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The 8th Son? Are You Kidding Me?

Chapitre 121

The 8th Son? Are You Kidding Me?The 8th Son? Are You Kidding Me?
Chapitre 121

Chapitre 121

Chapitre 121/15081%~54 min de lecture10 781 mots

« Moi. Je n'ai jamais quitté le village, alors je m'en réjouis »

« En ce moment, c'est la guerre civile, donc on ne peut pas aller dans des endroits très merveilleux »

« C'est bon. Je vais avec mon mari, après tout »

« Hé. Vel… »

« Mon mari. Fais de ton mieux »

« Là. Je viens d'être un peu agacé par toi »

Le lendemain matin de la tournée de soins, nous sommes repartis à cheval vers le camp de campagne.

Le nombre avait augmenté d'une personne, avec la jeune fille nommée Philine que le chef de village nous avait imposée la veille.

Sur le chemin du retour, elle était follement joyeuse, chevauchant le même cheval qu'Élise.

Apparemment, elle n'avait jamais quitté ce village depuis sa naissance, et tout paysage extérieur lui semblait珍しい.

Elle discutait gaiement avec Élise, profitant joyeusement du paysage en chemin.

« Et les parents de Philine ? »

« Maman est morte juste après ma naissance, a dit le chef de village. Papa est dans un endroit lointain »

« Je vois. Philine a dû avoir bien du mal toute seule »

La douce grande sœur qu'est Élise s'occupait d'orphelins à l'église, donc elle avait l'habitude de gérer les enfants.

Tout en discutant ensemble, elle parvenait habilement à tirer les circonstances de Philine.

Quant à El, à qui on avait imposé Philine, il réfléchissait à comment l'expliquer à Haruka.

De mon point de vue, ils sont encore fiancés, et vu la situation actuelle, je n'ai jamais vu de scène où ils seraient trop affectueux.

Tout au plus s'entraînent-ils ensemble au sabre ?

S'ils faisaient trop des choses de couple, Takeomi-san viendrait sûrement les déranger, donc c'est physiquement impossible.

Ce dit-on, il rabâche « nous sommes en temps de guerre » pour les freiner, mais son vrai motif, c'est qu'il est un siscon sévère et qu'il ne veut pas voir sa sœur s'entendre bien avec El.

« Il suffit de la traiter normalement comme apprentie servante, non ? »

« C'est que des arguments justes, alors je peux pas contredire… »

Si El touche à Philine en cours de route et en fait une concubine, ça devient sa responsabilité.

Il n'y a aucune marge pour que j'intervienne.

« Vel. Si tu te la joues trop, tu finiras par être puni, tu sais »

« Je prendrai en compte le conseil d'un vassal loyal »

Sans problème particulier, nous regagnons le camp de campagne.

Après avoir terminé sans encombre la tournée de soins, nous allons faire notre rapport à Thérèse, qui, dès qu'elle aperçoit Philine, lâche une énormité.

« Qu'est-ce que c'est ? Une nouvelle concubine ? »

« Non. C'est Élise qui l'a prise en charge »

« Peu importe. Quel que soit le nombre de femmes que Wendelin a, mes sentiments ne changeront pas »

« De votre côté, résignez-vous normalement »

« C'est impossible »

« C'est impossible, vraiment… »

Thérèse qui poursuit, moi qui esquive.

Récemment, même les vassaux de la maison ducale de Philip nous regardent avec un œil bienveillant.

Ils ont dû s'y habituer.

« Je suis une femme qui ne se laisse pas abattre »

« J'aimerais que vous mettiez cette ténacité au service de la fin de la guerre civile et de la gouvernance de l'Empire »

« Wendelin. Avec ce genre de paroles et d'attitudes comme ces types-là, tu me déçois. Amuse-moi davantage »

« Un conseiller improvisé n'a pas ce genre de travail »

Ce n'est pas que Thérèse prenne plaisir à m'insulter, mais comme je porte un titre de noblesse honorifique par commodité, elle veut que je joue le rôle de bouffon auprès du roi pour la divertir.

Bien sûr, je n'ai pas ce talent, donc je refuse.

Seuls ceux qui ont un talent extraordinaire peuvent devenir le bouffon du roi.

Sinon, ils attirent la colère du roi et sont exécutés sur-le-champ.

Il ne suffit pas d'être sarcastique et venimeux.

« C'est une assez mignonne fille. Quel âge a-t-elle ? »

« Oui. Votre Grâce le duc Philip. J'ai neuf ans »

« Toi. Tu es grande… »

En chemin, Élise avait posé plein de questions, mais Philine a apparemment neuf ans.

C'est pour ça que, malgré son apparence, ses paroles et actes ont des côtés enfantins.

« En plus, la couleur de ses cheveux est caractéristique… »

Philine a des cheveux argentés, une couleur qu'aucun de nous n'avait jamais vue dans l'Empire.

« Ma mère décédée a dit que mon père avait les cheveux argentés »

« C'est vrai. Dans l'Empire, les gens aux cheveux argentés sont extrêmement rares »

La déclaration de Thérèse plonge l'instant d'après la pièce dans le silence.

S'il n'y a pas de cheveux argentés dans l'Empire, la possibilité que ce soit un habitant du Royaume devient forte.

« Même si c'est un habitant du Royaume, ce n'est pas un simple roturier, non ? Il n'y a que la délégation de bonne volonté et le commerce décidé comme échanges entre les deux pays… »

Comme le dit Luise, le père serait un marchand, un noble ou leur suite, mais même au Royaume, les cheveux argentés sont rares.

Parmi les nobles, c'est encore plus rare, et la famille la plus célèbre à avoir cette caractéristique, c'est ce personnage.

« C'est le margrave Breithleder, non ? »

« Luise. Y a-t-il d'autres candidats ? »

« Pour être choisi dans la délégation de bonne volonté et être un gros bonnet, c'est seulement le margrave Breithleder »

« Toi. La nuance de cheveux de cette fille est exactement pareille que celle du margrave Breithleder… »

Effectivement, les cheveux argentés de Philine ressemblent presque trait pour trait à ceux du margrave Breithleder.

Autant pour Élise que pour moi, lui est le seul qui nous vienne à l'esprit avec cette couleur.

« Philine. J'ai un petit truc à te dire… »

« Je répondrai à tout. Mon mari »

« (Moi aussi, je suis "mon mari"…) »

Puisque discuter ici n'avance à rien, on décide de déménager au manoir et d'appeler Burantack pour continuer.

« Qu'est-ce que c'est que cette gamine ? »

Burantack, qui a quitté l'entraînement des mages qu'il fait avec Katharina, arrive et regarde Philine avec une mine dubitative.

Il doit penser qu'une gamine n'a pas sa place dans un camp de campagne sordide.

Katharina et le maître qui l'accompagnent font aussi des têtes bizarres.

« Wendelin-san. Une nouvelle femme ? »

« Hé. Pourquoi Katharina dit-elle ça… »

« Ahahaha ! Le comte Baumeister est jeune, c'est limite enviable ! »

« Maître. Vous vous trompez lourdement »

Je me dis qu'ils n'avaient pas besoin de revenir, ceux-là.

« Du coup, qui est cette gamine ? »

« Ce vieux. Il fait peur »

Philine a eu peur de Burantack qui approchait son visage, et elle s'est cachée derrière Élise.

« Moi. Je suis moins effrayant que le maître, non… »

« Le maître n'est pas effrayant. Ce vieux, il fait peur »

« Burantack-dono. Il ne faut pas effrayer une jeune fille »

« Rarement un gamin m'apprécie, et voilà… »

Burantack, effrayé par Philine, affiche un air mécontent.

En fait, c'est peut-être le fait d'être traité de "vieux" qui l'agace le plus.

À l'inverse, le maître est de bonne humeur parce qu'un gamin ne l'a pas craint pour une fois.

« Comme la discussion va être longue, voilà »

« Waouh. Ça a l'air bon »

Philine regarde le gâteau qu'Élise a préparé, les yeux brillants.

C'était un achat d'une pâtisserie réputée de la capitale, et le sac magique est rudement utile dans ces moments-là.

Philine mange avec délice le gâteau aux fruits couvert d'une montagne de crème fouettée.

« D'abord, ça »

Je sors le vieux journal unique que Philine avait sur elle et le montre à tout le monde.

Au début, on pensait que le chef de village nous avait refilé Philine pour réduire les bouches à nourrir.

