« Je m'appelle Lala. »
« Ravi de te rencontrer, grande sœur Lala. »
Cette fille-bête rousse s'était présentée sous le nom de Lala.
Tout en restant sur ses gardes, elle descendait l'escalier derrière moi.
Elle avait été amenée de force au château du duc de Kaion il y a quelques jours à peine.
Un de mes doubles avait justement assisté à la scène et me l'avait rapportée.
C'est pour ça que, un peu intrigué, j'ai transféré ma conscience dans ce double pour entrer en contact avec elle.
« Mais… qu'est-ce que ça veut dire ? Vous voulez rencontrer nous, les hommes-bêtes… ? »
« Oui, vous, les grandes sœurs, vous volez souvent des récoltes, non ? »
« …! C'est… c'est vrai, mais… à la base, c'est la faute des humains qui nous ont chassés vers le nord où rien ne pousse…! »
Sa voix résonna dans le passage souterrain.
Je parlai sur un ton persuasif.
« Euh, je ne vous reproche rien. En gros, vous n'aviez pas le choix pour survivre, c'est ça ? »
« …Ah, oui. »
Peut-être surprise qu'on la comprenne si facilement, Lala acquiesça, décontenancée.
« Vous n'avez pas pu négocier, par exemple faire du troc ? »
« Cela… les humains n'auraient sans doute pas accepté. Ils nous détestent comme la peste. »
« Vraiment ? »
« …Il parait qu'autrefois, les hommes-bêtes ont uni toutes leurs forces pour attaquer les territoires humains. Au final, on nous a repoussés à nouveau vers le nord… Mais la haine d'avoir perdu tant de leurs proches, tués par des hommes-bêtes, ne s'est toujours pas effacée, dit-on. »
« Je vois… »
« Mais les humains, c'est pareil ! On raconte qu'autrefois, ils organisaient des chasses aux hommes-bêtes, une horreur sans nom ! »
Bref, humains et hommes-bêtes ne s'entendent pas du tout, apparemment.
« N-Non, ça ne sert à rien de crier sur un gamin… Désolée d'avoir hurlé. »
Lala reprit ses esprits et s'excusa.
« Bon, mais enfin, si vous arrivez à produire vos propres récoltes, vous n'aurez plus besoin de piller, c'est bien ça ? »
« C'est vrai, mais la terre est maigre, à peine si quelque chose de correct pousse. »
Ça ressemble un peu aux terres sauvages où se trouve mon village.
Au niveau de la latitude aussi, on doit être assez proche.
« Regarde, si tu montes cet escalier, tu es dehors. »
« …On est vraiment sortis. »
Tout en discutant, nous avions gagné la surface.
En me retournant, je voyais les remparts de la capitale ducale.
Depuis le château du seigneur, nous avions traversé tout le souterrain pour sortir de la ville par un endroit sans garde.
Bien sûr, j'ai tout effacé pour que personne ne remarque notre fuite.
« Alors, tu peux me guider jusqu'à ton village ? »
« Tu comptes vraiment me suivre ? D'ici, c'est encore loin… Moi seule, ça irait, mais avec les jambes d'une gamine humaine, on n'en finirait pas… »
« C'est bon. Je vais créer un chemin qui permet de se déplacer super vite. »
« …? »
J'étendis une route devant moi.
[Route : route pavée. Réduit la fatigue, augmente la vitesse de déplacement]
« Qu… Qu'est-ce que c'est !? Une route qui apparaît tout d'un coup…! »
« Avance par ici. Allez. »
« Ah, je fais juste marcher, mais quelle vitesse !? Atten… attendez-moi — waa!? »
Lala, qui courait pour me rattraper, faillit tomber la face en avant.
« Tu vois, c'est rapide, hein ? »
« C'est quoi ce truc !? »
En avançant sur la route pendant plusieurs heures, nous quittâmes le duché pour atteindre l'extrême nord où vivent les hommes-bêtes.
Ce n'est pas aussi extrême que les terres sauvages de mon village, mais effectivement, à peine s'il y pousse de l'herbe ou des arbres, un terrain où survivre semble rudement difficile.
En plus, la neige a déjà commencé à tomber, recouvrant tout d'un fin manteau blanc.
« C'est par là. »
« Par là, d'accord. »
J'étendis la route dans la direction indiquée par Lala, poussant plus au nord encore.
Bientôt, ce qui ressemblait à un hameau apparut devant nous.
« Je n'aurais cru arriver si vite… Même en courant à fond toute seule, j'aurais mis bien plus de temps… »
« C'est là, le village de grande sœur ? »
« Ouais. En ce moment, on a établi notre camp de base là-bas. »
« "En ce moment" ? »
« On ne s'installe jamais longtemps. De toute façon, les récoltes ne poussent pas. Et comme ça, on résiste mieux aux représailles des humains. »