« C'est une bonne réponse. »
« Mais donnez-m'en la moitié d'avance. »
« Comme vous voudrez. »
L'argent !
L'argent est l'un des éléments de survie les plus importants, à n'importe quelle époque, n'importe où. J'étais en fait inquiète de savoir où je trouverais un boulot pour survivre si je ne pouvais pas retourner dans la réalité, mais il m'en donne dix milliards !!!
Avec cet argent, je pourrai tout faire. Que ce soit dans un roman ou dans la réalité, des milliards, c'est énorme.
'Si l'héroïne apparaît, je me casse.'
Quel est le problème avec ça ? Je ne tenterai même pas de tuer l'héroïne, au contraire j'applaudirai et la pousserai à bien faire.
Je la soutiendrai à bras ouverts et je quitterai la scène en catimini.
De toute façon, il serait probablement impossible de se marier, et ça finira sûrement aux fiançailles. L'automne arrivera en un clin d'œil.
'D'abord, je signe ce contrat et je touche l'argent, et quand l'héroïne d'origine se pointera, ils pourront se mettre ensemble, et je ferai semblant de n'avoir jamais existé…'
C'est pas immensément rentable pour ma pomme, ça ?
Le cœur des gens est versatile*, alors j'ai tranché illico, en tapant sur la table avec un large sourire.
*(Une expression coréenne qui veut dire que le cœur humain change si facilement. Ça veut aussi dire que même si vous cherchez la droiture, vous pouvez facilement être détruit par les gains qui sont sous vos yeux.)
C'est alors que j'ai vu Lacius tressaillir. Je me suis exclamée avec assurance :
« Je vais vous offrir une performance habitée, cher client ! »
Une lueur subtile a brillé dans ses yeux bleu-gris. Quand j'ai été convaincue qu'il allait accepter mon marché, j'ai levé deux doigts.
« En échange, ajoutons deux conditions. »
« Lesquelles ? »
« Première : quoi qu'il arrive, vous serez toujours de mon côté. »
« … ? »
« Deuxième : si vous trouvez quelqu'un que vous aimez vraiment, je partirai avec plaisir et je veillerai juste à ce que personne ne me suive jusqu'à ma mort. »
Les méchantes de ce roman ne rigolaient pas. La protection personnelle est un enjeu crucial au cas où elles seraient assez obstinées pour me poursuivre n'importe où et se venger. En plus, je suis une sorcière peintre. Il est indispensable qu'un puissant veille sur moi si je veux garder la vie sauve jusqu'à la vieillesse.
La raison pour laquelle Shay est morte dans l'original, c'est parce qu'elle a fini par être accusée à tort et que personne ne l'a aidée.
Lacius ne savait pas ce qu'elle essayait de faire, mais il s'est senti attiré par son ton franc et a fini par afficher une expression subtilement intéressée.
Bref, d'après ce que je venais de dire, il semblait s'attendre à ce que je fasse quelque chose d'inimaginable à l'avenir.
« N'importe quoi va, tant que je peux mener une vie normale. »
« Pas de souci. Mariage sur la base du divorce ! Je vais me débarrasser de toutes les femmes qui s'approcheront de vous ! »
J'ai fanfaronné d'une voix forte.
Si je décourage les fans dingues maintenant, il s'entendra sûrement plus confortablement avec l'héroïne à l'avenir. Alors toucher les dix milliards maintenant sera justifié.
Dix milliards ? Waouh. Combien d'immeubles je peux acheter avec ça ?
Ma chère mère, ton rêve que ta fille devienne propriétaire d'immeubles va se réaliser ici.
Je me suis assise avec une certaine modestie et mes yeux brillaient excessivement. Pour être honnête, j'étais plus concentrée maintenant que le jour où j'ai passé le CSAT*.
*(College Scholastic Ability Test — test standardisé reconnu par les universités sud-coréennes)
« Theobalt. »
« Oui, mon seigneur. »
« Apportez le contrat. »
Lacius a ordonné d'une voix basse mais douce. Oui, comme le dit le vieil adage, il faut battre le fer pendant qu'il est chaud, alors c'est l'heure d'apposer nos sceaux. D'après notre conversation, si je signe le contrat avec les conditions supplémentaires, l'avance de cinq milliards de gautes sera à moi.
Le contrat était très détaillé, et tout, comme la nouvelle identité et le nom que j'allais prendre, y étaient déjà listés.
En plus, bordel. Depuis quand il a ouvert un autre compte en banque ?
« Je suppose que vous l'avez préparé pendant que je dormais ? »
« C'est exact. »
« Hmm, mon nom… Titania Oberon est assez féerique, ça me va bien. Je l'aime. »
N'importe qui pourrait dire que c'est un faux. C'est absolument un faux nom. Mais ça le rendra plus mystérieux.
Me léchant les lèvres de satisfaction, j'ai récité mon nom plusieurs fois de plus pour le mémoriser.
« Vous venez d'une pauvre famille de vicomte à la campagne. Vous êtes devenue orpheline très jeune et vous avez décidé de trouver un travail de bonne dans la capitale, mais vous êtes tombée sur la malchance. »
« Ah, une histoire à la Cendrillon ? »
Lacius a eu l'air perplexe parce qu'il ne savait pas qui était Cendrillon. J'ai souri doucement, agitant les mains.
« Ça veut dire que c'est une histoire d'amour dont tout le monde est dingue. »
Une histoire que tout le monde voulait voir.
