« Permission ? J'ai l'air de demander la permission ? »
« Birna… cet enfant n'est pas encore en âge de discuter mariage ! »
« N'est-ce pas véritablement étonnant ? Comment une si jeune fille peut-elle avoir de telles pensées terribles ? Que penserait la Reine Douairière si elle apprenait cela ? »
Le Duc Régent lança un regard noir au Ministre. Ses beaux yeux se plissèrent.
« Êtes-vous vraiment certain que la maladie… est-ce vraiment la faute de Birna ? »
« Que voulez-vous dire ? »
« Eh bien, compte tenu de votre comportement habituel, il aurait pu y avoir d'autres raisons. Mais maintenant vous ne blâmez que ma fille, elle ne peut donc pas ne pas se sentir lésée. »
Ce fut au tour du Ministre de dévisager le Duc Claudio.
« Duc, n'oubliez pas ce que j'ai entre les mains. »
« Me menacez-vous à présent ? Je ne crois pas avoir la moindre de vos faiblesses entre les mains ? »
« Je vous rappelle simplement que nous sommes des alliés qui doivent collaborer longtemps. Il semble que vous soyez aveuglé par le sang de votre propre chair. »
« C'est vous qui perdez l'esprit pour une chose si futile, Ministre ! »
« Futile ?! »
Les deux camps tinrent bon, aucun ne voulant céder d'un pouce.
« Où est Birna ? »
De retour chez lui, le Duc Régent chercha Birna avec acharnement.
« Ah, Père… »
Et dès qu'il aperçut sa fille se lever maladroitement, il fit les quelques pas qui les séparaient.
Clac-!
Les yeux de Birna s'écarquillèrent tandis qu'elle serrait sa joue contre elle. C'était la première fois qu'on la frappait.
« Mon Dieu ! »
Catherine écarquilla aussi les yeux, surprise.
« Te rends-tu compte de ce que tu as fait ? Pourquoi as-tu provoqué Medeia inutilement et créé ce désastre ! »
Le Duc Régent déversa la colère qu'il avait contenue devant le Ministre.
« Ne t'ai-je pas dit de faire attention même lors de la chute de cheval ? N'écoutes-tu pas un mot de ce que dit ton père ? »
« Je, je… »
« N'ouvre même pas la bouche. Ne pense même pas à aller où que ce soit pour l'instant, reste enfermée, je ne veux même plus voir ton visage ! »
Birna éclata en sanglots.
« Comment as-tu pu cacher une chose aussi grave ! »
Catherine, ayant appris l'histoire complète sur le tard, gronda Birna la première.
« La situation n'est pas bonne, Mère. Il dit que comme son infirmité est la faute de Birna, il veut Birna pour épouse. »
« Quoi ? C'est absurde ! »
Alors Birna, qui sanglotait, fit une crise.
« Je déteste ça ! Je préférerais mourir plutôt que de faire ça ! »
« Tais-toi ! »
Catherine la rabroua et demanda à nouveau à Samon.
« Qu'a dit ton père ? »
« Bien sûr, il a dit qu'il ne pouvait absolument pas faire ça, mais le camp du Ministre est trop obstiné. »
……
« Nous ne pouvons pas nous permettre d'être en froid avec le Ministre comme ça… que devons-nous faire ? »
Le Duc Régent, qui tenait fermement le palais avec Cuisine, la Première Femme de Chambre, à ses côtés, n'était plus là.
Pour exercer le même pouvoir au palais qu'avant, il devait s'accrocher aux basques du Ministre Étienne.
« Le Ministre Étienne n'a jamais échoué dans une négociation. Je dois agir avant que ton père ne se laisse convaincre. »
Catherine se hâta vers la chambre de sa fille.
Sheila, la servante proche de Birna, nettoyait le désordre qu'avait fait cette dernière.
« M-Madame… ? »
« Saisissez cet enfant. »
Les servantes de Catherine agrippèrent Sheila, l'empêchant de bouger d'un millimètre.
« À partir de maintenant, écrivez ce que je dicte. »
Elle lui fourra une plume dans la main et la força à rédiger une confession.
« J-j'ai tout écrit. Madame, je supplierai pour le pardon au nom de Mademoiselle Birna, alors s'il vous plaît, juste cette fois- »
Les yeux de Catherine brillèrent d'un éclat glacial.
« Oui. C'est ta faute de n'avoir pas bien servi ta maîtresse, alors reproche-toi ta propre incompétence. »
« S-sauvez-moi, urk-! »
Avant que Sheila n'ait le temps d'implorer pour sa vie, les servantes de Catherine lui versèrent du poison dans la bouche.
Birna se figea.
Sheila était une servante proche qui s'occupait de Birna depuis son plus jeune âge.
Elle pensait que si on la prenait, elle serait un peu battue, ou qu'on lui retrancherait quelques mois de salaire, mais elle n'avait jamais imaginé qu'on la tuerait si vite.
Sa mère, qui avait toujours été bienveillante, se débarrassait de sa servante sans sourciller.
« M-Maman… »
« Ce n'est pas Birna qui a mis le poison, c'est Sheila. Quand tu as eu des ennuis, elle a eu peur, a avoué ses fautes et est morte. Compris ? »
Catherine récita calmement, comme pour lui faire graver la scène dans la mémoire.
