Tous les regards se portèrent sur moi.
Tous allaient sûrement suivre mon choix……
Selon les informations, un chimère se trouve dans la salle du boss. Mais cette fois, il y a aussi la possibilité qu'il y ait des morts-vivants.
Je ne veux absolument pas me diriger vers un lieu de mort certaine, et je ne veux pas non plus y envoyer les autres.
« … Il devrait y avoir un chimère à l'intérieur. Et il y a aussi la possibilité qu'un wraith s'y trouve… »
Incapable de me décider, je choisis d'écouter les conseils de tous.
Je ne rejette pas la responsabilité finale sur eux, mais je ne parviens tout simplement pas à parier la vie d'autrui ni à l'imposer.
« Je pensais que vous feriez machine arrière comme d'habitude… Y a-t-il quelque chose qui vous chiffonne ? »
Les yeux sérieux de Lionel semblaient percer mes pensées.
« Honnêtement, je veux rentrer… Mais si on laisse le labyrinthe dans l'état, j'ai l'impression qu'il va croître plus que maintenant, devenir imprenable et que les monstres deviendront plus forts… On ne peut le savoir qu'en y entrant, mais j'ai l'impression qu'on peut s'en sortir maintenant… C'est tout. »
« Alors, on avance, nya. »
« Si Luciel-sama le pense, nous n'avons qu'à obéir. »
« Ici, prenez votre décision selon votre intuition, Luciel-sama. Même si vous décidez la retraite, personne d'entre nous ne sera dans l'embarras. »
Kety choisit d'avancer, Kefin et les siens me suivent, et Lionel utilise des mots qu'il ne dirait jamais normalement.
« … Si vous jugez que c'est dangereux, on bat en retraite immédiatement. L'entrée reste ouverte, calée avec du bois. Si vous subissez un altération d'état par l'attaque du chimère, ou même s'il y a un doute, dites-le tout de suite. »
« Entendu. »
C'est ainsi que je pris la décision d'avancer.
Nous ouvrîmes la salle du boss du quarantième étage et, une fois tout le monde entré, je calai un stock de bois de mon sac magique dans la porte pour l'empêcher de se refermer.
« Bon, on y va. »
En marchant vers le centre, la pièce sombre s'éclaircit, et ce que virent mes yeux, prêts à lancer purification au cas où des morts-vivants apparaîtraient, ce furent seulement cinq tigres à dents de sabre de feu.
Je ressentis un léger sentiment d'anticipation déçue, mais avec mes capacités, affronter une seule bête est déjà ma limite.
Bien sûr, pas pour la vaincre, mais pour attendre que Lionel et les autres accourent.
La différence avec la fois précédente, c'est que Dolan, Paula et l'unité de Bader ne sont pas là.
C'est pourquoi l'un des tigres à dents de sabre de feu qui m'avait repéré ouvrit grand la gueule et bondit sur moi. Pris de court, mon esprit se troubla ; par instinct, ou je ne sais quoi, je m'étais déjà saisi de la lance du dragon sacré dans mon sac magique.
Grâce à cet acte instinctif, la lance du dragon sacré s'enfonça dans la gueule du tigre à dents de sabre de feu, le transperçant.
Le mouvement de la bête s'arrêta complètement à trente centimètres à peine de moi.
À penser qu'une seconde de plus et la fin aurait été différente, j'ai froid dans le dos ; mais comme il a foncé droit sur moi la gueule grande ouverte, le professeur Chance souveraine continue de me protéger… c'est l'impression que j'en ai.
Après avoir confirmé que le tigre s'était transformé en pierre magique, je portai mon regard sur les autres combats : Kety et Lionel avaient déjà fini le leur. L'unité de Kefin se battait encore, mais avait pris l'avantage et la décision était proche.
« Le vaincre seul, c'est vraiment le tueur de dragon, nya. »
« Il a complètement dépassé le domaine du guérisseur. »
Tous deux revenaient vers moi en souriant.
« Puisque vous me tabassez tous les jours, vous connaissez ma force. »
« Si tout est permis, je trouve Luciel-sama assez fort, nya. »
« Le combat réel est la vraie force. S'il continue ainsi une dizaine d'années, il deviendra assez intéressant. »
Je ne commente pas ce qui deviendrait intéressant.
