Les désolées de l'Ombre s'étendaient à perte de vue au-delà des frontières du campement, une étendue sinistre où les morts étaient depuis longtemps oubliés. Autrefois, cette terre avait été le cœur battant du Royaume des Ombres, mais aujourd'hui, elle n'était qu'un cimetière pour son passé — un champ de bataille où des milliers de guerriers avaient péri, leurs ossements livrés au sable du temps.
Et ce soir, trois d'entre eux se relèveraient.
Nyx, Krux et Aria avaient quitté le campement avant l'aube, s'évanouissant dans les ruines au-delà des frontières brisées du Royaume des Ombres. La traversée était périlleuse, l'air saturé de mana résiduel laissé par des sorts invoqués il y a des siècles. Le sol même les repoussait ; les ombres s'enroulaient et se torsedaient de façon antinaturelle autour de leurs pieds. Ce n'était pas un endroit fait pour les vivants.
Mais ils ne craignaient rien.
Ils avançaient avec détermination, silencieux mais efficaces, suivant les vestiges d'anciens champs de bataille où des nécromanciens avaient autrefois affronté l'Empire de Solis. Il ne fallut pas longtemps pour mettre la main sur ce qu'ils cherchaient.
Trois squelettes gisaient à demi ensevelis dans la terre fissurée, leurs robes en lambeaux, leurs crânes encore ornés de fragments de gravures cérémonielles. Même dans la mort, leurs os pulsaient faiblement sous l'effet du mana résiduel — preuve qu'ils avaient autrefois détenu un pouvoir immense.
Krux s'accroupit près des dépouilles, passant une main calleuse sur les côtes cassantes de l'un des défunt. Ses yeux plissèrent. « Ils sont morts au combat. »
Aria s'agenouilla auprès d'un second, chassant la poussière d'un fémur broyé. « Pas seulement au combat. Ils ont été massacrés. On sent des traces de magie purificatrice sur les os. L'empire de Solis ne voulait surtout pas qu'ils se relèvent. »
Nyx resta debout, son regard impénétrable alors qu'elle scrutait les alentours. « Dans ce cas, ils nous ont sous-estimés, notre roi. »
Sans un mot de plus, les trois généraux agirent vite, extrayant avec soin les squelettes de la terre maudite pour les envelopper dans des étoffes protectrices chargées de mana. Perturber des morts aussi anciens sans préparation convenable était dangereux — des énergies résiduelles pouvaient coller aux os, corrompant quiconque les touchait sans les précautions adéquates.
Mais ils n'étaient pas de vulgaires guerriers.
Quand ils regagnèrent le campement, le ciel s'était de nouveau assombri, l'air lourd du poids de ce qui allait se produire.
Riven se tenait au cœur du campement, les chuchotements de ses guerriers rassemblés se réduisant au silence. Face à lui, trois squelettes reposaient sur la terre poussiéreuse, vestiges du passé du Royaume des Ombres — des nécromanciens tombés durant la guerre, réduits à de simples os fragiles et à une histoire perdue.
Normalement, *Maître des Morts* ne permettait à Riven de ranimer que des cadavres récents, les liant à sa volonté sans difficulté. Mais après avoir découvert la compétence *Forge d'Âmes : Dominion du Roi* dans le Coffre-Fort caché sous la bibliothèque, tout changea.
Contrairement à sa capacité originelle, *Forge d'Âmes : Dominion du Roi* transcendait les limites de la décomposition, lui permettant d'appeler des âmes volées par le temps, fussent-elles anciennes. Elle contournait les contraintes de la chair et des os pour s'aventurer dans le néant afin de récupérer ceux qui avaient disparu depuis longtemps. Des limites existaient évidemment : impossible de ramener quiconque possédait un niveau de puissance égal ou supérieur au sien.
Mais ce qui le surprit le plus, c'est qu'il ne s'agissait pas d'une capacité indépendante, mais d'une amélioration passive liée à *Maître des Morts* — une couche de puissance secrète qui sommeillait jusque-là.
Il exhala lentement, leva la main au-dessus des squelettes. L'air autour de lui s'alourdit, l'énergie abyssale s'agitant comme une marée tirée par une lune invisible. Les ombres s'enroulèrent à ses pieds, s'étirant vers l'extérieur, s'infiltrèrent dans le sol. Sa simple présence commandait le vide, la nature même de la mort se courbant devant sa volonté.
Il prononça le mot qui changerait tout.
