« Il n'y a aucune raison que non. »
« Tu es folle. »
« La princesse est peut-être jeune, mais elle n'est pas trop jeune pour se marier. Étant jeune, on peut plus facilement l'influencer. »
« Nous ? »
La Première Femme de Chambre sourit faiblement.
« Cela dépend de ce que le Ministre en pense. Le Duc Claudio n'est pas du genre à partager son pouvoir. Je ne pensais pas que vous resteriez avec lui éternellement, mais ai-je été présomptueuse ? »
L'appât était lancé.
Il ne restait plus qu'à attendre qu'on le morde.
Un silence s'installa.
La Première Femme de Chambre attendit patiemment.
Les lèvres du Comte, pincées avec dégoût, se relevèrent lentement.
« Non. C'était très approprié. »
Comme elle l'avait dit, devenir le gendre du Roi lui permettrait de bâtir une force comparable à celle du Duc Régent. La justification et le statut seraient suffisants.
« Vous ne regretterez pas cette journée, Ministre. »
Le crapaud avait mordu à l'hameçon.
Seul le temps dirait si ce qu'il avait avalé était de la nourriture ou du poison.
La nuit où toutes les lumières du Palais Royal furent éteintes.
Mariu quitta une fois de plus le palais en secret.
Cependant, cette fois-ci, son attitude envers son interlocutrice était surprenante d'arrogance et de froideur.
« Qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi ce mot ? »
Après avoir été chassée par la princesse comme si elle fuyait, Mariu trouva un mot collé à sa porte.
C'était un mot de Madame Cuisine demandant une rencontre avec elle.
« À ton avis, qu'est-ce qui se passe ? »
La Première Femme de Chambre, Madame Cuisine, afficha un sourire lisse.
« J'ai ou dire qu'on te traite pire qu'un chien ces temps-ci, alors je t'ai fait appeler. Tu as sûrement beaucoup de choses à dire, non ? »
« Ha, quand est-ce que tu as arrêté de me frapper ? Et comment pourrais-je me comparer à toi, abandonnée par le Duc Régent ? »
Mariu riposta sèchement.
Comment cette gamine a-t-elle pu le savoir… ?
La Première Femme de Chambre mordit l'intérieur de sa joue, invisible, et répondit froidement.
« Après tout, ne sommes-nous pas dans le même bateau ? J'ai ou dire que la princesse t'ignore, alors tu passes ton temps à faire le ménage avec les servantes de bas étage ces temps-ci ? »
« …… »
« Neril a déjà pris ta place. Admets-le, la princesse t'a abandonnée. »
Mariu serra fortement les lèvres et lança un regard féroce à la Première Femme de Chambre.
« Si tu ne trouves pas une issue, tu seras mise à la porte du palais. Ça ne saurait tarder. »
Mariu serra les poings et la fixa avec colère, mais elle ne put réfuter les paroles de la Première Femme de Chambre.
Parce que tout était vrai.
« Qu'est-ce que tu veux ? »
Comme si elle l'avait su, les yeux de la Première Femme de Chambre étaient pleins d'aisance.
Elle sortit un mouchoir bleu ciel de son corsage.
Des lettres brodées en fil d'or étaient visibles au coin.
« L. Etienne……. Attends, Lark Etienne ? C'est celui du Ministre de l'Intérieur ? »
La Première Femme de Chambre sourit au lieu de répondre, et Mariu réagit avec irritation.
« Pourquoi me donnes-tu ça ? »
« Pourquoi d'autre ? Glisse-le dans la chambre de la princesse. De préférence dans un endroit secret où personne ne le verra. Comme entre ses sous-vêtements. »
Mariu tressaillit.
Dans une société aristocratique conservatrice, elle, en tant que servante de la princesse, savait ce que signifiait pour une femme d'avoir les effets d'un homme dans sa chambre privée.
« Qu'est-ce que tuessaies de faire ? Dis-moi pas que……. »
Mariu demanda, le visage pâle.
« Pourquoi demandes-tu alors que tu le sais déjà ? »
« Tu es folle. La princesse et le Ministre ? Tu es sérieuse ? Tu es dingue. C'est absurde. »
D'abord, la différence d'âge entre les deux, qui avaient l'âge d'être père et fille, était dégoûtante, pour le dire doucement.
