demandant si les sanctions de Garba n'étaient pas trop sévères.
Ou est-ce la juste mesure ? Je ne cessais de me le demander.
Je ne veux pas passer pour un type odieux en infligeant des peines dures… est-ce que je ne faisais que protéger ma position ?
S'il y avait des prisons, des tribunaux… j'ai réalisé que j'avais peur de juger les gens moi-même.
Des émotions contradictoires m'envahissaient, et de toutes parts s'élevaient cris et pleurs.
Pas des cris causés par l'Objet X, mais des colères contre Garba qui tentait de clore l'affaire par l'exécution des chefs de clan.
Certains criaient « parricide ». Garba ne revint pas sur sa décision.
J'ajoutai une seule chose.
« La date d'exécution sera fixée plus tard, c'est entendu ? »
Garba afficha un air surpris, puis acquiesça.
« Vous avez commis des crimes impardonnables. Vos âmes retourneront au ciel, vos corps à la terre. D'ici le jour de l'exécution, repentez-vous. »
Je n'ajoutai que cela.
« Alors, jusqu'au jour de l'exécution, les anciens et leurs affidés deviennent esclaves criminels. »
Ainsi, emmenés par les aventuriers, les anciens… les chefs de clan… disparaissaient. Je priai pour que Yenice devienne ne serait-ce qu'un peu plus normale.
Et moi, qui ne savais même pas qui juge qui dans ce pays tordu, ni où réside l'autorité, j'ai compris à quel point j'avais été manipulé par des informations de surface, à quel point ma position était précaire. Et cette prise de conscience me glaça d'effroi.