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The 8th Son? Are You Kidding Me?

Chapitre 35

The 8th Son? Are You Kidding Me?The 8th Son? Are You Kidding Me?
Chapitre 35

Chapitre 35

Chapitre 35/6058%~22 min de lecture4 241 mots

« En résumé, j'ai reçu une décoration et je suis devenu un noble de robe ? »

« Disons que c'est ça. »

Après avoir terminé mon audience avec Sa Majesté, je rentrais à nouveau en voiture du château royal vers le quartier résidentiel des nobles.

Mon frère aîné Erich, qui doit entrer comme gendre dans une autre famille de chevaliers, bien que de rang inférieur, réside actuellement dans ce secteur.

À l'intérieur de la voiture qui avançait lentement sur la route pavée, je posais à M. Arterio toutes les questions qui me trottaient dans la tête.

« D'abord, à propos de cette décoration du Double Dragon. »

Il existe divers types de décorations dans le royaume.

Comme il n'y a pas eu de guerre depuis longtemps, la plupart sont purement cérémonielles, remises tour à tour aux grands nobles, ou bien accordées aux cadres de l'armée et de l'administration pour leur contribution à la gestion de l'organisation, ce qui n'a rien d'un exploit militaire.

C'est la même chose que dans ma vie précédente, où de grands politiciens et hauts fonctionnaires recevaient de hautes décorations sans qu'on entende parler de contribution particulière de leur part.

Il y a aussi des décorations remises à des marchands relativement fortunés.

Lorsqu'on apprend qu'ils ont été décorés, ils font des dons supplémentaires aux orphelinats, œuvres de charité et églises au nom de leur contribution à la nation digne de cet honneur, ou organisent des fêtes somptueuses pour célébrer leur décorations en invitant de nombreux convives.

C'est probablement dans le but de les faire cracher l'argent qu'ils ont accumulé.

D'autres décorations de rang inférieur vont à d'excellents artisans, ou à de riches paysans ayant contribué à la mise en culture de vastes terres agricoles ou au creusement de canaux d'irrigation.

Et il semble que les aventuriers de renom puissent aussi être décorés.

En fait, M. Arterio a lui aussi reçu une décoration correcte, à l'époque comme aventurier, et plus récemment comme marchand.

Celle de l'époque d'aventurier, il l'a reçue en même temps que M. Brantack, pour avoir abattu un dragon.

« C'est un honneur, c'est sûr. Mais le problème, c'est que ça coûte de l'argent. »

« C'est comme ça qu'on fait circuler l'argent dans la société, hein. »

« Exact. Bon, sur le long terme, on considère que les bénéfices l'emportent, donc on n'a pas d'autre choix que de payer. »

Et voilà pour la problématique Décoration du Double Dragon. Celle-ci est décernée pour un exploit militaire, et personne ne l'a reçue depuis plus de deux cents ans.

« Il y a deux cent trente-sept ans, à l'époque où l'on était encore en guerre contre le Saint Empire d'Akart... »

Les deux armées étaient dans une impasse, se toisant mutuellement. Pour briser cette situation, l'armée du Saint Empire d'Akart a détourné un corps d'environ dix mille hommes pour tenter une attaque surprise sur l'arrière de l'armée du royaume d'Helmut.

« Le général Biahof, un stratège de renom de l'armée du royaume, s'en est aperçu et a immédiatement contre-attaqué avec cinq mille hommes. Après les avoir écrasés, il a remonté la route de marche du corps de surprise ennemi pour, cette fois, lancer une attaque surprise sur l'arrière de l'armée du Saint Empire d'Akart. C'est consigné dans les livres d'histoire. »

« Moi aussi, j'ai déjà vu cet ouvrage. »

Grâce à la contre-attaque surprise du général Biahof, l'armée du Saint Empire d'Akart plongée dans la confusion a été attaquée par l'armée du royaume d'Helmut. Résultat : sur les deux cent mille hommes de l'Empire, cent mille ont trouvé la mort et environ trente mille sont devenus prisonniers.

De plus, l'armée du Saint Empire a dû reculer considérablement sur ses territoires.

C'est ainsi que les deux armées ont fini par se faire face de part et d'autre de la « Faille du Gigant », une crevasse profonde de plus de cent mètres qui traverse le continent de Lingaia du nord au sud en son centre.

Et, ironie du sort, c'est grâce à cette Faille du Gigant que les deux pays ont pu conclure une trêve sans encombre.

