« C'est impossible… ! À ce rythme, ils vont percer… ! »
« Si ils pénètrent dans le village, c'est la fin ! »
Des cris de colère et des hurlements s'entrechoquaient.
Au plus profond de la forêt maudite.
Une grave crise menaçait désormais le village des elfes qui y était établi.
Le mur de pierre érigé pour protéger le village des monstres était sur le point d'être percé par une horde de géants à tête de porc.
« Il n'y a plus qu'à abandonner le village et fuir avant ça… »
« Fuir ? Et où est-ce qu'on irait !? Ces affamés nous poursuivront jusqu'au bout du monde ! Pour nous dévorer jusqu'au dernier ! »
« Alors quoi, on fait quoi ! On les laisse entrer et on crève tout de suite, c'est ça !? »
D'ordinaire paisibles, les elfes s'hurlaient dessus comme s'ils avaient perdu la raison face à la menace de mort.
Au milieu de ce tumulte, un elfe éleva la voix.
« On s'échappe immédiatement ! Vers le sud ! Leur encerclement est plus faible au sud ! Les guerriers en tête, on perce leur filet d'un seul élan ! »
C'était Phiria, la chef des guerriers qui commandait les combattants du village.
Investie d'une autorité supérieure à celle du chef de clan en temps de crise, son ordre mit tous les elfes en mouvement d'un seul coup.
Lorsque la horde d'orcs finit par défoncer le rempart pour s'engouffrer à l'intérieur, ils avaient déjà fui par la porte sud.
Comme prévu, l'encerclement au sud était mince, et menés par les guerriers, ils le percèrent d'une seule traite.
« Nous assurons l'arrière-garde ! Courez, peu importe comment ! »
Tout en transperçant la gorge des orcs de ses flèches, Phiria criait de toutes ses forces.
Mais la plupart des elfes lucides avaient compris qu'il n'y avait aucun espoir au bout de cette fuite.
Car le nombre d'orcs qui les pourchassaient était écrasant, et il était évident qu'ils finiraient par les submerger.
En tant qu'espèce longue-vie, ils avaient peu d'enfants, et même âgés, ils ne perdaient pas la marche comme les humains, mais ils constituaient tout de même un fardeau.
Bien sûr, l'option d'abandonner leurs compatriotes n'existait pas pour ces elfes hautains.
(Non, il y a de l'espoir… ! Si on traverse la forêt et qu'on atteint les terres sauvages… !)
Ce qui lui vint à l'esprit, c'était ce village des terres sauvages visité il à peine quelques jours plus tôt.
Bâti en seulement six mois, c'était un village incroyablement confortable et solide, difficile à croire.
Pour les elfes, les humains ne laissaient pas une très bonne impression.
Mais les habitants de ce village étaient d'une douceur et d'une gentillesse telles, si dignes de confiance, que Phiria en avait eu la certitude en une seule visite.
Et ce qui avait surtout conquis son cœur, c'était ces toilettes — non, ce garçon, le chef du village.
(Il va m'en vouloir, mais je n'ai pas d'autre choix que de demander de l'aide à ce village… !)
Phiria ordonna à l'un des elfes qui avaient visité ce village avec elle.
« Lyre ! Toi, fonce devant et préviens ce village… ! »
« C, compris ! »
Ayant saisi son intention en un instant, l'elfe se mit à courir de toutes ses forces.
Après avoir jeté un dernier coup d'œil à son dos, Phiria emboîta aussitôt une nouvelle flèche et la décocha vers la gorge des orcs qui approchaient.
***
Peut-être grâce aux gens de la compagnie Kaïn qui en avaient fait la publicité un peu partout, les migrants ne cessaient plus d'affluer depuis lors.
Bien sûr, plus le nombre de visiteurs augmentait, plus des individus louches finissaient par se pointer.
[Delto — Âge : 32 ans · Attachement au village : Révolte · Métier adapté : Travail manuel · Don : Aucun]
C'est pourquoi, pour être sûr, je vérifie via l'appréciation villageoise.
« Puisque ça marque "Révolte", c'est facile à repérer. Oui, mettez celui-ci au centre de rééducation. »
« Entendu, chef du village. »
« Ha !? C'est quoi, un centre de rééducation !? Hé, lâchez-moi ! Où est-ce que vous m'emmenez !? »
L'homme qui braillait de toutes ses forces fut emmené de force.
Et c'est là qu'intervint.
« Chef du village, une personne qui ressemble à un elfes arrive vers nous depuis la forêt. »
« Des elfes ? »
« Ils ont l'air terriblement pressés, pour une raison quelconque. »
Qu'est-ce que c'est ?
Ce ne serait pas un objet oublié l'autre jour… ? Non, impossible.
« Essayons de leur parler par télépathie depuis ici. »
Pour info, Saten, qui possède le don « Télépathie », se tient d'ordinaire dans la tour de guet érigée au centre du village, d'où l'on voit l'ensemble du hameau.
Lorsqu'elle reçoit un signal des anciens bandits postés aux quatre tours de guet et aux portes, elle échange par télépathie et me transmet le contenu.
Après un moment d'attente, un nouveau rapport arriva de Saten.
« Il semble qu'ils demandent de l'aide à notre village. »
« Hein ? »