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The Glitched Mage

Chapitre 78

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Chapitre 78

Chapitre 78

Chapitre 78/9681%~14 min de lecture2 715 mots

Lucien se pencha en avant, sa voix baissant légèrement. « Dites-moi, marchands du Royaume des Ombres, que voulez-vous exactement ? »

Les yeux de Riven brillèrent sous le voile changeant de l'obscurité. « La même chose que vous », dit-il d'un ton fluide. « Le pouvoir. Le contrôle. La stabilité. »

Lucien haussa un sourcil. « Et vous croyez que la Guilde Deveroux peut vous aider à y parvenir ? »

Le sourire de Riven était tranchant comme une lame. « Je crois plutôt que nous pouvons nous entraider. »

Lucien l'étudia un instant, puis fit un geste discret. « Je vous écoute. »

Riven n'hésita pas. « Je vous propose un contrat exclusif », expliqua-t-il sur un ton assuré. « Pendant un an, la Guilde Deveroux aura les droits de distribution uniques pour nos herbes. Aucune autre faction marchande, aucun courtier extérieur — juste vous. »

Lucien resta impassible. « Et en échange ? »

« Soixante-dix pour cent des bénéfices nous reviennent », exposa Riven, la voix calme et posée. « Et vous nous fournissez ce dont nous avons besoin — de la main-d’œuvre qualifiée. Des bâtisseurs, des charpentiers, des forgerons, des couturières. Le Royaume des Ombres grandit, mais pour accélérer cette croissance, il nous faut des infrastructures. »

Pour la première fois, Lucien laissa échapper un bref rire silencieux. « C’est une affaire catastrophique. »

Mal esquissa un sourire en coin, inclinant la tête. « Vraiment ? »

Lucien s’adossa à son siège, le visage impénétrable. « Soixante-dix pour cent ? Vous possédez peut-être des herbes rares, mais c’est une marge absurde pour un partenariat commercial. La Guilde Deveroux prend des risques pour faciliter les échanges, assurer les lignes d’approvisionnement et sécuriser les axes de transport. Nous disposons d’une influence, de réseaux et d’une portée bien au-delà d’un simple royaume. Ce que vous proposez relève, tout au mieux, d’un accord déséquilibré. » Ses yeux étincelèrent d’amusement. « Ou pensez-vous que vos herbes suffiraient à justifier ce prix ? »

Le sourire de Riven fut lent et calculé. « Je crois que vous tirez des conclusions prématurées. »

Lucien haussa un sourcil. « Oh ? »

« Vous pensez que nous vous proposons un produit de luxe ponctuel », déclara Riven, la voix aussi douce que de la soie. « Une herbe rare et exclusive qui se vendrait au prix fort — mais en quantité limitée. »

Les doigts de Lucien tambourinaient légèrement sur la table, dans l’attente.

Riven se pencha légèrement en avant. « Et si je vous disais que ce que vous avez vu à l’enchère n’en était que le début ? »

Un silence s’étendit entre eux.

Lucien l’observait avec attention, le visage indéchiffrable. « Je vous écoute. »

Riven expira lentement, parfaitement calculé. « Nous pouvons fournir une gamme entière d’herbes — bien plus qu’un simple Etherbloom, Bloodroot, Nightshade Marrow ou Void Thistle. Nous accédons à des plantes médicinales de qualité supérieure, introuvailles ailleurs. Certaines stimulent la régénération du mana. D’autres accélèrent la récupération physique. Des poisons indétectables. Des antidotes capables de contrecarrer des affections qu’aucun alchimiste actuel ne parvient à soigner. » Sa voix baissa légèrement, chaque mot pesant lourd. « Un approvisionnement régulier en produits premium de premier ordre. Exactement ce qu’il faut pour garantir à votre guilde le monopole du commerce le plus lucratif sur plusieurs royaumes. »

Les doigts de Lucien cessèrent de frapper sur le bois.

Veylen, jusqu’alors silencieux, siffla doucement. « C’est une affirmation audacieuse. »

Le sourire de Riven resta ferme, inébranlable. « Vous avez pu en voir la preuve de vos propres yeux lors de l’enchère. Chaque herbe que nous avons vendue aujourd’hui témoigne d’elle-même. »

Lucien l’examina un long moment, lourdeur dans le regard. Puis, lentement, il expira par le nez, le regard perçant. « Vous demandez une confiance aveugle. »

Riven soutint le regard de Lucien, son expression demeurant impénétrable sous le voile changeant de l’ombre. « Confiance ? » Son sourire était tranchant comme une lame. « Je vous offre une garantie. »

Lucien s’adossa à son fauteuil, les doigts joints alors qu’il observait Riven en silence. L’atmosphère de la pièce avait basculé ; l’air était chargé d’un malaise invisible, un équilibre délicat entre risque et opportunité.

