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The 8th Son? Are You Kidding Me?

Chapitre 145

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Chapitre 145

Chapitre 145

Chapitre 145/15097%~27 min de lecture5 341 mots

«Santé pour le Nouvel An ! »

« « « « Santé ! » » » »

Une semaine après ce « Carnaval » dont j'avais remis en question la raison d'être.

Le calendrier était passé à la nouvelle année.

L'équivalent du Nouvel An japonais.

Plats de fête, mochi, et ces dernières années, crabe, thon, bœuf wagyu haut de gamme et autres festins.

Des endroits comme Ameyoko ou Tsukiji grouillent de monde, et moi qui travaillais dans une entreprise commerciale alimentaire, j'étais débordé par l'approvisionnement en ingrédients liés au Nouvel An.

Quant à ce monde, pas de sermons ni de messes embarrassants à l'église, les enfants s'endorment mais les adultes font souvent la fête du Nouvel An.

Dans le jardin du manoir des Baumeister obtenu après l'exorcisme, une grande quantité de plats, gâteaux, alcools et boissons étaient préparés, et ce jour-là, Roderich ainsi que les domestiques profitaient librement du festin.

« C'est ça, une fête du Nouvel An chez les Baumeister, hein ? »

« Vraiment, c'est un festin incroyable. »

« Et pourtant, pas trop guindé, c'est bien. Les fêtes du Nouvel An des grandes maisons nobles sont pleines de complications, paraît-il. »

« Helmut, t'y as déjà assisté ? »

« Non, j'en ai juste entendu parler. Paul-niisan non plus, mais tu crois que moi, on m'inviterait à ce genre de truc ? »

« Je pense pas, mais je demandais au cas où. »

Les frères Erich, Paul et Helmut, conviés, profitaient des mets et de l'alcool avec leurs femmes.

« En pensant à ces douze ans au fief chevalier Baumeister, on a bien le droit de manger des festins désormais, non ? »

« Ahaha, les plats du Nouvel An chez nous sont bof, ceci dit. »

Erich-niisan rit légèrement, comme s'il s'en souvenait.

Même dans les fiefs provinciaux, sans fête, on sert quand même un festin pour le Nouvel An.

Les Baumeister aussi, mais au mieux, y'a un peu plus de plats de viande de chasse, niveau cuisine du quotidien à la capitale.

« Mais c'était un plaisir, avant. Le rôti de cerf, y'en avait une portion correcte par personne. »

« Ouais, y'avait un dessert de figues mijotées dans le miel acheté à la branche cadette. Jusqu'à ce que j'arrive à la capitale, je croyais qu'y'avait pas mieux comme festin. Mais quand j'ai acheté des sucreries là-bas, le miel utilisé avait le goût de chez nous, j'ai rigolé. »

Paul-niisan et Helmut-niisan semblent se remémorer le passé.

Maintenant que j'y pense, une fois l'an, quand je rentrais des terres vierges, y'avait un repas un peu plus copieux.

« Cela dit, ça a dû coûter un bras. »

« Bien sûr, ça coûte son prix, mais on économise correctement. »

« Ah… Artelio est là, lui. »

Le regard de Paul-niisan se porte vers Artelio-san qui discute avec Roderich.

« C'est aussi grâce à lui, ceci dit. »

« Le sac magique ? »

« Oui, j'achète en gros les ingrédients nécessaires tant qu'ils sont pas chers. La viande, on l'a eue à la chasse. »

Au Japon aussi, mais au royaume, les roturiers ont tendance à manger des festins de fin d'année au Nouvel An, la demande grimpe et à cette période, praticamente tous les ingrédients voient leur cours monter.

Pour les commerçants, la fin d'année, c'est LA période pour gagner.

C'est pour ça qu'un président client m'avait dit, à l'époque où j'étais commercial :

« Pour les ingrédients du Nouvel An qui se conservent, achète-les au plus tard début décembre. »

Je m'en suis souvenu, et des mois avant, j'ai sécurisé les ingrédients pour la fête du Nouvel An sans relâche.

Grâce au sac magique, la date de péremption n'est plus un problème, c'était une chance de rassembler les ingrédients au top.

« Sac magique, hein… Les polyvalents, même les maisons nobles de haut rang en ont rarement. »

Les polyvalents, utilisables par des non-mages, demandent du boulot à fabriquer, donc coûtent cher.

