« Une invitation de la Guilde des Mages ? »
C'était à l'époque où l'on avait enfin réussi à conquérir ce donjon souterrain infernal et où les récompenses et autres formalités venaient de s'achever.
Pour une raison quelconque, je recevais de Brantack-san une invitation envoyée par le siège de la Guilde des Mages.
« Elle a été adressée à mon nom au manoir du Margrave Breithleder à la capitale royale. »
« Brantack-san, vous êtes membre de la Guilde des Mages ? »
« Ce n'est pas par choix, je vous assure. »
Brantack-san répondit en agitant la lettre qu'il devait me remettre comme un éventail.
La Guilde des Mages est, comme son nom l'indique, une guilde à laquelle appartiennent les mages capables d'utiliser la magie.
Son effectif est d'environ deux mille membres.
Cela peut sembler peu par rapport au nombre total de mages, mais les paysans de province qui savent juste allumer un feu ne deviennent pas membres.
Une autre raison : ceux qui savent fabriquer des objets magiques rejoignent la Guilde des Objets Magiques, ce qui réduit d'autant les effectifs.
« Hein ? On ne peut pas appartenir aux deux ? »
Dans les autres guildes, par exemple, j'avais obtenu une carte de membre de la Guilde Commerciale étant enfant, et maintenant je possède aussi celle de la Guilde des Aventuriers.
Beaucoup de gens cumulent plusieurs guildes, et comme les guildes y trouvent leur avantage en ayant plus de membres, c'est devenu la norme de ne rien dire.
Pourtant, la Guilde des Mages et la Guilde des Objets Magiques sont les seules où le cumul est impossible.
C'est une étrange affaire.
« Ce n'est pas qu'on ne peut pas, mais... »
Autrefois, leurs relations n'étaient pas si mauvaises, mais maintenant, pour une certaine raison, elles sont devenues très tendues.
« À cause de la répartition du budget... »
« Les problèmes d'argent sont graves, indeed. »
« En effet. »
Peu après la fondation du Royaume d'Helmut, le gouvernement royal, ayant acquis une certaine aisance, commença à allouer un budget à la recherche magique pour faire revivre les techniques magiques supérieures de l'ère de la civilisation magique antique.
Cependant, les mages manquaient cruellement.
Même pour un organisme public, il n'était pas si facile de réunir du personnel.
C'est ainsi qu'on en vint à confier la recherche magique aux deux guildes, la Guilde des Objets Magiques et la Guilde des Mages, en leur versant un budget à chacune.
À partir de cet instant, les deux guildes furent reconnues par la société comme des organismes semi-publics.
« Elles se disputent pour savoir laquelle a obtenu des résultats, pour la répartition du budget, et voilà le résultat. »
C'est une histoire un peu pathétique, mais pas rare.
C'est sans doute ce qu'on appelle la nature humaine, partout dans le monde.
« La Guilde des Mages a donc cherché à augmenter ses effectifs pour rivaliser avec la Guilde des Objets Magiques. »
L'autre, la Guilde des Objets Magiques, est une organisation qui n'a aucun intérêt pour ceux qui ne savent pas fabriquer d'objets magiques.
Encore faut-il être capable de fabriquer des objets magiques polyvalents pour devenir membre.
Du coup, ses effectifs sont faibles, mais comme les objets magiques sont très demandés, la présence de la guilde ne faiblit pas.
La Guilde des Mages, elle, a besoin de forcer de grands mages à devenir membres ne serait-ce que pour tenir tête à la Guilde des Objets Magiques.
« Au fond, on s'en fiche complètement. »
« Moi aussi, du fond du cœur. »
La magie s'acquiert fondamentalement par ses propres moyens.
Beaucoup ont un maître, mais on peut très bien vivre sans la Guilde des Mages.
Apparemment, si on ne fait rien, personne ne vient s'inscrire.
Moi-même, l'existence de la Guilde des Mages n'était même pas dans un coin de ma mémoire.
« Votre maître était membre, je suppose ? »
« Il disait qu'on l'avait inscrit de force. Pareil pour moi. »
« Comment une telle organisation peut-elle être traitée comme semi-publique ? »
« Parce qu'on lui confie la recherche sur les cercles magiques partagés. Peu nombreux, mais il y a d'excellents mages. »
Les cercles magiques partagés sont conçus pour rendre utilisables par quiconque possède de la puissance magique les sorts qui dépendent habituellement de la capacité de pensée et d'imagination de chaque mage.
