« Non, mais… »
« Bientôt, moi aussi j'atteindrai ma limite. Je ne veux pas devenir un zombie qui perd conscience et raison pour n'agir que par instinct et attaquer les gens. »
Mon maître m'avait demandé, comme dernier examen de fin d'études, de le faire passer dans l'au-delà grâce à la magie sacrée, mais j'avoue que j'hésitais un peu.
Pourtant, mon maître suppliait qu'on l'envoie au repos au plus vite.
« Je pense avoir été un mage exceptionnel. C'est pour cela que j'ai pu conserver mon corps, ma conscience et ma raison pendant si longtemps. »
Apparemment, un mort-vivant parlant ne conserve sa forme qu'un an tout au-delà.
Au-delà, la conscience et la raison s'effacent peu à peu, le corps pourrit progressivement et il ne diffère plus guère d'un zombie.
« Il ne me reste plus de temps. Mon disciple, Wendelin von Benno Baumeister. Ne veux-tu pas m'apporter la paix une dernière fois ? »
« Maître… Compris… »
Je tournai la page du manuel que me tendait mon maître, jusqu'au dernier chapitre consacré à la magie « sacrée », et en lus le contenu d'un trait.
L'ouvrage n'en énonçait que les concepts de base.
Ma capacité à utiliser cette magie dépendait entièrement de mon aptitude personnelle.
Comme on s'y attend pour un sort si particulier, au début je ne parvenais même pas à l'activer correctement.
Pourtant, peu à peu, une lumière bleu pâle caractéristique de la magie sacrée se mit à jaillir de mes deux bras.
« Désolé de ne pas pouvoir te montrer l'exemple. »
Mon maître le dit avec contrition, mais puisqu'il était devenu un mort-vivant de type « mort-vivant parlant », il allait de soi qu'il ne pouvait plus user de magie sacrée.
Au bout d'une heure et de plusieurs dizaines d'essais, je parvins enfin à maîtriser un sort de rayon assez puissant pour faire passer mon maître.
« C'est l'heure. »
Le moment de l'envoyer au repos était venu. Inhabituellement ému, je reniflai en pleurant tout en activant le sort de rayon et en accumulant sa puissance au bout de mes doigts.
Mon maître ayant été un mage de haut rang de son vivant et s'étant transformé en monstre, il fallait accumuler beaucoup de mana pour le faire passer.
« Maître… »
« Je suis satisfait. J'aurais erré dans les tréfonds de la forêt maudite en zombie, mais j'ai pu transmettre mes techniques à mon disciple. Je peux aller au paradis ou en enfer l'esprit tranquille. »
« Maître… »
Je ne pouvais arrêter mes larmes.
Dans ce monde, l'acquisition de la magie est une réalité que chacun doit résoudre seul.
Car la probabilité qu'une méthode d'entraînement efficace pour soi convienne à autrui est extraordinairement faible.
Pourtant, la méthode de mon maître m'allait comme par miracle.
En deux semaines, j'avais obtenu des résultats qui m'auraient pris des années en autodidacte.
Qui plus est, ayant réussi l'accord de récipient, ma quantité de mana avait décuplé par rapport à avant l'entraînement.
« Continue d'accumuler les efforts sans t'enorgueillir. Toi… Ver, tu deviendras à coup sûr un mage qui marquera l'histoire. Ah, encore une chose. »
Mon maître n'avait pas de famille.
Il possédait un manoir et quelque argent dans le margraviat de Breithreider qui l'employait, mais ceux-ci ont dû être saisis par la maison du margrave, donc il ne peut me les léguer.
En revanche, il y a l'équipement qu'il porte actuellement.
Robe et chapeau seront trop grands tant que je n'aurai pas grandi, mais il y a l'épée magique qui projette une lame de mana élémentaire, ainsi que plusieurs bagues et colliers.
Et le plus important : il a déjà changé l'utilisateur du sac magique qui contient la majeure partie de ses biens pour moi.
« Sac magique », là encore c'est un objet qu'on voit souvent dans certains J-RPG.
Un objet magique capable de contenir une quantité massive d'objets dépassant sa capacité apparente.
Dans ce monde, ils se classent en plusieurs catégories.
D'abord, comme les autres objets magiques : réservés aux mages ou utilisables par tous ?
Ensuite, enregistrement préalable de l'utilisateur : réservé à l'enregistré ou utilisable par tous ?
Enfin la capacité : plus elle est grande et plus l'objet est utilisable par tous, moins il y a de mages capables de le fabriquer et plus le prix grimpe.
« Le sac magique que je te confie ne peut être utilisé que par un mage, et je t'y ai déjà enregistré. Sa capacité est proportionnelle à la limite de mana de l'utilisateur, donc elle augmentera si c'est toi qui t'en sers. »
Tout en parlant, mon maître me tendit un sac magique de la taille d'une bourse à perles, orné de pierres magiques semblables à des billes.
« Il est petit, mais l'ouverture s'élargit pour les gros objets, pas de souci. Je te donne tout le contenu. Plutôt que de le laisser pourrir dans la forêt maudite, il sera plus utile entre tes mains. Allez, je compte sur toi. »
« Oui… »
Reniflant mes larmes et mon nez qui coulait, je lançais le rayon sacré accumulé vers mon maître.
Celui-ci fut instantanément enveloppé dans un tourbillon de lumière bleu pâle.
« C'est une bonne magie. Aucune douleur. Au contraire, on dirait qu'on m'enveloppe d'une chaleur agréable. »
Pourtant, contrairement à ses mots, le corps de mon maître s'amincissait visiblement.
Vraiment, il allait bientôt disparaître.
« Maître, merci pour tout. »
« Merci de m'avoir fait passer si paisiblement. On se reverra dans l'autre monde dans cent ans environ. »
On peut douter de la pertinence de ces derniers mots, mais ce fut sa réplique de départ : il laissa son équipement et son sac magique, et son corps s'éleva vers le ciel avec la lumière bleu pâle.
Telle est la mémoire de ma brève relation avec Alfred Reinford, le seul que je reconnaisse comme mon maître.