D'abord, les nobles baron et below en ont quasi pas.

Y'a des cas où ils empruntent celui de leur mage attitré, mais comme c'est la propriété du mage, ça compte pas comme le noble qui l'a.

Beaucoup de mages l'ont plein de leurs propres trucs, et refusent souvent de garder ceux des autres.

« Mais est-ce que ça devient si rare ? »

« Ben ouais, c'est nous les commerçants qui les raflons. »

À la place de Paul-niisan, Artelio-san, qui finissait sa conversation avec Roderich, répond à ma question.

« Les sacs magiques des nobles, y'en a un ou deux max. La capacité, ils en ont pas tant besoin que ça. Mais pour un commerçant, c'est un item indispensable. »

Avant même la conservation alimentaire, si t'achètes un à grande capacité, tu déplaces des dizaines de tonnes en un seul sac.

Tout commerçant qui vise gros s'endette pour s'en payer un, paraît-il.

« Moi, j'ai eu la prime et ma part du matériel du vieux dragon de feu que j'ai tué en fin de carrière. Du coup, j'ai pu m'acheter direct un sac magique grande capacité. Un départ aussi avantagé pour un commerçant, c'est rare. »

Mais faut du flair commercial, et l'argent du sac, Artelio-san l'a risqué sa vie pour l'avoir.

Un simple aspirant commerçant, c'est impossible.

« Du coup, votre ex-partenaire Brantack-san vient pas ? »

« Lui, la fête des Brantheim margrave, c'est prioritaire. »

Les roturiers font fête en famille, parfois avec les proches parents.

Les commerçants gros bonnets invitent leurs partenaires, ou les gros du même secteur font roulement tous les quelques ans.

Les nobles, ce sont les grosses maisons qui organisent, et les gisen apportent mets, alcool et étrennes.

« Les Brantheim margrave, même à leur manoir de la capitale, ils font ça en gros chaque année. Ceci dit, c'est celui du fief qui est le principal. »

Apparemment c'est à l'intérieur du manoir, et depuis le manoir des Brantheim d'à côté, on voyait de la lumière.

« Deux manoirs en même temps pour une maison margrave, c'est costaud. Au fait, Artelio-san ? »

« Nous aussi, on accroche le wagon des marchands officiels, donc évidemment on organise. Ma femme et mon fils gèrent, moi je rentre dans un moment. »

« C'est pas gênant de rester si longtemps à une fête aussi modeste que la nôtre ? »

Les Baumeister barons ont fait parler d'eux avec le dragon, mais niveau rang noble, c'est juste baronnet.

Famille, vassaux et domestiques avec leurs familles, gisen et leurs familles, c'est la norme.

Du coup, la fête Baumeister, y'avait pas trente participants.

Moi, ex-petit citoyen, je trouve déjà que c'est beaucoup de monde.

« Y'a un dilemme, vois-tu. »

« Comment ça ? »

« Tout le monde veut aller à la fête du Baumeister baron qui fait parler de lui à la capitale, mais vu les conventions, l'échelle sera modeste, non ? »

Un baronnet parvenu qui ferait une fête plus fastueuse que les grands nobles, ça deviendrait direct une cible de critiques.

Du coup, invités : les frères et leurs femmes seulement, et côté commerçants, juste Artelio-san avec qui on a des liens.

Pour le reste de l'organisation hors cuisine, c'est Roderich, lui-même issu de famille marchande, qui s'en est chargé.

Quelle échelle pour la fête ?

Il a bien dosé, je trouve.

« Une fois rentré chez moi, y'aura plein de commerçants à me dire "présentez-moi le Baumeister baron s'il vous plaît !". Ah, quelle galère. »

Artelio-san vide son vin d'un trait en râlant.

« Le monde des commerçants est impitoyable ? »

« C'est ça. Moi j'ai de la chance d'être invité, mais du coup les emmerdes me tombent dessus. »

Pendant qu'on cause, la date change, la nouvelle année arrive.

« Bonne année ! »

« Bonne année, mon seigneur. »

On trinque à nouveau en s'échangeant les vœux, et la fête se disperse vers deux heures du matin.