Bien qu'elle soit la brebis galeuse de la famille royale, elle restait la sœur du Roi.
Elle était d'un tout autre niveau que le Ministre de l'Intérieur, qui était vieux, laid et couvert de rumeurs scandaleuses.
Il courait même des rumeurs selon lesquelles le Ministre était un homosexuel cruel.
Si des rumeurs se répandaient sur leur liaison, personne ne demanderait la main de la princesse, dont la réputation serait ternie.
Alors le Comte Etienne deviendrait le gendre du Roi……. Le mari de Medeia ? Pas question.
Mariu, qui s'était toujours sentie inférieure à Medeia, secoua la tête sans s'en rendre compte cette fois-ci.
Et elle fixa la Première Femme de Chambre avec des yeux horrifiés, celle-ci ayant ourdi un tel plan sinistre sans ciller.
« Il faut que ça paraisse crédible. »
« Mon Dieu, n'as-tu pas peur des cieux ? »
La Première Femme de Chambre ricana face à la réponse de Mariu.
« Tu finiras comme moi bientôt. Avant que la princesse ne t'abandonne, tu devrais trouver une issue, non ? Si ça marche, je t'aiderai à te faire adopter. »
Adoptée ? Mariu marqua une pause face à ce mot inattendu.
« Tu sais comment je suis devenue aristocrate, n'est-ce pas ? »
La Première Femme de Chambre s'appuya contre le pilier, les bras croisés.
« Le neveu de mon mari n'a toujours pas d'héritier. Si tu vis en tant que leur fille adoptive pendant quelques années, tu deviendras une dame noble. »
« Une noble……. »
À ce moment, la voix de cette nuit lui revint en mémoire.
« Moi, un duc mineur, je dois avoir une justification pour te prendre, une roturière, pour femme. »
Si elle pouvait seulement faire blanchir son statut, elle pourrait se tenir à ses côtés équitablement.
Gloups. La pomme d'Adam de Mariu vibra lentement.
« Alors, qu'est-ce que tu en penses ? Je ne peux pas te laisser beaucoup de temps pour décider. Tu sais mieux que quiconque à quel point l'opportunité dont je parle est grande. »
« …… »
Mariu ne répondit pas, comme perdue dans ses pensées. La Première Femme de Chambre fronça les sourcils.
« Si tu ne veux pas, oublie mon offre. Je ne peux pas non plus attendre indéfiniment sans rien faire. »
« Attends. »
Alors que la Première Femme de Chambre essayait de reprendre le mouchoir du Ministre, Mariu en saisit vivement le bout pour l'en empêcher.
Madame Cuisine releva discrètement les commissures de ses lèvres.
« Je prends cela pour une décision. »
Après le départ de la Première Femme de Chambre, Mariu baissa les yeux sur le mouchoir.
……Elle devait le cacher à Samon.
Un scandale entre une jeune princesse et un vieux ministre est trop honteux.
Samon n'accepterait jamais car cela touchait à l'honneur de la famille royale de Baldina.
Il ne voudrait pas qu'elle s'allie avec la Première Femme de Chambre, qui était déjà une carte jetée.
Le blanchiment de statut était un appât que lui seule désirait désespérément.
Elle sourit amèrement.
Mariu aimait Samon, mais elle savait que c'était un homme indifférent.
S'il n'en était pas ainsi, il ne l'aurait pas laissée dans l'ombre si longtemps.
C'est tout à cause de la princesse. S'il n'y avait pas la princesse, je n'aurais plus à être ici. Je pourrais aller à ses côtés.
La colère déformée rebondit au mauvais endroit.
Etienne et la princesse…….
Les yeux froids que la princesse avait posés sur elle lui revinrent en mémoire.
L'horreur initiale qu'elle avait ressentie en apprenant le plan de la Première Femme de Chambre avait disparu, laissant place à la colère.
Même si elle devenait la femme de ce vieux crapaud dégoûtant et laid, la princesse pourrait-elle encore la regarder, elle, Duchesse Claudio, de la même façon ?
Medeia, tu n'aurais pas dû me traiter comme ça.
Les yeux qui fixaient la broderie dorée vacillèrent étrangement. Après avoir hésité, elle tendit la main vers le mouchoir.