Si je dis que c'est la même chose que le cercle de transfert forcé de l'autre jour, ce sera plus clair.
Le but est apparemment de créer de tels cercles pour d'autres sorts, et finalement de produire un recueil de cercles permettant d'activer divers sorts en y infusant simplement de la puissance magique.
« Je vois. On feuillette le livre de cercles, on cherche la page du sort voulu, on y infuse sa puissance magique et on active. »
« C'est l'idée. La puissance magique insuffisante est compensée par des pierres magiques. »
La réactivité est inférieure, mais plusieurs personnes peuvent utiliser le même sort simultanément.
Dans l'armée, par exemple, ce pourrait être très précieux.
« Cependant, les cercles magiques de l'ère antique... »
La plupart sont des cercles de transfert ou de transfert forcé, et pour les autres sorts d'attaque, on n'a récupéré que ceux dont une grande partie a disparu après l'activation du piège, rendant l'effet nul.
« Les caractères et symboles inscrits dans les cercles comportent des motifs incompréhensibles et des dessins. Les schémas sont trop complexes, donc les résultats sont maigres. »
De l'autre côté, la Guilde des Objets Magiques obtient progressivement des résultats.
Comme une certaine variété d'objets magiques s'est répandue dans le monde, c'est un résultat que tout le monde peut constater.
C'est vrai, la Guilde des Mages a de quoi s'inquiéter.
« C'est là qu'intervient notre gamin, qui a acquis un nouveau cercle magique lors de la conquête du donjon et nous l'a vendu. Par gratitude, et aussi... »
« On le fait membre ? »
« Exact. »
C'est pour cette raison que Brantack-san et moi nous rendions au siège de la Guilde des Mages, au cœur de la capitale.
Le bâtiment du siège était plus impressionnant que je ne l'imaginais d'après les explications.
Et juste en face, un bâtiment tout aussi somptueux était érigé.
« C'est le siège de la Guilde des Objets Magiques. »
« S'ils se détestent, pourquoi sont-ils face à face... ? »
« Parce que si l'un déménageait le premier, ça donnerait l'impression qu'il a fui. »
« Ha... »
Devant une raison aussi stupide, nous sommes restés bouche bée, puis nous avons déclaré notre visite à la réception du premier étage avant d'être guidés vers la pièce où nous attendait le président.
Visiblement, le chef de la Guilde des Mages ne porte pas un titre aussi pompeux que « Grand Maître ».
« Enchanté, je suis Bernt Karlheinz Varaha. »
Le président de la Guilde des Mages était un vieil homme aux cheveux blancs, d'une banalité confondante.
C'est un mage, donc il porte une robe, mais il ne donne pas l'impression d'être un grand mage.
Au mieux, sa puissance magique se situe entre novice et intermédiaire.
Je me présente à mon tour.
« Je vous remercie d'être venu. Alors, sans plus attendre... »
La première chose que j'ai faite ici fut mon inscription à la Guilde des Mages.
Le président sonna, et une jeune employée d'une vingtaine d'années entra immédiatement pour me remettre ma carte de membre.
« Euh, je n'ai rien à remplir ? »
« Non, l'identité du Baron Baumeister est certaine. »
« Ah, c'est comme ça ? »
On me remit seulement la carte, et la procédure s'arrêta là.
Apparemment, quand ils veulent vraiment quelqu'un, ils remplissent eux-mêmes les formalités.
En examinant la carte, j'y vis aussi la mention « membre d'honneur ».
On m'avait apparemment nommé d'emblée à un poste honorifique, fut-il honorifique.
« Euh, membre d'honneur ? »
« Oui, car le Baron Baumeister est un mage exceptionnel. »
En clair, on veut utiliser mon nom pour la publicité de la Guilde des Mages.
Mais comme je déteste qu'on me vole mon temps avec les tâches d'un membre d'honneur, je m'apprêtais à refuser.
L'adversaire ne s'en laisse pas conter : il devine mon intention et contre-attaque illico.
« Le membre d'honneur n'est vraiment qu'un nom. Regardez Brantack-dono ici présent, vous comprendrez. »
« Moi aussi je suis membre d'honneur. Je n'ai aucun travail. »
En échange, pas de rémunération non plus.
De plus, contrairement aux autres guildes, il n'y a aucune cotisation.
Comme c'est une guilde dont on a peu besoin, percevoir une cotisation annuelle ferait augmenter les démissions.
Mais plus j'écoute, plus j'ai l'impression qu'on ne comprend pas à quoi sert cette organisation.
