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The 8th Son? Are You Kidding Me?

Chapitre 80

The 8th Son? Are You Kidding Me?The 8th Son? Are You Kidding Me?
Chapitre 80

Chapitre 80

Chapitre 80/12067%~19 min de lecture3 787 mots

Les divers troubles et incidents impliquant la famille d'origine avaient enfin été résolus, et le développement des terres vierges avait pu commencer.

La majeure partie des terres vierges m'ayant été octroyée, je devins comte Baumeister sur ordre de la famille royale, et hérite ainsi de la branche principale.

C'est un détail, mais sans cela, la famille de chevalier qu'Hermann a reprise serait la branche principale, et la famille comtale deviendrait la branche cadette, une situation bizarre.

L'alternance entre branche principale et branche cadette survient parfois.

C'est le résultat de la prospérité et du déclin au fil du temps, mais comme on ne sépare les noms que pour distinguer les familles nobles aux liens de sang étroits, cela ne change rien en soi.

Puisqu'il s'agit en substance de familles nobles distinctes, il n'y a pas de responsabilité collective si l'une commet un crime, sauf complicité.

Comme les familles s'installent souvent chez la maison intacte, on peut dire que c'est une sorte de système d'assurance entre familles nobles.

Il arrive aussi souvent d'y adopter un enfant quand il n'y en a pas.

Les terres vierges au sud de la chaîne de montagnes : moi, devenu comte, je suis la branche principale et le parrain.

Sous moi, la vieille branche principale Baumeister reprise par Hermann, qui doit devenir baron, et la famille de baronnet octroyée à Paul.

Et on prévoit de concéder un fief de chevalier aux enfants d'Amalie à l'avenir.

Mais mes neveux ne pourront pas porter le nom de Baumeister.

Tous deux porteront le nom de Mainbach, la famille d'origine d'Amalie.

Les vassaux seront aussi acceptés dans une certaine mesure grâce à leurs liens avec les Mainbach.

Puisque les privilèges ont été perdus à cause de Kurt, il faut faire preuve de considération.

Pour ce qui est du sort d'Amalie elle-même, elle reste pour élever les enfants.

« Vous êtes encore jeune, ne songez-vous pas à vous remarier ? »

« Quel remariage pour une femme revenue chez ses parents après avoir fait deux enfants ? Au mieux, devenir la compagne d'un vieillard en retraite, au pire la concubine d'un marchand. Je ne me marierai plus. Je dois bien élever mes enfants. »

De peur qu'ils ne deviennent comme Kurt, elle leur apprendrait correctement les kanji et le calcul.

« En plus, je ne peux pas y retourner. Chez mes parents, on ne sait pas ce qu'on me dirait… »

Pour les Mainbach, la faute de Kurt a dû être un coup de tonnerre dans un ciel serein.

Si la réponse nobiliaire avait été normale, le fief Baumeister aurait prospéré grâce à la manne du développement des terres vierges, mais leur fille mariée est devenue l'ex-femme d'un criminel ayant tenté un assassinat.

Naturellement, on ne peut pas leur demander de nous accorder des avantages.

Amalie ne serait perçue que comme une gêne si elle retournait chez eux.

« Je vais m'installer dans le nouveau fief de Paul avec mon père et ma mère. »

Mon père, qui s'était retiré, allait déménager dans le fief que Paul développe, car rester dans le fief Baumeister aurait gêné Hermann.

Le fief de Paul part aussi de zéro, donc l'expérience de mon père comme seigneur y sera utile.

Les familles des complices qui ont participé à mon agression avec Kurt doivent aussi déménager ensemble.

Ce sont peut-être eux les plus grandes victimes.

Du jour au lendemain, leur grand-père ou leur père était accusé d'être complice d'une tentative d'assassinat sur un noble.

Les complices avaient participé en secret, sans en parler à leur famille.

Ce n'était pas le genre de chose qu'on discute en famille, mais quand ils l'ont su, le chef de famille n'était déjà plus de ce monde.