Puisque cette faille large et profonde servait de frontière, les nobles des deux pays ont cessé de se disputer pour de maigres terres ou des droits d'eau.

Au point qu'on a l'impression que les conflits entre nobles d'un même pays sont bien plus importants, tant les deux nations ont cessé jusqu'aux moindres escarmouches.

L'effort nécessaire pour attaquer l'autre pays par-dessus cette immense Faille du Gigant n'en valait plus la peine.

Résultat, les deux pays ayant perdu tout intérêt à la guerre, ont tourné le dos au conflit.

C'est aussi la raison pour laquelle il n'y a pas eu de guerre depuis deux cents ans.

« Depuis le général Biahof, personne n'a reçu la Décoration du Double Dragon. »

« Mais M. Arterio et M. Brantack ont bien abattu un dragon élémentaire, non ? »

« Ils l'ont abattu, oui. Mais ce dragon n'avait pas nui au royaume. Ils l'ont découvert par hasard lors de l'exploration d'un nouveau territoire de monstres, un combat a éclaté et ils l'ont tué. C'est pour ça qu'ils ont reçu une autre décoration. »

« S'il avait attaqué une ville, ils l'auraient eue », avait ajouté M. Arterio.

« Et pour ton nouveau titre de noblesse... »

Bien que je sois encore mineur, il arrive qu'on fasse des exceptions pour des enfants de nobles sans droit de succession comme moi, qu'on établit comme chefs d'une nouvelle branche, ou qu'on fait hériter un titre à un enfant d'un autre noble qu'on fiance à la seule fille d'une famille sans héritier mâle.

Ce genre de cas arrive apparemment de temps en temps.

« Dans ton cas, Wendelin, tu as été anobli uniquement pour tes mérites. »

D'après M. Arterio, je serais sorti du registre de la famille Baumeister pour devenir le chef d'une nouvelle maison Baumeister.

« Pas de territoire, mais une pension est versée, donc c'est un noble de robe. En tant que baronnet, c'est trente pièces d'or par an. Pas de poste officiel, donc pas de salaire de fonction, mais pas d'obligation de résider à la capitale non plus. Je peux juste continuer à aller à l'école préparatoire de Breitburg. Pas besoin de faire le beau, pas de frais inutiles. C'est gagné d'avance. »

Ensuite, il y a eu la discussion sur les rangs de noblesse, qui vont du premier au dixième.

Le premier rang est réservé à Sa Majesté, le deuxième à la reine et aux deux princes et deux princesses, le troisième aux autres membres de la famille royale et aux ducs, le quatrième aux marquis et marquis des marches, le cinquième aux comtes, vicomtes et barons, mais certains barons appartiennent au sixième rang.

Et le sixième rang, c'est le baronnet. Le septième, le chevalier.

Pour info, du huitième au dixième rang, il n'y a pas de droit de succession.

Ces rangs existent pour les roturiers promus par leurs mérites, ou pour accorder un titre à vie aux enfants adultes de barons et plus.

Évidemment, s'ils ne gagnent pas en rang par leurs propres mérites, leurs enfants retombent dans la roture.

D'ailleurs, jusqu'à tout à l'heure, je n'avais même pas ce rang.

C'est un trou dans le système, ou peut-être fait exprès.

Les épouses et enfants des nobles de rang baronnet et inférieur sont inscrits au registre de la noblesse et sont techniquement nobles, mais ne reçoivent pas de rang.

Naturellement, ils ne touchent pas de pension, et s'ils n'héritent pas du titre, ils ne sont plus nobles à leur mort.

Leurs enfants ne peuvent pas être inscrits au registre, donc la vie des nobles de bas rang a son lot de difficultés.

« Du coup, je peux transmettre mon titre à mes enfants ? »

« Tes mérites sont grands, mais on ne peut pas accorder un traitement excessif à tes enfants sur la seule base de leur lignée. S'ils sont ordinaires, ils resteront baronnets toute leur vie, maintenus sans vraie fonction. Une sacrée belle sinécure, ceci dit. »

En résumé, je devrai continuer à accumuler des mérites pour espérer devenir baron ou plus. Ce ne sera pas simple.

« Cependant, tu es devenu quelqu'un d'important, toi. »

« Oui. »

Mon père est chevalier, septième rang.