« Vendelin-sama, reposez-vous un peu. »

« Demain y'a les visites de vœux, non ? »

« Demain, je vous accompagne aussi. »

Heureusement, pas de hatsumode à l'église dans ce monde.

Mais à la place, y'a la tournée des vœux du Nouvel An.

Ça ressemble au Japon, mais où aller et dans quel ordre, c'est fixé par la coutume, donc Roderich m'accompagne.

« Mon seigneur, mesdames, Elvin, reposez-vous. »

Poussé par Roderich, je vais me coucher, et le lendemain, je me réveille vers neuf heures.

Un lever tardif, mais j'étais plus fatigué que prévu.

Pas réveillé à l'heure habituelle.

« Alors, on y va, mon seigneur. »

Pas de petit-déj, juste du maté, et on part pour les vœux.

Moi, El, Elise, Ina, Luise, Roderich, six personnes, et sauf moi, tout le monde tient un gros panier.

Dedans, des bonbons et biscuits emballés dans du papier.

À quoi ça sert ? Ben…

« Bonne année ! »

« Donnez-nous ! Donnez-nous ! »

En sortant du manoir, des gamins de domestiques et vassaux d'autres nobles, des gamins du quartier commerçant et de riches roturiers nous attendaient.

Ils attendent devant les manoirs nobles, et quand les nobles ou gros commerçants sortent pour les vœux, ils leur réclament argent et friandises.

C'est comme les étrennes.

La somme d'argent et la quantité de friandises à préparer sont grosso modo fixées selon le rang et les finances de la maison noble, m'avait dit Roderich qui m'a appris la coutume.

L'argent, c'est une pièce de cuivre glissée dans le papier avec le bonbon.

Bien sûr, c'est Roderich qui me l'a dit.

« Un, deux, trois, quatre… Allez, prenez. »

« Même chez nous, nouveaux nobles, y'en a pas mal qui viennent, hein. »

« Vern, t'es une célébrité, après tout. »

El, Ina, Luise distribuent des friandises aux près de cent gamins rassemblés.

« « « « Merci, monsieur le noble, monsieur, mesdames ! » » » »

Les gamins qui ont reçu disent merci et courent vers d'autres nobles.

« Je vois, ils essaient de voir un max de nobles et commerçants pour en gratter un max. »

« Oui, recevoir deux fois du même, c'est une faute de manners. Si les parents le découvrent en rentrant, ils se font gronder. »

« C'est pour ça qu'on a écrit le nom de famille sur le papier. »

À la fin de l'année, El qui avait aidé à faire les paquets acquiesce.

Si y'a deux papiers avec le même nom, ça veut dire qu'ils ont reçu deux fois du même.

« La fin d'année coûte cher aux nobles aussi. »

« Oui. Pour des chevaliers laïcs sans poste, faut pas préparer tant que ça, mais y'en a qui en font des tonnes par fierté. »

Le papier porte le nom de famille, donc ça fait pub, explique Elise.

« Pour qu'on pense "cette maison noble a balancé autant de friands et d'argent". »

Les gamins ouvrent les paquets à la maison, la famille voit, le nom du noble se fait connaître naturellement.

« Les gamins courent le quartier noble comme des fous pour choper un max de paquets. »

« Y'a aussi la raison que "les gamins, faut qu'ils soient énergiques". »

S'ils veulent plein de friands, ils doivent courir voir un max de nobles avec leurs jambes.

Ils devinent l'heure de sortie des nobles, guettent devant les manoirs efficacement.

Chaque noble a un stock limité, faut les choper le plus tôt possible.

« Elise aussi, t'en as eu petite ? »

« Non, les gamins nobles vont pas en réclamer. C'est vraiment que les gamins de domestiques et vassaux. »

Même vassaux, les gamins de la famille du seigneur peuvent pas participer, c'est vraiment pour les gamins non-nobles.

L'écart de statut est costaud, dans ce monde.

« Par contre, y'a les étrennes du Nouvel An. Vern, t'en as donné. »

« De fin d'année au Nouvel An, ça coûte des sous, j'ai bien pigé.  »

À la place, ou pas, y'a l'usage de donner une prime aux vassaux et domestiques, et quelques dizaines de cents à leurs gamins.

Ça, c'est peut-être les vraies étrennes.