« Réveillez-vous. »
Une onde de puissance abyssale pure jaillit de sa paume, des tentacules noirs d'énergie fouettant l'air pour s'enfoncer profondément dans les restes osseux. Le monde semblait suspendre son souffle. Les os tremblèrent, puis vibrèrent violemment alors qu'une force invisible les arrachait à l'étreinte de la mort.
Les ombres se versèrent dans leurs formes creuses, telle de l'encre s'infiltrant dans des fissures, comblant le vide où la chair avait depuis longtemps cédé à la pourriture. L'énergie se lia à eux, ressoudant les os fracturés, réveillant les âmes endormies prisonnières de l'Abîme.
Puis, suivi d'un brusque appel de néant, le premier bougea.
Le plus grand des trois, ses robes noires et déchirées encore accrochées à son armature squelettique, leva la tête. Deux minuscules braises de feu abyssal s'allumèrent dans ses orbites vides, et sa voix, ancienne et fêlée, grinça à travers le silence.
« Qui… me rappelle ? »
Le second suivit, ses doigts fléchissant tandis que de pâles marques — des tatouages rituels gravés dans l'os par d'anciennes expositions au mana — émettaient une faible lueur. Sa voix était plus légère, mais pas moins effrayante.
« Le Roi de l'Ombre… respire encore ? »
Le dernier à se relever était plus petit, vêtu d'une armure vieillie et fendue. Ses doigts gantés se Refermèrent en poing tandis qu'il levait le crâne, sa voix n'était plus qu'un murmure pareil au vent soufflant dans des salles vides.
« La guerre… n'est pas terminée. »
Riven laissa sa mana couler librement, s'engouffrant en eux, liant leurs âmes fraîchement éveillées à sa volonté. Ses yeux brûlaient tel des braises incandescentes tandis qu'il les observait.
« Je suis Riven », déclara-t-il d'une voix implacable. « Roi du Royaume des Ombres. Et je vous ai rappelés. »
Les nécromanciens restèrent immobiles.
Puis, à l'unisson, ils s'agenouillèrent.
Non pas en morts-vivants sans esprit. Ni en coquilles vides privées de leur identité. Mais en guerriers d'un royaume qui rentrait enfin de l'ombre.
Les doigts du plus grand frôlèrent l'énergie abyssale qui s'enroulait autour de lui. « Vous n'êtes pas lui. » Son ton n'était pas interrogatif ; il était certain.
« Non », confirma Riven. « Velmorian est mort. »
À ces mots, l'atmosphère se modula. La seconde nécromancienne inclina sa crâne, les derniers échos de sa voix passée teintés d'une nuance presque… amusée. « Et pourtant, nous sommes là. »
Riven s'avança, son emprise se faisant sentir. « Vous faisiez partie de ce royaume et vous le protégiez autrefois. Vous le ferez à nouveau. »
Longtemps, le silence régna.
Puis le nécromancien cuirassé émit un son — un rire profond et creux, sec comme une tombe. « Le Royaume des Ombres… a encore un roi. »
Riven ne bougea pas, mais son pouvoir se resserra autour d'eux, les verrouillant sous son autorité. « Et vous servirez. »
Le plus grand baissa la tête. « C'est déjà le cas. »
Ses ombres déferlèrent, les engloutissant.
Alors — Riven canalisât davantage de mana, l'injectant en eux, remodelant leurs formes. Leurs corps se tendirent, la lueur dans leurs orbites s'intensifiant. Les structures squelettiques durcirent, leurs mouvements gagnant en précision et en contrôle. Plus de simples morts-vivants.
Mais quelque chose de supérieur.
Guerriers Morts-Vivants.
Une notification clignota dans son esprit.
[[ Soumission réussie. ]]
[[ Ajout de Serviteurs Morts-Vivants 3/5 : Nécromanciens Ranimés ]]
[[ Promotion activée : Serviteur Mort-Vivant → Guerrier Mort-Vivant ]]
[[ Total Serviteurs Morts-Vivants 5/5 ]]
[[ La compétence peut désormais être améliorée. ]]
Les trois nécromanciens se redressèrent lentement, leurs formes plus stables, plus affinées. L'odeur brute de l'énergie abyssale émanait d'eux — non pas de vides coquilles, mais de véritables prolongements de la volonté de Riven.
L'armée du Royaume des Ombres venait de naître.