Et les familles de criminels subissent des préjugés partout, dans n'importe quel monde.

Pour l'éviter, ils ont dû déménager dans le nouveau fief.

Cela dit, le nouveau fief de Paul est juste à côté.

L'enquête a révélé une zone marécageuse prometteuse pour des rizières, et je prévois d'y faire le défrichage initial par magie le plus vite possible.

Pour les maisons, le baron Rembrandt les a de nouveau déplacées.

« Récemment, le comte Baumeister est diablement pressé. »

Toujours cet étrange accent du Kansai, mais apparemment le ministre des Finances Ruckner a demandé qu'on priorise les travaux chez nous.

Sinon, à cause de l'affaire de mon frère, on risquait de perdre une grosse partie de nos privilèges.

« J'apporterai des cadeaux et je viendrai vous rendre visite. »

« Je vous en prie. Pour ces enfants, le comte Baumeister est le héros qui a tué le dragon. »

« Je suis aussi celui qui a tué leur père, cela dit. »

« Cette histoire, on leur expliquera bien quand ils seront plus grands. »

Après avoir vu mon père, ma mère, Amalie et les autres déménager dans le nouveau fief de Paul, le développement du fief de comte Baumeister a enfin commencé.

La toute première chose à décider était l'emplacement de la base du fief comtal.

« On la met sur la côte ? »

« Non, la Forêt des Démons la coupe en deux, mieux vaut éviter. »

Comme le disait Ina, l'avis de la côte était majoritaire, mais la Forêt des Démons au milieu rendait difficile l'obtention de vastes terrains.

Pour l'expansion future, la côte est difficile.

On a donc tranché : on se déplacera par navires volants magiques, et on construira au centre, sur la plaine.

Sur un terrain stable, une prairie vide, on bâtira une ville avec un parcellaire prévu pour quand la population dépassera Breithburg.

Et à côté, un port pour plusieurs navires volants magiques, grands et petits.

On en fera aussi sur la côte, et plusieurs petits ports à l'intérieur des terres pour faciliter les déplacements dans le fief.

Heureusement, nous avions des navires volants magiques disponibles.

L'exploration de ruines souterraines nous en avait assuré plusieurs utilisables, donc créer de nouvelles routes ne posait aucun problème.

La route Capitale Royale – Breithburg – Baulburg, une fois par semaine.

Baulburg est le nom de la ville centrale où sera établie la base du fief Baumeister.

Le nom sonne vaguement « allemand de pacotille », c'est sûrement le sens du nommage des grands de la Capitale.

En plus, des navires relativement gros pour des petits modèles feront trois allers-retours par semaine depuis Breithburg.

Actuellement, on accélère les travaux d'extension du port à Breithburg.

Dans le fief Baumeister aussi, on construira d'abord une dizaine de ports pour petits navires volants sur les sites des futures grandes villes, pour les mettre en service au plus vite.

Pour transporter le matériel nécessaire au développement.

Les navires et le personnel sont fournis par le royaume, les navires à l'achat, et le personnel : des vétérans de l'armée de l'air formeront les nouveaux recrutés qu'on embauchera.

À l'avenir, on souhaite que la famille du comte Baumeister gère elle-même tout sauf les grands navires.

Il faut aussi poser des routes normales, et sur la côte, des ports pour navires de mer.

Une fois cela en place, le fret pourra arriver par bateau depuis les autres fiefs du sud.

Les nobles possédant des fiefs sur les côtes est et ouest attendent aussi beaucoup de l'augmentation du commerce.

On a déjà commencé à envoyer des ouvriers par bateau.

De plus, les grands fleuves du fief débordent facilement lors de fortes pluies, donc des travaux de contrôle sont nécessaires.

Des routes reliant Baulburg au fief Baumeister dont Hermann est le nouveau seigneur, au fief de baronnet que Paul développe, et aux autres sites de villes prévus, doivent aussi être aménagées.

