Raine ajustait maintenant sa position et s’allongeait avec précaution sur le ventre, posée sur des couvertures pliées, tandis que l’air humide s’engouffrait par la porte légèrement entrouverte du carrosse. L’odeur des herbes persistait autour d’elle, laissée par les onguents appliqués plus tôt sur ses blessures.
Pendant ce temps, Landon était assis sur un banc en bois non loin d’elle, en train de parcourir l’ordonnance du guérisseur.
Raine soupira dans la couverture qui la portait, car il est vrai qu’elle n’avait pas d’argent sur elle ; elle avait laissé ses pièces d’or à la maison de la meute avant de suivre Landon. Comme il l’avait fait remarquer, elle n’était pas en position de pouvoir soudoyer personne.
Arborant une mine navrée, Raine parla d’une voix affaiblie. « Je ne pense pas pouvoir faire un vœu sanguin. »
Landon détourna son regard du parchemin pour la fixer. « Tu n’as besoin que d’une semaine de repos et tu te remettras complètement après. »
« Le guérisseur doit avoir fait une erreur. Une semaine ne suffit pas. »
« Je ne crois pas. »
« Moi aussi, je suis guérisseuse. »
Landon la connaissait assez bien pour comprendre que Raine cherchait à gagner du temps. « Nous passerons au vœu sanguin la semaine prochaine », dit-il sur un ton sans appel, tout en ramenant son attention sur le parchemin.
Agacée, Raine abandonna sa tête sur la couverture pliée avec un léger soupir, incapable de rétorquer quoi que ce soit.
Un vœu sanguin serait également dangereux dans son état actuel, surtout lorsque son énergie curative était instable, fatiguée par l’épuisement, la perte de sang et la surutilisation répétée de sa magie ces derniers jours.
Si le vœu se retournait contre elle… eh bien… elle préférait ne pas y penser.
Landon plia l’ordonnance avant de la lui lancer. « Vérifie si c’est bien la bonne ordonnance. »
Raine déplia l’ordonnance et, après l’avoir rapidement survolée, son expression changea lentement. « Oh, ça n’a pas bon signe ; regarde ces ingrédients. »
Landon leva un sourcil à ses remarques.
« Ces ingrédients sont de qualité médiocre ; la récupération sera longue. » Raine désigna le parchemin du doigt.
Sa remarque attira l’attention de Landon, qui posa son bras sur la table en bois.
Raine désigna une ligne. « Cette poudre de feuilles de racine-sang est de faible qualité, et il n’est pas avisé d’y ajouter de l’écorce séchée contre la fièvre. » Elle secoua légèrement la tête. « Ce mélange diminue l’effet global de la guérison. »
Landon l’observa silencieusement pendant qu’elle poursuivait la lecture du parchemin, puis elle en pointa une autre ligne du doigt.
« Et cette mousse osseuse est probablement ancienne, elle n’est plus très efficace à ajouter désormais puisqu’il existe une meilleure alternative récente pour la fièvre, comme celle que je t’ai donnée lors de ton épisode fébrile : l’écorce séchée de cendre-épines. »
Raine dirigea brièvement son regard vers Landon.
« Si tu veux que tes blessures cicatrisent mieux, reprit Raine en reportant son attention sur le parchemin, certains de ces ingrédients doivent être remplacés. »
Landon saisit une feuille de parchemin propre ainsi qu’un bâton de charbon à côté de lui, s’inclina et les lui tendit. « Répare-le. »
Raine allongea le cou pour le regarder, les sourcils froncés. « Mais c’est moi la patiente, et je suis allongée ici. »
« Tu peux écrire en restant dans cette position. » Landon répondit sur un ton neutre, imperturbable, en continuant de lui tendre le parchemin et le bâton de charbon.
Raine s’empara du bâton de charbon avec beaucoup plus d’intérêt que durant toute la matinée, prête à rédiger son ordonnance.
