Raine inclina la tête, observant les deux frères l'un après l'autre. Elle les trouvait intéressants.
Hunter fit un pas vers elle et porta la main à sa ceinture, en retira quelque chose. Raine regarda l'objet. C'était une dague. Une petite dague d'aspect simple, net, acéré. Il la lui tendit sans hésiter. « Cette dague est pour toi. »
Raine ne la prit pas tout de suite. Elle était perplexe. « Tu me donnes une arme ? » demanda-t-elle, comme si le fait de le formuler à voix haute rendait la chose plus sensée, tandis qu'elle s'interrogeait sur la raison de ce cadeau.
Hunter acquiesça. « Tu n'es pas une changeforme. Tu ne devrais pas te trouver dans un endroit comme celui-ci sans arme. »
Raine le regarda, puis.reporta son attention sur la dague, sans la prendre.
« Au cas où. Tu en auras besoin pour ta protection. » Aucune hésitation dans sa voix.
Raine finit par la saisir. Elle la fit pivoter légèrement dans sa main, testant son équilibre et son poids. Elle allait parfaitement, comme si elle avait toujours été la sienne. Elle le jeta un nouveau coup d'œil. « Je vois. Quelle considération pratique. J'apprécie. »
Cole se pencha vers elle, baissant légèrement la voix. « Il ne donne ses armes à personne. Même pas à moi. »
« Peut-être qu'il aurait préféré une petite sœur plutôt qu'un petit frère. » Raine reporta son regard sur Hunter et le remercia. Elle glissa la dague dans sa ceinture.
« Tu ne devrais pas être ici. » La voix de Hunter retentit à nouveau, tranchant soudain le silence. Raine leva les yeux immédiatement. Mais il ne s'adressait pas à elle. Il parlait à Landon. L'expression de ce dernier ne changea pas, tandis que Hunter reprenait. « Tu n'es pas en état de mener cette opération. »
Raine saisit l'occasion au vol et intervint sur-le-champ. « Oh, enfin quelqu'un qui a du bon sens. »
Landon ne répondit pas. Il se tourna vers elle. Le changement dans l'atmosphère fut immédiat. Le regard de Landon alla de Raine à Hunter, puis revint à elle.
Raine rouvrit la bouche—
« Assez. » Ce unique mot était tranchant, glacial, définit. Il s'adressait à tous les deux et ne laissait place à aucune réplique. Raine se tut. Elle n'était toujours pas d'accord, mais elle reconnaissait ce ton. Elle savait qu'insister ne mènerait à rien, il ne changerait jamais d'avis.
Hunter soutint le regard de Landon un instant de plus. Puis il détourna les yeux. Il n'insista pas. Il savait qu'il ne pouvait pas argumenter avec Landon, mais sa désapprobation demeurait.
Au bout d'un moment, Hunter brisa le silence. « Cole. Tu aurais dû l'en empêcher. »
« Moi ? » Cole le fixa, incrédule.
« Tu connaissais son état. »
Fronçant les sourcils face à son frère aîné, Cole protesta. « Je suis désolé, on parle bien de la même personne ? Depuis quand m'écoute-t-il, lui ? » Hunter ne répondit pas, ce qui empirait les choses d'une certaine façon. Cole fit un geste de reddition, puis passa une main dans ses cheveux. « C'est injuste. J'ai l'impression qu'on me reproche quelque chose qui n'a jamais été de mon ressort. »
Raine les observait. D'une manière ou d'une autre, elle trouvait leur échange amusant. Elle s'approcha de Cole. « Tu es sûr qu'il est ton grand frère ? » Tous deux la regardèrent. Raine désigna Hunter du doigt. « Il te gronde comme un parent. »
« N'encourage pas, » gémit Cole.
« Il en a besoin, » répondit simplement Hunter.
Raine acquiesça pensivement à la réplique de Hunter, marquant son accord. Inclinant la tête tout en les étudiant à nouveau tous les deux, elle demanda enfin à Cole : « ...Vous n'êtes pas adoptés, hein ? Parce que je pense que ça expliquerait pas mal de choses. »
Avant que Cole ne puisse réagir, Hunter répondit sans hésiter. « En fait, si. » Son expression était parfaitement sérieuse.
Cole le dévisagea. « Oh, grandis un peu. Cette blague n'est plus drôle depuis longtemps. »
Pendant ce temps, Landon ignora l'échange entre les trois, puis se tourna vers la route menant hors de la ville. « On part maintenant. »
Sur ces mots, ils se mirent en route.
Comme prévu, ils ne prirent pas la voiture cette fois-ci. Le chemin menant à la plantation de Deeits était trop étroit et trop exposé. Ils risquaient encore d'attirer l'attention en voiture, aussi soigneusement qu'ils eussent choisi une voiture laide pour passer inaperçus.
Ils traversèrent donc la forêt en longeant la route jusqu'à la plantation.
Raine regretta d'avoir accepté de venir, bien qu'elle sût qu'elle n'avait pas eu d'autre choix que de s'y plier.
Le sol était inégal, l'air froid, et même avec l'aide de la guérisseuse, sa cheville lui rappelait à chaque pas qu'elle n'avait pas totalement guéri.
De plus, elle avait accepté de venir parce que tout ce qui touchait aux herbes et aux poisons, surtout quelque chose d'aussi inhabituel que l'Azicus, attiserait assurément sa curiosité. Elle continua donc d'avancer et s'efforça de ne pas boiter.
« Tu ralentis. » Landon lui adressa soudain la parole.
Raine lui lança un regard, mais ne répondit rien. Elle se concentra sur sa marche et sa respiration pour ignorer la douleur sourde dans sa cheville. Les deux frères ne dirent rien, même si Hunter modifia subtilement sa position derrière elle.
Le parfum des jacinthes des bois les suivit comme une seconde peau tandis qu'ils poursuivaient leur marche en silence. Raine réajusta la dague à sa ceinture. Ses pas étaient plus assurés maintenant. Mais au fur et à mesure qu'ils s'enfonçaient, l'air de la forêt changea subtilement ; il paraissait plus sombre, plus dangereux à mesure qu'ils approchaient de la plantation.
Raine se fit plus vigilante à chaque pas.
Ils aperçurent la plantation avant de l'atteindre. C'était une étendue de terrain plus sombre que le reste. Des rangées de plantes ondulaient sous la lumière de la lune. Un grand silence régnait.
Raine ralentit le pas, observant les alentours. Elle vit des arbres à jacinthes des bois au loin, leur parfum lui parvenant. Et lorsqu'ils atteignirent la plantation, ils continuèrent en contournant ces arbres.
Ces arbres ressemblaient à des glycines avec des fleurs de jacinthes des bois pendues à leurs branches, lesquelles s'étalaient larges et lourdes de grappes de petites fleurs bleues retombant comme de doux rideaux.
Elles se balançaient doucement dans la brise nocturne. De loin, elles semblaient belles. Mais de près, elles donnaient une impression d'étouffement.