« Rien qu'à voir les plans, ça va prendre un temps fou. »

« Normalement, oui. »

Mon intendant et futur chef de vassaux, Roderich, repoussa la pile de plans de développement sur son bureau, et y empila par-dessus des dossiers financiers et de personnel trois fois plus épais.

Un volume de paperasse que je n'avais même pas vu quand j'étais homme d'affaires dans ma vie précédente.

Mon instinct de survie me fit dire prestement : « Roderich, bon courage ! »

« Des renforts et des talents recommandés arrivent, le développement commence, mais… »

D'abord, on doit construire sur le site prévu de Baulburg une immense résidence en pierre qui fera aussi office de siège administratif.

Il y a aussi la construction de la ville avec sa marge d'extension, et du port pour navires volants magiques.

« Tant que ça n'est pas fini, rien ne commence. »

Roderich me saisit fermement l'épaule, m'empêchant de partir chasser dans la Forêt des Démons.

« Pour raccourcir le délai, c'est une requête forcée de votre part, mon seigneur. »

« Attends ! Je suis membre de la Guilde des Aventuriers, moi ! »

« Mon seigneur, vous vous êtes inscrit à la Guilde du BTP lors du développement du fief de chevalier Baumeister, non ? »

L'installation des antennes des guildes est pour plus tard, mais les démarches pourront se faire après.

« Bien sûr, je paierai la commission. »

« Roderich, toi… »

Finalement, je n'ai pas pu refuser, et je me suis retrouvé seul à m'occuper du terrassement sur le chantier de Baulburg.

Sous les directives de Roderich et des nouveaux vassaux experts en construction, j'aplanis la vaste plaine par magie, délimite le terrain du manoir administratif, la ville et les axes principaux.

Puis je détermine l'emplacement du port pour navires volants magiques, et j'y emmène tout le monde par téléportation.

« Effectivement, on peut extraire beaucoup de pierre de qualité. »

Dans un coin des terres vierges, il y a une zone rocheuse sans minerais mais avec d'excellentes pierres de taille, et je les y guide.

« Et vous en voulez combien ? »

« Autant que possible ! »

Face à l'exigence démesurée de Roderich, je commence l'extraction de pierre.

Les gros blocs, je les coupe avec le Wind Cutter, magie de vent.

Les plus petits, je les façonne avec le Water Cutter, ma magie originale d'eau.

Ce Water Cutter, je l'ai conçu en m'inspirant d'une machine à couper par jet d'eau haute pression vue dans ma vie précédente.

Une fois un stock de pierres semi-finies prêt, je les mets dans mon sac magique et les transporte au dépôt du chantier de Baulburg.

En parallèle du nivellement et du parcellaire, les travaux de construction de Baulburg semblent avoir commencé vers le troisième jour.

Même sans port, les navires volants magiques, s'ils ne sont pas gros, peuvent déposer hommes et matériel sur un terrain plat.

La première équipe a aussitôt commencé à bâtir des logements provisoires pour les ouvriers, et en même temps les fondations du manoir Baumeister.

Disons manoir, mais devant servir de point de défense en cas de besoin, c'est quasi un château ; on a creusé le sol pour commencer par les fondations.

« Mon seigneur, les fondations prennent trop de temps. Requête forcée. »

« Toi… »

Sur l'ordre de Roderich, je creuse le trou pour enterrer les fondations massives et solides.

Pourtant, Roderich a du cran.

Quand il a appris qu'il était reconnu par le défunt baron Ruckner, il a lâché : « Pas une goutte du sang d'un tel homme ne coule en moi. »

Et il a déclaré : « Titre et fortune, je m'en fiche. »

Au final, la famille Ruckner s'est éteinte et ses biens confisqués, donc plus de souci de ce côté.