Riven abaissa sa main, les observant attentivement. « Vos noms. »
Le plus grand inclina sa crâne. « Malik. »
Les os de la seconde s'ajustèrent lorsqu'elle se mit debout. « Veyra. »
Le cuirassé ajusta ses gantelets. « Danin. »
Riven retint leurs noms. « Bienvenue au Royaume des Ombres. »
Les yeux abyssaux de Malik vacillèrent. « Quels sont vos ordres, mon roi ? »
Le sourire de Riven coupait comme une lame. « Allez dans les décombres et retrouvez vos frères perdus. Apportez-moi uniquement les guerriers tombés les plus vaillants, et je les rappellerai. »
« Nous obéissons à votre ordre. » répondirent-ils à l'unisson avant de disparaître dans un tourbillon de fumée.
Les guerriers rassemblés et les habitants demeurèrent silencieux, le poids de ce qu'ils venaient de voir s'imprimant dans leurs os. Il ne s'agissait pas de nécromancie ordinaire. C'était une véritable résurrection, non celle de zombies sans esprit, mais de guerriers refondus dans l'Abîme.
Nyx expira lentement, son regard restant fixé sur Riven. « Ça change tout. » Aucune hésitation dans sa voix — que de la certitude. Mais après un instant de silence, ses yeux s'étrécirent. « Tiendras-tu face à la charge en mana ? »
Riven assouplit ses doigts, fit rouler ses épaules alors que les dernières résidues d'énergie sombre se posaient en lui. « Je n'ai pas le choix. » Son ton était stable, mais en dessous se cachait quelque chose de plus profond — une faim, un moteur qui refusait de faiblir. « Des soldats humains seuls ne suffiront pas. Les Chevaliers de l'Ombre formeront notre élite, mais ce dont nous avons besoin, c'est d'une armée qui ne connaît ni la fatigue, ni la peur, ni le doute. »
Krux lâcha un bas ricanement, croisant les bras. « On dirait qu'on devra bosser autant qu'eux pour ne pas rester sur la touche. »
Riven le détailla, un demi-sourire tiraillant le coin de ses lèvres. « Arrêtez donc de perdre votre temps. Ces appartements ne vont pas se construire tout seuls. »
Krux geignit. « Il est en pleine nuit— » Mais dès que le regard de Riven se fit froid, son objection resta coincée dans sa gorge. Il bougonna un truc sous le nez avant de faire demi-tour, entraînant un Damon récalcitrant avec lui.
Riven balaya du regard les guerriers rassemblés, sa voix trançant la nuit. « Je dis ça à tous. Nous dépassons nos limites. Parce que nous posons les fondations d'un royaume ne signifie pas que nous pouvons nous payer le luxe de ralentir. » Son mana abyssal pulsait légèrement, rappel constant de la puissance qui circulait désormais au cœur de leur cité. « Redoublez d'efforts. Nous ne reconstruisons pas. Nous reconquérons. »
Suite à cette nuit fatidique, le royaume bondit en avant à une allure implacable.
Riven avait repoussé ses capacités à leurs limites, faisant évoluer sa compétence pour ranimer vingt nécromanciens morts-vivants au total. La charge nécessaire pour les maintenir était colossale, le contraignant à absorber quotidiennement des potions de mana juste pour conserver le lien les unissant à lui. Pourtant, les résultats parlaient d'eux-mêmes — son armée grossissait, et les fondations du Royaume des Ombres étaient plus solides que jamais.
Les ouvriers de la cité œuvraient sans relâche, galvanisés par la détermination inébranlable de leur roi et ses encouragements tranchants. En quelques semaines, le campement avait de nouveau métamorphosé. Un quatrième bloc d'appartements s'élevait aux côtés des autres, logeant l'afflux de nouveaux venus. Une taverne fut bâtie — sa lumière chaleureuse formant un phare au centre du village — et, juste à côté, une nouvelle caserne attendait de recevoir les Chevaliers de l'Ombre ainsi que les rangs croissants des soldats.
Le commerce fleurissait. Les marchands allaient et venaient dans la place centrale de plus en plus souvent, leur confiance dans la résurrection du royaume se renforçant. Pour mettre de l'ordre dans cet essor commercial, Nyx s'était assurée les services d'un superviseur compétent pour gérer les commerçants, rationalisant les échanges et les négociations. La demande pour installer des boutiques permanentes ne tarderait pas — signe indéniable que le Royaume des Ombres ne survivait plus simplement, qu'il prospérait.
