Le silence avait été épais, puis il s'est fissuré au moment où j'ai regardé Clara. Elle n'a pas bronché, bien que ses yeux aient cet éclat fatigué, celui qu'on ne voit que quand quelqu'un sourit depuis trop longtemps pour cacher son épuisement.
« Ils veulent m'enterrer sous de faux patients », a-t-elle dit, d'une voix calme, mais j'ai perçu l'acuité qui se cachait dedans. « Des guérisseurs bon marché alignés dehors, balançant des traitements qui font illusion. Ils font rire et applaudir la foule pendant que mon travail est rejeté comme trop lent, trop prudent. Ensuite, quand les faux patients quittent ma clinique, ils vont écrire des mensonges. Du poison qui coule dans les oreilles de tous ceux qui veulent bien écouter. »
J'ai posé mon menton dans ma paume, la regardant parler. Il y avait un feu là-dedans. Clara n'élevait jamais la voix ; elle n'en avait jamais eu besoin. Mais je pouvais voir le tribut. Ses mains, stables comme toujours, avaient le plus infime tremblement. Elle était trop fière pour l'admettre, mais les mensonges la blessaient plus profondément que n'importe quoi.
« Solution simple », a coupé Mark immédiatement, les poings se serrant. « On trouve ces rats, on leur casse les dents, et on les balance devant sa clinique pour que tout le monde voie. » Son aura a flambé, raide, faisant raidir les autres. « Ça fera taire les rumeurs direct. »
« Simple, mais con », ai-je dit, secouant la tête. « Tu en casses un, cinq autres repoussent. Girika ne joue pas sur le muscle ici, elle joue sur la réputation. On ne peut pas frapper des mensonges. »
Mark a grogné, se rasseyant, bien que son regard reste brûlant. Ses phalanges ont craqué contre le bois de la table, comme s'il imaginait déjà des os céder.
Alex a esquissé un sourire, se penchant en avant, coudes sur la table. « Alors on fait quoi, Austin ? T'as ce sourire qui dit que t'as mijoté quelque chose de sale. »
'Bien sûr que oui, crétin.'
À voix haute, j'ai ricanné. « Ils bâtissent leur petit empire sur des feux d'artifice et des miroirs. Alors on fait merder les feux d'artifice, et on laisse les miroirs se fissurer tout seuls. »
Les yeux de Tron se sont allumés instantanément. « De faux miracles ? » a-t-il demandé, la voix avide.
« Exactement. » J'ai claqué des doigts vers lui. « On inonde le marché avec trop de faux remèdes. Poudres toniques, élixirs brillants, herbes qui sentent bon mais ne font rien. On s'assure qu'ils aient l'air encore plus impressionnants que ce que les guérisseurs bon marché vendent déjà. »
Nyla a incliné la tête, son ton plat mais tranchant. « Et quand le public reviendra, furieux que les miracles aient échoué ? »
« C'est là la beauté », ai-je dit, ricanant. « Ils ne nous blâmeront pas. Ils blâmeront les maisons de guérisseurs qui poussent déjà la fraude. Trop de menteurs dans le même cercle ? Ils se mettront à se montrer du doigt entre eux bien avant de jamais regarder de notre côté. »
Sonia a croisé les bras, les lèvres tirées en un sourire. « Un marché de menteurs qui s'effondre dans sa propre fange. Oh, j'entends déjà les débats. Je vais les faire étouffer dans leurs propres contradictions. »
« Attendez », a parlé Clara, sa voix plus ferme maintenant. « Vous me demandez de rester tranquille pendant que vous noyez le marché sous encore plus de mensonges ? Ça ne me salit pas, moi aussi ? Les gens verront des guérisseurs tricher partout. Et s'ils arrêtent de venir complètement ? »
La pièce a basculé sur ses mots. Elle n'avait pas tort.