Mais Élise, en l'interrogeant sur le chemin du retour, a découvert qu'il y avait d'autres circonstances et que c'était la vraie raison pour laquelle on nous l'avait imposée.

« Bon sang, ce putain de chef de village ! » cette colère monte, mais comme notre position est écrasante, il a dû craindre qu'on refuse.

Tout ce qu'on a pu faire avant de revenir, c'est découvrir dans ses affaires qu'il y avait un écrit expliquant ces circonstances.

« Merde. Ce putain de chef de village »

« Bon, ne dis pas ça. Un chef de village paumé qui amène cette gamine au pavillon d'accueil où logeait la délégation de bonne volonté, normalement il se fait éconduire à la porte »

Même s'il disait « Il y a ici l'enfant caché d'un grand noble du Royaume, accordez-moi une audience », normalement on le traiterait d'arnaqueur.

Thérèse, qui nous a suivis sans qu'on lui demande, intervient pour le défendre, ce qui est rare.

Je le comprends, moi aussi…

« Cette fois, le vieux a dû penser que c'était l'occasion rêvée »

« Alors qu'il dise les circonstances ! »

« S'il les dit maladroitement, on pourrait refuser parce qu'on participe à la guerre civile et que c'est chiant. Il a dû penser ça »

« Faire sortir une gamine aussi petite vers l'extérieur où il y a un champ de bataille, il ne trouve pas ça dangereux ? »

« Mais il a dû penser que Vel la ferait rencontrer le margrave Breithleder, non ? »

« Je suis pas mal évalué, hein »

« Vel n'a jamais perdu une guerre. Cette réputation se propage naturellement jusqu'aux roturiers »

Je commence à sentir une étrange force de persuasion dans la déduction d'El.

« Vel. Tu n'as pas besoin de lire ce journal ? »

« Je vais le lire. Pour confirmation »

Philine est quasi certainement la fille cachée du margrave Breithleder, mais comme Ina me le demande aussi, je décide de lire le journal pour confirmation.

Le premier volume est celui de la mère décédée de Philine.

Elle a été désignée comme l'une des femmes de chambre du margrave Breithleder lors de la précédente délégation de bonne volonté, et c'est à ce moment-là qu'elle a entamé une relation amoureuse avec lui.

Je passe les détails romanesques, mais le margrave Breithleder est rentré au Royaume juste après, et à ce moment-là, elle était déjà enceinte.

Elle a accouché de Philine comme mère non mariée, mais elle est tombée malade alors que Philine était encore petite et est décédée.

À la fin du journal, il est écrit qu'elle s'inquiète pour sa jeune fille laissée derrière.

« Elle servait un noble de la délégation de bonne volonté, et son 담당 était le margrave Breithleder »

J'explique le contenu du journal à tout le monde.

« Quel désastre. Pas seulement un récit de voyage, mais un enfant caché en plus… »

« Burantack-san, vous ne l'aviez pas remarqué ? »

« La fois précédente, je n'étais qu'avec le maître et Thérèse-sama. Le seigneur ne m'a rien dit, au contraire il m'a dit "C'est un honneur d'escorter le duc Philip" »

« Ça. C'est parce que vous gêniez ses rendez-vous, je parie »

« C'est ça… »

À la remarque de Luise, Burantack laisse tomber les épaules, abattu.

« Et il y a des preuves ? »

« Elles existent… »

Philine avait reçu du chef de village un sac de voyage rempli.

Dedans, il y avait les lettres d'amour du margrave Breithleder adressées à la mère de Philine, une lettre certifiant que l'enfant né de leur semaine de rendez-vous serait le sien, un couteau luxueux orné du blason de la maison Breithleder, etc.

Ou plutôt, s'il allait jusqu'à faire tout ça, pourquoi ne pas l'avoir ramenée avec lui ?

Peut-être avait-il peur de son épouse légitime ?

« Je ne veux pas le dire, mais c'est le pire, non ? »

Katharina, qui n'a pas à craindre les nobles vu son statut de grande mage, critique assez ouvertement les agissements du margrave Breithleder.

Probablement qu'Élise et les autres sont du même avis.

C'est le moment où l'évaluation du margrave Breithleder, qui avait l'air d'un intellectuel bien élevé, s'effondre.

« Les lettres d'amour, le margrave Breithleder est vraiment littéraire même dans ces moments-là… »

Je vérifie le contenu à contrecœur, et il y a des phrases honteuses comme « Toi qui es belle comme le soleil » ou « Comment te transmettre l'émoi de ma poitrine ? » qui donnent honte rien qu'à les lire.

Le maître et El ont regardé le contenu et, face à cette honte, ils se tiennent le ventre en riant sur place.

Lui est sérieux, mais pour un tiers, c'est une comédie, une exécution publique.

Le mépris des femmes et les rires bêtes des hommes formaient un contraste surréaliste.

« Vel, tu n'écris pas beaucoup de lettres, hein ? »

« Je suis mauvais. J'en écris plus que Luise, mais… »

« Moi aussi, c'est chiant, j'aime pas les lettres »

Un homme qui trouvait même les mails pénibles dans sa vie antérieure.

Pas de hobby pour écrire des lettres inutiles.

« Et ça, c'est quoi ? »

Un deuxième journal sort, avec quelque chose de encore plus honteux.

« "Poème d'amour qu'Amadeus Freytag von Breithleder envoie à sa bien-aimée." C'est complètement à côté de la plaque… »

Les pages contiennent un poème honteux que le margrave Breithleder a lui-même composé.

Apparemment, les récits de voyage, il maîtrise, mais les lettres d'amour et les poèmes, il n'a absolument pas de talent.

À mes yeux, ce n'est que l'historique noir du margrave Breithleder.

Si j'écrivais un truc pareil et que ça fuitait, je songerais sérieusement au suicide.

C'est un poème d'une honteuse facture.

« Le margrave Breithleder est irresponsable, en fin de compte »

« Ce n'est pas un comportement très louable »

Même Ina, qui évite de critiquer les gens de haut rang vu son bon sens, et Élise, qui ne dit jamais de mal de personne, en sont là, donc l'évaluation du margrave Breithleder comme homme et comme père est au plus bas.

Burantack, qui juge que le défendre est inutile, se tait.

Le seul sauvetage, c'est que Philine reçoit la sympathie de toutes les femmes.

« Une femme normale, elle serait contente de recevoir un tel poème, non ? »

« Euh… J'ai entendu dire que l'amour est aveugle. Mais c'est seulement dans les livres… »

Ina, après avoir vu les expressions honteuses propres au margrave Breithleder, lâche un monologue.

Élise non plus ne serait pas contente de recevoir ce poème, donc sa réponse à Ina est vague.

« Le margrave Breithleder a zéro talent de poète »

« Il a peut-être du talent comme comique »

« Luise, toi… »

Si c'était lu dans un salon noble, ça ferait un tabac, mais ce n'est pas du talent comique, c'est juste qu'on se moque du poème.

Et avant ça, être traité de comique, l'intéressé ne le voudrait pas.

« Donc cette gamine est la fille cachée du margrave Breithleder ? »

« Toutes les preuves sont là. Philine »

« Oui. Mon mari »

Moi et El, pour Philine, on est devenus « mon mari ».

Quand on l'appelle, elle répond avec un sourire pur.

Elle a un peu de crème au coin de la bouche, mais comme elle a le sang du margrave Breithleder, elle en est encore plus mignonne.

« Philine. Tu as de la crème »

« Merci. Élise-sama »

Essuyée par Élise, Philine a l'air heureuse.

Son charme qui faisait qu'elle était aimée de Wilma s'active aussi sur Philine.

« Euh. Les cheveux de ta mère décédée, c'était quelle couleur ? »

« Marron »

« Je vois. Merci. Si tu veux du gâteau en plus, dis-le à Élise »

« Oui »

Philine est absorbée par son premier gâteau, et l'histoire de son père lui est indifférente.

Pas par froideur, mais parce qu'elle ne l'a jamais vu depuis sa naissance, ça ne lui fait pas réel.

« Et on fait comment ? »

« C'est sûr, on laisse ça à Burantack-san »

« Moi ? »

Burantack n s'attendait pas à être désigné, il ouvre grands les yeux.

« Parce que c'est la fille de ton seigneur, non ? »

« C'est vrai, mais j'ai l'air d'être détesté… »

Philine est une gamine bizarre : elle préfère le maître, qui est populaire auprès des femmes et des enfants, à Burantack.