« J'ai reçu la fortune des Ruckner, mais vaudrait mieux la leur rendre ? »

« Non. L'argent touché par un tel homme, pas un centime ne m'intéresse. »

Fils d'une fille de marchand, doté d'un excellent sens de l'économie, sur ce point seul il ne transige pas.

Mais plus tard, le ministre des Finances Ruckner a dû avoir des remords.

Il a sorti de sa poche une somme rondelette en liquide, paraît-il.

« Ensuite, il y a la création de l'axe central qui sera la rue principale de la ville. »

« Écoute… »

Toujours du travail, je trace la route par magie de terrassement, creuse les caniveaux d'évacuation des eaux de pluie de part et d'autre.

Les ouvriers posent ensuite les pierres et colmatent les joints au béton.

En gros, je fais la partie lourde, le reste à la main-d'œuvre.

« Mon seigneur fait une belle affaire. »

« Vraiment ? »

Financièrement, je confie la quasi-totalité de l'argent à Roderich, mais c'est mon patrimoine.

Pourtant, quand je fais des travaux de terrassement sur commande, Roderich me paie la commission depuis mon patrimoine, qui revient dans mon patrimoine.

Peu de nobles ont dû vivre une situation aussi bizarre.

On pourrait séparer patrimoine personnel et patrimoine de la famille comtale, mais les nobles ne raisonnent pas ainsi.

Certains nobles scrupuleux se fixent une allocation, mais la plupart gèrent le fief ou se ruinent à leur guise.

« Les travaux avancent vite, et on n'a pas non plus embauché personne en moins. Les dépenses baissent, on avance juste le calendrier de la phase deux. Mais c'est quand même bizarre, non ? »

« Mon seigneur. Demain, ce sont les travaux sur le fleuve qui passe à proximité. »

Roderich me tend les plans. Naturellement, le concept de contrôle des eaux existe dans ce monde.

Détourner le cours, draguer le lit, créer des zones d'expansion des crues, construire des digues.

Pas si différent de ce qu'ont toujours fait les nations et régions de la Terre.

Il faut aussi amener un canal d'alimentation en eau à Baulburg, donc ses travaux de base sont nécessaires.

« Je fais selon ce plan ? »

« Oui. Les finitions et retouches, on enverra du monde plus tard. »

Ici aussi, le gros œuvre par moi, le reste à la main-d'œuvre, la base ne change pas.

« Ça, ce sera pour demain. Aujourd'hui, priorité au nivellement et aux routes de Baulburg. »

Au terme d'efforts soutenus, le nivellement de Baulburg s'est achevé en trois jours environ.

Mais pour l'instant, il n'y a qu'une vaste plaine quadrillée de routes non revêtues.

Exception faite du manoir en pierre en construction et des baraquements provisoires des ouvriers, ainsi que des quelques bâtiments déplacés par le baron Rembrandt.

Des marchands visés par les ouvriers sont déjà arrivés par petits navires volants, mais ils vendent leurs marchandises posées sur des nattes.

« La première vague de la garde recrutée, mais c'est une équipe d'élite au-delà des prévisions. »

C'est normal, ce sont des gens recommandés par le ministre militaire Edgar, qui a même adopté Wilma pour créer un lien.

Issus de familles militaires, bien entraînés, et ils ont quitté l'armée ou la garde pour venir ici.

Première vague oblige, ils sont candidats aux postes de cadres de la future armée vassale Baumeister ; ils patrouillent pour la sécurité, mènent la chasse aux bêtes sauvages pour protéger les ouvriers, et aident même aux travaux au titre d'entraînement du génie.

« Bêtes sauvages, hein. Y en a de féroces. »

« C'est pour ça que j'ai une requête. »

« Pas possible… »

Finalement, on m'a demandé de bâtir en urgence un rempart en terre le long du futur mur d'enceinte pour éloigner les bêtes sauvages, et j'ai fini par épuiser ma mana sans pouvoir rentrer au manoir.

Ce rempart sera remplacé plus tard par un mur en pierre.

