« Wendelin »
« Quoi ? Louise »
Pour assister au mariage de mon frère aîné Erich, nous avons embarqué à quatre — moi, El, Ina et Louise — à bord d'un navire aérien magique en direction de la capitale royale.
Contrairement à moi qui possède de l'argent grâce à l'héritage de mon maître, les trois autres ont contracté une dette d'une pièce d'or chacun auprès de moi pour payer le trajet.
Certains pourraient dire « prêter si facilement, c'est trop bon », mais dans ce monde, emprunter de l'argent n'est pas une chose si simple.
Si l'on perd un procès intenté par le créancier pour non-remboursement, on peut être envoyé aux mines dans le pire des cas, sans avoir le droit de se plaindre.
L'argent est donc quelque chose de très important, et la loi exige qu'on le rembourse, que ce soit par du travail forcé ou n'importe quel autre moyen.
Mais dans le cas présent, il n'y a ni reconnaissance de dette, ni intérêts.
Donc, même si je me plains auprès du margrave de Breithaler que les trois ne me remboursent pas, j'aurais du mal à gagner.
Parce qu'il n'y a pas de preuves.
Cependant, dès que les circonstances seraient connues, deux d'entre eux se retrouveraient dans une situation délicate.
Les enfants de leurs vassaux respectifs ont emprunté de l'argent à moi, que le margrave envisage de nommer premier mage attitré, et ne l'ont pas remboursé.
Qui plus est, c'était un prêt de confiance total, sans reconnaissance ni intérêts.
Naturellement, les familles de Louise et Ina seraient surveillées de travers par le margrave et lui déplairaient.
Ces deux-là, qui le savent pertinemment, n'ont aucune chance de faire défaut.
D'ailleurs, avec El aussi, nous quatre chassons ensemble, donc une pièce d'or est une somme qu'on peut rembourser rapidement.
Ce serait stupide de gaspiller un mois aller-retour en carriole pour l'économie d'une seule pièce d'or.
C'est parce que ce sont trois personnes capables de ce raisonnement que je leur ai prêté sans condition.
« Oui, l'argent que j'avais emprunté »
Après avoir embarqué, terminé le premier dîner et nous être détendus dans la chambre, Louise est apparue et m'a rendu les trois pièces d'or qu'elle m'avait empruntées.
Honnêtement, une vitesse de remboursement terrifiante.
« C'est vite »
« J'ai trouvé un bon petit boulot »
« Moi aussi, je peux le faire ? »
« Impossible. C'est un boulot qui n'est possible que parce que *moi*, je maîtrise le style Matō. »
« Quel genre de méthode… »
« Je peux te le dire, mais garde le secret »
Louise a commencé à expliquer comment elle avait remboursé son trajet en à peine une demi-journée depuis l'embarquement.
« Ce navire est réservé aux gens fortunés, non ? »
Le prix minimal étant une pièce d'or, il est hors de portée des gens du commun, et la clientèle se compose surtout de nobles, de leurs serviteurs et de grands marchands.
Louise a commencé un jeu dans le salon où se rassemblaient beaucoup de monde.
« Si vous gagnez au bras de fer contre moi, je vous offre une pièce d'or. Participation : dix pièces d'argent. »
Soudain, une adorable fillette lançait un défi audacieux.
Naturellement, elle a attiré tous les regards.
« Les nobles n'accepteraient pas un tel pari, quand même »
« Je visais les gens qui les accompagnent »
Face à Louise, qui en paraissait dix ans, le prix était une pièce d'or pour une victoire au bras de fer.
Parmi les gardes engagés par les nobles, beaucoup avaient confiance en leur force.
Ils se sont rués pour défier Louise.
« C'est pitoyable, pour eux »
La force brute de Louise n'est pas très différente de celle d'une fille de son âge.
Mais elle est une maître du style Matō qui surpasse même son père et ses frères qui en sont les instructeurs.
Des montagnes de muscles de plus de deux mètres se sont fait battre en quelques secondes par Louise, ce qui a enflammé les challengers qui ont payé leur participation les uns après les autres.
Vers la fin, l'ambiance serait devenue « au moins, que quelqu'un gagne une fois ».
Autant la série de victoires de Louise a été longue.
« Tu as bien gagné, apparemment »
« Oui, comme ça je peux faire des achats à la capitale »
Les frais de séjour à la capitale étaient couverts, mais comme elle voulait rembourser vite, elle se demandait comment faire pour les emplettes et les cadeaux.
Ce gain a résolu tous ces soucis.
« Ça ne posera pas de problème non plus »
Tous les duels ont été menés loyalement, et quel grand homme oserait dire qu'il a perdu au bras de fer contre une gamine ? C'est honteux.
Ainsi, Louise a empoché sans encombre un bénéfice d'environ cinq pièces d'or.
« Pour être sûre, j'ai fait exprès de perdre une fois à la fin »
Il y avait un ancien aventurier assez compétent, engagé comme garde d'un noble.
Elle a simulé un match serré contre lui et a perdu exprès à la fin.
« C'est vicieux, comme méthode »
Naturellement, les regards des challengers et de la galerie se sont tous portés sur cet homme qui avait enfin battu Louise et gagné la pièce d'or.
Pendant ce temps, elle a filé discrètement avec un « merci à chaque fois » satisfait.
« Et en plus, elle a remboursé sans vergogne les parts d'El et d'Ina »
« Ah ah ah. El, jusqu'à ce qu'il ait fini de rembourser, je compte le faire trimer comme porteur pendant les courses »
Ina étant une amie d'enfance, elle ne la presse pas particulièrement.
Compte tenu de la relation entre ces deux-là, elle remboursera sûrement correctement.
« C'est une femme terrifiante »
« Voilà, je suis une femme fatale »
Tout en disant ça, Louise a pris une pose censée être sensuelle, mais l'effet a été nul, apparemment.
« Dommage, il te manque encore du temps »
« Arrête de dire des trucs comme ça ! »
À l'heure actuelle, elle ne passerait pour une femme fatale sous aucun angle.
Qu'elle ait une personnalité redoutable, c'est un fait, cela dit.
« Moi, j'ai le même âge que Wendelin, et je suis aussi élève de l'école préparatoire d'aventuriers. Même si je suis fille d'un vassal demi-noble, je préfère ne pas créer de dettes. C'est ce que je pense, mais… »
Elle s'accroche effrontément, mais comme elle est tout de même une noble de bas rang, elle a sa fierté.
L'équilibre à cet égard est vraiment délicat.
« Du coup, je me disais que je vais au moins payer des intérêts »
« Inutile »
« Là, il faut accepter honnêtement »
En disant cela, Louise s'est glissée rapidement à mes côtés et a déposé un baiser sur ma joue.
On dirait bien une adepte du style Matō.
Je n'ai rien pu faire, juste subir ce baiser.
« Puisque c'est embarrassant, pas sur la bouche, d'accord »
Lâchant ça, le visage encore rouge de gêne, Louise a quitté la chambre en vitesse.
« Pourtant t'es encore une gamine, tu vas vraiment devenir une femme fatale ? »
Je me disais qu'on ne se laisse pas troubler par une gamine, mais en fait, mon cœur battait la chamade.
Seulement, ce battement allait se transformer en un tout autre genre d'émoi, juste une demi-journée plus tard.