« Vous parlez de garanties », murmura le duc, la voix fluide et mesurée. « Mais les garanties exigent des preuves. Une seule vente aux enchères, fussent-elle extrêmement lucrative, ne suffit pas à attester d’une pérennité. Je travaille sur des investissements à long terme, pas sur des coups de dés. »

Mal lâcha un faible ricanement en se renversant nonchalamment sur son dossier. « Dans ce cas, arrêtons les simagrées, d’accord ? Vous n’auriez pas crié dix mille pièces d’or si vous pensiez jouer les dés. »

Les lèvres de Lucien s’étirèrent à peine, mais il ne niea rien.

Riven saisit l’ouverture. « Vous n’avez pas besoin de me faire confiance, duc Deveroux. Il vous suffit de croire aux résultats. Je garantis un an d’approvisionnement exclusif et haut de gamme — constant, intact et inégalé. Aucun ralentissement, aucune expédition avortée, aucune surprise. Votre guilde détiendrait le monopole des remèdes les plus puissants du marché. »

Veylen expira en secouant la tête, amusé. « Vous nous donnez l’impression que c’est si simple. »

La voix de Riven était froide et assurée. « Parce que ça l’est. En tout cas pour vous. Mes hommes sont ceux qui prennent les risques, cultivent, raffinent et sécurisent l’approvisionnement. Tout ce que vous avez à faire, c’est distribuer. »

Lucien demeura silencieux un instant de plus avant de rompre enfin le silence. « Soixante-dix pour cent, c’est trop élevé. »

Riven inclina légèrement la tête. « Non, c’est équitable. »

Lucien haussa un sourcil. « Ah oui ? »

« Nous connaissons tous deux le principe », reprit Riven avec fluidité. « Il ne s’agit pas de savoir ce qui est juste, mais ce qui vaut le coup. » Il fit un geste vague de la main. « Vous trouvez ce chiffre déraisonnable parce que vous le comparez à d’autres marchés. Mais vous n’avez jamais eu un produit pareil. Si vous contrôlez la distribution unique des herbes les plus rares et les plus puissantes du continent, pensez-vous vraiment ne pas engranger plus de profits que toutes vos négociations précédentes réunies ? »

Les doigts de Lucien se mirent à tambouriner à nouveau sur la table — légers, réfléchis.

Riven insista. « Et n’oublions pas ce que vous gagnez en retour. Vous n’obtenez pas seulement le produit. Vous étendez votre propre influence. Si le Royaume des Ombres prospère, votre guilde bénéficiera en priorité des nouvelles ressources, des nouveaux axes commerciaux et — point essentiel — de nouveaux marchés. »

Un temps d’arrêt.

Lucien tapa son doigt contre la table une fois. Deux fois. Puis, après un soupir, il se pencha légèrement en avant. « Disons que j’accepte vos conditions. » Sa voix était basse, impénétrable. « Quels garants ai-je que vous respecterez votre part ? Vous êtes une entité inconnue, opérant depuis un royaume qui, hier encore, n’était qu’un champ de ruines. Vous attendez de moi que je mobilise mes ressources, ma réputation et ma main-d’œuvre sur la base de simples paroles ? »

La voix de Riven restait ferme. « J’attends de vous que vous engagiez vos moyens sur la base des résultats. »

Lucien esquissa un sourire discret et mesuré. « Alors donnez-moi quelque chose de concret. »

Riven acquiesça brièvement. Il s’y attendait.

Lentement, il fouilla dans sa veste et en sortit un petit flacon de verre sombre. À l’intérieur, un liquide tournoyant d’un violet profond pulsait faiblement d’une lueur étrange.

Le regard de Lucien s’aiguisa.

Riven leva le flacon, le penchant juste assez pour que le contenu captte la pâle lumière des bougies. Le liquide épais et violet scintillait de manière surnaturelle, oscillant entre un indigo profond et un argent presque spectral, comme refusant de figer une forme unique.