Au-delà des murs, Riven étendait les terres cultivées, repoussant l'emprise de la culture imprégnée de mana Abyssal. De nouvelles herbes médicinales éclosaient aux côtés des nouvelles moissons, leurs propriétés plus puissantes, plus riches que ce que l'on trouvait à l'extérieur. Ce qui n'était naguère qu'un désert était devenu un royaume renaissant.
Et maintenant, le moment tant attendu arriva.
Une caravane lourdement blindée, arborant le blason incontestable de la guilde Deveroux, pénétra dans la cité sous le regard vigilant des Chevaliers de l'Ombre. Malgré leur sang-froid discipliné, les gardes qui escortaient le convoi ne parvenaient pas à dissimuler entièrement leur malaise. Le bruit de la résurrection du Royaume des Ombres s'était répandu comme une traînée de poudre, mais le vivre de ses propres yeux était tout autre chose.
Ils longèrent des routes récemment pavées bordées d'édifices imposants — appartements, casernes et centres commerciaux qui n'existaient pas il y a quelques mois à peine. Les rues, autrefois désertes, pullulaient désormais de vie. Forgerons martelaient dans des ateliers à ciel ouvert, leurs flammes projetant des ombres acérées sur les murailles de pierre. Commerçants installaient leurs étals sous des auvents neufs, leurs voix s'affrontant sur les prix dans une ville qu'on croyait morte.
Au centre de tout cela, Riven attendait.
Il les attendait au pied des marches du nouveau bâtiment commercial, flanqué de Nyx, Krux et Aria. Derrière eux, Malik, Veyra et Danin veillaient, rigides et silencieux — leur présence morte-vivante constituait un avertissement muet.
La caravane s'immobilisa. Le marchand en tête descendit de selle, arrangea sa cape raffinée avant de faire un pas en avant. Son visage restait impassible, mais Riven ne manqua pas le léger frémissement de ses doigts quand ils glissèrent dans sa besace.
« Une livraison », annonça le marchand en sortant un registre scellé estampillé du sigle Deveroux. « Premier versement, conformément à notre accord. »
Riven saisit le registre, en parcourut les pages rapidement. Les chiffres étaient conséquents — bien plus élevés que ce qu'une cité moyenne pouvait dégager à ses débuts. Les herbes imprégnées de mana Abyssal mises aux enchères avaient atteint un prix exorbitant, et grâce aux droits exclusifs de vente attribués à la Guilde Deveroux, les bénéfices n'en étaient qu'à leur genèse.
D'un revers de main, il passa le registre à Nyx, qui y jeta un coup d'œil affûté.
« On s'attendait à recevoir de l'argent », dit-elle en relevant les yeux.
Le marchand hésita avant de désigner l'arrière de la caravane. « Le Duc a décidé qu'une partie du paiement serait fournie en fournitures plutôt qu'en or brut. Il suppose que votre cité tirerait mieux profit des ressources à ce stade-ci. »
Riven plissa légèrement les yeux, mais fit signe de la main. « Fais voir. »
Sur son ordre, les gardes écartèrent les lourdes bâches de toile, révélant des caisses sur des caisses de matériaux transformés. Des piles d'acier enchanté, du bois traité rehaussé de mana, et des tonneaux remplis d'ingrédients alchimiques rares. Tout au fond, plusieurs coffres fermés à clé brillèrent sous le poids de l'or.
Un coup calculé. Lucien Deveroux ne se contentait pas de le payer — il investissait dans les infrastructures du Royaume des Ombres, veillant à ce que leur dépendance envers sa guilde demeure forte.
Riven esquissa un sourire. Rusé.
Krux siffla doucement en inspectant les marchandises. « Je lui accorde un point — il joue sur le long terme. »
Nyx referma le registre, opina brièvement. « Les comptes sont bons. Le paiement est équitable. »
Le marchand s'éclaircit la gorge. « Le Duc a aussi envoyé un message. » Il replongea dans sa besace et en sortit une lettre scellée. « Il souhaite discuter d'une extension de l'accord — concernant des produits alchimiques de catégorie supérieure. »
Riven prit la lettre sans l'ouvrir immédiatement. Au contraire, il adressa son regard au marchand, sa voix douce mais catégorique. « Dis au Duc que j'y réfléchirai lorsque j'aurai vu comment il respecte sa part de l'accord actuel. »
Le marchand hésita avant de hocher la tête. « Très bien. »
Riven recula d'un pas. « Déchargez tout. Les miens s'occuperont de la répartition. »
Les gardes s'empressèrent d'obéir, dépêchant les fournitures. Les guerriers du Royaume des Ombres — vivants et morts-vivants confondus — s'approchèrent pour dresser l'inventaire, accomplissant leur tâche avec efficacité.