« Au service recherche, nous travaillons actuellement à plein régime sur l'étude des cercles magiques. »
Apparemment, c'est là qu'on analyse le nouveau cercle de transfert forcé que nous avons découvert.
La Guilde des Mages fonctionne grâce aux subventions du royaume et aux dons de quelques rares bienfaiteurs.
« Alors, je vais vous faire visiter. »
Je n'ai pas spécialement envie de voir, mais comme ils insistent...
Guidés par la jeune employée, nous commençâmes à descendre vers les sous-sols où se trouve le service recherche.
« Brantack-san, ce président... »
C'est méchant à dire, mais il ne ressemblait vraiment pas à un grand mage.
Je demandai donc la raison à Brantack-san.
« Les mages compétents sont soit sur le terrain, soit ici au service recherche. »
Du coup, la direction est confiée à des gens qui, sans être de grands mages, ont des capacités administratives.
Le président n'est donc pas nécessairement un mage exceptionnel.
« En plus, c'est un poste de recasage pour les enfants de nobles. »
Comme c'est une organisation financée par les impôts, on y place ceux qui ont juste assez de puissance magique pour ne pas être totalement inutiles, mais qui ne peuvent pas briller sur le terrain.
Ces gens-là vont à l'administration.
« Ils ont reçu une éducation, donc le travail de bureau va. Et puis... »
Brantack-san désigna du menton la jeune employée qui marchait devant nous pour nous guider.
Les femmes de la capitale qui ont juste assez de puissance magique pour être considérées comme mages travaillent ici comme job d'appoint jusqu'à leur mariage, et certaines restent employées après.
« L'administration et la gestion, c'est du travail de fonctionnaire de base. La magie n'a presque aucun rapport. »
« La Guilde des Mages, en fait... »
Les gens compétents vont sur le terrain ou en recherche.
Les autres vont à l'administration de la guilde.
C'est certainement rationnel.
« C'est ici. »
Guidés par la jeune femme, nous entrâmes dans le laboratoire souterrain, où des mages et des mages femmes s'affairaient, visiblement occupés à l'expérimentation et à l'analyse de nouveaux cercles magiques.
Leur puissance magique semblait, à vue d'œil,包括 plusieurs de classe intermédiaire.
« Voici le cœur de la Guilde des Mages. »
C'est méchant à dire, mais si l'étage du haut explosait et que le président et tous les employés périssaient, la Guilde des Mages continuerait de fonctionner sans le moindre problème.
Ce sont eux, le service recherche, qui sont le foie de cette guilde.
Brantack-san me l'expliqua à voix basse.
« Oh ! C'est le Baron Baumeister qui nous a vendu le nouveau cercle magique ! »
Un homme d'âge mûr remarqua notre arrivée et nous interpella.
Il avait les cheveux blancs hirsutes tirés en arrière à la va-vite, une vraie tête de chercheur. Il se présenta comme Lucas Getz Beckenbauer, chef du service recherche.
« Brantack. Le disciple d'Alfred a une puissance magique remarquable. »
« Bien sûr. »
Ces deux-là se connaissent apparemment.
Ils s'entretenaient familièrement.
« Bien. Avec une telle puissance magique. Baron Baumeister, par ici. »
Beckenbauer-san n'avait aucune intention de faire une visite guidée conforme.
Il me saisit la main et m'entraîna de force vers son espace de recherche.
« Brantack-san ? »
« C'est ce genre de type. Ce qu'on appelle un fou de recherche ? »
À mon avis, la puissance magique de Beckenbauer-san est dans le haut de la classe intermédiaire.
Il gagnerait bien mieux sa vie comme aventurier ordinaire, mais il la consacre à la recherche à la Guilde des Mages.
La plupart des gens ici semblent être de ce genre.
« Voici le cercle magique amélioré à partir de celui acheté au Baron Baumeister l'autre jour. »
« Brantack-san, vous comprenez ? »
« Non, on dirait un jeu des différences... »
Face aux motifs de cercles magiques si complexes qu'ils donnent le vertige rien qu'à les fixer, Brantack-san et moi eûmes le sentiment que la recherche sur les cercles magiques nous était impossible.
« Et celui-ci, où transfère-t-il ? »
« En fait, c'est un résultat accidentel. C'est un prototype de cercle à effet inverse. »
« Inverse ? »
« Oui. Un cercle qui attire quelque chose d'ailleurs vers ici. »
D'après l'explication de Beckenbauer-san, ce cercle a pour effet d'attirer des personnes ou des objets sur lui.