Cliché parmi les clichés.
J'ai immédiatement craqué pour le nom de Titania Oberon. Je ne sais pourquoi, excitée, j'ai tendu la main au contractant pour serrer la main.
« Faisons du bon travail. »
« Ouais, faisons— »
Mais au moment où lui et moi allions nous serrer la main, Lacius a bondi par-dessus la table, m'a serrée fort contre lui et a roulé par terre.
« … ! »
Ting. Mes bourdonnaient. J'étais si submergée qu'il m'a fallu un moment pour comprendre ce qui se passait.
« U-une atta—hmp ! »
« Chut, tais-toi. L'ennemi est encore dehors. »
J'ai failli hurler, mais Lacius m'a cloué la main sur la bouche. J'ai senti mon cœur battre la chamade et j'ai réalisé que j'étais encore en vie.
M-Mes bras et mes jambes sont toujours intacts, hein ?
« Tout à l'heure. C'était quoi, tout à l'heure ? »
Après avoir vérifié l'intégrité de mes membres, j'ai chuchoté sèchement. Alors Lacius a répondu en fronçant les sourcils.
« Aiguilles soporifiques et empoisonnées. »
« … ?! »
Quand Lacius a relevé son avant-bras gauche qui protégeait mon visage, il y avait de fines aiguilles plantées dedans.
'Qu-Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?'
Si quelqu'un voyait ça, il croirait qu'il a roulé sur un cactus !
J'ai la chair de poule. Ça veut dire que quelqu'un a visé mon visage tout à l'heure. Si j'avais été touchée, je serais devenue un poisson-globe maintenant.
'Si c'est quelqu'un qui essaie d'éliminer sa rivale avec un tour aussi vicieux…'
Ça doit être la méchante n° 1.
Non, peu importe qui c'est. Ça n'a pas d'importance.
Entrée dans une rage, j'ai tendu le bras par-dessus la table et attrapé la plume. Elle était trempée dans l'encrier, alors j'ai pu l'utiliser telle quelle.
« Tournez le dos, client-nim. »
« Quoi ? »
« Et enlevez votre veste. »
Quand je lui ai dit d'enlever ses vêtements, alors qu'on se cachait encore du danger, Lacius m'a regardée, perplexe.
Cependant, je suis née avec une personnalité de coq de combat*, et le seul moyen d'évacuer ma rage, c'est de me venger.
*(C'est une race typique de poulet élevée pour les combats de coqs. On la compare souvent à une personne colérique ou qui a des frottements fréquents avec les autres.)
Je ne savais pas que je ferais ma deuxième mauvaise action, dans un roman.
J'ai agité la main calmement. En utilisant le large dos de Lacius comme bouclier, j'ai commencé à dessiner dessus.
L'effet est certain quand le support est du papier, mais il n'y a pas de mal à essayer.
« L'ennemi est encore dehors, hein ? »
« Ouais. »
« Alors enlevez-la. »
J'ai tiré sa chemise. C'était une chemise qui avait déjà des gribouillages dans le dos de toute façon et qu'on ne pouvait plus porter.
Lacius n'avait pas l'air au mieux de sa forme, mais il a serré les dents et a arraché sa chemise. Je l'ai saisie et me suis glissée vers la fenêtre.
Avec une idée approximative de ce que j'allais faire, Lacius a déverrouillé la fenêtre pour moi. Alors j'ai vite tendu la main et jeté la chemise par la fenêtre.
« Mange ça ! »
Il a fallu environ trois secondes pour que la chemise tombe au sol et s'étale.
Après ça, un cri satisfaisant, « Argh ! », a retenti quelque part.
Puis on a entendu « Argh », « Ahhh ! », « Keug » : des chuimsae* accompagnés d'une musique d'ambiance. C'était terriblement mélodieux.
*(Le chuimsae est une forme d'exclamation pendant les spectacles de musique traditionnelle coréenne. Le batteur gosu et le public font des exclamations comme Eolsigu ! ou Jalhanda !, qui veulent dire Youpi ! et Bien joué ! en coréen. Elle l'ajoute pour souligner que les cris sont de la musique pour ses oreilles.)
Je me suis levée avec un air plutôt fier. Lacius a écouté les bruits dehors et a bientôt hoché la tête.
« C'est fini. »
« Hein ? »
« Qu'est-ce que vous avez dessiné ? »
Je suis sûre qu'il est curieux, mais je n'ai fait que cligner des yeux sans répondre honnêtement.
« C'est un secret professionnel. »
Je ne peux pas dire que c'est un dessin de petite flèche enflammée qui transperce les fesses. Ce serait manque de grâce.
J'ai délicatement repoussé mes cheveux en arrière et posé les mains sur mes hanches.
« Bon, dix milliards. N'oubliez pas, cher client. »
« J'oublierai pas, alors pas d'inquiétude. Et pour le titre que vous m'appellerez dehors… »
Les yeux bleu-gris de Lacius se sont enfin animés. Il avait l'air d'avoir attrapé une solide corde d'espoir rien qu'au fait d'avoir enfin trouvé un moyen d'échapper à cette situation terrible.
J'ai haussé les épaules et répondu avec pompe :
« Chéri, chérie. Mon cœur, mon amour. Choisissez-en un sur les quatre. »
En entendant ces surnoms mièvres… L'expression de Lacius a pourri d'un coup.