« Mon seigneur, d'abord direction le manoir des Brantheim margrave. »

Roderich donne la première visite, manoirs mitoyens oblige, et parrain aussi, c'est logique.

On dit le but au gardien, et Brantack-san sort direct.

« Brantack-san, bonne année ! »

« Yo, bonne année. Le seigneur est occupé au fief, alors je fais le représentant pour les visiteurs. »

Brantack-san, mage attitré, est souvent à la capitale pour ma formation magique.

Du coup, au manoir des Brantheim à la capitale, il finit souvent en responsable.

« Dans quelques jours, le seigneur fera une autre fête, il voudrait que vous veniez. »

« Compris. »

« Je lui dirai que les gamins sont venus. »

Fête au manoir du fief ET au manoir de la capitale.

Les grands nobles, le Nouvel An c'est chargé.

Dans ce monde, c'est pas « shōgatsu » mais « shinnen », ceci dit.

« Prochain, les Hohenheim ? »

« Oui. »

La famille de ma future femme Elise.

Logique d'y aller tôt.

« C'est chiant. Si tu te trompes d'ordre, y'a des nobles qui bouffent. Bon, avec Roderich, y'a pas de souci. »

« Non, Brantack-sama. J'ai revérifié l'ordre tant de fois que j'en ai eu mal au ventre. »

« Ça a dû être dur.  »

En fait intendant des Baumeister, Roderich doit pas se planter sur ce genre de truc.

Une erreur, c'est pas juste sa faute, ça donne une arme aux autres nobles contre les Baumeister.

« Mais maintenant, les Baumeister n'ont pas tant de maisons à visiter… »

Brantheim margrave, Hohenheim vicomte, après c'est la maison Brandt d'Erich-niisan, celle de Paul-niisan, et le manoir Baumeister de la capitale d'Helmut-niisan.

Aller chez le ministre des Finances Ruckner, c'est non parce qu'il est pas parrain.

Plus tard, à la fête du Brantheim margrave à son manoir de la capitale, on se verra et on fera les vœux.

C'est ça, la coutume officielle.

« J'entends ça et c'est déjà chiant… »

« C'est ça, être noble. Moi, je dois dire aux visiteurs qu'y'aura une fête plus tard, donc j'peux pas suivre les gamins aujourd'hui. »

« Compris. Transmettez mes salutations au margrave Brantheim. »

« Laissé faire. »

On remet les cadeaux du Nouvel An, on laisse un mot à Brantack-san, et direction le manoir Hohenheim, la famille d'Elise.

« Donnez-nous ! »

« Donnez-nous ! »

En route, plein de gamins réclament, y'en a encore, El et les autres en donnent un chacun.

« Ma famille non plus, y'avait pas cette coutume, comme chez Vern. »

« Ben ouais. La famille d'El, y'a pas tant d'écart avec la mienne. »

Comme les Baumeister, trop pauvres pour distribuer des friands aux gamins.

« Le repas du Nouvel An, c'était correct, ceci dit. »

« Nous… j'me souviens à peine… »

Viande, dessert peu sucré, j'ai l'impression que c'est sorti, mais c'était pas terrible, donc j'ai quasi pas de souvenirs.

« Vendelin-sama, on est arrivés. »

On annonce au gardien, et le cardinal Hohenheim sort du manoir.

« Bonne année ! »

« Le gendre, hein. Bien venu. Bonne année.  »

On est guidés direct à l'intérieur, où on nous sert collations légères, friands et desserts.

« (Comme expected d'un haut dignitaire de l'Église. L'accueil est raffiné.) »

Ina admire, toute seule.

Les gens qui font la tournée des vœux doivent visiter plusieurs manoirs.

Si on sert un festin, l'estomac est plein et on peut pas manger, mais si on sert rien, c'est impoli et on force pour manger.

Pour éviter ça, les Hohenheim ont préparé que des trucs légers à grignoter.

Effectivement, chez nous, ce genre d'attention serait dur.

Mais même en croyant servir un festin, pour le client ça peut passer pour une collation.

« (Ah… avant ça, y'a pas de clients qui viennent… ) »

Traverser les montagnes, trois mois aller-retour, y'a pas de valeur à venir.