Du coup, il a refusé en disant qu'il ne pouvait pas s'en occuper.

« En plus, c'est une fille, alors laissez les demoiselles s'en occuper »

Burantack veut refiler Philine à Élise et les autres.

« Le maître… C'est impossible… »

Être apprécié et être capable de s'occuper, c'est différent.

Et si Philine devenait comme le maître, ce serait problématique, mieux vaut éviter.

Si le margrave Breithleder nous en veut après, c'est chiant.

« Philine. Le gâteau est bon ? »

« Oui. Maître »

« C'est bien alors »

« Drôle de gamine… »

Burantack, populaire auprès des femmes et enfants, se fait craindre, alors que le maître, qui ne l'est pas, ne lui fait pas peur, au contraire elle l'apprécie.

Mignonne en apparence, mais visiblement elle a des goûts bizarres.

« Là, c'est quand même Burantack-san ? Regarde, pour quand une fille naîtra »

« Ça, je réfléchirai quand ma femme sera enceinte. Ou alors le comte compte la confier au gamin El ? »

Si c'était juste une roturière, ça aurait été bon, mais maintenant qu'on sait qu'elle est la fille du margrave Breithleder, il faut un traitement approprié.

À ce moment-là, on s'est encore collé un truc chiant.

« C'est exact. Comme le dit le seigneur »

Même en privé, quand El m'appelle "seigneur", c'est jamais pour une bonne raison.

El a un air de "c'est fait pour moi".

« En tant que vassal, traiter la fille du margrave Breithleder, le héros du sud du Royaume, comme simple apprentie servante serait un manque de respect. Il n'y a pas d'autre choix que de laisser le seigneur s'en charger »

C'est logique, mais l'intention d'El, c'est qu'il a trouvé le prétexte pour me refiler Philine qu'il m'avait imposée, et il en est ravi.

Grâce à l'origine inattendue de Philine, je me prends un retour de bâton douloureux.

« El. Dis tes vrais sentiments »

« De toute façon, Vel n'a pas d'autre choix que de la garder. Bien fait »

« Je peux pas contredire… »

El s'incline respectueusement tout en donnant son avis, mais son visage affiche un sourire rafraîchi.

Clairement, il est content de m'avoir refilé la patate chaude.

« Ton sourire rafraîchi me donne un peu envie de te tuer »

« Problème concret : Vel doit la garder »

« Même si c'est le cas… »

Ces échanges avec El sont nécessaires pour que je garde mon moi de Wendelin, pas juste le comte Baumeister, donc no problem.

El sait se tenir en public, donc jamais de problème.

Le souci, c'est que si je garde Philine et la rends au margrave Breithleder plus tard, il va sûrement essayer de me la refiler comme épouse.

« Philine aura quinze ans, Vel en aura vingt-deux. Ça ne détonne pas du tout »

« En plus, comme elle est illégitime, même rang bas, y a pas de problème »

Face aux analyses d'El et d'Ina, je ne peux que soupirer.

Parce que le margrave Breithleder le fera sûrement.

« Mon mari. Je suis… en trop ? »

Pendant qu'on discute avec feu, Philine a fini son gâteau sans qu'on s'en rende compte, et elle nous regarde les yeux humides.

Apparemment, vu le déroulement, elle a cru qu'elle n'était pas désirée.

« Pas du tout. Juste, ça va prendre du temps pour la faire rencontrer son papa, alors en attendant, je thought qu'elle pourrait apprendre plein de trucs. Élise »

« Oui »

« Donc, pendant ton temps libre, donne-lui une éducation de base »

Je pose mes mains sur les épaules d'Élise et lui confie l'éducation de Philine.

« En tant que fille de noble, les bonnes manières minimales, ce genre de chose ? »

« Élise est occupée, alors apprentie servante, ça marche aussi, je pense »

Puisque son père est le margrave Breithleder, pour la rencontrer, il faut un minimum d'étiquette.

Les vêtements adéquats, on verra plus tard, la priorité c'est la fin de la guerre civile.

« Dans ce cas, j'aiderai aussi »

Apparemment, l'idée d'enseigner les manières nobles a touché la corde sensible de Katharina.

Elle propose de participer à l'éducation de Philine.

« Gâteau. Bon »

Wilma, qui était silencieuse, mange son gâteau reçu d'Élise.

Elle doit penser qu'elle ne peut pas enseigner les manières nobles.

« Hein ? Katharina ? »

« J'ai beau avoir connu la ruine, je n'ai pas abandonné d'apprendre ce qui est nécessaire en tant que noble, et ça me sert aujourd'hui. Confiez-moi Philine-san en toute tranquillité »

« Vraiment ? »

« Wendelin-san. Vous avez une plainte sur ma tenue noble ? »

« La tenue noble de Katharina est un peu forcée »

Elle est trop attachée aux formes, toujours penchée en avant à fond, on dirait qu'elle est à bout, sans marge.

Et parfois, elle se rate complètement, c'est aussi un problème.

« Wendelin-san est trop réservé. Les nobles sont本来 comme ça »

Moi aussi, je suis un noble improvisé, je sais pas trop, mais si tous les nobles sont comme Katharina, ça me semble aussi problématique.

« En plus, si Philine devient solitaire comme moi ou Katharina, c'est chiant »

« Je ne suis PAS solitaire ! »

« Les solitaires disent toujours qu'ils le sont pas »

« Mon mari. C'est quoi, solitaire ? »

« C'est les gens comme Katharina »

« Je ne suis PAS solitaire ! »

À notre échange, Philine incline la tête, perplexe.

Et Luise, qui était tranquille, est toute seule déprimée.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? Luise »

« Cette Philine. Elle a sept ans de moins que moi, mais elle est presque dix centimètres plus grande… »

À la question de Wilma, Luise déplore sa lente croissance.

Effectivement, côte à côte, la plupart penseraient que Philine est l'aînée.

« Mais être petit, c'est plus facile pour se faire caresser par Vel-sama »

« Je suis une femme adulte, me faire caresser ne me fait pas plaisir »

« Vraiment ? Katharina, elle, se fait caresser parfois et elle est contente »

« C'est pas assorti »

« C'est pas vos affaires ! »

La conversation des deux parvient à Katharina, qui tacle violemment la remarque de Luise.

Finalement, le traitement de Philine : officiellement, elle reste à mes côtés comme apprentie servante, l'éducation est assurée par roulement par Élise et les autres.

Naturellement, secret pour les alentours, et Thérèse aussi le garde secret.

Thérèse, comme grande noble, ne pas divulguer ce genre d'histoire est une question de savoir-vivre noble, pays différent ou pas, elle a accepté volontiers.

« En échange, tu me dois une. Comment je me ferai rembourser… »

……

Je maudis légèrement le margrave Breithleder, absent de cette scène.

« Thérèse-sama. J'ai apporté le thé »

« Merci »

Une semaine après l'accueil de Philine, Thérèse dit que le duc Nuremberg devrait bientôt rassembler ses troupes et attaquer, mais curieusement, aucun signe.

Philine, vêtue de l'uniforme de servante ajusté par Élise, vit dans notre maison en apprenant les tâches ménagères et les manières minimales de noble.

À la base, elle était déjà une hôtesse dans ce village, donc elle connaissait le minimum.

Elle travaille plus efficacement que prévu.

Cette Philine prépare le thé à Thérèse qui nous rend visite, et Thérèse la remercie.

Je sais pas ce qu'elle est venue faire, mais c'est sûrement rien de bon.

Le fait que ses paroles et actes me donnent mal à l'estomac est chose acquise.

« C'est une info ultra secrète, mais… L'armée de 파견 du royaume Helmut semble avoir été anéantie »

« Hein ? »

D'abord, je n'ai pas compris ce que Thérèse disait.

« À cause de cet appareil, le nord du royaume Helmut aussi a ses navires volants magiques et ses communications perturbées. La délégation de bonne volonté est aussi sans nouvelles. "Le palais royal du royaume Helmut n'a pas pu freiner l'argument de l'envoi de troupes ?" C'est l'hypothèse de votre servante et des autres nobles »

« Sa Majesté… »

Les nobles assoiffés de gloire et de territoires, les militaires voulant augmenter leur budget, et le fait que la délégation de bonne volonté soit sans nouvelles depuis tout ce temps pèsent peut-être gros.

