Philia et son groupe venaient tout juste de partir lorsque, presque en parfaite synchronisation, la caravane de marchands dont Dant avait parlé arriva au village.
« C-c'est vrai, il y avait vraiment un village dans la lande…… »
« La rumeur n'était pas fausse, alors…… »
« Qu'est-ce que c'est que ces bâtiments…… ? »
Face à eux qui écarquillaient les yeux, je les salue.
« Enchanté. Je suis , le chef de ce village. »
« Je m'appelle Brookri, je dirige cette caravane. …… Cela dit, c'est un village magnifique. Pour être honnête, jusqu'à notre arrivée, j'étais à moitié sceptique…… »
M. Brookri est un homme petit, dans la trentaine.
Il appartient à la famille fondatrice de la compagnie marchande Kane, l'une des plus importantes du district du Nord, et occupe le poste de vice-président à cet âge.
…… Quelqu'un comme lui qui fait exprès le déplacement jusqu'ici ?
Ce qu'ils ont apporté, ce sont principalement les fournitures qui manquent au village.
Surtout des vêtements, des articles de première nécessité, des graines, des plantes médicinales, et des condiments.
De notre côté, en revanche, ce qu'on peut fournir se limite peu ou prou aux récoltes des champs.
La viande d'orc se vendrait sans doute à bon prix, mais les villageois supplient : « S'il vous plaît, ne la vendez surtout pas ! »……
À quel point ils aiment la viande d'orc.
Bon, c'est délicieux, ceci dit.
Toujours est-il que ces récoltes sont justement ce qui est le plus demandé en ce moment.
« C'est la première fois que je vois des légumes aussi gros…… »
« Vous voulez goûter ? »
« C'est vraiment permis ? »
Les marchands se rassemblent.
« Pas de trace d'insectes, et l'aspect est propre, mais…… »
« Les faire grossir seulement, ce n'est pas si difficile. Mais d'ordinaire, ils deviennent immangeables. »
« L'intérieur est-il bien rempli ? »
Devant des légumes plusieurs fois plus gros que la normale, les marchands restent dubitatifs.
Même s'ils venaient sur demande de l'intendant, leur attitude de vérifier la marchandise de leurs propres yeux témoignait de la fierté de leur métier.
« « « C-c'est bon !? » » » »
« Cette tomate, quelle douceur…… »
« Et en plus, c'est pas la saison pour en récolter, normalement…… »
Les voyant louer les récoltes du village, je suis un peu content.
« Gros, et en plus un goût qui surpasse les produits de luxe…… Et ça pousse dans une lande pareille…… »
« Qu'en pensez-vous ? »
« Au-delà de mes attentes. Bien sûr, nous les achèterons avec plaisir. »
S'ensuivit une brève négociation, et le prix de vente fut fixé à la louche.
Résultat : ils les rachetèrent à un prix bien plus élevé que prévu.
Grâce à ça, il semble qu'on puisse acheter tous les produits qu'ils ont apportés.
« Je ne sais pas si le village en a besoin, mais y compris les spécialités, je prends tout ce que vous avez amené. »
« Hein ? C'est bon ? »
« Oui. J'ai entendu dire que beaucoup de villages manquaient de nourriture, alors je me dis que ça pourrait un peu aider. Et s'ils galèrent encore, parlez-leur de ce village. L'immigration est la bienvenue. »
« …… »
M. Brookri me fixe, l'air surpris.
« ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
« N-non…… J'ai juste pensé, sur un coup de tête, que si quelqu'un comme vous était seigneur, tout le monde vivrait sûrement bien mieux…… Ha ! P-pardonnez-moi, je ne disais pas de mal du seigneur Albeil, loin de là…… »
« Hahaha, ne vous en faites pas. Moi non plus, je ne trouve pas la méthode de mon père très bien. »
« …… »
« Mais je ne suis qu'un chef de village. Devenir seigneur ? Impossible, et je n'en ai pas l'envie. »
Ainsi s'acheva cette première transaction, et ils repartirent sans même prendre le temps de souffler.
La marchandise étant ce qu'elle est, ils doivent la revendre au plus vite un peu partout.
D'ailleurs, ce qu'on a acheté cette fois, ce n'étaient pas que des fournitures.
« Môô. »
« Mêê. »
« Cocorico. »
Ce sont des bêtes de ferme : vaches, chèvres, poules.
J'ai envie de boire du lait, et d'avoir des œufs.
« Allez, allez, d'ici c'est votre nouvelle maison. »
Je les mène à la porcherie — enfin, au bâtiment d'élevage créé par mon Don.
Mais dès qu'ils y entrent,
« Môôôôô ! »
« Mêêêêê ! »
« Cocoricooo ! Cocorocococô ! »
« Wah, qu'est-ce qui leur prend d'un coup !? »
Ils se mettent soudain à courir partout, surexcités.
« On dirait qu'ils ont adoré ce bâtiment, hein ! »
« Ah, tu es… »
« Oui ! C'est Neruru, qui a reçu le Don « Cœur animal » ! »
Neruru est une fille d'un an mon aînée, à qui on a donné le Don de comprendre les sentiments des bêtes.
« Du coup, je peux leur confier ? »
« Bien sûr ! Je vais les faire bien se reproduire, pour qu'on ait plein de lait et d'œufs ! »