« J'espère que tu as repris tes esprits maintenant, Birna. Il est temps que tu grandisses. »
……
« Birna, fais tes bagages. Nous devons partir ce soir. »
Les servantes bouclèrent les valises de Birna avec une efficacité rodée.
« O-où ça ? »
« Reste dans un couvent quelque temps. Et toi, renvoie ce cadavre au Ministre. Avec la confession. »
Catherine dit cela fermement et quitta la pièce.
« Mademoiselle Birna semble très choquée, est-il bon de la laisser comme ça ? »
« Ça va. Laisse-la remettre ses idées en place. Laisse deux servantes à la langue bien pendue avec elle. »
« Elle a été élevée si précieusement toute sa vie, combien de souffrances devra-t-elle endurer à vivre dans un couvent aride… »
La Première Femme de Chambre essuya ses yeux, inquiète.
« Même si c'est dur, éviter les yeux du Ministre est la priorité maintenant. Elle est partie au couvent volontairement, est-ce que cet homme essaierait seulement de ramener notre Birna ? »
Comme si elle aimerait envoyer sa fille chérie loin d'elle.
Mais c'était le moment d'agir avec décision. Il fallait éviter le scénario catastrophe : la marier au Ministre.
« Si seulement cet enfant m'avait écoutée ne serait-ce qu'une fois, rien de tout cela ne serait arrivé. »
Catherine soupira.
« Est-elle si fougueuse et imprudente parce qu'elle lui ressemble ? Être passionnée c'est bien, mais pff, vraiment… »
La Première Femme de Chambre était passablement décontenancée.
Passionnée ? Le Duc Claudio était plus proche de l'eau froide que du feu brûlant, sous quelque angle qu'on le regarde.
« Que puis-je faire ? Je ne peux pas avaler le bon et recracher l'amer, alors moi, en tant que mère, je n'ai d'autre choix que de m'occuper d'elle. »
En tout cas, Catherine était farouchement dévouée à ses enfants.
Elle chérissait son fils Samon autant que sa propre vie, sans parler de Birna, qui lui ressemblait tant.
Catherine se rendit au bureau de son mari.
« Mon cher. Vas-tu vraiment accéder à la demande du Ministre ? »
Combien d'énergie avait-elle dépensée cette nuit ? Le Duc Régent paraissait avoir vieilli de dix ans.
« Birna… »
C'était une fille égoïste et immature, mais sa benjamine bien-aimée.
Quelle que soit l'énormité de l'erreur commise par cet enfant, il ne pourrait jamais l'envoyer au Ministre.
« Étienne, avec sa personnalité bizarre, pourrait tenter de perpétuer sa lignée en utilisant une parente de la famille du Comte à sa place. »
Parce qu'il ne voyait les femmes que comme des porteuses de graine.
Claudio frappa le bureau du poing.
« Je ne laisserai pas ma fille vivre comme ça le reste de sa vie. Je ne l'enverrai jamais à un homme pareil ! »
Catherine fut soulagée.
Elle craignait qu'il n'offre sa fille au Ministre, mais elle était heureuse qu'il soit un homme qui protège sa propre descendance.
« J'ai envoyé Birna au couvent. »
« Hein ? »
« La servante morte sera renvoyée au Ministre pour s'excuser. C'est un montage du palais, mais comme il nous a ordonné de trouver et livrer le vrai coupable, il ne pourra plus réclamer Birna pour épouse. »
« Bien joué. Comme prévu, c'est toi. Tu as agi plus sagement que moi. »
Le Duc Régent loua la décision audacieuse de sa femme.
Catherine baissa les yeux avec obéissance et tapota doucement le bras de son mari.
« Alors, essaie de lui reparler. Le Ministre finira bien par chercher un compromis. »
Palais Royal.
« Altesse, Tom dit que tard hier soir, une voiture a quitté le domaine du Duc Claudio et a sorti du Château Royal. »
Birna doit être dans cette voiture.
L'ont-ils fait fuir à l'avance pour échapper aux griffes du Ministre ?
Certes, sa tante était vive d'esprit.
Medeia fixa la lueur tamisée de la lampe qui éclairait le crépuscule.
« Ma tante va essayer d'en rester là. »
Peu lui importe la vie des autres pour l'avenir de sa fille. Seule la servante tuée injustement mérite la pitié.
« Et ensuite ? Le conflit entre les deux va-t-il s'éteindre vaguement comme ça ? »
« Bien sûr que non. »
Medeia exploitera cette situation aussi longtemps qu'elle le pourra.
« Envoyez une lettre à Umberto et dites-lui que Birna s'est enfuie dans un couvent. »
Jusqu'où l'orgueil du Ministre, raillé sous ses yeux, pourra-t-il endurer ?
« Et au sujet de la servante morte de Birna. Renseignez-vous pour savoir s'il y a quelqu'un dans sa famille qui voudrait entrer au service de mon oncle. »
Il n'y a pas d'allié plus fiable que le partage d'une rancune.
Ils deviendront les oreilles de Medeia et lui raconteront les affaires de la famille du Duc avec plus d'enthousiasme que quiconque.
Neril baissa la tête.
« Oui, Altesse. »