L'extraction de la pierre, c'est encore moi qui m'en chargerai, sûrement.

« Il y a des logements provisoires. »

« Tu es un démon, Roderich. »

Puisque je ne peux pas rentrer, je passe la nuit dans un logement provisoire.

Les terres vierges ne sont pas froides la nuit, donc les logements provisoires sont à peine des tentes un peu épaisses, alignées pour tout le monde, mais je suis aventurier, ça ne me gêne pas.

Pour le bain, l'eau puisée dans le fleuve par la garde sert à s'essuyer.

Moi seul, je dépense ma mana restante en magie de purification pour me nettoyer, mais ce petit privilège est acceptable.

Le repas a été préparé par les cuisiniers embauchés, aidés par les gardes qui savent cuisiner.

Quantité de pain cuit, riz cuit à profusion.

Soupe au miso bourrée de légumes, viandes et poissons du sac magique polyvalent que je prête à Roderich, gibier chassé par la garde pour l'élimination des bêtes sauvages, découpé et assaisonné sauce soja ou miso avant d'être grillé.

Et des fruits en dessert, et de l'alcool pour les gardes sans garde de nuit.

Seulement, les rations par tête sont réduites à cause de la capacité de transport.

« Même comme ça, l'alcool est apprécié. »

Ce soir-là, je mangeais avec Roderich et les cadres principaux de la garde.

Même menu pour tous, mais personne ne se plaignait.

« Comparé à l'ordinaire, c'est un festin. »

« Hein ? Vraiment ? »

« Dans l'armée ou la garde, la priorité est à la quantité, pas à la qualité. »

Je me souviens, lors de la visite du dragon Grade Grand, la cantine militaire servait des portions énormes mais au goût médiocre.

« Le miso et la sauce soja, à la Capitale c'est cher. L'armée et la garde n'utilisent encore que du sel pour assaisonner. »

Les candidats cadres avaient tous galéré avec la bouffe immangeable de l'armée et de la garde.

« La famille de Tristan, c'est mieux. Leur maison est riche. »

« Pas tant que ça. Faut voir les fêtes où on fait étalage. »

En fait, ce Tristan, jeune homme de vingt ans, est le quatrième fils du ministre militaire Edgar.

Sa mère est une concubine, et plutôt que de pourrir dans l'armée, il a suivi le conseil de son père et postulé à ce recrutement.

Une lettre de recommandation d'Edgar avait été envoyée à l'avance, donc pas de risque d'échec.

« Les nobles militaires, d'habitude, ne font pas non plus des festins somptueux, vous le savez bien ? »

Les nobles militaires s'entraînent au quotidien et évitent les repas trop riches hors cérémonies.

Économie, mais aussi : un noble militaire ou son fils en surpoids donne une mauvaise image à l'extérieur.

Surtout ceux qui visent l'avancement : aux revues militaires régulières, une mauvaise apparence les sort du cursus d'élite.

Compétence militaire et corpulence n'ont rien à voir, mais ces gens sont affectés à l'intendance ou à l'état-major.

L'avancement y est possible, mais le parcours glorieux reste : jeune, on tient l'épée au front ; vieux, on devient commandant.

Ces deux cents ans, hors exercices, les commandants n'ont guère eu d'occasions de briller.

« La famille de Tristan est marquis, je pensais que c'était une exception. »

« Mon père ne gaspille pas. »

« Effectivement, il ressemble à Edgar. »

« Mon seigneur, je n'ai pas l'esprit aussi tordu que mon père. »

La « ruse » dont parle Tristan, c'est sans doute qu'Edgar a adopté Wilma pour la fourrer comme concubine.

« Cette gamine est encore mineure, mon père force vraiment le trait. »

« Donc Tristan devient mon beau-frère ? »

« Mon seigneur, appelez-le sans honorifique. Techniquement oui, mais c'est une fille adoptée, mieux vaut ne pas trop y penser. »

Marier sa propre fille resserrerait les liens, mais une fille adoptive garde une distance subtile.

