La poursuite dura longtemps.
« Je suis sûre qu'il est dans les parages, mais je n'ai pas réussi à mettre la main sur lui. »
Avant qu'Eristella ne s'en rende compte, elle avait atteint la montagne derrière le palais impérial. Le sorcier noir ne pouvait plus fuir, mais elle ne distinguait même pas son ombre.
« Il joue à cache-cache avec moi ? Pourquoi est-il si difficile de voir son visage ? »
Ce fut au moment où Eristella claqua de la langue et scruta les alentours.
« Comment vais-je me débarrasser de ces deux-là ? Je dois bien me cacher. »
La voix d'un sorcier noir résonna de quelque part.
Quoi. Pourquoi… une telle acuité ?
— Est-ce que j'ai mis mes pensées en mots ? Non, pas possible. Je n'ai fait que penser pour moi-même.
Du regard, Eristella interrogea Heinricion.
« Ne pourrait-on percer aisément la psychologie des gens que si l'on a de bons sens ? »
La réponse vint du sorcier noir.
Comme s'il lisait tout ce qu'Eristella pensait.
C'était très désagréable.
« Ne soyez pas si contrariée pour ça. »
« Encore, cette fois encore. D'accord. C'est tout. Je n'aime vraiment pas ça. »
« Ne vous agacez pas trop. »
« Je ne m'agace pas. Ça m'agace, tout simplement. »
Heinricion tenta de calmer Eristella, mais il ne put empêcher sa bouche de se tordre en un rictus.
« J'apprécie d'avoir ce genre de conversations avec Son Altesse la princesse. »
Le sorcier noir la provoqua davantage.
« Nous n'avons aucune intention de converser. »
Heinricion répondit sèchement, se plaçant entre Eristella et le sorcier pour l'empêcher d'intervenir directement.
« Il se cache dans un endroit d'où il peut voir nos visages. »
C'est ainsi qu'il parvenait à saisir les pensées d'Eristella. Il jugeait d'après les émotions qui s'affichaient sur son visage.
Heinricion raisonna avec froideur et réduisit la position du mage noir à partir d'un mince indice.
« Comme prévu, Son Excellence est perspicace. Si je ne fais pas attention, vous me trouverez vite. »
Le sorcier noir fit semblant d'être effrayé tout en admirant Heinricion, mais sa voix resta décontractée.
« En effet, je crois m'entendre mieux avec Son Altesse la princesse. »
C'était ni plus ni moins se moquer d'Eristella.
Le visage d'Heinricion, jusque-là impassible, se durcit pour la première fois.
Ce fut à cet instant.
Le coin de la bouche d'Eristella se releva d'une façon lourde de sens.
« Quoi ? Pourquoi souris-tu de manière si funeste ? »
Celui qui fut le plus nerveux face au sourire d'Eristella fut Heinricion.
Alors que le sourire d'Eristella paraissait encore plus perfide, elle dit :
« Je pensais juste… que je pensais à quelque chose d'inutile. »
« ? »
Qu'est-ce qu'elle essayait de dire, bon sang ? Heinricion était passablement anxieux.
« Je ne sais pas à quel point je pense en parlant. Tu ne trouves pas ? »
« ? »
Peu à peu, Heinricion se trouva incapable de comprendre ce qu'elle disait. Pourtant, il savait instinctivement que ses mots étaient de mauvais augure. Les rides sur son front se creusèrent.
« Je peux le dire sans réfléchir, non ? »
Le regard d'Eristella se porta vers le sorcier noir.
« Par exemple… Il est très irritant et je ne l'aime pas, donc je ne le laisserai pas partir une seconde que son visage entre dans mon champ de vision. »
« … »
« Un type qui n'a rien à montrer est emmitouflé de la tête aux pieds. Tu crois que je ne connaîtrai pas ta nature sombre ? »
Eristella déversa les pensées qui lui venaient à l'esprit sans les filtrer.
« Si je dis ce qui me passe par la tête comme ça, cette capacité superficielle deviendra inutile, non ? »
La réponse qu'Eristella donna était d'une simplicité excessive. Au point de passer pour du non-sens.
« Ah. Comme c'est rafraîchissant. »
Mais Eristella pensait chaque mot. Elle sourit avec fraîcheur, le visage d'un calme parfait.
Et elle ne bluffait pas.
Dès lors, le mage noir dut écouter ses véritables sentiments, bon gré mal gré. Ceux-ci, et sa voix insolente et narquoise.
« Ha. Hahahaha… Comme prévu, tu ne sais pas où fuir. »
N'importe qui pouvait percevoir la lassitude dans la voix du sorcier noir.
« Tu ne vois même pas mon visage, mais tu montres toutes tes émotions ? »
La bouche d'Eristella continua de déverser des mots ; elle s'emballait de plus en plus.
« Ça me rappelle le bon vieux temps. Cion, tu te souviens quand on jouait à cache-cache, enfants ? »
« Pourquoi tu sors ça d'un coup ? »
D'un regard inquiet, Heinricion se tourna vers Eristella.
« À l'époque, j'étais celle qui cherchait, et je suis juste partie, mais toi, tu t'es cachée jusqu'à minuit, et tu as pleuré, pleuré, parce que tu avais peur. »
« … »
Malgré la présence du sorcier noir, Eristella n'hésita pas à parler de la honte d'Heinricion.
« Pourquoi tu dis ça maintenant ? »
Heinricion fut si décontenancé que sa voix trembla.