Tandis que les caisses pénétraient dans la cité, Riven se tourna vers Nyx. « Veille à ce que l'or soit stocké convenablement. Alloue les fonds nécessaires aux projets d'expansion. »
Riven ne perda pas un instant.
Désormais que le premier versement était arrivé, il était prêt à accélérer ses desseins. Les murailles du Royaume des Ombres n'étaient encore que de vulgaires barricades improvisées — suffisantes pour tenir à distance les menaces mineures, mais loin des remparts dont ils avaient besoin.
Cela changerait sans attendre.
Debout au centre de la salle commerciale, entouré cette fois de tous ses généraux, il lança ses prochains ordres.
« Nous commençons la construction des remparts extérieurs. Dès à présent. » Son regard balaya l'assistance sans faiblir. « Damon, tu superviseras la solidité structurelle. Utilise tout ce que tu as sous la main — magie terrestre, pierres renforcées, fondations imprégnées de mana Abyssal si nécessaire. Je veux que ces murs résistent au temps et au siège. »
Damon hocha la tête, fit rouler ses épaules. « Il nous faudra une quantité monstrueuse de pierre et de métal pour cela, mais avec ce qu'on vient de recevoir de Deveroux, on peut s'en charger. »
Riven se retourna vers Krux. « Tu prendras la tête des ouvriers. Privilégie l'efficacité, mais ne sacrifie pas la sécurité. Chaque section élevée doit être défendable. Installe des tours de guet aux points stratégiques et renforce les portes principales. »
Krux croisa les bras, ses yeux dorés étincelants. « C'est noté. »
Riven reprit. « Nyx, tu affecteras des Chevaliers de l'Ombre pour surveiller les chantiers et patrouiller aux abords. On ne peut se permettre aucune interruption. »
Nyx acquiesça brièvement, l'expression tranchante. « Je veillerai à ce que personne n'entre ou ne sorte sans notre avis. »
Elle reporta son attention sur les registres, le cerveau déjà sur l'avenir. « Il nous faudra plus de bras. Les nécromanciens morts-vivants pourront aider, mais des travailleurs humains seront cruciaux pour la rapidité et la précision. »
« Cherche-les », lança simplement Riven. « Nous proposerons salaires, nourriture et logement à quiconque voudra travailler. Si besoin, contacte les ouvriers indépendants par l'intermédiaire de nos contacts marchands. »
Nyx esquissa un sourire en coin. « Entendu. »
Riven avança d'un pas, son emprise les écrasant telle une ombre glissant sur la pièce. « Les remparts extérieurs sont notre priorité absolue à présent. Aucun autre projet ne doit passer devant. Je veux que les premières sections soient terminées dans les deux prochaines semaines. »
Damon poussa un ricanement. « Deux semaines ? C'est — » Il se tint en croisant le regard de Riven, soupira en se frottant les tempes. « D'accord. Mais ne compte pas nous voir dormir. »
Krux le tapa dans le dos. « C'est ça l'esprit. »
Riven se tourna vers les ouvriers rassemblés qui attendaient dehors, observant la réunion dans un silence tendu. « Tous, » hurla-t-il, sa voix portant dans l'air, « le Royaume des Ombres n'est plus un camp. Plus une ruine. Nous sommes une cité. Un royaume. »
Son aura palpitait, se répandant sur eux, les emplissant du poids de sa volonté.
Et un royaume se défend.
Des murmures d'approbation traversèrent la foule.
« Nous ne bâtissons pas pour aujourd'hui, mais pour les générations futures. » Son regard se fit dur. « On commence immédiatement. »
Un hourrah d'enthousiasme s'éleva parmi les ouvriers, les Chevaliers de l'Ombre et les citoyens. Le royaume n'avait pas le temps de l'hésitation. Ils avaient survécu aux ruines de leur passé — à présent, ils fortifieraient leur avenir.
« Aria, avec moi », ordonna Riven, son ton ne laissant place à aucune discussion.
Elle hoqua la tête silencieusement et le suivit lorsqu'il se retourna, quittant la salle commerciale d'un pas assuré. Derrière eux, les autres se dispersèrent, déjà en mouvement pour exécuter leurs missions respectives.
