J'ai occupé la chambre bénéficiant du meilleur éclairage du manoir. L'intérieur, décoré d'un ivoire soigné et de bleu irlandais, était vraiment stylé.
M'allonger sur un lit moelleux avec une literie neuve me donnait l'impression d'être dédommagée pour toutes les épreuves traversées. J'étais heureuse.
« Ahhh. »
J'ai étendu les bras et les jambes comme un chat paresseux.
Il s'était passé tant de choses dès mon ouverture des yeux dans ce monde. J'étais partie dans tous les sens, mais j'avais enfin l'impression que ma tête fonctionnait normalement à présent.
'Un contrat à dix milliards de gautes ?'
À la base, je comptais ne pas m'impliquer avec le protagoniste masculin. Cependant, Lacius avait l'air si fatigué. Il arborait aussi cette expression faciale propre aux gens lassés de la vie elle-même et qui ne souhaitent qu'une chose : disparaître du monde.
'Quelle que soit la nocivité de ces méchants de ce monde, je pense pouvoir les battre, mais je ne dis pas que j'en serai capable, c'est certain…'
J'ai caressé l'oreiller duveteux en soupirant.
Oh, bien sûr, il y aurait des menaces sur ma vie comme aujourd'hui.
Mais je savais comment y faire face grâce à l'éducation spéciale de ma mère. Je sais que je ne possède pas un cœur normal*.
*(보통 강심장이/normal heart — l'opposé de quelqu'un qui a les nerfs d'acier.)
Même maintenant, je n'ai pas du tout envie de fuir.
Pourquoi fuirais-je ?
« Bon, résumons ce dont je me souviens. »
J'ai crié avec entrain, écrivant sur le carnet que m'avait donné Theobalt avec une plume.
Méchante n° 1, Peridot Crisionna, fille du duc.
Méchante n° 2, la princesse Dioles Terran.
Méchante n° 3, Macy Amantin, fille du comte.
Commençons par les cibles faciles.
D'abord, la méchante n° 3 est la présidente du fan club de Lacius, et ça ne pose pas de problème.
En repensant à mes souvenirs, je ne crois pas que sa personnalité soit si mauvaise, vu qu'elle n'a laissé aucune forte impression. Ce n'était pas le genre de personnage « Je déteste, donc j'engage un assassin pour tuer ». Dans l'histoire originale, elle ne déclenchait que des disputes inhabituelles avec l'héroïne.
Comme ruiner ses chaussures en renversant de l'alcool dessus, l'inviter à un pique-nique où personne ne viendrait, ou la rendre ridicule en lui donnant un code vestimentaire différent de celui de tous les autres.
Le pire, c'était quand elle ordonnait à tous les membres du fan club d'ignorer l'héroïne.
Ils faisaient semblant de ne pas entendre ce que disait l'héroïne, lui donnant l'impression d'être un fantôme, ce qu'on appelle « la mettre au ban ». Et elle faisait la même chose à Shay, la méchante n° 4.
'Bah, ça ne marchera pas du tout sur moi.'
J'ai l'habitude, donc je ne pense pas qu'elle puisse me blesser. J'ai enroulé une mèche de cheveux autour de mon doigt et hoché la tête.
'Hum, ensuite la méchante n° 2, la princesse.'
C'était quelqu'un qui ne vit que pour s'amuser et meurt pour s'amuser. Donc, qui que tu sois, tu n'as qu'à te moquer de toi-même. On disait qu'elle aimait les choses inhabituelles et extravagantes et qu'elle haïssait ouvertement les gens timides ou qui manquaient d'estime de soi.
Malheureusement, Shay, la méchante n° 4, possédait toutes les qualités que la princesse détestait, indépendamment de son apparence remarquable. Je l'aimais bien parce qu'elle est très humaine…
'Si possible, je devrais d'abord cibler la princesse et attirer son attention.'
Les gens puissants étaient toujours vénérés dans tous les mondes. Surtout dans ce monde où les systèmes hiérarchiques existaient encore.
La princesse harcelait Lacius parce qu'il était comme une cacahuète* pour son ennui. Alors ne serait-ce pas faire d'une pierre deux coups si je détournais son attention de Lacius vers moi ?
*(En Corée, il y a un dicton qui dit que les cacahuètes sont la seule chose à manger quand on s'ennuie.)
Ainsi, la première étape de la « vie quotidienne » que voulait Lacius serait résolue. S'il y a moins d'articles sur lui dans le journal, l'intérêt retombera aussi.
'Mais le vrai problème, c'est la méchante n° 1.'
Il n'y a aucun moyen de s'approcher de dame Crisionna parce que c'est une vraie méchante. Elle avait été pressée d'utiliser la naïve Shay tout au long du roman !
En outre, il n'y avait ni morale ni limites à ses actes, ce qui signifiait simplement qu'il n'y avait rien qu'elle ne ferait ou ne s'abstiendrait de faire.