« Je comprends l'effet, mais qu'est-ce qu'il attire exactement ? »
« C'est là que réside le côté prototype. »
Comme pour la magie ordinaire, tout dépend de l'imagination du mage qui utilise le cercle.
« Trop expliquer n'a pas de sens. Essayons. Comme ceci... »
Beckenbauer-san se tint devant le cercle, ferma les yeux et se concentra une dizaine de secondes.
L'instant d'après, le cercle brilla d'une lueur bleu blafard, et quelque chose de blanc, comme un morceau de tissu, apparut dessus.
« Qu'est-ce que c'est ? »
« Une culotte... »
Sur le cercle reposait une culotte féminine.
De plus, ce n'était pas du neuf ; on aurait dit qu'on venait de l'enlever.
« Euh, Beckenbauer-san ? »
« C'est la culotte que portait probablement cette employée, que j'ai fait venir ici. »
À cette déclaration choc de Beckenbauer-san, les regards de tous les occupants du laboratoire se portèrent sur l'employée qui nous avait guidés.
Soudainement mise en lumière pour une raison stupide, elle rougit jusqu'aux oreilles et trembla de colère.
« Comme vous voyez, la puissance magique nécessaire varie selon la taille, le poids et la distance de l'objet attiré. Théoriquement, on peut même dépasser le temps et les dimensions, mais la consommation de puissance magique est d'un ordre de grandeur totalement différent... »
« Qu'est-ce que vous faites, vous ! »
L'employée en question gifla Beckenbauer-san, qui continuait son explication sur un ton sérieux, et s'empara de la culotte sur le cercle pour l'emporter.
Restait Beckenbauer-san, la marque de la gifle sur la joue.
« Moi, chef du service recherche... »
« C'est quand même de ta faute. »
À la juste remarque de Brantack-san, non seulement nous, mais tous les autres employés acquiescèrent simultanément.
« C'est un objet intéressant, tout de même. »
« En tant que fruit du hasard, c'est un échec pour un chercheur. »
Un cercle magique qui attire des objets d'un autre lieu, né par hasard lors de l'amélioration du cercle de transfert forcé.
Sa puissance, Brantack-san et moi l'avions vue de nos propres yeux.
Après avoir regardé l'employée partir, sa vengeance accomplie, je portai mon regard sur le cercle magique.
Mais combien je le regardasse, je ne voyais pas la différence avec le précédent.
Probablement, je ne le comprendrai jamais.
« Voulez-vous essayer vous-même ? »
« C'est permis ? »
« Honnêtement, le taux de réussite n'est pas terrible, donc le danger est faible. »
Si on ne peut pas imaginer précisément l'objet à attirer et sa position, on ne fait que gaspiller sa puissance magique.
C'est pour cela que Beckenbauer-san avait visé la culotte de l'employée dans son champ de vision.
« Attirer une culotte d'homme n'aurait aucun intérêt. »
« Je peux comprendre, mais... »
Il ne me reste qu'une question : « Pourquoi s'obstiner sur les culottes ? »
« Au fait, vous disiez que théoriquement, on peut dépasser les dimensions et le temps ? »
« Théoriquement, oui. »
Les dimensions : ce monde aussi possède le concept de mondes parallèles similaires.
Il parait qu'une légende de l'ère antique raconte qu'on a attiré par la magie des objets d'un autre monde.
On ne sait pas si c'est un fait ou une fable.
« (Il y a un humain venu de cet autre monde ici, ceci dit...) »
Précisément, je ne sais pas si c'est une réincarnation ou une possession, mais je peux affirmer que l'autre monde existe.
Qu'on me croie ou non, c'est une autre histoire.
« Alors, sans plus attendre. »
C'est ainsi que je décidai d'essayer moi aussi le cercle magique.
La consommation de puissance magique de ce cercle, m'expliqua-t-on, équivaut au poids de l'objet multiplié par la distance.
Attirer un objet lourd de loin demande une puissance magique colossale.
De plus, si l'imagination échoue, on perd sa puissance magique pour rien.
« Ça veut dire que si le temps ou la dimension diffèrent ? »
« La consommation serait d'un autre ordre. Moi, j'échouerais et je m'évanouirais en ayant seulement gaspillé ma puissance magique. »
Même Beckenbauer-san, qui a une puissance magique dans le haut de l'intermédiaire, en serait là. Attirer quelque chose d'un autre monde demande donc une puissance magique considérable.
D'abord, si on ne peut pas imaginer l'objet cible, on gaspille sa puissance magique pour rien.