Mon frère Erich, qui va entrer comme gendre, héritera du titre de chevalier de septième rang de son beau-père dans quelques années.

Autrement dit, je l'ai dépassé en rang.

« La position aussi. Même si ce sont ton père et ton frère, vous êtes tous les deux des nobles nommés par Sa Majesté. Si tu fais le père ou le grand frère dans un cadre officiel, ça va être très compliqué. »

On ne sera pas sanctionnés si facilement, mais dans le réseau nobilaire, on sera traités comme « des nobles qui ne comprennent pas les règles de la noblesse » et mis au ban.

« Mon père, peu importe. Mais Erich... »

C'était le frère avec qui je m'entendais le mieux, et maintenant il doit me traiter comme un supérieur en rang.

Je ressentais une pointe de solitude.

« C'est juste pour les occasions officielles. En privé, no problème. »

Pendant qu'on discutait, la voiture est arrivée sans encombre au manoir d'Erich.

« On dirait que t'as eu droit à pas mal de complications. »

« Oui, c'était terriblement compliqué. »

C'est une drôle de façon de se saluer après sept ans, mais comme je ne savais pas comment réagir face à mon frère Erich qui me parlait soudainement avec déférence, je m'en suis plutôt bien sorti.

C'est bien le frère le plus rationnel et le plus intelligent de la famille Baumeister.

Il a l'air de bien comprendre ma situation actuelle.

« Au fait, j'ai fait installer tes amis dans une pièce pour qu'ils se reposent. »

« Comme on est de toi, Erich. »

« Bon, je vais m'éclipser. »

« Désolé de vous déranger alors que vous êtes occupé. »

« Pas de souci. Pour un marchand, le réseau c'est la vie. Grâce à toi, Wendelin, j'ai fait ta connaissance. Pour moi, c'est une journée incroyablement rentable. »

Sa bouche était un peu grossière comme celle de M. Brantack, mais M. Arterio avait pris soin que je ne commette pas d'impair devant Sa Majesté.

Même quand je parlais au roi, il savait faire basculer son langage instantanément. J'ai compris pourquoi il avait réussi comme nouveau marchand à la capitale.

« Mon petit frère vous a causé bien des soucis. »

« C'est l'honneur pour moi, frère de Wendelin-dono. On va pouvoir nouer de bons liens, vous et moi. »

« Je ne suis qu'un petit noble sans le sou, ceci dit. »

« Ça, dans dix ans, on verra bien. »

Une fois qu'il a confirmé que j'avais bien retrouvé Erich, M. Arterio a dû sentir son rôle terminé. Il a dit qu'il retournait à sa guilde commerciale et est remonté dans sa voiture.

Le véhicule est reparti en direction du quartier commercial.

« Allez, je te fais visiter. »

Même dans le quartier des nobles, les demeures des hauts nobles sont groupées près du château royal, tandis que celles des nobles de bas rang sont près du quartier des roturiers.

La séparation est nette, et le manoir d'Erich, enfin celui de la famille Brant chez qui il entre comme gendre, appartient bien à la seconde catégorie.

Cela dit, c'est tout de même la demeure d'un noble de robe vivant à la capitale.

Son portail n'a rien à voir avec celui de notre maison.

On dirait pas du tout que c'est la même famille de chevaliers.

Guidé par Erich, j'entre dans le manoir. Dans le hall m'attendent un homme d'une soixantaine d'années aux cheveux gris élégants, une femme d'une quarantaine d'années aux cheveux bruns au calme distingué, et une jeune fille qui n'a pas l'air d'avoir vingt ans, aux cheveux bruns coupés aux épaules et aux yeux de la même couleur, au charme posé.

« Je vous présente la famille Brant, chez qui j'entre comme gendre. »

L'homme d'âge mûr est l'actuel chef, Rütger Vilem von Brant, soixante-deux ans cette année.

La femme d'âge mûr est son épouse, Marion Vilem von Brant, quarante ans.

Et la jeune fille, c'est Miryam Vilem von Brant, dix-neuf ans cette année.

Le chef actuel, M. Rütger, a perdu sa première femme, morte de maladie sans avoir eu d'enfant. Sa femme actuelle et leur fille unique, qui doit devenir l'épouse d'Erich, sont sa seule famille.

Vu son âge, il a apprécié Erich, qui a réussi l'examen de fonctionnaire subalterne et a été affecté comme son subordonné, et a décidé de lui donner sa fille et de lui faire hériter la maison.