Comme les communications sont impossibles, le réseau de renseignement est défaillant, l'info arrive à peine, l'anxiété des nobles a fait sortir l'argument d'un envoi limité, et on n'a pas pu le freiner. C'est possible.

Mais tout ça n'est que supposition.

Thérèse aussi, en reconstruisant le réseau de renseignement par estafettes et pigeons, réunit l'info, mais la baisse de vitesse et de précision est drastique.

Les espions des deux camps s'entretuent, et parfois, aucune info n'arrive.

« C'est pas une info parfaite. Ils ont dû faire de la figuration, et viser l'occupation du nord de la faille de Gigant si une brèche se présentait »

Par une téléphérique de fortune et la tactique de la mer humaine, environ cinq à huit mille soldats du royaume Helmut ont envahi le territoire impérial et occupé quelques terres, mais ont été anéantis par une attaque nocturne foudroyante menée par le duc Nuremberg en personne.

« L'armée du Royaume. Faible… »

Même si c'est un allié, c'est d'une faiblesse pathétique.

« Le duc Nuremberg, s'il commandait normalement, serait un grand général »

Il a laissé l'infanterie lente à l'arrière, et a lancé une attaque nocturne immédiate sur l'armée du Royaume qui venait de traverser la faille de Gigant et était exténuée.

Cavalerie seulement, même avec l'inquiétude sur la force, il n'a pas voulu rater le moment.

Preuve que le duc Nuremberg est un grand général.

« Et l'armée du Royaume ? »

« Pas mal de nobles ont été tués. Qui exactement, l'info manque »

Le commandant de l'armée du Royaume incluait peut-être des nobles du nord qui avaient envoyé des troupes.

Quoi qu'il en soit, sans dire, l'armée du Royaume est anéantie.

Même s'ils veulent rentrer, faut passer la téléphérique, et même en fuite, pas de zone sûre sans traverser la faille de Gigant.

« Soit tués en traquant les fuyards, soit tués comme fuyards, soit se rendre »

« Ce sera ça… Du coup, l'attaque ici est retardée ? »

« L'armée du Royaume va-t-elle envoyer la prochaine troupe ? Ils ont été anéantis, donc ils vont observer ? Ils verront avant d'attaquer ici »

En plus, laisser les fuyards pourrir la sécurité, c'est pas bon.

Des fuyards désespérés pourraient attaquer villages et villes pour la bouffe, donc le duc Nuremberg a l'obligation de les nettoyer.

« Parce que c'est un pouvoir issu d'un coup d'État, il agit pour gagner le soutien du peuple ? »

« On sait pas combien ont pu s'enfuir. Ça peut prendre du temps inattendu »

« Les troupes rebelles, combien ils en embarquent avec eux ? »

« Toi. Tu dis des trucs effrayants pour un allié »

Pour moi, l'armée du Royaume est alliée.

Mais dans cette situation, pas la marge pour tendre la main à des fuyards à mille cinq cents kilomètres au sud.

Ce bordel, faire traverser la faille de Gigant par téléphérique à une armée à demi-motive, c'est de la folie.

En plus, ça risque de brouiller encore plus la situation, et de devenir un facteur de défaite de l'armée de libération.

Quelques milliers de soldats du Royaume pulvérisés d'un coup, le duc Nuremberg va chanter ses exploits.

Ce qui pourrait augmenter les nobles et le peuple qui le suivent.

Vu ça, zéro envie d'aider une armée du Royaume dont on sait même pas qui la commandait.

Ils ne sont qu'un boulet.

« Ils ont pas pu freiner les partisans de la guerre, et les ont fait tuer par le duc Nuremberg ? »

La situation de la guerre civile impériale étant quasi inconnue, les partisans de l'envoi de troupes ont augmenté au Royaume.

Là, « Alors formez une avant-garde avec juste vous et allez-y » ? C'est peut-être ce qui s'est passé.

Probabilité faible, mais si ça réussit, jackpot. Si ça rate, l'armée impériale nettoie. C'est ce qu'ont pu penser les gens effrayants du gouvernement royal.

« La faille de Gigant à ici, c'est mille cinq cents kilomètres en ligne droite. Sans saisir la carte des forces rebelles et de libération et le déploiement militaire, et organiser la fuite de soldats battus, l'existence d'un tel commandant est quasi nulle »

« S'il y avait un tel commandant d'élite, ils ne se seraient pas fait anéantir au départ »

« C'est ce qu'on dit… »

« L'attaque nocturne appropriée du duc Nuremberg a fait éclater l'armée du Royaume comme des graines d'impatiens. Mais les soldats tués dans cette attaque sont moins de la moitié. Donc les rebelles font de la chasse aux fuyards en groupes dispersés »

L'info de Thérèse s'arrête là.

Tant que les fuyards cachés au sud de l'Empire ne sont pas éradiqués, le duc Nuremberg ne bouge.

Pour ça, on reste retranchés dans le camp de campagne du grand désert de Sobit.

Même si on occupait châteaux et villes parce que c'était peu gardé, les troupes qui les occupaient se faisaient taper comme au jeu de la taupe, donc maintenant on reste sagement.

Les effectifs ont augmenté, donc les travaux de camp, murs de terre, fossés anti-cheval, avancent, l'organisation et l'entraînement des corps d'armée aussi.

Avec plus de soldats, des marchands ciblant eux se rassemblent, formant une ville, et la gestion du quartier des plaisirs, inévitable en zone de guerre, devient nécessaire.

Naturellement, tout le fardeau retombe sur Thérèse.

« Moi, le quartier des plaisirs, j'en ai pas besoin. Mais si je laisse faire, des espions s'infiltrent, et si une épidémie se propage, la force de combat chute. Vraiment, moi qui suis vierge, pourquoi… »

Un mois et demi après l'anéantissement de l'armée du Royaume, Thérèse soupire en signant le budget pour vendre à bas prix des médicaments préventifs aux prostituées.

« Moi non plus, je veux pas de quartier des plaisirs »

« Wendelin, tu as cinq femmes »

« Si des idiots s'en prennent à mes femmes, le quartier des plaisirs est un mal nécessaire ? »

« C'est l'attitude d'un mari aimable. Si tu veux, je me joins à vous sans problème »

« Hahaha. Drôle de blague »

« Tu l'esquives sèchement. Mais les problèmes de tête ne font que s'accumuler »

L'armée est rassemblée, l'organisation finie, l'entraînement fait, l'extension du camp progresse.

Mais des dizaines de milliers de soldats stationnent longtemps sans combattre.

Même juste la bouffe consommée, Thérèse et les comptables de l'armée de libération en ont mal à la tête.

« Les récompenses pour les exploits, plus tard. Les nobles à l'aise, on leur demande nourriture et argent. Le duc Nuremberg qui tient le centre, je l'envie »

Les nobles qui aident, il faut leur rendre avec intérêts.

Dans le monde noble, pas de bénévolat ni don.

Les dons à l'église et aux pauvres, c'est pour gagner de la réputation, donc personne ne pense que c'est du pur don.

Je le redis : dans le monde noble, pas de bénévolat ni don.

« Les rebelles, ils gèrent avec le trésor impérial central »

En apparence ça va, mais c'est soutenu par le sacrifice de l'actif impérial crucial.

En guerre extérieure, territoires, butin, argent peuvent donner du profit, mais en guerre civile, on bouffe juste l'argent, la bouffe et les ressources de l'Empire.

Pas impossible qu'une fois la guerre civile finie, Thérèse et les autres entrent dans le trésor du palais impérial et le trouvent vide.

« Avoir Wendelin aide beaucoup »

« Vraiment ? »

« Les autres nobles, de peur de Wendelin, n'osent pas trop exiger »

Le plus grand exploit dans l'armée de libération, construction du camp, soins magiques itinérants dans les zones occupées, et en plus conseiller militaire de Thérèse, sans compter la bouffe et l'argent fournis.

Moi qui n'ai reçu que le titre honorifique de comte, pas d'autres récompenses, les autres nobles n'osent pas réclamer.

« Plus tard, faut sortir les récompenses proprement, sinon deuxième guerre civile »

« Tu dis des choses dures. Évidemment que je donnerai les récompenses »

La puissance impériale le permet, mais la charge financière fera trembler l'Empire un moment.

Il faut recomposer la carte du pouvoir impérial avec les nobles de l'armée de libération, donc il faut réduire territoires et titres des nobles rebelles.