« Quoi, gendre ? »

« Non, au fait, beau-père et beau-frère sont pas là ? »

« Ils sont au service du Nouvel An. »

Comme nous on a donné des friands aux gamins croisés, l'Église en donne aux gamins des bidonvilles et familles pauvres.

« Des biscuits qui se conservent, des bonbons achetés avec les dons, emballés dans du papier avec le marque de l'Église.  »

Activité pure, mais y'a des arrière-pensées.

« Dans tous les quartiers de la capitale, les gamins réclament des friands. Ceux des bidonvilles, s'ils vont pas au quartier commerçant, aux riches roturiers, au quartier noble, c'est pour ça qu'on y va.  »

Activité par peur de la dégradation de la sécurité, avec intention politique.

Cette sévérité, c'est bien différent du Japon.

« Mais peu importe le gamin, s'il reçoit des friands, il sourit. Moi, je trouve ça bien.  »

Après les vœux et le cadeau au cardinal Hohenheim, on enchaîne : maison Brandt d'Erich-niisan, manoir Baumeister de la capitale d'Helmut-niisan, maison de Paul-niisan.

« Le bébé, il est trop mignon. »

« Vrai, il est tout chaud quand on le tient. »

« Wah, c'est vrai. »

Elise et les autres se passent le bébé tout juste né de Miriam-gishi, en discutant joyeusement.

Père Erich-niisan, mère Miriam-gishi, bébé tout frais mignon, famille comblée évidente.

« Vern, dans quelques années, t'auras aussi des gamins.  »

Ensuite, au manoir Baumeister de la capitale d'Helmut-niisan, chez Paul-niisan, les deux femmes sont enceintes.

Je le savais depuis la fête de fin d'année, mais Elise et les autres font des têtes envieuses.

« Les bébés, c'est vraiment mignon. »

« Moi aussi, j'en veux peut-être. »

« Vern, quand ce sera le moment, fais ton possible.  »

Les propos d'Elise et les autres me surprennent un peu.

Surtout celui de Luise, qui me fait sursauter.

« Bon, c'est fini ?  »

On a fait le tour des quelques visites, et les friands préparés pour les gamins sont tous distribués.

Il ne reste qu'à rentrer, mais Roderich nous arrête.

« Il reste le manoir du maître. »

« Le manoir du maître ? »

« Roderich-san, c'est pas gênant qu'on y aille ?  »

Encore un truc chiant : le maître est issu de la maison Armstrong comte, lourde pointure militaire, dont il est devenu gisen en s'en séparant.

Il est pas mon parrain, donc je sais pas si je dois y aller.

« C'est pour ça qu'on l'a mis après Erich-sama et les autres. Vous recevez son enseignement magique, donc y'a pas de problème.  »

Si on y allait juste après les Hohenheim, ça passerait pour négliger la famille.

Mais après les frères, c'est bon.

« Histoire chiante. »

El fait une tête de « vraiment chiant » du fond du cœur.

« L'ordre de visite des frères non plus, c'est pas simple âge.  »

Erich-niisan d'abord chez les Brandt, parce que son parrain Ruckner ministre des Finances, on peut pas y aller, donc considération.

Helmut-niisan ensuite, parce que son parrain Edgar ministre de la Guerre, considération.

Paul-niisan en dernier, parce qu'il vient juste d'obtenir le titre de chevalier laïc.

« Raisons et excuses mélangées pour décider…  »

Moi qui dois le faire, je sens juste la galère.

Bien fait de tout refiler à Roderich.

Ina a l'air de penser pareil.

« Ina-sama, les coutumes nobles, c'est ça. »

« Alors, si c'est le manoir du maître qui déteste ce genre de truc, on pourra se détendre ?  »

Luise dit ça, du coup on file chez lui.

« Yo ! Bonne année, c'est ça !  »

On annonce au gardien, et le maître débarque comme un sanglier qui charge.

« Entrez, c'est ça !  »

Guidés à l'intérieur, y'a une montagne de plats sur la table, et des bouteilles d'alcool.

« Je m'en doutais… »

« Elvin-gamin ! Trinquons, c'est ça !  »

Les plats, c'est de la viande, costaud, genre qui cale.

Au centre, un wyverne rôti entier.

Boissons, si on demande y'a du thé et du jus, mais de base, c'est que de l'alcool.

