« Cela devrait suffire. »
La jeune fille, qui était restée impassible,’ouvrit la bouche. Elle ne montrait aucun signe d’intimidation face aux chevaliers féroces.
« Toi ! Comment oses-tu interférer avec mon châtiment ? Que fais-tu ! Saisissez-la ! »
« Oui, Altesse ! »
Le violent éclat de la princesse Angelique retentit, mais Iason ne pouvait détacher les yeux de la jeune fille qu’il voyait pour la première fois.
Le chevalier d’escorte de la princesse s’avança vers la jeune fille sans hésiter.
Mais avant qu’il ne puisse ne serait-ce qu’ouvrir la bouche pour la menacer de sa carrure massive et frustre, une épée fut pointée sur sa gorge. C’était la chevalière qui gardait la jeune fille.
« Reculez. »
Ce fut une mise en garde d’une rapidité stupéfiante. Le chevalier de la princesse ne parvint même pas à suivre l’épée adverse des yeux.
« N’y a-t-il que de la vermine à Baldina ? Comment une vile servante ose-t-elle s’immiscer ici ? »
Le visage de la princesse devint encore plus rouge en voyant son escorte hésiter.
« Qui es-tu pour insulter Baldina à chaque instant ? Soit tu es une traitresse qui ignore l’honneur de sa patrie, soit tu n’es pas de ce pays. »
« Qu-quoi ? Comment oses-tu ! Je viens du Grand Empire- ! »
Alors que la princesse, piquée au vif par la provocation de la jeune fille, s’apprêtait à révéler son identité, Kensington lui saisit le bras et murmura bas.
« Assez. As-tu oublié, Altesse ? Où nous sommes ? »
Quoi qu’on dise dans leur dos, ils devaient cacher leur identité de responsables du tumulte du jour.
Tout en faisant taire la princesse, Kensington scruta d’un œil suspicieux la jeune fille aux cheveux argentés qui venait d’apparaître.
« C’est parce que tu agis comme une idiote ! On aurait dû les tuer dès le début ! »
Pendant ce temps, la princesse, folle de rage face à cette situation inextricable, pinçait et donnait des coups de pied à son escorte.
Des larmes montèrent aux yeux du chevalier sous la violence des coups, mais il ne put dire un mot.
……
La jeune fille conservait une expression constamment calme, ce qui rendait le contraste entre elles deux évident pour tous.
La princesse Angelique fronça les sourcils avec férocité.
« Merdum ! Je refuse de rester dans cet endroit misérable. Allons-nous-en ! »
Alors que la princesse furieuse disparaissait, une aura de paix revint enfin dans la rue.
« M-merci. Vous avez sauvé Tipi et moi. »
« Tipi, Tipi ! »
Le bébé tigre poussa aussi un petit cri mignon.
La jeune fille hocha la tête indifféremment et quitta immédiatement les lieux.
Iason, qui observait la scène comme possédé, fit précipitamment un pas en avant.
« Grand-Duc Castulo ? Où allez-vous ? »
Il n’entendit même pas le chevalier qui l’appelait depuis l’arrière.
En sortant de la tente, il aperçut la jeune fille qui marchait non loin.
« Attendez, un instant. »
Iason se lança à la poursuite de la jeune fille. Voyant ses cheveux argentés flotter comme de la soie, il eut la bouche sèche.
« Excusez-moi, puis-je demander le nom de la dame ? »
Ses pas ne s’arrêtèrent pas, et il ne put attraper sa main, ce qui le fit transpirer en ressentant un étrange regret face à sa silhouette qui s’éloignait.
Le courage d’arrêter un comportement outrageant quand personne n’osait intervenir. Le sang-froid qui fit taire l’arrogante Angelique.
La jeune fille n’était pas seulement belle, elle était aussi sage.
……
S’il te plaît, arrête-toi un instant et retourne-toi vers moi.
Au moment où Iason forma ce vœu, les pas de la jeune fille s’arrêtèrent.
Ah, tant mieux. Un sentiment de soulagement inexplicable envahit le cœur d’Iason.
« Celle qui a causé le tumulte tout à l’heure est ma cousine. Elle a été trop chérie et manque de manières. Je m’excuse en son nom. »
Ce fut une voix bienveillante et prévenante qui fit fondre la méfiance de l’autre.
Bientôt, la jeune fille qui restait immobile se retourna.
Au moment où Iason vit ses magnifiques yeux verts, il en fut ensorcelé.
Et au même instant, une farouche intention meurtrière effleura son cou.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Surpris, Iason leva la tête et regarda autour de lui. C’était une malveillance si claire qu’il se demanda s’il n’y avait pas un assassin qui le visait.
Mais il ne trouva trace de rien et se recentra sur la jeune fille devant lui.
En cet instant fugace, ses grands yeux verts tremblèrent de stupeur. La terreur, la colère et un regret inexplicable y passèrent en un éclair.