Et tout ça parce qu'elle est la fille d'un duc.
L'attaque d'aujourd'hui était définitivement l'œuvre de la méchante n° 1. Sommeil et aiguilles empoisonnées. Je me souviens avoir vu la méchante n° 1 les utiliser dans l'original.
« Mm, ça peut sûrement finir en geumsal*. »
*(끔살/Geumsal — Un personnage tué d'un coup/d'un clin d'œil. Le geumsal ici faisait référence à elle.)
Cependant, pour que la vie de mon cher client soit confortable, je n'ai pas d'autre choix que de me frotter à ces méchantes. D'innombrables autres menaces étaient naturelles, et je devais garder à l'esprit que je ne pourrais pas toujours utiliser la magie de peintre. Comment survivre le plus longtemps possible tout en remplissant la demande de Lacius ?
Allongée sur le ventre et cognant mes pieds l'un contre l'autre, je suis tombée en pleine réflexion.
1. Mettre la puissante princesse de mon côté.
2. Me faire un ami puissant et super fort.
Après avoir écrit ces deux points, une seule personne me venait à l'esprit pour le numéro 2.
Dame Ziontin Adles.
*(경/Sir/Dame — c'est un titre honorifique pour les chevaliers. Dame-Femme, Sir-Homme)
L'assistante de l'héroïne de l'histoire originale et la représentante du fan club de l'héroïne.
Elle ne figurait pas dans la liste des méchants, mais c'était l'un des personnages féminins avec un rôle assez important. C'était aussi une personne talentueuse qui était devenue chevalier uniquement par ses propres compétences et mérites.
Ce serait difficile de la recruter vu sa personnalité pointilleuse, mais c'était mieux que de ne pas essayer. En plus, elle faisait aussi partie de l'Ordre des chevaliers du protagoniste masculin.
« Ma dame, je vous ai apporté quelque chose pour votre casse-croûte de nuit. »
À ce moment-là, des paroles incroyablement agréables sont venues de l'extérieur.
Quand j'ai couru dehors en entendant « casse-croûte de nuit », j'ai vu le majordome qui portait encore sa tenue de jour. Comme il n'y avait pas d'autres domestiques, il devait s'occuper de toutes les corvées jusqu'à cette heure.
J'ai souri largement en réceptionnant le gâteau aux fraises qu'il m'apportait.
« Merci de prendre soin de moi, Theobalt ! »
« Ce n'est rien. Vous devez davantage prendre soin de vous. »
Le majordome, qui me souriait joyeusement, a bientôt commencé à verser du thé dans la tasse pour m'aider à bien dormir.
J'ai reniflé la fraise. Les fraises d'ici sont aussi juste des fraises.
« Vous semblez être une personne très positive, ma dame. »
À ce moment-là, Theobalt a ouvert la bouche doucement. J'ai penché la tête en tenant le gâteau.
« Hein ? C'est une critique ? »
« Non, c'est un compliment. Je suis content qu'après tous les rebondissements que vous avez traversés, vous soyez restée une personne positive. »
Le majordome a dit ça avec une grande gentillesse, en référence à l'époque où elle avait été capturée et vendue comme esclave.
Bon, la réaction habituelle pourrait être d'avoir du mal à sortir du lit, de suivre un traitement psychiatrique, et peut-être même de développer une phobie des gens ?
C'était probablement la réaction normale, mais j'allais bien. Peut-être.
Ou peut-être que le fait d'être si débordée était ma propre façon de surmonter le traumatisme violent. Je n'arrive toujours pas à voir ce monde comme la réalité, parce que les incidents s'empilaient sans répit.
« Je suis contente que vous soyez une personne positive. Le maître est devenu plus solide que sa personnalité d'origine à cause de beaucoup de choses. Je crois que vous pourrez l'aider. »
Le visage du vieux majordome était vraiment amical.
Tous les domestiques et servantes avaient été renvoyés, il ne restait plus que deux personnes : Theobalt et Maynard. Ça voulait juste dire qu'ils se souciaient et se faisaient confiance à ce point.
J'ai levé la fourchette que je tenais devant les yeux de Theobalt.
« Regardez ça, M. le majordome. »
« Theo suffit. »
« D'accord, Theo. J'ai une fourchette en main, non ? »
« Oui. »
« Désormais, que ce soit une femme ou un homme, celui qui touche mon cher cli— euh, mon chéri… »
Avec un visage profondément radieux, j'ai porté un coup terriblement dur et mortel aux fraises plantées sur le gâteau.
Pique pique.
Encore et encore jusqu'à ce que les fraises deviennent de la bouillie. Puis, je les ai portées à ma bouche et les ai englouties.
« Je ferai comme ça. »
C'était une expression bien plus puissante que cent mots réunis.