Cependant, rester allongée sur le ventre en essayant d’écrire s’avéra extrêmement gênant, ce qui alourdit encore son humeur. Ce mouvement tira violemment sur les marques de griffes qui lui zébraient le dos, et elle prit une courte inspiration suffocante.
Landon se contenta de la fixer en silence, lui laissant aucune autre issue que de rédiger son ordonnance à contrecœur.
« En remplaçant l’écorce séchée contre la fièvre par celle de cendre-épines, le feu baissera plus vite. Et je modifie aussi celui-ci par des feuilles de vert-os ; la recette du guérisseur fonctionne, mais beaucoup plus lentement », murmura Raine pour elle-même, s’expliquant à personne.
Landon l’observa en silence pendant qu’elle réécrivait l’ordonnance dans une écriture nettement plus soignée que celle du guérisseur. Elle nota du trèfle cœur-de-lune, des feuilles fraîches de vert-os et de l’écorce séchée de cendre-épines, qui étaient des plantes médicinales de bien meilleure qualité.
Raine fit une brève pause avant d’ajouter plusieurs autres ingrédients près de la base, et le regard de Landon glissa vers le bas. « Qu’est-ce que c’est ? »
« Les ingrédients que tu as utilisés sans compter plus tôt. Tu as vidé mes réserves, et je dois les compléter. » Raine ne se donna même pas la peine de feindre l’innocence.
Landon porta son regard sur la liste additionnelle et y distingua de l’essence éternelle. Il leva les yeux vers elle et parla sur un ton neutre. « Je m’en suis servi sur toi. »
C’était là une preuve supplémentaire de l’esprit mesquin de Raine. Landon continua de lire vers le bas et repéra quelques herbes de régénération et d’énergie ; il y en avait sacrément beaucoup.
Raine poursuivit son écriture. « Tu n’aurais pas dû en utiliser autant ; j’en suis presque à cours. »
Pendant une seconde, aucun des deux ne parla. Puis Raine ajouta : « Et celles-ci sont aussi les herbes que j’ai données aux guerriers et aux prisonniers. Ils étaient nombreux ; j’en ai sûrement besoin pour les remplacer ; il me reste encore à les soigner plus tard. »
Landon dévisa les ingrédients ajoutés une seconde de plus avant de lui prendre le bâton de charbon des mains et de rayer la liste complémentaire sans hésiter. « Inutiles. » Il lui retira ensuite l’ordonnance des mains.
« Mais j’ai besoin de ces fournitures pour guérir mes patients. »
Sans répondre, Landon se tut et se leva, tenant le parchemin à la main avant de se diriger vers la porte du carrosse.
Raine le regarda disparaître derrière la porte fermée du carrosse, incrédule.
Landon la jugeait mesquine ; il avait raison sur ce point, pourtant. Même s'il avait rayé les ingrédients supplémentaires, Raine notait malgré tout ceux coûteux destinés à sa convalescence et en précisait la quantité. Elle disposerait largement de quoi soigner et faire le plein.
Tandis que Landon sortait, l’air humide de la forêt qui frappait son visage semblait plus lourd comparé à la tiédeur régnant à l’intérieur du carrosse. Plusieurs guerriers croisaient leur chemin dans le camp voisin, tandis que les chevaux remuaient nerveusement près des chariots d’approvisionnement.
Un guerrier se redressa aussitôt en apercevant Landon approcher et marqua son respect. « Seigneur ? »
Landon lui tendit l’ordonnance pliée. « Fais procurer cela au comptoir commercial le plus proche. »
Le guerrier hocha rapidement la tête. « Entendu, Seigneur. »
« Dis-leur de choisir les meilleurs ingrédients. » Le guerrier hocha une nouvelle fois la tête. Landon fit une brève pause avant de reprendre la parole. « Achète aussi ce que j'ai barré. »
Le guerrier comprit. « Très bien, Seigneur. »