Mais si on en fait trop, deuxième guerre civile.

Devant la difficulté de ce dosage, moi j'aurais fui et demandé l'asile direct.

Pour dire comme sur Terre, échec du partage des récompenses, effondrement comme Xiang Yu.

« Vraiment, s'il y avait un autre meilleur, je lui aurais refilé depuis longtemps »

« C'est triste pour vous »

« Qu'est-ce que tu dis comme si ça te concernait pas. Ça touche aussi la récompense de Wendelin »

Pas encore reçu un seul sou, mais la pension de comte honoraire et les honoraires de mercenaire pour missions réussies, je devrais toucher pas mal.

Et la récupération de ressources métalliques dans les mines abandonnées autour du grand désert de Sobit me rapporte pas mal.

Ça coûte beaucoup de mana, mais c'est bon pour l'entraînement à augmenter ma capacité magique, et les autres mages n'atteignent pas les nouveaux filons souterrains, donc au moins pas de perte.

Thérèse croit que ce sont des mines épuisées, mais pour moi c'est une montagne d'or, nos intérêts coïncident.

« C'est une somme assez importante, alors j'ai pensé à une autre récompense »

« Paiement en nature ? »

« Tu devines vite. J'ai officialisé le document pour essai. Si tu veux, signe »

« Voyons… Hé ! »

Le document dit qu'on me donne Thérèse.

En plus, rédigé en style officiel pour avoir force juridique.

Si je signe, Thérèse m'est officiellement cédée.

« Hé ! Prochain empereur »

« Archard XVII est vivant, il pourrait dire qu'il continue lui-même »

« Impossible »

Même vivant, un empereur chassé par un coup d'État juste après son couronnement, personne ne le suivra.

Le pire, c'est qu'il ignore les exploits de l'armée de libération et décide récompenses et réorganisation nobiliaire selon sa guise.

Les nobles du centre qui étaient avec les rebelles, capturés, ou neutres, si on les favorise au détriment des nobles de l'armée de libération, deuxième guerre civile assurée.

« C'est une blague. Si tu veux m'engrosser à fond, viens dans ma chambre quand tu veux »

« Thérèse-sama, vous ne changez pas »

« Vous devriez abandonner un jour »

« Je suis têtue de nature »

Pendant que je discute avec Thérèse, Élise et Ina, qui traitaient les documents tranquillement, coupent le silence comme d'habitude.

Depuis un mois, c'est devenu un rituel, mais Thérèse n'a aucune intention de lâcher.

« Grâce à l'aide d'Élise et d'Ina, le boulot diminue, grand merci »

Et depuis un mois, Thérèse appelle mes femmes par leur prénom.

Elle leur refile une partie de ses documents parce qu'elle leur fait confiance.

Mais rudement, Thérèse a compris qu'on ne rejoindrait jamais le duc Nuremberg, et elle nous garde près d'elle en nous confiant ce boulot.

« Bon. Les documents d'aujourd'hui, c'est fini… « Excusez-moi ! » »

Au moment où la montagne de documents disparaît, un jeune vassal de la maison ducale Philip déboule.

Visiblement, urgence.

« Le duc Nuremberg a attaqué ? »

« Non. Devant, il y a un groupe qui ressemble à des mendiants misérables… »

Que des hommes, pas lavés, sales, mais certains à cheval, tous armés, le regard fou.

Mille au moins. Les gardes, pensant à une attaque, ont demandé comment gérer, mais ils disent « Nous sommes l'armée du royaume Helmut ! »

« Des alliés ? »

Mille cinq cents kilomètres en un mois, pour les humains de ce monde un peu plus costauds que sur Terre, c'est pas impossible.

Mais traverser montagnes et zones de monstres en territoire ennemi en gardant un groupe de plus de mille hommes, c'est anormal.

« Une imposture ? »

« S'ils ont des connaissances, qu'ils se montrent »

« C'est vrai… »

Moi et Élise, qui connais mieux les nobles du Royaume, on monte sur le mur de terre près de la porte principale.

En bas, des hommes aux cheveux et barbes en broussailles, armures et boucliers aux armoiries du Royaume jetés pour ne pas être identifiés, vêtus de haillons sales.

À voir, on dirait des bandits de grand chemin, d'où la tension des gardes.

Peut-être des fuyards du Royaume déguisés en rebelles, impossible à exclure.

« Y a-t-il un commandant ! »

Je crie fort, et le groupe s'écarte, deux hommes en sortent.

« Tiens ? J'ai l'impression de les connaître… »

J'ai l'impression de les avoir déjà vus, mais impossible de me souvenir.

Cheveux et barbes en broussailles, encore plus dur à identifier.

« Élise, tu sais ? »

« Euh… Certains, je les ai peut-être soignés… »

Élaise, qui soignait à l'église de la capitale depuis l'enfance, a un réseau fou.

Beaucoup de gens soignés par elle sont reconnaissants, d'où son surnom de « Sainte ».

« Élise-sama ! C'est moi, Alexis, que vous avez soigné autrefois ! »

« Sainte-sama ! Moi, il y a cinq ans, vous m'avez soigné ! »

Des dizaines d'hommes, voyant Élise, crient leur reconnaissance.

L'imposture n'est pas exclue, mais le fait qu'Élise en reconnaisse plusieurs est déterminant.

Et les deux hommes qui sont sortis en premier m'interpellent.

« Comte Baumeister. Tu n'oseras pas dire que tu as oublié ! »

« Après nous avoir battus à plate couture dans le conflit, dire que t'as oublié, on ne pourra plus tenir la tête haute ! »

« Sortis ! Les anciens frères Browa ! »

Les deux commandants sont les anciens frères Browa, l'aîné Philip et le cadet Christoph, avec qui je me suis battu dans le conflit contre la maison du margrave Browa.

« Une autre ! »

« Moi aussi ! »

Le groupe de bandits qui a déferlé sur le camp était bel et bien les survivants de l'armée du Royaume.

Après vérification pendant des heures qu'aucun espion rebelle n'était parmi eux, on les a accueillis, fait couper les cheveux, raser les barbes, prendre un bain, et ils dévorent le repas servi en oubliant les manières.

Les autres soldats mangeaient aussi ailleurs.

« Les anciens frères Browa, vraiment… »

« Comte Baumeister. Arrête avec ce surnom, peu importe nos vieilles rancunes »

« Notre nom de famille maintenant, c'est Freilih »

Candidats à la succession du margrave, tombés à chevalier laïque sans titre à la capitale, ils n'étaient plus conviés aux réunions nobles, et grâce aux connections d'Edgar le ministre de la Guerre, ils faisaient du boulot militaire ou administratif.

« Je vois. Vous avez sorti des troupes pour profiter de la guerre civile impériale et gagner du territoire »

« Le comte Baumeister a un malentendu »

« Maintenant, nous n'avons pas la marge pour lever une telle armée »

Philip et Christoph me font remarquer que leur fortune ne permet pas de lever une armée.

« Alors pourquoi des soldats ? »

« La maison du marquis Reger »

« La maison du marquis Reger ? »

« Une célèbre maison noble militaire. Toi »

Élis me souffle le nom, vu que je retiens pas les noms des nobles.

« Comte Baumeister. Heureusement que ton épouse est la Sainte »

Philip me regarde ahuri, vu que je retiens pas les noms et visages des nobles.

« Sur ce point, j'approuve »

« Revenons au sujet »

Cette maison du marquis Reger est un parti dur anti-Empire réputé.

Le chef de famille est mort à la guerre sept fois, dit-on.

Rancune tenace contre l'Empire, mais la dernière mort date de plus de deux cents ans, donc la réalité de la rancune est douteuse.

« Maintenant, plus que vengeance, c'est de l'anti-thèse au ministre de la Guerre Edgar et au comte Armstrong, partisans de la trêve »

Ça, je le savais, mais ces deux maisons, malgré les apparences, sont des modérés qui veulent maintenir la trêve.

Ils préparent la guerre au cas où, mais préfèrent l'éviter.

« Les hauts gradés militaires, au fond, ils veulent pas la guerre »

Comme dit Philip, les grands militaires détestent la guerre.

Pas de guerre = poste stable. Si guerre et défaite, responsabilité et viré.