« De toute façon, chez moi c'est le dernier. Dîner compris, bouffe et bois jusqu'à en crever, c'est ça !  »

Pas l'air qu'on puisse refuser, et si c'est le dîner, c'est un festin.

On donne les étrennes aux nombreux gamins du maître, et aux trois petits-enfants déjà là, puis on rejoint la fête.

« Wyverne rôti entier ? »

« Ouais, y'a un resto avec un gros four spécial qui le cuit ! La viande, c'est moi qui l'ai choppé !  »

Pour d'autres nobles, le coût des ingrédients serait dingue, mais le maître, il paie juste la cuisson, et il mange du wyverne rôti haut de gamme.

Les autres invités aussi, rares sont ceux qui peuvent en manger, donc ils se jettent dessus pour se faire servir.

« L'alcool aussi, y'a que du costaud.  »

L'épicentre, c'est l'alcool distillé, c'est n'importe quoi.

Y'a du vin, mais chez le maître, c'est traité comme apéritif ou substitut de jus.

« Brantack-san serait aux anges ici.  »

Si je lui dis après, il dira qu'il voulait y participer.

« Mais nous, on est mineures, non ? »

« Ina-jou, pour le Nouvel An, faut pas s'en faire, c'est ça !  »

Certes, l'alcool aux mineurs c'est pas bien, mais y'a pas de peine légale.

Et à partir de deux chiffres d'âge, dans les fêtes familiales, les parents font « habitue-toi maintenant » et en filent.

Avant, au Japon aussi, c'était comme ça, disait mon père.

« Elise risque de s'énerver. »

« Y'a des trucs à dire, mais c'est une fête du Nouvel An, alors…  »

Ina s'inquiète parce qu'Elise, liée à l'Église, est la plus stricte sur l'alcool aux mineurs.

Elle est sérieuse, donc Ina pensait qu'elle allait gronder, mais « une fois l'an », elle a transigé avec son dieu intérieur.

« Moi, je prends du jus.  »

Mais elle, elle boit pas d'alcool, point.

« Bon, on trinque ?  »

Moi, El, Ina, Luise, on prend du vin, Roderich un shochu-like coupé à l'eau, et Elise un verre de jus d'agrumes.

« Alors, santé pour le Nouvel An ! »

« « « « Santé ! » » » »

Mon signal, on trinque, et chacun boit à son rythme.

« J'avais un peu soif.  »

Elise, qui avait à peine mangé bu chez les autres, descend son jus d'un trait.

Là, le maître, qui s'occupait d'autres clients, revient.

« Elise, t'as bu le verre qui était là ?  »

« Oui, oncle. C'était un bon jus mais… ah ?  »

Soudain, le visage d'Elise rougit.

« Maître, c'était de l'alcool ?  »

« Ouais. De l'alcool distillé spécial à 95 %, avec juste un peu de jus mélangé.  »

« Hein ?  »

Le jus qu'elle croyait, c'était en fait un cocktail ultra-costaud.

Et elle l'a descendu cul sec sans le savoir.

Apparemment, la tournée des vœux se termine par un sacré pépin.

« Ahahaha ! Vendelin-sama, ce jus est délicieux !  »

« C'est pas du jus, ça…  »

« El-san ! Encore !  »

Elise saoule est un joyeux ivrogne.

Raison inconnue, mais elle a l'air super heureuse, et réclame du rab à El.

« Oui, voilà.  »

« El-san… le goût est différent de tout à l'heure. Je veux le même !  »

Elle exige fermement à El le cocktail alcoolisé d'avant.

Devant son comportement inhabituel, El est perplexe.

« (Qu'est-ce qu'on fait ? Vern) »

« (Dilue l'alcool au max.) »

J'ordonne à El de faire un cocktail le moins alcoolisé possible.

Mais Elise, saoule, le grille.

« El-san ! Sois un homme, mets plus d'alcool comme je dis !  »

« Ça a un rapport avec la virilité ?  »

« Lésiner sur l'alcool, c'est mesquin pour un homme !  »

« Ouais ouais, j'ai compris…  »

El, qui essayait de diluer, se fait repérer, et augmente l'alcool à contrecœur.

Elise saoule est bien forte, El peut pas lui désobéir.

Moi ?

La peur des ivrognes, je l'ai vécue à fond, étudiant et commercial.