La voix de Mal était grave, empreinte de révérence, tandis qu’il observait le liquide tournoyer. « On dit que l'Ashen Sage est un miracle », murmura-t-il. « Une herbe capable de purger des maux inaccessibles à tout alchimiste. Maléfices, toxines, voire la trace persistante de la mort elle-même. » Il expira lentement. « Mais ceci ? Ceci n’est pas une purification. » Il hésita, puis croisa le regard de Riven. « Elle ne nettoie pas. Elle dévore. »

Lucien Deveroux, toujours aussi composé, se pencha légèrement. « Dévore ? »

La prise de Riven sur le flacon se resserra. « Expliquez. »

Mal hocha la tête, ses yeux argentés brillants d’une inquiétude naissante. « L'Ashen Sage a toujours été rare — impossible à cultiver au grand jour. Il nécessite une obscurité absolue, en profondeur, là où le mana stagne et pourrit. La plupart le tenaient pour un mythe car personne ne maîtrisait son développement. » Il tapota doucement le verre. « Mais ça ? Ça dépasse ce qu’on croyait possible. »

Il fit tourner le flacon lentement, observant la réaction du liquide, comme s’il percevait ses mots. « Elle ne se contente pas de neutraliser les poisons. Elle s’en nourrit. Elle ne retire pas simplement les maléfices — elle les absorbe. » Il expira. « Si elle est correctement raffinée, elle pourrait être révolutionnaire — capable d’extirper la maladie à sa racine, d’effacer des affections qu’aucun soigneur n’est jamais parvenu à guérir. »

Mal laissa le poids de ses paroles sédimenter avant d’ajouter, presque à contrecœur : « Mais si elle est mal utilisée… elle ne se contentera pas de purger le mal. Elle consumera tout. » Il reposa le flacon avec précaution, le ton grave. « Cela pourrait vider un corps de son essence même. Pas seulement sa vitalité, mais le mana lui-même. Poussée trop loin… elle pourrait dévorer entièrement le cœur de mana d’une personne. »

Un froid silence s’ensuivit.

Lucien examina le flacon avec une intensité nouvelle, les doigts tambourinant légèrement sur le bois poli de la table. « Combien en possédez-vous ? »

Riven laissa le silence s’étendre avant de répondre, la voix fluide et assurée.

« Assez », murmura-t-il, « pour garantir à la Guilde Deveroux un pouvoir que nul autre n’atteindra. »

Les sourcils de Veylen s’envolèrent. « Vous l’aviez en réserve toute la durée sans même la proposer à l’enchère ? »

Le sourire de Riven s’élargit. « Nous ne sommes pas des imbéciles, Veylen. Les herbes que nous venons de vendre étaient l’invitation. Celle-ci — » Il fit pivoter le flacon entre ses doigts, observant le liquide tournoyer. « — est notre levier. »

L’expression de Lucien ne bougea pas, mais son regard portait désormais un poids nouveau. L’intérêt. Le calcul.

Le Duc du Commerce avait vu passer bien des contrats au cours de sa vie.

Mais celle-ci ?

Elle était différente.

Après un long silence, Lucien expira par le nez et hocha une fois, lentement, la tête.

« Soixante pour cent », répondit-il avec fluidité. « Et les ouvriers dont vous avez besoin vous seront fournis en continu. Bâtisseurs, forgerons, artisans — nous les intégrerons discrètement pour éviter de susciter les soupçons. » Son regard balaya Riven. « C’est mon dernier mot. »

Mal jeta un rapide coup d’œil à Riven, mais celui-ci avait déjà tranché.

Il tendit la main.

Lucien la saisit.

L’accord était scellé.

Dès qu’ils franchirent le seuil de la salle de négociation, le poids du contrat s’abattit sur eux.

Mal siffla doucement. « Eh bien. Voilà une façon de lier la Guilde Deveroux à notre cause. »

Riven ne répondit pas tout de suite. L’air nocturne était piquant lorsqu’ils quittèrent le salon des enchères, les rues d’Eldrin’s Crossing bourdonnant de conversations étouffées et du lointain roulement des carrosses sur le pavé. Le monde poursuivait son cours, ignorant qu’un accord commercial venait d’être forgé, susceptible de bouleverser l’équilibre des forces.

Mal enfouit ses mains dans les poches de sa veste, ses yeux argentés passant vers Riven. « Et maintenant ? » demanda-t-il, la voix teintée d’impatience.