« C'est toi qui m'as repoussée la première, Altesse. »
Mariu marmonna, froissant le tissu fin comme du papier.
« Alors ne me blâme pas. »
Quelques jours plus tard. L'aube se levait.
« C'était comme l'avait dit Votre Altesse. »
Neril, qui avait quitté le palais avec Medeia pour rencontrer le Marquis Gillifos, dit. Son visage était profondément sillonné.
« Il y a quelques jours, Mariu a quitté le palais en secret et a contacté la Première Femme de Chambre. »
Medeia écouta ses paroles en se prélassant sous le soleil jaune vif du ciel. Le temps était clair.
« J'étais inquiète, alors je l'ai surveillée. Pendant un moment, on aurait dit qu'elle fouillait le Palais Royal. »
Neril reprit son souffle à ce moment. C'était pour réprimer sa colère et retrouver sa raison.
Elle sortit un mouchoir bleu ciel de son corsage.
« Mariu est entrée secrètement dans la chambre de Votre Altesse et a caché ceci dans la boîte à bijoux. »
Les pas de Medeia s'arrêtèrent.
« Les initiales L. Etienne y sont brodées. N'est-ce pas celui du Ministre de l'Intérieur ? »
« Haha. »
Un rire qui semblait purement admiratif s'échappa de la bouche de Medeia.
« La Première Femme de Chambre s'est pas mal creusé la tête pour essayer de me lier à Etienne. »
« Ces méchantes osent utiliser ce salaud immonde pour……. »
La main de Neril tressaillit. Comme si elle voulait dégainer son épée sur-le-champ.
« Je suis douée pour la dissimulation et l'élimination de cadavres. Je peux faire disparaître deux, non, trois corps sans laisser de trace. Si vous me donnez la permission- »
Medeia sourit.
« Trois, y compris le Ministre ? Alors, Neril, tu ne seras pas en sécurité non plus. »
« Peu m'importe, tant que je peux débarrasser Votre Altesse de ces mauvais esprits. »
Medeia réprima un rire, ne sachant s'il fallait gronder ou louer sa servante droite.
« Ce n'est pas encore le moment. »
« …… »
Elle regarda Neril, qui semblait insatisfaite, et ajouta comme pour la rassurer.
« Je ne laisse pas vivre ceux qui visent mon dos. »
Elles mourront ici.
Simplement, au moment et à l'endroit que je veux.
« Alors, le mouchoir ? »
Medeia tendit la main.
« Donne, je le prends et je le brûle. Il n'en restera pas une trace. »
« Non. »
Une petite main blanche empêcha Neril de reprendre le mouchoir.
« Neril, tu as dit tout à l'heure que tu étais douée pour la dissimulation. »
« Oui, Votre Altesse. »
La princesse a-t-elle changé d'avis même maintenant ?
Neril, qui n'avait pas abandonné tout espoir, répondit docilement.
Medeia sourit avec satisfaction et sortit un bijou étincelant.
« N'est-ce pas……. le bracelet à l'insignie de trompette que Mariu avait à l'époque ? »
C'était le bracelet que Samon lui avait offert en cadeau.
« Votre Altesse, Mariu a fait tomber ce bracelet……. C'est étrange, toutefois. »
Mariu n'était pas la seule à avoir été prise avec le bracelet par Medeia. De plus, elle était détestée par ses collègues du Palais Royal pour son attitude insincère.
« Elle dit que c'est un souvenir de sa mère, mais il a l'air trop cher pour ça. Elle s'en vante tellement, je pense qu'elle l'a volé. Est-ce à Votre Altesse ? Demandez à la Duchesse ou à Mademoiselle Birna si on leur a déjà volé un bracelet. »
« D'accord, j'approfondirai, mais ne dis pas à Mariu que tu as retrouvé le bracelet pour l'instant. »
« Bien sûr ! Elle le cherche depuis trois jours d'affilée et elle est déjà épuisée. »
C'est ainsi que Medeia obtint le bracelet de Samon rempli d'« amour ».
Elle enveloppa soigneusement le bracelet de Mariu avec le mouchoir du Ministre.
Puis, elle tendit le paquet de mouchoirs bombé à Neril.
« Plus tard, mets ça dans les bagages de Mariu. »