Bien sûr que je m'oppose pas.

« Hum… Le cauchemar d'avant, de retour.  »

« C'est quoi ?  »

En marmonnant devant Elise saoule, le maître, je lui demande des détails.

« Avant, Elise vers dix ans, j'ai essayé de lui faire boire un peu… »

« L'alcool aux mineurs, c'est non ! » et comme elle était plus sérieuse qu maintenant, j'ai mélangé dans du jus et fait boire, dit-il.

« Et ça a donné quoi ?  »

« Elise, saoule, devient joyeuse…  »

« Ahahaha ! C'est une fête trop marrante, Vendelin-sama !  »

On sait pas ce qui est si marrant, mais elle me tape dans le dos en me parlant.

Saoule, elle gère pas sa force, ça fait mal.

La qualité de la douleur, ça ressemble à quand le maître me tape dans le dos.

Ces deux-là, définitivement liés par le sang, je conclus.

« Y'a aussi l'ivrogne pleurnichard…  »

« Moi, j'ai soigné de mon mieux. Mais cet enfant, j'ai pas pu le sauver… Vendelin-sama, vous m'écoutez ?  »

« Évidemment. Les humains sont pas des dieux, sauver tous les blessés et malades, c'est impossible.  »

« C'est ça ? Pourtant, y'a des gens qui disent que la guérison de la sainte a baissé en qualité.  »

« Eux qui font rien, ils sont irresponsables.  »

« Vendelin-sama, je pensais que vous comprendriez.  »

Soudain, elle se met à chialer en rappelant un échec de soin passé, et c'est moi qui dois la consoler.

Mais les ivrognes, c'est flippant.

Le sujet saute n'importe où sans prévenir.

« Après, c'est le sermon…  »

« El-san, l'autre jour, vous avez demandé à Brantack-sama de vous emmener dans un bar avec de jolies sœurs !  »

Elle a arrêté de pleurer, et cette fois, elle balance le secret d'El.

« Na ! Pourquoi ça ?  »

« El, t'es mineur, donc…  »

« Ce genre de truc, quand t'auras l'âge, avec ton propre fric…  »

C'était vrai, El panique, et Ina et Luise le regardent avec des yeux glacés.

« El-san, vous aurez un poste important chez les Baumeister, donc faut faire attention à ce genre de propos déplacés.  »

« Hai…  »

El se fait chopper par Elise en mode prêcheuse, se fait sermonner, et baisse les épaules.

Pure balle perdue, il pleure sa malchance.

« Elise, bon, à peu près…  »

« À l'oncle aussi, bonne occasion, je le dis. L'oncle est ami d'enfance de Sa Majesté, mais en tant que mage en chef du palais, il manque de conscience, je trouve !  »

« … Pardonne-moi, c'est ça…  »

El a essayé de porter secours au maître, mais c'est lui qui se fait sermonner.

Le maître a l'air d'en avoir conscience, il écoute en silence et s'excuse.

« (C'est Vern qui a fait boire Elise, après tout !) »

« (J'l'ai pas fait exprès, et j'savais pas qu'Elise était si mauvaise quand elle boit !)  »

Cette fois, c'est Ina qui m'engueule, mais depuis qu'on s'est rencontrés, j'ai jamais vu Elise boire.

Si j'avais su, j'aurais fait gaffe.

« Vern, la magie de guérison peut rien faire ?  »

« Euh… impossible.  »

La magie qui vire l'alcool accumulé dans le corps, pour l'instant, seule Elise peut.

« Doku keshi » y ressemble mais système différent, moi aussi j'en chie pour l'apprendre.

« Y'a aussi l'ivrogne collant, c'est ça »

« Ina-san, c'est bien ça »

Le sermon au maître fini, Elise s'attaque à Ina.

« Hein ? Moi ? »

« Moi, j'veux être un peu plus grande. Ina-san, c'est bien .  »

Elise colle Ina et lui caresse la tête sans arrêt.

« Elise aussi, t'as la taille moyenne, non ?  »

La taille moyenne des femmes ici, c'est 1m60.

Elise est bien dans la moyenne.

« Mais les grandes, c'est pas classe ?  »

« La taille et la classe, y'a un rapport ?  »

« Y'en a un !  »

Certitude absolue, Elise pose la main sur la tête d'Ina et envie sa taille.