« Dame ? Ça va ? »
C’était étrange. Pourquoi la jeune fille était-elle si surprise de le voir ?
Iason fut décontenancé par les diverses émotions dans les yeux de la jeune fille, et il tenta de se rappeler s’il l’avait déjà rencontrée.
Non. S’il avait vu un tel visage, il n’y avait aucun moyen qu’il l’ait oublié.
« Dame. »
Iason tendit la main. Il jura que ce n’était pas avec une intention inconvenante.
C’était simplement que les gouttes d’eau qui montaient dans ses yeux tremblants semblaient si près de tomber qu’elle paraissait pitoyable……
« Je voulais juste…… »
Tchac- !
Mais la main tendue fut froidement repoussée.
Une douleur cuisante resta sur le dos de sa main. Iason comprit qu’elle venait de lui claquer la main.
« Ça ne fait pas mal. Ne t’inquiète pas. »
Iason marmonna inconsciemment, pour rassurer la jeune fille.
Entre-temps, celle-ci avait retrouvé son visage impassible, comme si de rien n’était.
L’humidité vacillante avait depuis longtemps séché. Rien ne se lisait sur son visage blanc, comme si un épais rideau y avait été tiré.
En cet instant fugace, Iason serra le poing sans s’en rendre compte, regrettant tant les émotions que la jeune fille avait brièvement laissées paraître.
Si seulement elle le regardait encore une fois avec ces yeux.
« Je n’avais pas l’intention de vous effrayer. Je voulais simplement m’excuser au nom de ma cousine. Et si vous vouliez me donner votre nom, je voudrais exprimer ma gratitude- »
Ha. On aurait dit que quelqu’un ricannait quelque part.
Avait-il mal entendu ?
Alors qu’Iason se le demandait,
« À quoi bon une gratitude ou des excuses tardives ? »
La jeune fille rétorqua froidement.
« Si vous observiez l’incident depuis le début, n’auriez-vous pas dû arrêter votre cousine ? Au lieu de rester spectateur comme si cela ne vous regardait pas. »
« Excusez-moi…… ? »
« Si vous avez tant de temps à perdre, vous feriez mieux de vous examiner vous-même, dont les paroles et les actes ne concordent pas. »
Pourtant, il était Grand-Duc de l’Empire.
C’était la première fois qu’on le réprimandait ainsi en face, lui qui avait grandi comme la lignée la plus précieuse après l’Empereur.
Quand Iason, hébété, reprit ses esprits et chercha à nouveau la jeune fille, elle était déjà partie.
Dans le bâtiment vert où se trouvait la succursale de Facade, on voyait tout ce qu’Angelique faisait.
« La Quatrième Princesse est toujours la même. Que ce soit à Kazen ou à Baldina, elle ne change pas, alors je devrais la louer pour son entêtement. »
« Échec et mat. »
La voix froide de Cesare résonna. Il ne semblait pas se soucier le moins du monde du tumulte dehors, ne lui jetant même pas un regard.
Sur la table près de la fenêtre où ils étaient assis, une partie d’échecs battait son plein.
Les Noirs avaient dévoré toutes les pièces des Blancs, ne laissant plus que quelques pions.
« Chef, accorde-moi une pause. Tu gagnes sans arrêt. »
Gallo geignit et se tira les cheveux.
« Oh, le Grand-Duc Castulo est là aussi. Regarde, Chef. »
Comme pour détourner l’attention de Cesare ailleurs, Gallo pencha la tête par la fenêtre.
« Il a secrètement fait alliance avec le Duc Régent, et il semble qu’il ait emmené Jared avec lui pour ce voyage à Baldina. »
« Iason a emmené Jared ? »
Les sourcils de Cesare se haussèrent légèrement. Bientôt, comme s’il comprenait, un ricanement lui échappa.
« Il semble que mon cher cousin commence enfin à s’étirer. »
Il perça à jour l’ambition d’Iason d’un seul coup d’œil.
« Il a vécu comme une souris morte tout ce temps, mais maintenant que le Chef est parti, il sort sournoisement et tend la main à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de Kazen. S’il obtient le Duc Régent et Jared, alors on ne pourra plus l’ignorer. »
Gallo grogna, comme agacé.
« Enfin, de toute façon, pour l’instant, ils doivent faire le tour pour satisfaire les caprices de la Quatrième Princesse, donc ce ne sera pas facile pour eux…… Hein ? »
Gallo inclina la tête.
« N’est-ce pas la Princesse ? »
La main qui déplaçait une pièce d’échecs s’immobilisa.
Cesare leva la tête. Des cheveux argentés scintillèrent au-delà de la fenêtre et disparurent.
« Ai-je mal vu ? Enfin, elle ne serait pas ici, Chef…… ? »
Quand Gallo se retourna, Cesare avait déjà quitté sa place.
« Où vas-tu tout d’un coup en pleine partie d’échecs ! »
Gallo cria vers son dos qui ne répondait pas.
« Merdum, échec et mat ! Échec et mat ! »