Parce que les gens appellent ça un drapeau……
« Oui, oui. Cela dit, si l'on considère que les morts-vivants n'apparaissent plus à partir du trente-et-unième étage, je pense que le labyrinthe récupère rapidement ses forces, ou qu'il est en train d'être refait… »
À mes mots, le sourire disparut du visage des deux.
Eux aussi devaient avoir la même idée.
« Et comment comptez-vous agir ? »
« Comme prévu au départ, on récupère les pierres magiques… Et après avoir vu le boss du cinquantième étage, on décidera si on revient par cercle de téléportation ou à pied. »
« Compris, nya. Ah, le combat de l'autre côté a l'air de se terminer, nya. »
Pendant qu'on parlait, l'unité de Kefin acheva le combat grâce à une coordination qui exploitait leur nombre.
« Un combat sans danger, comparé à la dernière fois. »
« Puisqu'on les fait travailler les bases patiemment, les résultats commencent à apparaître, nya. »
Les deux semblaient ressentir la croissance de l'unité de Kefin.
« … Travailler les bases patiemment, hein. »
Je me lançais cette phrase à moi-même, puis j'annonçai qu'on montait aux étages supérieurs.
D'abord, je soignai les blessures de l'unité de Kefin, puis, après une courte pause, nous montâmes.
Aucun mort-vivant n'apparut à partir du quarante-et-unième étage.
Le nombre de monstres était légèrement plus élevé que la fois précédente, mais comme la carte était complète, nous gravîmes les étages par le chemin le plus court sans disperser nos forces.
Sans la moindre difficulté, nous atteignîmes la salle du boss du cinquantième étage.
Cinq heures après avoir quitté la salle du boss du quarantième étage.
« C'est sinistre, nya. »
« … C'est plus dense que la dernière fois. »
« Si le miasme fuit jusqu'à être visible, ne peut-on pas le purifier depuis ici ? »
« C'est ça. »
Je sortis le repas du soir, confiai le reste des préparatifs à l'unité de Kefin, visualisai l'intérieur de la salle du boss et lançai purification.
Après avoir récité purification de nombreuses fois, j'activai ensuite le cercle de téléportation en l'imaginant installé à l'intérieur de la salle du boss, et continuai à lancer cercle de sanctuaire et purification ; le miasme cessa de fuir.
« On continue la purification ici aujourd'hui, et demain on jettera un œil à l'intérieur de la salle du boss. S'il y a un dragon rouge, rien ne garantit qu'on puisse gagner une deuxième fois. »
« Alors, après le dîner, Luciel-sama s'occupera de la purification de la salle principale. Si vous placez l'objet X, Kety et moi emmènerons l'unité de Kefin récupérer les pierres magiques. »
« Compris. Quand ma mana descendra sous les vingt pour cent, je dormirai. Vous aussi, ne forcez pas, relayer-vous et couchez-vous tôt. Demain pourrait être encore plus dur qu'aujourd'hui. »
« Entendu. »
Après avoir placé l'objet X dans le couloir pour bloquer l'entrée des monstres, je commençai à réciter en visualisant une purification parfaite de la salle du boss.
Kety et l'unité de Kefin s'endormirent, Lionel et l'unité de Yalbo partirent chasser des monstres.
En méditant, la main posée sur la porte de la salle du boss, je continuai d'activer la purification en souhaitant qu'elle imprègne l'intérieur.
Et là, je remarquai soudain quelque chose.
Autrefois, j'utilisais la magie en visualisant toutes sortes de choses, mais maintenant, je ne fais même plus ça, non ?
En y réfléchissant, n'est-ce pas parce que je me suis peu à peu habitué que j'ai commencé à me méprendre sur moi-même ?
En m'interrogeant, je constatai que c'était exact.
Le fait d'avoir pu élever ma magie de type sacré à ce niveau vient de ce que je voyais la maîtrise.
Bien sûr, j'ai fait des efforts, mais en y repensant, je ne suis décidément pas un homme habile, et je me moque de moi-même.