« Ceux qui veulent la guerre, c'est quelques ambitieux de milieu de hiérarchie, et la maison du marquis Reger, hors du courant dominant »

« Une chose de plus. Ce qui a poussé la maison du marquis Reger à l'extrême, c'est le comte Baumeister »

« Moi ? »

Christoph intervient, disant que la cause du dérapage de la maison du marquis Reger, c'est moi.

« Pourquoi moi ? »

« L'armée était en réduction ces temps-ci. Choix normal du gouvernement royal, mais les cadres militaires n'étaient pas contents »

Sa Majesté réduisait l'armée progressivement.

Mais postes et parts du gâteau qui diminuent, les nobles militaires râlent.

« Ce mécontentement pouvait se transformer en argument d'envoi de troupes contre l'Empire »

Moi, je l'ai empêché, dit Christoph.

« Vous ne comprenez pas ? La plaine de Pangenia et la vallée de Hertania »

J'ai créé des endroits à patrouiller et garder, donc budget et postes militaires ont actually augmenté.

Pas de guerre avec l'Empire, mais budget augmenté, donc la plupart sont revenus au parti de la trêve.

« La maison du marquis Reger n'a pas pu être contente »

Là, ils ont rallié des partisans et proposé l'envoi de troupes à Sa Majesté.

« Normalement, on rejette et fini. Mais l'arrêt des navires volants magiques au nord, l'info sur la délégation de bonne volonté inconnue »

Même en demandant à l'Empire, aucune réponse correcte.

Pour le prestige national, obligé d'envoyer des troupes pour voir. C'est la vraie raison.

« Et ? »

« Le marquis Reger est devenu commandant en chef, et huit mille hommes d'avant-garde ont traversé la faille de Gigant »

Au lieu d'envoyer tranquillement des éclaireurs, l'incompétent marquis Reger a divisé ses troupes : garde de la téléphérique et occupation des villes découvertes en reconnaissance.

« Lui-même en tête, il pillait avec joie »

« Et vous, les frères, vous pilliez aussi ? »

« Vous parlez trop, comte Baumeister »

L'œil de Christoph se lève.

Vu notre passé, même si on se retrouve loin dans l'Empire, impossible de s'en réjouir.

Même déchu, Philip est chevalier laïque, Christoph ne veut pas s'abaisser devant moi.

« Nous, on a été envoyés par le ministre de la Guerre Edgar. Pour garder le marquis Reger incompétent »

Ah, le ministre Edgar l'avait dit.

Philip, comme militaire, est excellent.

Conditions dures, mais bien joué, gros mérite, possibilité de promotion.

Christoph aussi, pour le mérite, comme bureaucrate militaire.

« Avec ces circonstances, on a été évités par le marquis Reger »

« Le marquis Reger est sacrément incompétent. En voyant vos carrières, il a dû être rassuré d'avoir des subordonnés »

« Gardez le quartier général avec les cinq cents hommes du Royaume » et ils attendaient à l'arrière.

C'est grâce à ça qu'ils ont échappé à l'attaque nocturne du duc Nuremberg, ironie du sort.

« Et le marquis Reger ? »

« Il a été coupé par le duc Nuremberg lui-même, disent les fuyards »

Un coup d'épée du duc Nuremberg à cheval, la tête a volé.

Mort du commandant en chef, l'armée de 파견 en grand chaos.

En plus, les autres nobles participants avaient divisé leurs troupes pour piller, ils sont devenus des cibles faciles.

« Nous, on a récupéré les fuyards survivants et on a fui au nord »

La téléphérique sud était précaire, et le duc Nuremberg l'a vite détruite.

La route de fuite prévisible, ceux qui ont fui par la téléphérique sont morts ou rendus, dit Philip.

« Pourquoi fuir au nord ? »

« On savait que l'Empire était en guerre civile. On a pensé rejoindre les forces anti-rebelles qui tiennent le centre »

« Pas possible de retendre une téléphérique quelque part sur la faille de Gigant pour fuir ? »

« Qui tend la corde ? »

La première téléphérique a été tendue grâce à la coopération d'espions précieux.

Mais côté Empire, pas de moyens pour les fuyards de tendre une corde côté Royaume.

Même en hélant le rivage, personne, et faire du bruit = signalement aux locaux.

« Ah ? La traversée nord de mille cinq cents kilomètres, c'était le bon choix ? »

« Parce que la magie de communication était bloquée »

Philip et Christoph ont conduit l'armée vers le nord presque par instinct.

En récupérant des fuyards, écrasant parfois de petites patrouilles ou des troupes de nobles locaux.

Nourriture : les mages de l'armée du Royaume avaient des sacs magiques, ils ont fait durer en mangeant peu, passant par des sentiers de montagne déserts.

Armures et boucliers aux armoiries du Royaume jetés en route, et quand ils savaient pas le chemin, ils enlevaient des locaux comme guides.

Pitoyable, mais après le guidage, ils donnaient des pièces d'or et les relâchaient.

« La perturbation de la magie de communication nous a sauvés. Sans ça, on était pris ou anéantis en route »

Vu la lenteur des rebelles, eux aussi subissent le blocage de la magie de communication.

« Bon. Qu'est-ce qu'on fait ? »

« Hé. Qu'est-ce que ça veut dire ? Comte Baumeister »

Retrouvailles isolées en territoire impérial, mais l'adversaire a un passé conflictuel, et pour les nobles et soldats de l'armée de libération, des fuyards ennemis qui ont envahi en profitant de la guerre civile, aucune raison de les accueillir chaleureusement.

On n'a pas combattu directement les rebelles, mais ils sont envahisseurs, donc l'envie de les exécuter est compréhensible.

« Vous, les gars de Baumeister, vous êtes aussi du Royaume »

Même soû, mercenaire, on appartient à l'armée de libération.

Titre honorifique, exploits, acceptés en surface.

« Vous, c'est compliqué »

« Vous allez nous abandonner ? »

« Je peux pas non plus, c'est pour ça que c'est chiant »

Si je les laisse, au retour au Royaume, ça posera problème.

Même si je les déteste, faut les protéger.

« Finissez de manger, venez avec moi »

« Audience avec le duc Philip ? »

« Ouais. Le sort de vous autres dépend du jugement de Thérèse-sama »

J'attrape le maître qui trainait par là, et j'emmène les frères chez Thérèse.

Pourquoi le maître ? Parce que ce gars, au Royaume, est super important.

Officiellement mercenaire, mais d'habitude il s'entraîne avec les soldats de l'armée de libération, participe aux travaux du camp, et ça ne jure pas, c'est mystérieux.

« Enfin, un magicien, c'est censé être intellectuel, mais le maître est à l'opposé. Puissance top du continent, pourtant »

C'est l'impression de Burantack sur le maître.

« Ouais ! Les frères Browa anéantis et déchus par le comte Baumeister, c'est bien vous ? »

Le maître, en les voyant, leur balance des mots que même moi je dirais pas en face.

« Maître, vous êtes sans pitié »

« Dire la vérité, c'est pas de la pitié. C'est la réalité »

Le maître, malgré les apparences, a une loyauté épaisse envers Sa Majesté.

Ses mots durs envers les frères qui ont tiré le Royaume vers le bas viennent de là.

« Pas besoin d'aller voir le duc Philip ? »

Ils veulent répliquer mais c'est la vérité, donc Christoph presse d'aller voir Thérèse.

« C'est vrai. Allons-y vite »

Nous quatre chez Thérèse, qui connaît déjà la situation, les accueille avec un sourire.

« Vous avez eu du mal. Mais fuir au nord, c'était audacieux »

« Le nord du Royaume aussi, les navires volants ne bougent plus, donc pour traverser la faille de Gigant, la téléphérique simplifiée est indispensable »

Mais vu la largeur de la faille, pas si simple à tendre.

La téléphérique tolérée pour la contrebande a été coupée par les rebelles, et celle que Philip et les espions impériaux avaient péniblement retendue est déjà coupée.

« Au moment de la défaite, on avait environ deux mille hommes, mais échapper aux reconnaissances ennemies, retendre la téléphérique, et la faire traverser à tous, impossible »

Reddition et mort honorable envisagées, mais puisqu'on meurt quand même, autant gratter jusqu'au bout.

« L'info du Royaume sur la guerre civile impériale est maigre, mais on avait entendu qu'au nord, il y a une force opposée aux rebelles »

Si on rejoint, peut-être accueillis et on peut combattre.

Sinon, tous morts là-bas. Ils ont continué leur marche désespérée vers le nord.