« Enchanté, Baumeister-kyo. »

« Excusez-moi. En public, c'est normal, mais ici, je préférerais qu'on évite "Baumeister-kyo". »

« C'est moi qui m'excuse. L'histoire de votre extermination du dragon ancien fait actuellement le buzz à la capitale. Pourtant, un si grand mage est le frère d'Erich, le monde est petit. »

M. Rütger n'avait pas l'arrogance typique de certains nobles, il me parlait avec aisance.

« Honnêtement, j'étais juste désespéré à ne pas me faire carboniser avec le navire volant par son souffle. »

Quoi que je m'entraîne à la magie, ou que je chasse de bêtes féroces, si j'y repense, c'était mon baptême du feu contre un monstre, et c'était terriblement dur, c'est un fait.

Honnêtement, je me souviens à peine du combat contre le dragon squelette.

J'étais trop désespéré, ça n'a pas laissé de trace en mémoire.

Le contenu de mon entretien avec Sa Majesté, je ne l'ai su qu'après coup, par El et les autres, et par M. Brantack.

« Chérie, si on y réfléchit bien, je deviens la belle-sœur de Wendelin-san, non ? »

« On dirait bien. »

« Ravie de vous connaître. Beau-frère. »

« Moi qui n'ai qu'une fille, avoir un beau-frère, c'est une première. »

La fiancée d'Erich a ce genre de beauté apaisante qu'on appelle « iyashi-kei » dans mon monde précédent. Si elle est ma belle-sœur, j'ai l'impression qu'on s'entendra bien.

On ne sait pas à quelle fréquence on pourra se voir, mais comme je peux maintenant me téléporter librement à la capitale, ce n'est pas impossible.

« Oh, vous êtes déjà de retour ? »

« C'est vrai qu'il a été anobli ? »

« Tu n'as pas flanché de tension devant Sa Majesté ? »

Pendant qu'on discutait avec la famille Brant, El et les autres apparaissent depuis l'intérieur du manoir.

Apparemment, eux aussi savaient que j'avais reçu un titre au château.

« Décoration du Double Dragon et sixième rang, baronnet, parait-il. »

« Sérieux ? Fais-moi ton vassal, je t'en prie. »

« El, t'as de bonnes lames, tu trouverais facile un poste, non ? »

« C'est pas si simple que ça. »

« C'est exact, Elvin-kun. Si bons que soient vos talents à l'épée, le recrutement de vassaux par les nobles privilégie les relations. »

Puisque nous sommes nobles, on doit maintenir un corps de vassaux solide en prévision de la guerre.

C'est le principe officiel, mais comme la guerre est absente depuis plus de deux cents ans, même avec de bons bras, un nouveau venu ne peut pas si facilement entrer au service d'un noble, nous explique M. Rütger.

Par exemple, quand une maison noble manque de personnel.

D'abord, on fait partir un enfant de la maison pour créer une branche. Si ça ne marche pas, on privilégie les enfants des vassaux actuels.

Si ça ne suffit toujours pas, on embauche un roturier du territoire qui a de la poigne. Il n'y a pas de place pour un nouveau venu.

« Si même ça ne suffit pas, on s'arrange entre parents et enfants adoptifs. Mais même là, une lettre de recommandation est indispensable. Et cette lettre, si le recommandé fait scandale, l'évaluation de celui qui l'a écrite chute. On n'écrit pas pour quelqu'un qu'on ne connaît pas bien. »

En gros, si on ne trouve pas de poste dans son fief d'origine, il ne reste qu'à défricher patiemment une terre vierge pour s'en faire un fief, ou devenir aventurier.

« Toi, Wend, tu continues l'école préparatoire et tu deviens aventurier, c'est ça ? »

« Ouais. »

« Alors, embauche-moi. »

« Pourquoi pas. »

« Coup de chance inattendu. Comme ça, pas de souci pour que Wend prenne le commandement en chef. »

« Moi aussi, je veux être embauchée. »

« Moi aussi ! »

« Ina et Luise, c'est bon, mais est-ce que les nobles ont le droit de faire ça ? »

« Officiellement, c'est interdit. Mais... »

Il y a beaucoup de nobles de robe de bas rang à la capitale, mais apparemment la moitié n'ont pas de poste officiel.

Le nombre de nobles dépasse largement le nombre de postes.