C'est peut-être le calcul.

Il y a aussi la considération pour le cardinal Hohenheim.

Un muscle sur pattes diablement rusé.

« Marier sa vraie fille, les liens ne comptent que pour cette génération et la suivante. »

Les vieilles familles nobles ont contracté tant de mariages qu'on n'en finirait pas de compter les vieilles parentés, donc on considère que ça n'a plus d'importance.

« Cela dit, aux négociations, on ressort les vieilles histoires, c'est aussi ça, la noblesse. »

Effectivement, comme dit Roderich, ça arrive.

« Chaque femme ajoute des ennuis… Au fait, mon mariage, c'est comment ? »

« Reporté. »

Je suis majeur, les nobles de la Capitale doivent s'impatienter, mais la réponse de Roderich est inattendue : cérémonie repoussée.

« Pourquoi ? »

« Puisque vous êtes devenu seigneur de fief, on la fera dans le manoir une fois achevé. »

« Le manoir… »

Les fondations sont en cours, la fin des travaux semble loin.

« Prévu pour vos seize ans. »

À ce moment, Wilma en aura quatorze.

Treize ans, c'est trop jeune, mais quatorze, c'est mieux, a dû penser Edgar.

« Cela laisse aussi le temps aux autres nobles de tenter de vous fourrer des concubines. »

Une perspective fort ennuyeuse.

Dans ma vie précédente, je n'arrivais pas à gérer une seule petite amie, et me voilà avec quatre fiancées.

Si ça augmente, je vais encore subir, moi qui ne suis pas un « riajuu ».

« C'est sûrement le ministre des Finances Ruckner qui a proposé le report. »

« Vraiment, ce type… »

Au final, la reconnaissance de Roderich par le frère Ruckner a été annulée.

Raison : refus catégorique de l'intéressé, et pour ne pas alourdir la charge de l'intendant du développement des terres vierges.

Pour Roderich, Ruckner n'est ni oncle ni rien, parfait étranger.

Il n'a pas aidé dans les moments durs, donc son attitude glaciale est naturelle.

« Cette affaire lui a fait perdre gros. La rumeur dit qu'il songerait à offrir sa petite-fille comme concubine. »

C'est une info qu'a eue Tristan, qui était à la Capitale jusqu'à peu, via Edgar.

« Ça ne va pas mettre le cardinal Hohenheim en furie ? »

Le massacre au manoir Ruckner a mal fini, mais si les rancunes avaient agi hors du manoir, les dégâts auraient été énormes et la responsabilité de Ruckner engagée.

Pourtant, il voudrait encore énerver le cardinal Hohenheim qui a empêché ça ? À quoi pense-t-il ?

« Il veut imposer une rivale à Elise ? Ça le mettra en rage. Mon père dit que le plan a peu de chances d'aboutir. »

En plus, la petite-fille n'a que huit ans.

Impossible de célébrer un mariage avec une gamine à un chiffre, même pour des nobles.

« Je refuse. Et quelle noble oserait venir dans ce fief en développement paumé ? »

Quoi qu'on dise d'Elise, la surdouée parfaite, Luise et Ina ne diffèrent pas tant de moi par la naissance, et Wilma a la trempe de gagner sa vie elle-même.

Mieux vaut que les nobles pensent : « Le comte Baumeister fondateur n'épouse que des filles capables de le suivre à l'aventure. »

« De toute façon, tant que le manoir n'est pas fini… »

Quand la ville aura un peu avancé, on pourra déplacer le manoir du fief de chevalier Baumeister ici, donc il faut faire avancer Baulburg d'un jour, ne serait-ce qu'un jour.

« C'est pour ça, mon seigneur, qu'on compte sur votre suractivité. »

« Roderich, t'es vraiment un démon. »

Je vidai ma ration d'alcool, puis m'allongea dans le logement provisoire qui m'était assigné.

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