« Philip-dono… Votre servante et Philip-dono, même nom. Différence entre prénom et nom de famille, mais. Cependant, vous êtes un excellent commandant »

Thérèse loue la capacité de commandant de Philip, qui a mené mille cinq cent soixante-sept hommes à travers mille cinq cents kilomètres de territoire ennemi.

Effectivement, n'importe qui ne peut pas faire ça, moi aussi je le pense.

« Pour quelqu'un d'aussi capable, quelle chute misérable »

« Wendelin, t'es cruel »

« Je suis la victime »

« Un vaste territoire, ce n'est pas un truc que un nouveau seigneur ou un successeur peut tout contrôler facilement. Philip-dono et Christoph-dono ont fini par un énorme échec, mais votre servante aussi, cette possibilité existait. Déjà punis, et cette fois, c'est une loterie de misère. Wendelin, ne les harcèle pas trop »

Une organisation où les gens se rassemblent, c'est vraiment difficile.

Un leader excellent qui tire tout, c'est bien tant qu'il est là, mais s'il part, effondrement total.

Un leader qui ajuste les avis, il peut rater les décisions cruciales, et même s'il réussit, c'est tiède.

Pour éviter l'effondrement, parfois faut respecter les avis autour.

Mais certains leaders changent sans que l'organisation ne bronche, donc pas de bonne réponse unique.

Pour Thèse, ces frères sont des victimes entraînées par l'énorme organisation qu'était la maison du margrave Browa.

« Ha… »

« Tes enfants et petits-enfants, pas de garantie qu'ils ne fassent pas pareil »

« C'est leur responsabilité. S'ils n'ont pas la capacité, mieux vaut ne pas devenir seigneur, plus de gens seront heureux »

« Wendelin, t'es toujours aussi cruel. Bon, les vieilles rancunes, peu importe. Le problème, c'est le traitement de Philip-dono. Garder le statut de militaire du Royaume, c'est pas bon »

Guerre civile impériale, mais des militaires du Royaume y participent.

Et seulement du côté de l'armée de libération, donc les rebelles peuvent propager « L'armée de libération a vendu le pays au royaume Helmut ! » et c'est grave.

« Traitement mercenaire, tout le groupe Royaume sous ton commandement »

« Commandement militaire, aucune expérience… »

Soudain, me confier le commandement de plus de mille cinq cents hommes, impossible.

« À quoi sert Philip-dono ? Laisse-le faire. De toute façon, Wendelin, tu restes à mes côtés »

En bataille décisive, les mages des deux camps s'affronteront.

Mal fait, le commandant en chef se fait one-shot par la magie et défaite instantanée, donc Thérèse veut nous garder près d'elle.

Pas que pour sa propre sécurité, mais si elle meurt, l'armée de libération s'effondre.

« Le duc Nuremberg aussi, il doit avoir plusieurs mages de haut niveau près de lui »

« Mages de haut niveau… »

« Bradson et les quatre frères étaient le top de la cour, mais les mages de niveau moyen, la couche est encore épaisse. Y'en a parmi les ronins, et il les recrute à prix d'or »

En plus, faut s'entretuer entre mages.

Pour gagner, pas le choix, mais tous mages de l'Empire, penser aux dégâts après la guerre civile, mal de tête.

Thérèse fait une tête ennuyée.

« L'ancienne armée du Royaume aussi, je la mets dans mon armée centrale. Mille cinq cents hommes, haut niveau, ça sert vachement. Mais aucun impérial voudra les commander, et inversement, ils risquent de les user jusqu'à la mort. Sous toi, les histoires inutiles seront moindres »

« Ça s'appelle refiler la patate chaude, ça »

« Un commandant capable pour une troupe d'élite. En noble, fais-en bon usage »

« Compris »

De toute façon, je peux pas refuser. Pire cas, je les utilise comme boucliers.

C'est dur à dire, mais en guerre, faut se protéger soi-même.

« Alors, c'est bon… « Excusez-moi ! » »

Moi et le maître, on emmène les frères et on quitte Thérèse.

Au final, je deviens aussi commandant de l'armée du Royaume devenue une armée de l'armée centrale.

Mercenaire, mais noble honoraire impérial, conseiller, et en plus commandant des soldats du Royaume restants, aussi mercinaires.

Commandement réel à Philip, Christoph s'occupe de l'administration et de l'état-major comme officier politique et vice-commandant.

Ils me détestent sûrement, mais adultes, ils gèreront.

« Comte Baumeister ! »

« Le maître est là aussi ! »

« Nous, on peut encore combattre ! »

Les soldats de l'armée du Royaume acclament en nous voyant.

Ils ont survécu à grand-peine, mais ici c'est territoire ennemi, ils étaient anxieux, et voir des alliés connus les rassure.

Le problème principal, c'est que les rapports entre moi et les deux commandants sont au pire.

« Au fait, pour l'équipement… »

Pour pas inquiéter les soldats, Christoph me demande poliment, moi qui suis le chef nominal.

« L'armure… »

« Vous avez jeté l'équipement du Royaume, non ? »

Le maître soupire en voyant les soldats misérables.

Armes gardées, mais armures et boucliers aux armoiries du Royaume jetés, tout le monde en haillons.

Un mois sans changer ni laver, vêtements en lambeaux.

Certains ont gardé leurs armures, ce sont des soldats de seigneurs ou chevaliers.

Armures aux armoiries du Royaume, l'armée impériale connaît pas, donc ils les gardent.

« Le peu d'armures, c'est parce qu'ils ont fait office de boucliers ? »

À la question du maître, Philip acquiesce.

Les fuyards des seigneurs n'ont pas pu beaucoup rejoindre, et comme ils avaient des armures, ils étaient souvent en première ligne, beaucoup morts, donc peu nombreux.

Urgent : il faut armures et armes de rechange pour mille cinq cents hommes, explique Christoph.

Ça coûte, donc lui, responsable, me demande l'aval.

« Du neuf, impossible, mais y'a pas mal d'équipements capturés réparés. Je dis au responsable »

« Ça aide »

Beaucoup aux armoiries impériales, mais comme on ne peut pas se dire armée du Royaume, no problem.

Équipements de morts, je pensais qu'ils refuseraient, mais ils s'en fichent.

Peut-être une sensibilité japonaise.

En plus, beaucoup n'ont que leurs habits, donc sous-vêtements et vêtements nécessaires.

Tentes pour dormir aussi.

À côté de moi, Christoph calcule les frais et devient bleu.

Je comprends le sentiment.

La guerre, ça coûte juste un max de fric.

« Minimum, ça coûte ça »

« Ouais »

Montant énorme écrit, je vérifie qu'il n'y a pas d'erreur et je signe.

« Montre au responsable de l'intendance, ils préparent. Pour pas gêner les autres tâches, faites les essayages avant de réceptionner. Sous-vêtements, dites la taille, ils sortent du stock. Autre chose, les marchands ont fait un marché, achetez là-bas »

« Nous, on a un peu, mais les soldats, beaucoup sont sans le sou »

En mission nationale, même les soldats de base ont du fric, mais là, invasion en territoire ennemi, Philip et Christoph n'avaient que peu de fonds publics.

« En fuite, des villages vendaient de la bouffe à des prix hallucinants, mais la bouffe louche était chère »

Frais des guides, plus grand-chose ne reste.

« Prime de rééquipement, deux pièces d'or par tête. Dépensez avec modération, reposez-vous bien, et soyez présentables pour la bataille décisive »

« Compris »

« Les pièces d'or du Royaume, les marchands les prennent »

Teneur en or et poids identiques par traité, on achète normalement avec la monnaie du Royaume.

Je donne les pièces d'or à Christoph pour l'effectif.

Aux frères, je donne à part plus de pièces d'or.

« Comte Baumeister. Encore du fric qui part »

« Thérèse est radine »

Le point faible de l'armée de libération, c'est qu'elle n'a pas de thune.

Tous les nobles participants payent de leur poche, récompense = promotion après victoire.

Thérèse, commandante en chef, n'est pas encore empereur, donc cette méthode n'est pas spécialement fausse.

Mais après guerre, faut payer avec intérêts.

Moi aussi, j'ai avancé pas mal.

C'est pour ça que Thérèse essaie parfois de payer en nature.

« Désolés pour tout »

« Désolé »

Deux types qui me détestent, qui s'inclinent.