Je décidai donc de jouer la sécurité en imaginant un objet proche.
« Qu'est-ce que je vais prendre ? »
« Baron Baumeister, il faut bien fixer l'image avant... »
Le fait que je me sois tenu devant le cercle et que je me sois concentré sans bien réfléchir à ce que j'allais prendre a sans doute été mon erreur.
Le cercle brilla bleu blafard, et cette fois encore, un objet similaire à tout à l'heure apparut dessus.
En y regardant de plus près, c'était encore une culotte féminine.
Ce monde aussi a des sous-vêtements similaires à ceux de la Terre.
Dans ma campagne natale, on portait des culottes en citrouille faites maison, mais à la capitale et dans les grandes villes, des boutiques spécialisées vendent des sous-vêtements aux designs raffinés.
Celle-ci n'est pas non plus du niveau « fournisseur de la cour », mais elle a un certain prix.
« La couleur est jaune, c'est une culotte féminine. »
« Avec une broderie lapin sur le devant... »
La propriétaire a l'air d'aimer les choses mignonnes.
« De qui est-ce ? Gamin. »
« Je sais pas ? J'ai juste imaginé quelque chose qui se trouve dans le manoir. »
Comme j'avais imaginé un objet se trouvant dans mon manoir, il y a de fortes chances qu'elle vienne du tiroir de quelqu'un.
« Réussir avec une image aussi vague. Comme attendu du Baron Baumeister. Et cette culotte est... »
Beckenbauer-san la prit en main et en vérifiait la chaleur.
Lui le fait en chercheur pour vérifier l'état de l'objet attiré, mais vu de l'extérieur, il a juste l'air d'un vieux pervers obsédé par la lingerie.
« Hum. Mon image tout à l'heure a dû se superposer. Cette culotte a sans aucun doute été portée par quelqu'un. »
« Hein, vraiment ? »
Si c'est vrai, j'ai fait une énorme bêtise.
Alors que j'y réfléchissais, la porte du laboratoire s'ouvrit violemment.
Une femme fit irruption dans la pièce.
C'était Ina, qui devait être au repos au manoir aujourd'hui.
« Wend ! Ma culotte ! »
« Tu as bien su que c'était la tienne. »
« Ma culotte disparaît soudainement pendant que je la porte, ça ne peut être que de la magie. »
De plus, elle savait que j'allais à la Guilde des Mages aujourd'hui.
Pour la récupérer, elle s'est précipitée à la Guilde des Mages, et une employée aimable l'a guidée jusqu'ici.
C'est sans doute l'employée à qui Beckenbauer-san a volé sa culotte tout à l'heure.
« Oh ! Dès la première fois, il invoque la culotte d'une femme vivant dans un manoir de haute noblesse. Quel talent ! Cependant, elle a l'air d'une beauté glacée, mais sa culotte est mignonne. C'est une forme de gap, dirait-on... »
« Moins de bavardage ! Rends-moi ma culotte ! »
Comme il la serrait toujours fermement, Beckenbauer-san reçu une gifle monumentale d'Ina.
Pourquoi ce type est-il aussi bavard ?
C'est exactement « le faisan ne se ferait pas tirer s'il ne criait pas ».
« Euh, Ina... »
« Quoi ? Wend. »
« La prochaine fois que tu achètes de la lingerie, j'irai avec toi. »
« ...... Bon, d'accord. »
« Gamin, t'as de la chance qu'elle soit amoureuse. »
Je soufflais soulagé d'avoir échappé à la sanction d'Ina.
« Wend, la prochaine fois, invoque autre chose qu'une culotte. »
« Ce genre de contrôle, j'ai pas l'habitude. C'est que ma deuxième fois. »
« Même sans habitude, n'invoquer que des culottes, c'est pathétique. »
« Maintenant que tu le dis, c'est vrai que c'est pathétique... »
Ina, ayant récupéré sa culotte, se joignit à nous, et je recommençai l'expérience.
Ou plutôt, ça s'était transformé en expérience sans que je m'en rende compte.
Pour parler d'invocation, le résultat était discutable.
Au mieux, c'était du niveau « commande par correspondance ».
« En tout cas, autre chose qu'une culotte. »
« Compris... »
Sous la forte insistance d'Ina, je me remis à imaginer un objet à faire venir de mon manoir.
Le cercle brilla pour la troisième fois, et cette fois, quelque chose de noir resta dessus.
« Euh... »
Cet objet noir était ce qu'on appelle communément un soutien-gorge.