Je me suis penché en avant, croisant son regard. « C'est pour ça que tu seras l'exception. Petite, précise, réelle. Soigner gratuitement dans la foule, guérir une blessure que les gens croyaient impossible à soigner. Ne cours pas après les applaudissements. Laisse le vrai travail briller quand les faux auront tous cramé. »
Les yeux de Clara se sont plissés, mais j'ai vu ses épaules se détendre légèrement. « Et quand ils demanderont pourquoi mon travail n'a pas l'air aussi spectaculaire ? »
« C'est là que Tron, les réseaux et les vraies princesses entrent en jeu », ai-je dit, désignant du menton vers elle.
Le sourire de Tron s'est aiguisé. « Je vais le tordre. Dire que le miracle discret est le miracle le plus fort. Que les traitements tape-à-l'œil sont comme des feux d'artifice — brillants et partis, tandis que la vraie guérison dure, ils ne sauront même pas ce qui leur est tombé dessus, après tout, tu as deux factions entièrement sous toi, ils ne sont pas les seuls à avoir des ressources à brûler. »
Alex a pouffé bas. « Transformer leur cupidité en arme. Putain, j'adore. »
Mais Rina s'est penchée en avant, son sourire tranchant comme un couteau. « Vous oubliez quelque chose. Les faux miracles ne se répandent pas tout seuls. Il nous faut de la distribution. Niveau rue. Le genre de rats qui bougent facilement sans être liés à nous. »
Je l'ai désignée du doigt. « C'est là que tu intervient. T'as les mains dans le caniveau, les contacts. On n'utilise pas nos propres noms. On paie les vrais dans le besoin pour aider, les étudiants de bas rang qui se font toujours tabasser, on leur montre Sonia aussi, les changements mélangés aux mensonges. Aucune attache, aucune trace. Juste du bruit. »
Le sourire de Rina s'est élargi. « Facile. Je m'arrangerai pour que les vendeurs ne sachent même pas qui les a payés. Des mains fantômes. »
« Bien », ai-je dit. « Mais il nous faudra une mise de fonds pour lancer les marchandises. »
Tous les regards se sont tournés vers Alex.
Il a levé les mains, ricanant. « Quoi ? Vous croyez tous que je suis assis sur des piles de points ? Bon, je m'en occupe. On fera passer l'argent par des tripots — ça a l'air plus propre comme ça. »
J'ai souri à ces mots. Il existe plusieurs endroits pas gérés par l'académie où les points doivent couler à flots, après tout, tout le monde a besoin de points et quel meilleur moyen de faire tourner ça que des tripots planqués ? dont beaucoup sont contrôlés et gérés par Alex, qui a tout mis en place quand il nous a rejoints, il a vu un créneau et il a joué le jeu dangereux, ce qui a plutôt bien marché, je dois l'admettre.
Tron a griffonné quelque chose. « Donc étape un : répandre les miracles. Étape deux : les faux patients reviennent, en colère. Étape trois : les maisons rivales commencent à se montrer du doigt. »
Emma, qui boudeait depuis tout à l'heure, a soudain haussé la voix. « Mais qu'en est-il de la réputation de Clara, là, tout de suite ? Les gens disent déjà que ses traitements sont trop chers, trop lents. Et s'ils arrêtent de venir du tout ? »
Je me suis tourné vers elle, un ricanement s'adoucissant d'une fraction. « C'est pour ça qu'on ajoute la seconde lame. Le "forum des miracles". »
Tron a cligné des yeux. « Forum des miracles ? »
« Oui », ai-je dit. « On organise une réunion publique, un conseil qui a l'air neutre. On invite tous les guérisseurs — bon marché, tape-à-l'œil, frauduleux, et vrais. On fait croire que c'est pour standardiser les soins, protéger les patients, toute cette merde noble. La réputation autour va gober ça tout cru. »
Sonia s'est renfoncée, les yeux brillants. « Et dans le forum, on n'attaque pas. On pose des questions. »
« Exactement », ai-je acquiescé. « On place des gens dans la foule. Des questions simples, innocentes genre — pourquoi votre remède n'a tenu que deux jours ? Pourquoi vos prix changent selon qui demande ? Pourquoi vous avez soigné ce noble plus vite que cet enfant ? »
Les lèvres de Clara se sont entrouvertes, puis courbées en l'infime esquisse d'un sourire. « Les exposer sans lever le petit doigt. »
« Juste », ai-je dit. « T'as pas besoin de gagner avec des arguments. Tu t'assois là, calme, posée, à guérir une personne qui va vraiment mieux. Le contraste fera le reste. »
Nathalia, silencieuse jusqu'ici, a parlé doucement. « Mais ne vont-ils pas soupçonner que les questions sont montées ? »
« Ils le pourraient », ai-je dit. « Mais voici l'astuce — les gens veulent déjà croire que les guérisseurs sont cupides. On ne fait que leur donner ce qu'ils pensent déjà. C'est pour ça que ça prendra. »
Alex a reniflé. « Donc on la construit en faisant s'entre-dévorer les autres avec leurs propres mensonges. C'est cruel. »
« Cruel mais efficace », a dit Nyla, sèche.