Riven conduisit Aria à l'écart de la foule grossissante, foulant résolument les rues nouvellement pavées de la cité. Les torches alignées le long des chemins vacillaient, projetant des ombres mouvantes sur les dallages. Le bourdonnement d'activité s'amenuisa derrière eux à mesure qu'ils approchaient d'une zone plus calme, encore épargnée par les travaux.
Aria demeura muette, attendant qu'il prenne la parole. Elle était assez perspicace pour comprendre que s'il l'écartait ainsi, ce n'était pas pour des conversations futiles.
Riven finit par s'arrêter sur un promontoire isolé surplombant le campement. D'ici, ils apercevaient le royaume en mutation — les ouvriers s'activant à renforcer les murailles, les commerçants réglant les affaires sur la place du marché, les guerriers s'exerçant dans les casernes. C'était une avancée, mais les progrès ne suffisaient pas.
Pas encore.
« Nous avons sécurisé le commerce », commença Riven, la voix posée. « Nous avons entamé la construction d'une vraie défense. Nous avons commencé à lever une armée. »
Aria hocha la tête, attendant.
« Mais il nous manque encore quelque chose », continua-t-il. « Des informations. »
Les yeux sombres d'Aria brillèrent d'intelligence.
« J'ai besoin d'un réseau », indiqua Riven. « Une force opérant dans l'ombre. Qui collecte les renseignements, élimine les menaces avant qu'elles n'émergent, et veille à ce que nos ennemis ne nous voient jamais arriver. »
Il lui adressa son regard pleinement. « Et je veux que tu le dirige. »
Aria ne cligna pas des yeux. « Une unité d'assassins. »
« Plus que ça », corrigea Riven. « Un réseau. Espions, infiltrateurs, sabotateurs. Une force capable de récolter des infos à travers plusieurs cités, de suivre les déplacements adverses, et de neutraliser les cibles prioritaires avant qu'elles ne posent problème. » Sa voix s'alourdit. « Nous ne pouvons pas nous laisser prendre en flagrant délit de surprise. Ni par le Royaume de Solis. Ni par les guildes. Ni par quiconque. »
Aria croisa les bras, réfléchissant. « Il nous faudra former de nouveaux recrues de zéro. Les guerriers du Royaume des Ombres sont costauds, mais l'assassinat et l'espionnage sont une autre paire de manches. J'aurai besoin de gens capables de se déplacer sans être vus, de réfléchir vite, et de tuer sans hésiter. »
« Choisis qui te semblera opportun », répondit Riven. « Nous commencerons par une petite équipe de base et nous grandirons au fil du besoin. Prends appui sur les mercenaires et voyoux déjà présents en ville — il y a pleins de survivants qui vivaient dans les bas-fonds du royaume déchu. Ils s'adapteront vite. »
Aria esquissa un léger sourire en coin. « Tu me donnes carte blanche, alors ? »
« Tant que le travail est fait », confirma Riven. « Et je les veux opérationnels dès que possible. »
Elle expira, hoquant la tête. « Je lance immédiatement la recherche de candidats. Certains marchands qui transitent ici doivent avoir des liens avec des indicats ou des espions déplacés. Je tirerai parti de ces réseaux. »
« Bien. » Le regard de Riven revint vers la cité. « Ton escadron portera le nom de Crocs de l'Ombre. »
L'expression d'Aria ne vacilla pas, mais une lueur d'approbation traverse ses pupilles. « C'est approprié. »
« Ils opéreront au-delà des remparts, dans les rues des cités ennemies, au sein des rangs de ceux qui cherchent à nous saper. » La voix de Riven était basse, mais implacable. « Je veux des yeux partout. Et s'il y a une menace — je veux qu'elle soit liquidée avant même qu'elle n'atteigne nos portes. »
Aria baissa la tête. « Je vous donnerai donc des fantômes, mon roi. » Un fin sourire effleura ses lèvres. « Et des cauchemars pour vos ennemis. »
Riven sourit. « C'est exactement ce qu'il me faut. »
Elle redressa les épaules, sa posture devenant plus tranchante. « Je te ferai signe quand j'aurai mes premiers recrues. »
« Dépêche-toi », dit Riven en se tournant vers la sortie. « J'attends des résultats. »
Aria se contenta de hocher la tête avant de disparaître dans la nuit.
Les Crocs de l'Ombre étaient sur le point de naître.