« Un soutien-gorge noir... »
« Wend... »
« Non, mais c'est pas une culotte... »
« C'est pas une raison pour invoquer un soutien-gorge ! »
C'est vrai, ce qu'elle dit est juste, mais mon raisonnement semble s'être fourvoyé.
Invoquer des sous-vêtements deux fois de suite, ma moralité en prend un coup.
On pourrait dire qu'elle n'existait pas au départ, mais bon.
« De qui est-ce ? »
« Hum, la taille est petite. »
Encore Beckenbauer-san qui prend le soutien-gorge noir et l'observe fixement.
Répétons-le : c'est en tant que chercheur qu'il observe sérieusement l'objet invoqué.
Même s'il a l'air d'un simple vieux pervers.
« Wend── ! »
Et, quelques minutes plus tard.
Cette fois, c'est Luise qui fit irruption dans le laboratoire.
Là encore, une employée l'a gentiment guidée.
« Eh ! C'est Luise ? »
Je n'aurais jamais cru que Luise porte de la lingerie noire.
J'ai des choses à dire, mais si je les dis, ce sera terrible, alors je me tais.
Seulement, Beckenbauer-san n'avait toujours pas l'air de lire l'air.
« Avec cette apparence juvénile, de la lingerie noire, c'est un peu tôt. En plus, ce n'est pas une poitrine qui a besoin de soutien-gorge... »
« Hmph ! »
« Abesh ! »
Beckenbauer-san reçu un double coup de gifle de Luise, et la couleur de ses joues s'intensifia.
« Euh, la prochaine fois que tu achètes de la lingerie, j'irai avec toi. »
« Fuuun, bon, d'accord. »
« Gamin, t'as de la chance qu'elle soit amoureuse. »
Je soufflais à nouveau soulagé d'avoir échappé à la punition de Luise.
« Pourquoi que des sous-vêtements ? »
« J'en sais rien. L'ajustement de l'image, c'est difficile. »
« Si Wend continue comme ça, il va finir traité de pervers comme ce vieux. »
« Traiter le chef du service recherche de la Guilde des Mages de vieux pervers... »
« Vu la situation, c'est difficile à nier. »
Luise se joignit à nous, et l'expérience continua.
Beckenbauer-san, avec ses deux joues rougies, me demanda d'invoquer l'objet suivant.
« Tu devrais viser hors du manoir. »
« Mais ça dérangerait les gens. »
« Même dans le manoir, moi j'ai eu ma culotte prise. »
« Moi, mon soutien-gorge. »
Sous les regards reprocheurs d'Ina et Luise, je décidai de mettre fin au plus vite à cette expérience stupide.
« (Dans ce cas, mieux vaut viser loin.) »
Pas besoin de forcer la réussite.
J'essaie d'invoquer de loin, je n'arrive qu'à gaspiller ma puissance magique et ça s'arrête là.
C'est le meilleur résultat possible dans ce cas.
D'ailleurs, invoquer depuis la Terre est dangereux pour l'instant, j'évite.
Je suis un homme qui cherche toujours la sécurité, et qui se laisse souvent porter par les circonstances.
« Et bien... La cible, le territoire de l'Empire Sacré d'Akerkart. »
« Je vois, comme c'est à l'étranger, personne ne se plaindra. »
Ina parut admirative, mais invoquer depuis un lieu habité est sans doute impossible.
Je me référai à la carte qu'on m'avait montrée l'autre jour, et tentai d'invoquer un objet naturel sans propriétaire.
« (La mer au nord du territoire de l'Empire Sacré d'Akerkart...) »
L'Empire Sacré d'Akerkart possède la moitié nord du continent de Lingaia.
Son extrémité nord, comme le sud, s'ouvre sur un vaste océan parsemé d'îles.
Les produits de la mer qu'on y pêche en hiver, par un froid extrême, sont très prisés dans tout l'empire.
D'après un livre lu auparavant, ces produits ressemblent beaucoup à ceux de Hokkaido sur Terre.
Et puis...
« (Au fait, ce cercle magique est peut-être pratique ? Enfin, si ça marche...) »
Tandis que je me tenais devant le cercle avec ces pensées, il brilla à nouveau bleu blafard, et quelque chose apparut dessus.
« Une culotte ? »
« Pas possible ! »
Je répliquai à Ina tout en m'écartant vivement de l'objet apparu sur le cercle.
« C'est un succès. Mais... »
L'objet apparu sur le cercle.
C'était un poisson qu'on appellerait thon rouge sur Terre.