Pourtant, la pension minimale est versée, mais les nobles ont des obligations mondaines qui coûtent cher, et certains dépensent de l'argent pour faire du lobbying afin d'obtenir un poste.

C'est pour ça que beaucoup de nobles de bas rang ont un travail à côté.

« En vrai, c'est interdit. Mais si on dit "donnez-nous des postes alors !", on est coincés, alors on ferme les yeux. »

« C'est dur, hein. »

Notre maison était passablement pauvre, mais les nobles de bas rang de la capitale ont aussi leur lot de galères.

« C'est pour ça qu'il arrive parfois qu'un noble meure au travail en faisant aventurier comme job à côté. »

Officiellement, la cause du décès est "tué par un monstre", mais on ne peut pas le rendre public.

On consulte l'administration, on l'enregistre comme "mort de maladie", et nous, les fonctionnaires, pressons pour que le successeur hérite vite du titre, nous raconte M. Rütger.

« Attendez ? Mais dans mon cas, comment ça marche ? »

« Wendelin-dono, Sa Majesté vous a donné carte blanche pour agir librement. Le fait que vous soyez mage entre aussi en compte. »

Les nobles comme le royaume n'engagent pas de jeunes mages talentueux mais inexpérimentés.

Ceux qu'on s'arrache, ce sont les mages qui ont fait leur nom comme aventuriers et cherchent un second carrière comme fonctionnaires après leur retraite.

Parce que non seulement leur magie, mais l'expérience et le réseau acquis comme aventuriers sont très utiles.

Mon maître et M. Brantack entrent dans cette catégorie.

« Pour Sa Majesté, c'est comme si vous étiez déjà réservé, Wendelin-dono. »

« Réservé ? Ah ! »

En effet, j'ai été décoré, je suis déjà noble du royaume.

Une fois l'aventurier pris ma retraite, ce sera « bon, je te donne un poste » et basta.

Inversement, la possibilité d'être embauché par la maison du marquis de Breitredler est devenue nulle.

Même s'il y a différence de titre et de rang, moi et le marquis de Breitredler sommes tous deux des nobles nommés par le royaume, notre position est devenue la même.

Du coup, le marquis de Breitredler ne peut plus m'embaucher, son collègue.

En y repensant, je comprends bien pourquoi M. Arterio avait ce sourire gêné tout à l'heure.

Ce n'est pas la faute de M. Brantack, mais le seigneur qui avait repéré ce talent s'est fait voler sous le nez par le royaume.

Même le tolérant marquis de Breitredler a dû avoir envie de faire la morale à M. Brantack.

M. Arterio, qui s'en est rendu compte, a dû plaindre son ami M. Brantack et faire cette tête.

« Wendelin-dono, pour vos trois amis, je pense qu'il vaudrait mieux les employer, ne serait-ce que sur la forme. »

M. Rütger me suggère d'employer formellement mes trois amis.

« Wendelin-dono est devenu baronnet, même sans poste. »

Cette pension est de trois plaques d'or par an.

En yens japonais, environ trente millions.

En plus, je n'ai pas de manoir à entretenir à la capitale, et évidemment je n'emploie personne.

« L'histoire de la Décoration du Double Dragon, reçue pour la première fois depuis deux cents ans, et de votre nomination comme baronnet, s'est déjà répandue dans toute la capitale... »

Naturellement, les fils de nobles actuellement au chômage viendront se vendre comme vassaux, et des roturiers viendront frapper à ma porte pour être engagés comme gardes ou domestiques. L'avenir est facile à imaginer.

« Pour des raisons budgétaires, le royaume ne peut pas augmenter facilement le nombre de maisons nobles. »

La réalité, c'est que la moitié des maisons nobles de robe de la capitale ne sont que des NEET qui touchent leur pension.

Même si le montant est connu, personne ne le dit ouvertement, mais les contribuables roturiers les considèrent comme des mangeurs inutiles.

Donc on n'augmente pas facilement les nobles.

À l'inverse, les cas de disparition : quand il n'y a vraiment plus aucun candidat à l'adoption et que la lignée s'éteint.

Mais c'est rare, apparemment.

Il y a presque toujours un parent lointain quelque part qui peut hériter, et c'est plutôt les candidats qui se disputent violemment.

« Il y a eu des cas où ça a fini en effusion de sang et la succession a été annulée. »

...

Autre cas : crime assez grave pour justifier la confiscation du titre.