À l'époque où ils étaient successeurs du margrave Browa, impossible, mais en tant que commandants excellents, ils peuvent baisser la tête.

Peut-être que le statut et la position sont plus lourds que je ne pense.

« Par contre, inattendu, les frères s'entendent bien »

« Après être tombés si bas, se battre, c'est fatigant… »

« Plus de vassaux pour les monter »

Seuls, peut-être que cette querelle fraternelle stérile n'aurait pas existé.

Autant maintenant ils travaillent normalement sans se quereller.

« En remerciement, prête-nous ton Elvin. Ce gars, il a l'étoffe d'un commandant »

Philip propose de prendre El sous son aile pour lui enseigner le métier de commandant par la pratique.

« Elvin n'a pas le talent pour diriger une grande armée depuis l'arrière en restant calme. Mais au front ou légèrement en arrière, en transpirant lui-même, il peut bien mener une armée jusqu'à dix mille hommes. En échange de la garde du comte Baumeister, on en fournira un autre »

Philip propose d'éduquer El comme commandant apprenti, pas comme garde.

À sa façon, il essaie de me rendre la pareille.

« Alors, je vais demander ça »

« La durée, on sait pas, mais j'enseignerai tout ce que je peux »

Ainsi, El commence à apprendre le commandement militaire en pratique auprès de Philip.

« Soudain, mais c'est une bonne opportunité »

El, aux côtés de Philip, commence à apprendre le commandement.

Une fois l'équipement distribué, l'argent de réconfort utilisé pour acheter le nécessaire et se reposer, l'armée du Royaume commence l'entraînement le lendemain.

Ils campent en tentes autour de notre manoir.

Unité sous mon commandement, ils se sont regroupés autour.

« Équipement ok = troupe d'élite ? »

« Hormis les quelques soldats de seigneurs restants, c'est l'armée de la capitale normalement entraînée. Pour Elvin-san aussi, ce sera facile à manœuvrer »

Toujours pas le droit de s'appeler armée du Royaume, donc actuellement, armée mercenaire sous mon commandement.

Mille cinq cents hommes qui fonctionnent comme unité = montagne de paperasse instantanée, et Christoph la traite à une vitesse folle.

« El. Je peux pas quitter Thérèse-sama. Coopère avec Philip-dono pour commander le groupe Royaume »

« Philip-dono est là, ça ira »

« El-san. J'aiderai aussi »

Haruka se porte volontaire pour aider El.

« Jolie femme. La fiancée d'Elvin ? »

« Oui »

« Je vois. Un peu ressemblante à Karla ? »

« Hé… »

« Frère. Ça, c'est trop… »

Présentation banale, mais Philip balance un truc en trop.

Christoph grimace et retient son frère.

« El-san. Karla-san, c'est qui ? »

« Euh… »

Une femme qu'il a aimée mais qui l'a largué. Par fierté masculine, El veut pas le dire, il botte en touche.

Mais cette attitude même éveille les soupçons d'Haruka.

« El-san a d'autres fiancées ? »

« Bien sûr que non »

Ce monde a aussi son lot de femmes jalouses, mais les épouses nobles, le montrer, c'est honteux.

L'existence d'autres fiancées, c'est une question de rang et de conditions de vie conjugale, donc on demande.

Censé être ça, mais l'aura noire qu'on sent pour la première fois derrière Haruka nous fait pâlir.

Si elle s'énerve, même l'El actuel ne peut pas gagner au sabre.

Et celui-là réagit à la possibilité qu'El ait trompé.

« Elvin ! Devant ma mignonne petite sœur, tu trompes ! »

Un vent soudain, Takeomi-san dégaine et pose sa lame au cou d'El en un instant.

Maître à la base, mais pour sa sœur, il devient encore plus fort.

« Tu es célibataire, j'ai ouï-dire. Mais si tu caches des maîtresses ou fiancées autres que notre Haruka, c'est pas loyal ! Normalement, on le dit en premier ! »

« Takeomi-san ! La lame a un peu bougé ! »

De l'excitation, Takeomi-san bouge la lame sur le cou d'El, qui saigne un peu.

« Philip-dono »

« Frère. Prends la responsabilité d'expliquer… »

« Langue qui a fourché, je m'excuse, mais cet homme, c'est qui ? »

Philip est choqué de voir Takeomi-san dégainer sur El d'emblée.

Il connaissait le niveau d'El à l'épée, donc encore plus choqué.

« Chevalier du marquisat de Mizuho, Takeomi Fujibayashi »

« Mon futur beau-frère »

« Ah, ça a l'air dur… »

Philip explique les circonstances de Karla, et Takeomi range enfin son sabre.

« C'était ça »

Haruka souffle soulagée, mais on a tous remarqué.

Elle est assez jalouse, et El ne pourra plus jamais tromper ni draguer.

« Pauvre type »

Burantack pose la main sur l'épaule d'El pour le consoler.

« Burantack-san. Vous, depuis votre mariage, jamais allé dans ces endroits ? Rumeur dit que vous êtes sous la pantoufle de votre femme… »

« Rumeur irresponsable. Je suis libre même marié »

« Serviteur des Browa, marié, et en plus libre. Ça n'existe pas »

« Dis pas ça comme si c'était les autres. El aussi, une fois marié, plus comme avant ! »

Pourquoi ces deux-là se mettent à se disputer pour rien, mais ils feraient mieux de penser à l'entourage avant de dire ça.

Je jette un œil à Haruka, et l'aure noire est revenue.

« El-san. Vous y allez souvent, dans ces endroits ? »

« Non. Jamais »

Il nie désespérément, mais Haruka ne le croit pas.

« El-san. Nous allons devenir mari et femme. Se cacher des secrets mutuels, ce n'est pas bien »

« Désolé ! Maintenant, j'y vais absolument pas ! Contrairement à Burantack-san ! »

« Moi non plus, j'y vais pas ! »

En disant ça, Haruka dit qu'elle a à parler et l'entraîne.

Devant la misère d'El, personne ne peut parler.

Burantack seul clame son innocence, mais le mariage change les gens.

Célibataire, il parlait tranquillement de ses sorties au quartier des plaisirs.

« Complètement pris pour cible. Philip-dono est cruel. Juste parce qu'il a été éjecté par sa sœur »

Karla, pour devenir libre, a collaboré pleinement à l'éviction de ses frères.

Probablement qu'ils lui en veulent pour ça.

« Comte Baumeister. Mon frère, je sais pas, mais moi, je n'en veux plus à Karla »

Au début, il la trouvait horrible, ingrate, mais en se retrouvant dans une situation similaire, il a enfin compris sa souffrance.

« La maison Browa nous a utilisés sans nous devoir rien. Moi aussi je les ai utilisés. Ce talent, elle l'a seulement utilisé pour nous écraser, et maintenant elle vit modestement sans se plaindre. Notre chute avait sa cause »

Récemment, il a reçu une lettre.

« Elle finira sa vie comme femme du maître d'arc de la maison du margrave Holmia. Pour s'excuser de ses manigances. Sur ce point aussi, c'est notre incompétence, rien à dire »

« Christoph. Moi non plus, je n'ai plus rien contre Karla. Mais au lieu de ça, faisons des exploits ici et choper une récompense, c'est plus constructif »

« Le grain de la récompense, la faute de Philip-dono, ma fiancée m'a traîné… »

« Pas de souci, comte Baumeister »

« Pourquoi ? »

« Un bon commandant, c'est quelqu'un qui reste excellent même commandé par d'autres. Elvin deviendra vite un homme bien mené par sa femme »

« Théorie bien forcée… »

Drame à part, l'armée du Royaume, une fois vêtue et nourrie, commence l'entraînement dès le lendemain.

El, sur le terrain, se voit confier une centaine d'hommes, et galère avec ce travail inconnu.

« Cette fois, juste les bases »

« Juste cette fois ? »

« Ouais. Pas le temps. Cette fois, ça se finit peut-être pas, mais la bataille décisive approche »

Philip, en regardant l'entraînement de son unité, prévoit la bataille décisive contre le duc Nuremberg proche.

« La capture et l'élimination des fuyards du Royaume doivent être finies. Donc, pas loin »

Trois jours après cette prédiction de Philip, comme prophétisé, une armée rebelle immense, comme pour combler le grand désert de Sobit, apparaît.

Pour la première fois depuis le coup d'État, les commandants en chef s'affrontent directement.

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