Au moment de quitter Yenice, je décidai de passer d'abord par Meratoni pour me faire réentraîner une semaine par le maître Brod.
« Le talent pour faire travailler les gens, je ne l'ai pas non plus. Il faut que je fasse plus d'efforts. »
Je marmonnai cela, et comme ma mana était tombée sous les vingt pour cent, je sortis l'oreiller d'ange de mon sac magique et m'endormis.
Quand je me réveillai, Lionel et les siens n'étaient pas là ; il n'y avait que Kety et l'unité de Kefin légèrement blessée.
« Désolé, je viens de me réveiller. Je vous soigne avec soin de zone, regrouppez-vous. »
Après avoir lancé soin de zone, je remis aussi barrière de zone, et je décidai de vérifier la situation.
« Combien de temps s'est écoulé depuis, et quand êtes-vous revenus ? »
« On tourne par trois heures, et là, Lionel-sama et les autres sont partis pour leur deuxième tour, nya. »
« Donc j'ai dormi environ cinq heures. Y a-t-il eu du changement dans le labyrinthe ? »
« Rien, nya. Mais j'ai eu l'impression qu'il y a un peu plus de monstres, nya. »
Effectivement, le labyrinthe s'active un peu … Et si l'on considère qu'aucun mort-vivant n'apparaît depuis le trente-et-unième étage, une activation plus forte serait mauvaise.
« Compris. Alors, dormez tous. Ou si vous avez faim, on peut manger. »
Personne ne réagit à l'idée de manger.
« Je vous réveillerai quand Lionel et les autres reviendront. Tout le monde peut dormir. »
Ma mana était complètement récupérée, alors je décidai de continuer la purification en en gardant quatre-vingts pour cent.
Pendant que je purifiais, j'entendis des bruits d'armes.
J'avais les yeux fermés, je me demandais si c'était Lionel et les siens, mais dans ce cas, ce serait un combat entre alliés… L'inquiétude me fit ouvrir les yeux, et Lionel et les siens venaient juste de revenir.
Hormis Lionel, les autres avaient des blessures légères, alors je les soignai d'abord avec soin de zone, puis je demandai à propos des bruits d'armes tout à l'heure.
« Tout à l'heure, j'ai entendu des bruits d'armes, tout va bien ? »
« Comment ? Nous n'avons pas entendu un tel bruit. »
Lionel pencha la tête.
Est-ce que les bruits d'armes tout à l'heure venaient de l'intérieur de la salle du boss ?
Si c'est le cas, ce qu'on peut imaginer, c'est qu'un nouveau maître d'étage, comme un chevalier mort-roi, soit apparu.
« Lionel, combien de pierres magiques avez-vous récoltées ? »
« En comptant celles que Kety et les autres ont prises, environ deux cents, je dirais. »
Jusqu'ici, on en a ramassé environ mille au total.
Avec deux cents de plus, ça fait soixante pour cent de ce dont j'ai besoin actuellement.
Il n'y a peut-être plus lieu d'hésiter.
« Dans six heures, on ouvre la porte de la salle du boss. On regarde à l'intérieur, et si ça a l'air mauvais, on bat en retraite et on refile le dossier à la guilde des aventuriers. On décide sans témérité. Si je me trompe, arrêtez-moi. »
« Entendu. Nous protégerons absolument la vie de Luciel-sama. »
Je tapai l'épaule de Lionel, qui avait fière allure, et lui dis de dormir.
Je ne réveillai personne tant que tous ne seraient pas levés, et les laissai récupérer leur force physique.
Pendant le petit-déjeuner, je transmis à tous les mêmes mots qu'à Lionel, puis j'ouvris la porte de la salle du boss.
Il y avait les aventuriers nettoyeurs… mais………
« Ils sont devenus des morts-vivants, nya. »
Il n'y avait pas de monstre comme le dragon rouge.
Ce qui m'intrigua, c'est qu'il n'y avait pas non plus de cercle de téléportation.
« Guérisseur de rang S ! Sauvez-nous ! »
On aurait dit des fantômes : des visages livides, des yeux brillant d'une lueur rouge, ça me rappela les chevaliers morts du labyrinthe des épreuves.