Mais les grands nobles maquillent souvent leurs pots-de-vin, et comme c'est de la corruption, ils s'en sortent souvent en payant une amende.

Il arrive parfois qu'un fils à papa noble tue un roturier, mais ça se règle souvent par un accord à l'amiable avec gros versement.

« Parfois, par malchance, un noble malchanceux devient le bouc émissaire d'une lutte de factions et est sévèrement puni. »

Mais ça non plus, c'est rare.

Si on en fait trop, la société noble devient sordide.

« Les raisons pour lesquelles une maison noble peut naître sont similaires. D'abord, comme Wendelin-dono, quand quelqu'un accomplit un exploit sans égal. »

Mais comme il n'y a plus de guerre, c'est quasi désespéré.

Même si on fait un sans-faute dans un conflit de frontière, le royaume ne vous en félicite pas.

Ramener un négatif à zéro ne fait pas monter l'évaluation.

« C'est au noble qui emploie ces soldats et vassaux de donner une récompense normale. »

Sinon, il y a le cas où on défriche soi-même une terre vierge et on fait reconnaître ses droits par le royaume.

C'est le cas de ma famille d'origine, les Baumeister.

« C'est une méthode positive, mais c'est rudement dur. »

Réunir des gens, défricher une terre vide, la rendre productrice d'impôts.

Facile à dire, difficile à faire.

Et même si on réussit, on devient le vassal de quelque grand noble des environs, ou on se dispute les droits avec le seigneur voisin.

C'est passablement éprouvant.

« Le royaume accorde commodément le titre de chevalier, mais un village de moins de cent habitants, c'est pas rare. »

Y'a pas de belle histoire où on devient roi de l'intérieur et le territoire se développe à toute vitesse.

S'il y en avait, ma famille Baumeister serait depuis longtemps marquis des marches.

« Bref, dès demain, du monde risque de déferler chez Wendelin-dono. »

Aspirants vassaux fils de nobles, roturiers cherchant un emploi.

Et des nobles ou marchands qui viendront supplier pour marier leur fille ou sœur, ou la faire concubine.

J'en ai mal à la tête rien qu'à y penser.

« C'est pour ça qu'on va employer vos trois amis, ne serait-ce que sur la forme. »

Puisqu'ils visent aussi la carrière d'aventurier et sont mes camarades de parti, et qu'il n'y a pas encore de travail à la nouvelle maison Baumeister, pas besoin de leur verser de salaire.

« Ouais, on veut pas de salaire. »

« C'est juste une assurance pour notre seconde vie. »

« Exact. Mieux vaut être vassale célibataire de Wendelin que deuxième femme de quelque vieux pervers. »

Si on sait que j'ai déjà des vassaux, les demandes farfelues diminueront.

En plus, Ina et Luise ont mon âge.

« Excusez-moi, mais Ina-san et Luise-san sont des filles de vassaux, non ? Alors c'est encore plus commode. »

« L'entourage va nous traiter de concubines de sa propre initiative. »

Devenu chef de famille noble, si je prends une épouse officielle, il faut apparemment une maison de rang équivalent.

Donc les deux, filles de vassaux, sont d'emblée exclues.

« Luise-san comprend vite, ça aide. »

« Moi, j'm'en fiche d'être concubine, pour de vrai. »

« En tout cas, pas avant votre majorité. Et encore, si j'en ai envie. »

« Tu parles, Wend. D'ici là, je serai une femme irrésistible. Je te laisserai me séduire, au mieux. »

Ensuite, j'ai partagé le dîner avec Erich et la famille Brant, échangé sur bien d'autres sujets, et passé la soirée.

La moitié de la conversation a fini par être des conseils de M. Rütger, vieux routier expérimenté, à mon égard, qui suis devenu du jour au lendemain chef de famille noble. Je m'en sentais coupable, mais c'est bien un noble qui a longtemps officié à la capitale.

Même noble de bas rang, il baigne dans l'air du centre, sensible à la politique et aux usages de la noblesse.

Mon père et mes frères, qui ne font que labourer les champs, sont à des années-lumière.

« Dis, Erich. »

« Quoi, Wend ? »

« Rütger-san, il est des dizaines de fois plus fiable que notre père et nos autres frères. »

« C'est peut-être vrai, mais on dit pas tout haut. »

Avant de dormir, j'avais ce genre de conversation avec Erich.

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