« Cruel, c'est la survie », ai-je dit, me renfonçant dans ma chaise. « On ne se contente pas de défendre Clara — on fait en sorte que les autres se bouffent entre eux tout vivants. »
Mark a fait craquer ses phalanges à nouveau, toujours insatisfait. « Et si l'un d'eux se rend compte ? Et s'ils réalisent qu'on est ceux qui sèment les faux miracles ? »
J'ai ricané vers lui. « Alors on rigole. Parce que le moment où ils nous accusent, ils admettent que les miracles sont faux. Et une fois que la foule entend ça, leur crédibilité est déjà morte. »
La pièce est retombée dans le silence un temps. Puis Alex a ri, long et fort. « Oh, c'est sale. C'est exactement le genre de merde que j'aime. »
Clara a exhalé, et pour la première fois depuis le début de la discussion, le poids sur ses épaules a semblé plus léger. Il y avait d'autres façons de faire, mais avec celle-là, tout va partir en couilles, ces salauds. ils ont mélangé la piscine pour blesser celle qui m'importe, puis moi ? Je vais faire exploser la piscine entière ; ils n'auront plus rien sur quoi se tenir alors.
Mais Tron n'avait pas fini. « Il nous faudra du timing. Trop rapide, ça a l'air forcé. Trop lent, ils s'adaptent. Je dis qu'on lance les faux remèdes juste avant le forum, pour que leurs réputations craquent juste au moment où les questions commencent à voler. »
« Malin », ai-je dit, hochant la tête. « On les touche aux genoux, puis on les pousse hors de la scène. »
Rina a incliné la tête. « Et si l'un d'eux essaie de contrer en achetant le forum ? »
J'ai ricané. « Alors on le balance. Public. Personne ne pardonne à un guérisseur qui prend des pots-de-vin. »
Sonia s'est léché les lèvres. « Je m'en charge. Un scandale ou deux, ça fait un meilleur théâtre de toute façon. »
Lanora, qui était restée silencieuse, a tambouriné des doigts sur la table. « Si vous voulez du bruit, je peux arranger de la musique. Une petite représentation devant le forum. Attirer plus de monde, plus d'yeux pour regarder. »
« Parfait », ai-je dit. « Plus il y a d'yeux, plus ils tombent fort. »
Clara a regardé autour de la table, voyant tout le monde se mobiliser pour elle. Elle a chuchoté, presque trop bas, « Merci. »
Je me suis penché en avant, la voix basse mais tranchante. « Ne nous remercie pas encore. Garde-le pour quand ils s'étoufferont avec leur propre médecine. »
« Mais toi, si tout ça réussit, on aura en essence détruit toute la section des guérisseurs, la vérité sera perdue, et tout va exploser. »
Alex a dit, ce à quoi j'ai répondu par un ricanement.
« Et alors ? Ils ont essayé de blesser ma famille ? Alors qu'ils crament tous pendant qu'on reste debout. »
Tout le monde a aimé cette réponse, ils ont tous souri, fidèles au changement, ils ont tous grandi.