Le regard de Riven étincela d’amusement sous le voile d’ombres qui dissimulait encore son visage. « Maintenant ? » Son ton était léger, mais porté par une certitude solide. « Maintenant, nous verrons si la Guilde Deveroux suit le rythme. »

Mal rit doucement en secouant la tête. « Soixante pour cent. Vous lui avez vraiment fait croire qu’il négociait. »

Le sourire de Riven était imperceptible. « Lucien Deveroux n’accepte pas de mauvais contrats. Il choisit ceux qui lui procurent une illusion de contrôle. » Il marqua une pause, observant la lueur vacillante des falots se refléter sur le pavé humide. « Nous lui avons donné ce dont il avait besoin — quelque chose qu’aucune autre guilde ne peut revendiquer. Il suivra le jeu parce qu’il sait quels enjeux sont en jeu. »

Mal inclina la tête, en réflexion. « Et s’il tente de prendre davantage ? »

Le sourire de Riven se fit plus sombre. « Alors il découvrira pourquoi le Royaume des Ombres inspirait la crainte. »

Une brise glissa dans les rues, apportant au loin l’odeur du cèdre brûlé et de l’huile des lanternes. La ville battait de mille vies, mais pour la première fois depuis longtemps, Riven sentit quelque chose de plus profond bouillonner sous la surface — un élan. La première pièce d’un échiquier bien plus vaste venait d’être posée.

Ils tournèrent un angle et s’enfoncèrent dans le quartier plus tranquille où ils séjournaient temporairement. Les gardes postés devant se redressèrent à leur approche, firent une inclinaison sèche avant de s’écarter. Le bâtiment, modeste au regard des nobles, était pourtant solidement défendu — hauts murs, fenêtres renforcées et une voie de fuite discrète intégrée à l’architecture. Fonctionnel, pas prétentieux.

À l’intérieur, la lueur vacillante des bougies les accueillit, projetant de longues ombres sur les pierres. Mal s’enfonça dans un fauteuil, s’étira en soupirant. « Alors, on trinque pour fêter ça ou on prépare déjà notre prochaine manœuvre ? »

Riven alla vers la table et se versa un verre de vin sombre. Il le fit tournoyer distraitement avant de répondre. « Les deux. »

Mal sourit, tendant la main vers son propre verre. « J’aime ta façon de voir les choses. »

Riven s’appuya contre la table, le visage songeur. « La Guilde Deveroux sera rapide, mais nous ne pouvons pas nous permettre de rester les bras croisés en attendant leurs ouvriers. Dès qu’ils saisiront quelle est notre véritable marge de manœuvre, ils chercheront à rétablir l’équilibre en leur faveur. »

Mal avala une gorgée, les paupières mi-closes d’amusement. « Tu t’attends à du sabottage ? »

« J’attends de la stratégie », corrigea Riven avec fluidité. « Lucien respectera le contrat — pour l’instant. Mais dès que les premières cargaisons commenceront à voyager et que les profits afflueront, il ira tâter le terrain. Il cherchera des failles. Des pistes pour renégocier. »

Mal émit un bruit affirmatif. « Et s’il en trouve ? »

« Non », dit simplement Riven. « Car nous ne lui en laisserons aucune. »

Un silence s’installa entre eux, troublé uniquement par le crépitement feutré de la cheminée. Le poids de la nuit, de ce qu’ils venaient d’enclencher, retomba sur leurs épaules.

Mal souffla, roulant les épaules. « Très bien. Quelle est la prochaine étape ? »

Le regard de Riven était droit. « Nous regagnons le Royaume des Ombres. »

Mal haussa un sourcil. « Déjà ? »

« Nous n’avons pas le luxe du temps », affirma Riven. « La Guilde Deveroux dépêchera le premier contingent d’ici quelques semaines. Il nous faut préparer les infrastructures avant leur arrivée. Nettoyage des ruines. Sécurisation des frontières. Renforcement de nos défenses. »

Mal expira en secouant la tête. « Tu ne t’arrêtes jamais, c’est ça ? »

Riven esquissa un sourire. « Et toi, tu ferais différemment à ma place ? »

Mal ricana. « Jamais de la vie. »

Riven termina son verre, le reposant sur la table avec solennité. « Dans ce cas, ne perdons pas de temps. »

Mal soupira, mais aucun véritable reproche ne filtrait dans sa voix en se relevant. « D’accord. Mais laisse-moi au moins profiter du confort d’un vrai lit avant notre départ. »

Riven rit, un son rare, grave et complice. « Profite-en tant que tu peux. »

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