De plus, on avait invoqué un spécimen vivant d'environ deux cents kilos, qui nageait en mer.
Le thon rouge encore vivant sautait vigoureusement sur le cercle.
« Ina. »
« C'est pas possible... »
Ina prit la lance que je sortis de mon sac magique et l'enfonça rapidement dans le thon.
Le thon cessa immédiatement de bouger sur le cercle.
« Je vois, cette fois tu as invoqué quelque chose d'utile. »
« C'est toi qui le dis ? »
Honnêtement, je ne voulais pas l'entendre de la part de celui qui a invoqué une culotte en premier.
« Mais c'est bien. Mangeons tout de suite. »
« On mange ?! »
En fait, sur le continent de Lingaia, manger du poisson cru est courant.
Comme la fraîcheur ne baisse pas dans le sac magique, dans les zones intérieures comme la capitale ou les grandes villes, c'est un ingrédient de luxe prisé des riches et des nobles.
Seulement, le wasabi est remplacé par une plante proche du wasabi occidental, et au lieu de sauce soja, on mange généralement avec du sel.
« C'est vrai, le poisson cru frais, c'est délicieux. »
Dire qu'on mange, mais c'est un thon de cette taille.
Le découper demande un pro, j'étais perplexe, mais la solution vint de l'employée à qui Beckenbauer-san avait volé sa culotte.
Son magasin de famille est une poissonnerie, paraît-il.
Elle emprunta des outils chez elle et découpa le thon avec une dextérité habitée.
Puis elle le trancha en sashimi et le dressa sur des assiettes.
« C'est un thon rouge du nord, deux cent treize kilos. Le cours est d'environ deux cent mille cent. »
Face à cet ingrédient de luxe soudain, tout le personnel de la Guilde des Mages se réunit pour manger le sashimi.
« Eh, ça coûte si cher ? »
« Oui, on en pêche aussi sur les côtes du Royaume d'Helmut, mais le goût du nord est meilleur. »
Le thon rouge du nord est une marque qui rivalise avec le thon d'Ōma au Japon.
De plus, comme c'est de l'importation, le prix monte.
« Je vois. Mais c'est vraiment bon. »
J'en ai mangé pour la première fois d'aussi haut de gamme, même dans ma vie antérieure, et j'étais ému par cette saveur.
La sauce soja que j'ai faite moi-même pour l'occasion eut aussi du succès.
« C'est meilleur qu'avec du sel. »
« Ça donne envie d'en avoir plus. »
Jusqu'ici, le cercle n'avait invoqué que des culottes, mais pour la première fois, il servait à quelque chose d'utile.
Tant que ma puissance magique tient, je devrais invoquer à fond.
« Les fruits de mer du nord. »
« Je m'en doutais... »
Tout en calmant Ina exaspérée, j'invoquai les produits de la mer du nord les uns après les autres.
Des pétoncles plus gros que sur Terre, des oursins semblables aux oursins à cheval.
Même les calmars et les pieuvres sont des ingrédients de luxe, tout le monde les mange avec joie.
Apparemment, ils ne sont pas considérés comme « messagers du démon » ou ce genre de chose.
Pour les habitants du continent de Lingaia, les fruits de mer sont perçus comme plus luxueux et festifs que la viande des animaux terrestres qu'ils mangent habituellement.
Cette dégustation improvisée devint donc très populaire.
« Continue ! »
Ensuite, dorade, flétan, limande, seriola, etc.
Les noms officiels diffèrent, mais l'apparence est la même, et l'employée poissonnière dit que c'est délicieux et haut de gamme, donc pas de problème.
Elle tue les fruits de mer invoqués les uns après les autres, les tranche en sashimi, et les employés de la Guilde des Mages les portent à leur bouche.
Moi aussi, je me régalais de ces fruits de mer après si longtemps.
« Bon. Puisque tout le monde est rassasié... »
« Non, ça n'a rien à voir. C'est une expérience ! »
« Je sais bien. »
Même avec ma puissance magique, j'approchais de ma limite : une dernière invocation maximum.
En regardant autour de moi, je vis le personnel rassasié et satisfait après avoir tout mangé, mais je décidai d'ignorer ça pour la dernière invocation.
Cependant, vu ma puissance magique restante, je ne pouvais pas invoquer quelque chose de trop lourd.
« Concentrez-vous sur la distance. »
« Compris. »
Sur l'injonction de Beckenbauer-san, j'imaginai à nouveau quelque chose de léger depuis la mer du nord.
Le taux de réussite semble être de 100 %, car le cercle brilla et un petit objet apparut dessus.