Ina, avec Elise qui pue l'alcool collée à elle, a l'air embêtée.

« Luise-san »

« Hein ? Moi ? Moi, je suis petite, et ma poitrine est plate.  »

« T'as les jambes rapides, c'est bien .  »

Cette fois, elle s'accroche aux jambes de Luise.

Rappel : avant, pendant l'entraînement de base, on a fait une course pour rire, Luise larguement première, Ina deuxième, El troisième, moi quatrième, Elise dernière.

Les capacités physiques d'Elise : moyennes, force et endurance un peu au-dessus, course un peu lente.

Vu son air un peu lent, c'est cohérent.

Peut-être le seul défaut de la surhumaine Elise, et elle le soignait.

« Moi, je suis lente . C'est bien …  »

« Elise, arrête de te frotter à mes jambes !  »

De plus en plus saoule, Elise lui dévoile les jambes et se frotte la joue dessus.

« C'est devenu un peu dangereux !  »

Luise se tortille sous l'attaque frottement d'Elise.

« Hmm… D'habité, elle est appelée sainte, avec un comportement à la hauteur, le contrecoup, c'est ça…  »

« Maître, analyser calmement c'est bien, mais mettre que de l'alcool à une fête, vous trouvez pas que c'est un problème ?  »

« Si on dit ça, le Baumeister baron qui a pas vérifié avant de boire a sa part de responsabilité, c'est ça .  »

« Guh !  »

Alors qu'il a bu depuis le matin, le maître est normal.

Ma plainte limite infondée, il l'esquive leggerment.

« Et bah, la suite…  »

Après avoir profité des jambes de Luise, Elise pose son regard sur El.

« C'est mort !  »

El sent le danger monter.

Ina et Luise, c'était entre filles, donc encore OK, mais Elise saoule qui colle El, ça met El dans une position super délicate.

« Haa… Un nouveau monde d'adultes.  »

« Luise, dis pas des trucs incompréhensibles, aide-moi à retenir Elise !  »

Luise, qui faisait une tête brillante pendant qu'on lui frottait les pieds, Ina lui ordonne de retenir Elise avec elle.

Mais cette inquiétude était inutile.

« Elise ! Moi, grande, corps entraîné, l'escrime pas mal, ce moi…  »

« Non, El-san, c'est pas spécialement enviable…  »

Elise dit un truc à El, et s'endort sur le champ.

Une atmosphère subtile se répand.

El a listé ses propres points forts en prévention, mais Elise a tout ignoré.

« Scandale évité, c'est bien, El.  »

« Elise, comme El est un homme, elle a pas comparé comme ça.  »

« Mais c'est un peu gênant. "Corps entraîné" de sa propre bouche…  »

« Cette fin, pour moi c'est le pire !  »

Le cri d'El, qui a sans doute subi le plus de dégâts de l'Elise saoule, résonne dans le manoir des Armstrong vicomte en ce Nouvel An.

« Elise-sama ?  »

« Mauvais, Dominick. Erreur, ou plutôt méprise, j'lui ai fait boire de l'alcool.  »

Elise s'étant endormie, on quitte le manoir du maître plus tôt pour rentrer.

Accueilli par son amie d'enfance et servante Dominick, j'explique pourquoi Elise dort.

« C'est ça… Elise-sama qui boit de l'alcool…  »

Y'a eu un truc avant.

L'expression de Dominick s'assombrit grave.

J'ai pas insisté pour pas raviver de mauvais souvenirs, tout le monde s'est abstenu de questionner.

« D'habitude, elle n'y touche jamais, mais une fois qu'elle en a mis en bouche, elle en redemande.  »

Effectivement, sobre, elle touche jamais à l'alcool.

Mais une fois qu'elle a bu par erreur, elle a sermonné El sur la dilution.

« Du coup, pour Elise-sama, à l'avenir, pas une goutte d'alcool…  »

« C'est ça.  »

Roderich et Dominick, et nous aussi, on jure fort de ne jamais, jamais faire boire Elise.

Et puis…

« Hein ? Moi, je me souviens plus après le trinqua chez l'oncle… »

« « « « … » » » »

Elise n'a aucun souvenir de sa période ivre, et on jure encore plus fort de ne jamais lui faire boire d'alcool.

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