« Je viens d'y penser. De toute façon, même si je ne dis rien, il lit mes pensées. Hein ? »
Plus Eristella parlait, plus l'antipathie d'Heinricion envers le sorcier noir grandissait.
« C'est tout de sa faute. Qu'il n'ose pas se faire prendre. Je ne le laisserai jamais partir. »
Heureusement ou malheureusement, Heinricion n'était pas le seul à se sentir mal à l'aise.
Eristella, qui débitait des mots au hasard avec excitation, inclina soudain la tête comme par curiosité.
« Je me demande ce que le sorcier noir pense en ce moment. Je tente un pari ? »
Eristella plissa les yeux, feignant de chercher le sorcier caché.
« Eh bien… Mais je ne sais pas ça non plus. »
Quand Heinricion la fixa avec des yeux éberlués, Eristella sourit avec malice, comme pour l'appâter et l'inciter à écouter la suite.
« Au fait, j'ai beaucoup fait des recherches sur le lavage de cerveau. »
D'une voix baissée, Eristella parla sérieusement.
« Il semblerait qu'une personne très sensible s'en tire mieux. Qu'en penses-tu ? »
Heinricion crut qu'Eristella ne faisait qu'expérimenter. Bien sûr, il n'y eut pas de réponse.
« Alors ce doit être un peu difficile. Avec une telle sensibilité, s'il saisit et secoue l'esprit de quelqu'un, il risque de se prendre quelque chose de mauvais. »
Ce n'était pas de l'ironie, Eristella s'inquiétait sincèrement pour le sorcier noir.
« Une erreur comme ça… »
Alors le sorcier noir, qui n'avait pas réagi jusqu'ici, ouvrit la bouche pour riposter avant de la refermer prestement.
« Hein ? Je suppose que c'est vrai ? »
Les yeux courbés par le sourire d'Eristella laissaient entendre qu'elle attendait cela. Il était tombé dans le piège.
« Je pensais qu'il n'avait pas d'émotions vu qu'il faisait des saletés comme le lavage de cerveau, mais c'est l'inverse, on dirait ? »
Le sorcier noir finit par se lasser du flux ininterrompu de paroles d'Eristella. Même lui avait des émotions, de temps en temps.
« Ça ne me dérange pas si on parle toute la nuit comme ça. »
Ce fut au moment où Eristella parla joyeusement. Le sorcier noir donna une certaine réponse.
« C'est tentant, mais malheureusement l'heure est venue. »
« Qu'est-ce qui se passe ? »
« Tu crois que je me retenais comme ça parce que je voulais discuter avec vous deux ? »
Heinricion et Eristella l'avaient aussi deviné. Il y avait forcément une raison.
Pourtant, ils continuèrent de maintenir cet état parce qu'eux aussi avaient des arrière-pensées.
Ils croyaient que s'ils conversaient un peu plus longtemps, ils parviendraient à le localiser.
« À partir de maintenant, profitez à cœur joie de ce que j'ai préparé. »
Apparemment, les préparatifs du sorcier noir étaient terminés les premiers.
« Quelle connerie… »
Ce fut à cet instant.
Des symptômes anormaux apparurent. Soudain, les bourdonnements assourdirent les oreilles, et la vue s'estompa…
« Attends une minute. Je crois que je sens quelque chose. Depuis quand cette odeur s'est-elle infiltrée ? »
Est-il possible qu'elle reniflât cet étrange parfum depuis le début ? C'est à ce moment qu'Eristella se couvrit le nez en hâte.
« C'est déjà trop tard. »
Le monde se tordit avec la voix gouailleuse du sorcier noir.
Eristella tenta d'attraper le bras d'Heinricion pour reprendre ses esprits, mais elle était déjà à sa limite.
L'instant où sa vision se troubla et que la force quitta son corps, elle s'évanouit.
« J'ai le crâne qui bat la chamade. J'ai l'impression d'avoir perdu l'esprit un moment. »
« Qu'est-ce qu'il a fait ? »
Dès qu'Eristella reprit ses sens, elle scruta nerveusement les alentours, mais elle vit un endroit différent d'avant.
« Quelle est la situation maintenant ? »
Heinricion évaluait aussi la situation avec une grande vigilance, pensant probablement la même chose.
« Je pense que c'est un ensorcellement. »
Eristella avait l'impression de flotter quelque part alors que ses pieds étaient bel et bien posés au sol. Ce sentiment d'être distante du monde juste devant elle n'était pas qu'une simple impression.
« … Peut-être que ce n'est pas réel. »
Compte tenu des caractéristiques de la magie noire, ils étaient très probablement hypnotisés.
Le sorcier noir les avait enfermés dans un monde qu'il avait créé.
Heinricion semblait l'avoir deviné dans une certaine mesure. Eristella hocha la tête.
« Où est-ce exactement ? »
« Bah. Ça me dit vaguement quelque chose. »
Elle regarda lentement autour d'elle.
À ce moment-là, elle ne parvint pas facilement à situer cet espace étrangement familier pourtant inconnu…
« Un jardin bien entretenu. Des fleurs que j'ai vues maintes fois enfant. »
« Attends. Quelque chose que j'ai vu quand j'étais petite… ? »
Les yeux d'Eristella se plissèrent. Elle crut savoir où se trouvait cet endroit.
Ame : VOYEZ, C'EST POUR ÇA QU'IL NE FALLAIT PAS TRAÎNER !! Il fallait juste brûler toute la montagne pour le déloger ahahaha je suis une immense supportrice de #eri+cion_lesdestructeurs