« Violet... »
« C'est de la lingerie. »
« Wend ! »
« Pourquoi encore de la lingerie ! »
« J'en sais rien ! »
J'avais visé les fruits de mer de la mer du nord, et j'avais encore invoqué de la lingerie.
Ina et Luise me réprimandèrent, mais ce n'est pas comme si j'invoquais de la lingerie exprès.
« Pourquoi ? »
« Y a peut-être eu quelqu'un sur un bateau en mer. Mais cette lingerie... »
Pour la troisième fois, Beckenbauer-san prit la lingerie pour l'examiner, mais cette fois non seulement Ina et Luise, mais aussi l'employée poissonnière, et même le président de la Guilde des Mages le regardèrent avec dégoût.
« La couleur est violette, la matière est de la soie. C'est une taille assez grande, le soutien-gorge et la culotte en dentelle et transparence abondantes. La couture est superbe. »
« Pervers... »
Ina a raison : c'est bizarre qu'un chercheur en magie soit si calé en lingerie.
Mais selon Beckenbauer-san, c'est tout à fait normal.
« Ma famille tient une boutique de lingerie pour la noblesse. J'ai acquis ces connaissances naturellement. »
« Une telle connaissance s'acquiert naturellement ? »
« J'ai été forcé d'aider à l'affaire familiale pendant que j'y vivais. »
Le talent de mage n'est pas héréditaire.
C'est pourquoi il apparaît soudainement dans des familles de toutes classes et de tous métiers, ce qui peut être une forme de tragédie.
Et le passé délicat de Beckenbauer-san fut balayé par un fait choc qui se révéla.
« Ce blason... »
« Hein ? Un blason sur de la lingerie ? »
Beckenbauer-san constata qu'un blason était brodé sur la lingerie.
« Au royaume comme à l'empire, les familles royales et impériales ne portent que des articles de fournisseurs officiels. Les boutiques brodent le blason pour les distinguer des autres articles. »
C'est bien le savoir-faire d'un pro de la lingerie, plus que celui d'un chercheur en magie.
« D'ailleurs, ce blason... »
« Hum, c'est celui de la maison ducale de Philippe. Une famille de grands électeurs, l'une des deux plus grandes maisons nobles de l'Empire Sacré d'Akerkart. »
Il y a des choses qu'on est plus heureux de ne pas savoir.
Ou plutôt, avoir volé la lingerie d'une femme d'une si grande maison pourrait déclencher un incident diplomatique.
Tous, moi y compris, pâlîmes simultanément.
« Euh, Brantack-san... »
« Demande pas à moi. »
« Beckenbauer-san ? »
Brantack-san ne pouvait effectivement pas savoir.
Je m'adressai donc au responsable de l'expérience, Beckenbauer-san, qui répondit par un réflexe conditionné.
« L'expérience d'invocation des fruits de mer du nord a réussi. De la lingerie ? On ne connaît pas. N'est-ce pas, Baron Baumeister ? »
« Oui, on ne connaît pas ! »
Je fourrai vivement la lingerie dans mon sac magique.
La preuve était ainsi complètement effacée.
En ce moment même, une femme de la maison ducale de Philippe se retrouvait peut-être sans culotte ni soutien-gorge dans la mer du nord, mais ça ne nous concernait plus.
« C'est vraiment bon ? »
« Ce n'est pas bon, mais est-ce qu'on peut le dire à Sa Majesté ? »
« On ne peut pas... »
À ma question, Ina décida elle aussi de se taire.
Le président et les autres employés reçurent l'ordre du silence, et officiellement, il ne resta que l'enregistrement de la réussite de l'invocation des fruits de mer du nord.
Mais plus tard, cette lingerie allait me lier profondément à sa propriétaire, ce que même moi je n'aurais pu imaginer.
Et le lendemain...
« Je suis rentrée, papa. »
« Bienvenue, Delia. Au fait, j'ai une question. »
Delia, la propriétaire de la culotte blanche, fille du poissonnier et employée de la Guilde des Mages, rentrait du travail quand son père, le patron de la poissonnerie, l'interrogea.
« Quoi ? Papa. »
« Aujourd'hui, on a reçu une grosse commande du manoir du Baron Baumeister. Tu sais pourquoi ? »
« Parce que mon savoir-faire, transmis par papa, a été reconnu. »
« Hein ? »
Plus tard, Mademoiselle Delia ouvrira une succursale de la poissonnerie familiale dans le territoire de Baumeister, en noren-wake.