Alors retentit une voix qui criait presque.
« Ce ne sont plus des humains ! Luciel-sama, soit vous les purifiez, soit vous les éliminez, il n'y a pas d'autre choix. »
« Le miasme sort de leurs corps, nya, ce sont déjà des monstres, nya. »
En hurlant cela, Lionel réduisit la distance pour empêcher les aventuriers nettoyeurs de s'approcher de moi, et les autres firent de même en le suivant.
Mon corps tremble. Si je lance purification et qu'ils meurent, ne suis-je pas coupable de meurtre ? Cette seule idée me fait trembler et me donne la nausée.
« Vous êtes guérisseur de rang S, non ? Aidez-nous. »
« Enlevez-nous cette souffrance ! »
« Guégahahaha. Tuer, tuer, tuer. »
« Mourrez ~ mourrez. »
« Vous nous avez offerts en sacrifice, je ne pardonnerai pas, Jasa-an, guérisseur de rang S. »
« Nos corps, nos âmes disparaissent. »
Certains aventuriers sont en proie à la confusion, mais ils sont vivants et on sent une volonté en eux.
« Soin supérieur. »
Je lançai soin supérieur sur l'aventurier le plus proche, et cet aventurier se mit à hurler.
« Guugyaaaaaa »
J'entendis le même genre de cri que quand on lance un sort de soin sur un mort-vivant, et, m'excusant en mon for intérieur, j'utilisai purification de toutes mes forces.
Parce que Lionel et Kety avaient du mal, et que l'unité de Kefin était déjà acculée en si peu de temps.
J'abandonnai le dialogue avec eux, et je priorisai ma vie et celle de mes compagnons.
Une lumière bleu pâle effaça le miasme violet foncé, enveloppa les aventuriers nettoyeurs, et tandis qu'ils poussaient un dernier râle, leurs corps se transformèrent en pierres magiques.
Parmi eux, l'homme qui donnait du fil à retordre à Lionel, au moment de disparaître, lança un cri qui me secoua violemment.
« Je ne pardonnerai pas … Vous nous avez offerts en sacrifice au dieu maléfique … Vous deviendrez aussi des sacrifices du dieu maléfique ~ »
Cette voix reste gravée dans mes oreilles.
Une fois les corps disparus, il ne resta que des pierres magiques, les cartes d'aventurier et l'équipement des aventuriers nettoyeurs.
« Ne touchez pas à la pierre magique du centre, ni à celles des aventuriers ! »
J'ordonnai cela.
La grande et belle pierre magique apparue au centre après que tout eut disparu me parut dangereuse, je la jugeai telle.
Et les pierres magiques nées des aventuriers cette fois-ci, bien que petites, possèdent un attrait incomparable aux autres pierres magiques, une beauté qui semble dangereuse.
Une fois tout récupéré hormis les pierres magiques, je lançai purification et recover sur tout le monde, et soin sur les blessés.
J'agissais, mais mon corps ne cessait de trembler.
Devant le fait qu'un dieu maléfique ait tendu un piège capable de sceller un dragon et de transformer des aventuriers en morts-vivants.
Ce tremblement ne s'arrêta pas même après avoir quitté le labyrinthe sur le cercle de téléportation jusqu'à l'entrée.
Seulement, baigné par le soleil, sentant le sang circuler à nouveau dans mon corps raidi, le tremblement s'apaisa peu à peu.
Personne ne me demanda rien à propos de mon tremblement.
Forenoir, sorti de l'écurie grâce à la clé de l'ermite, me regarda et me mordit la tête direct.
« Itai itai itai, Forenoir, ça fait mal ! »
« Bururuu »
J'eus l'impression qu'il me disait : « Reprends-toi ! »
Repris en main par Forenoir, je regardai les autres : ils m'observaient avec inquiétude.
Je dois me ressaisir. Le fait que Lionel n'ait pas parlé aux autres, c'est parce que ce n'est pas son travail, c'est le mien……
Je pris une grande inspiration, changeai d'état d'esprit, et m'adressai à tous.