« Monseigneur, je vous en supplie, calmez-vous ! »
« Comment pourrais-je rester calme ! Après avoir été excommunié du temple, il n'a pas donné signe de vie pendant dix ans, et le voilà qui revient l'air de rien ! Et pour couronner le tout, on apprend qu'il a eu maintes rendez-vous galants avec des femmes alors qu'il était encore en formation ! Quel imbécile ! »
Le maître de ce domaine, soi-disant le père de Gaï, était dans une colère noire.
Ignorant les remontrances de ses vassaux, il se mit à brandir sa naginata.
Au moment où il s'apprêtait à trancher son propre fils,
« Aïe aïe aïe aïe aïe aïe aïe !? »
Il saisit sa taille, s'effondra au sol et se mit à hurler de douleur.
« C'est pourquoi je vous l'avais dit ! Vous avez une bombe dans le dos, alors arrêtez les mouvements imprudents ! »
« Grrrrr…… J'allais enfin pouvoir lui passer le goût du pain de mes propres mains…… ! »
Apparemment, ce vieillard avait le dos en mauvais état.
De son côté, Gaï, qui venait d'échapper à la mort, resta prosterné sur place.
« … Père. Tout cela est dû à mon manque de vertu. Il n'y a pas d'excuse possible. Je me soumets à votre volonté, faites de moi ce que bon vous semble. »
« Hmph, au moins as-tu l'air d'avoir pris ta décision. »
« Toutefois… j'aimerais obtenir un délai. Car la force que j'ai acquise ces dix années, je souhaite l'employer pour sauver ma patrie en péril. »
« Quoi ? »
Face au vieillard dubitatif, Gaï s'approcha à quatre pattes et, disant « Pardon », posa sa main sur la taille du vieil homme.
« Qu… qu'est-ce que vous… ça y est… ? La douleur dans le dos s'en va… »
« C'est de la magie de guérison. »
Lorsque la douleur eut complètement disparu, le vieillard se releva sans difficulté.
« Plus mal nulle part… »
« Oui. Malgré les apparences, j'ai confiance en mes compétences. Et je peux soigner non seulement les blessures, mais aussi les maladies. »
…
« La capitale de Kyō est actuellement frappée par une épidémie. Je suis revenu dans ma ville natale, en ignorant ma honte, pour soulager ne serait-ce qu'un peu les gens qui souffrent. Je vous en prie, accordez-moi ce répit pour cela. »
À la base, c'était pour le tourisme, ceci dit.
Bien sûr, je vais me taire là-dessus.
…
Recevant la supplique sincère de Gaï, le vieillard jugea sans doute qu'il ne pouvait pas le tuer sur-le-champ : il baissa la naginata qu'il levait, le visage de quelqu'un qui vient d'avaler une amère pilule.
« Monseigneur… ne pourriez-vous pas faire examiner Meikai-sama et Meiken-sama par ce dernier ? »
« Quoi !? Mon frère aîné !? »
« Oui. Depuis une semaine environ, il a contracté l'épidémie… Des excroissances semblables à des verrues lui couvrent tout le corps, il souffre au point d'en crier, il se consumait à vue d'œil, et les médecins disent qu'il ne tiendra pas plus de quelques jours. »
Apparemment, le grand frère de Gaï avait attrapé l'épidémie.
« Emmenez-moi auprès de mon frère immédiatement ! »
« …… Suivez-moi. »
Après un moment de silence, le vieillard prononça ces mots d'une voix faible et s'enfonça dans le fond du domaine.
Nous le suivîmes.
Finalement, le vieillard s'arrêta devant une petite bâtisse qui semblait être un pavillon détaché.
« Pour éviter la contagion, nous l'avons isolé ici. »
« Le reste est entre mes mains. »
Gaï entra seul dans la bâtisse.
Une fois qu'il fut parti, le vieillard se tourna vers nous.
« En attendant la fin du traitement, voudriez-vous me raconter votre histoire ? À en juger par vos mines, vous semblez venir d'un pays étranger… »
Pendant que nous attendions la fin des soins, nous expliquâmes la situation.
« Ce gaillard, je me demandais où il était passé, et le voilà à l'ouest… C'est pour ça qu'aucun bruit n'est parvenu à mes oreilles. Enfin, il a l'air d'être bien soigné par vous, et pour ça, je suis désolé. »
« Non, nous aussi, on doit beaucoup à ce gaillard. »
Face au père de Gaï qui avait soudain adopté une attitude polie, Alec secoua la tête.
« Cependant, c'est surprenant. Je n'aurais jamais imaginé que la famille de Gaï soit un endroit aussi respectable… »
« Hmph, une famille qui n'a que son histoire pour tout bagage. Puisque même quand l'héritier tombe malade, on ne peut pas faire venir un soigneur correct. Ceci dit, avec l'épidémie qui s'est propagée jusqu'à l'intérieur de la cour, les médicaments et les soigneurs sont à sec, c'est inévitable. Surtout pour des nobles de bas rang comme nous… »