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Tensei Shitara Dragon no Tamago Datta - Saikyou Igai Mezasa Nee

Chapitre 93 : Les doutes d'une demi-elfe (côté Mariel)

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Chapitre 93

Chapitre 93 : Les doutes d'une demi-elfe (côté Mariel)

Chapitre 93/9499%~8 min de lecture1 575 mots

« Magie blanche : [Rest] ! »

À mon cri, une lumière jaillit du bout de mon bâton et enveloppe le villageois couvert de sang.

La large plaie ouverte dans son ventre se referme, son teint s'adoucit un peu, sa respiration se calme.

Voilà, c'était le dernier blessé dont la vie était en danger.

Ma vue vacille, mes mains se vident de leur force, et je laisse tomber le flacon que je tenais.

Le flacon se brise au sol et le peu de liquide vert resté au fond s'éparpille.

Une potion de mana.

Un remède qui restaure l'énergie magique sur-le-champ, mais dont les effets secondaires sont à la mesure de l'effet.

Deux flacons dans la même journée, et au pire on en meurt.

« Mariel, m-moi aussi, laissez-moi prendre ce remède ! Il en reste au manoir, n'est-ce pas ? »

Milia, mon élève, accourt vers moi qui viens de me relever.

Dans ce village, à part moi, il n'y a guère que Milia pour savoir employer la magie blanche.

Les potions de mana sont utiles maintenant qu'on manque de magiciens blancs, mais il est hors de question d'en faire boire à Milia, qui est une humaine ordinaire et, qui plus est, une enfant.

Non seulement sa croissance s'arrêterait, mais sa longévité en serait sérieusement amputée.

« Il n'y a plus personne dont la vie soit en jeu. Si tu bois de ça, ta croissance s'arrêtera, mon petit. »

« Mais vous aussi, Mariel, votre croissance… »

Milia se plaque la main sur la bouche, comme si elle regrettait déjà.

C'est justement ce que j'aime chez cette enfant, mais si je le tolère, notre rapport de maîtresse à élève se défera, et je perdrai la face comme doyenne du village.

Personnellement, je préférerais qu'il en aille ainsi, mais quand on pense au village, on n'a plus le loisir de prendre les choses à la légère.

Surtout à partir de maintenant.

Pour relever un village saccagé, il faut un chef qui ait de l'autorité.

Il y a bien mieux que moi, qui n'ai pour tout mérite que d'avoir accumulé les années et de savoir user de magie blanche, mais l'un de ceux qu'on avait en vue quitterait le village avec ses enfants après cette affaire, à ce qu'on raconte.

J'ai été un peu déçue de voir que l'attachement varie avec les années, mais je n'ai pas l'intention de le retenir.

Seulement, après avoir entendu ça, je n'ai plus le cœur de refiler la charge à un autre à la légère.

« Ne me traite pas comme une enfant, veux-tu. Et puis ce remède coûte cher. Le traitement de ceux dont la vie était en danger est terminé ; si tu veux en prendre par simple curiosité, tu me paieras deux cent mille G. »

Je lance cette méchanceté à dessein et j'écarte la demande de Milia.

En vérité, c'est bien le prix que cela vaut si on l'achète en ville.

Ce que j'ai en réserve, je n'en ai acheté en ville que les ingrédients bon marché ; les herbes coûteuses, je les ai cueillies en forêt et j'ai préparé le tout moi-même, ce qui me revient à un millier de G.

« J-je vous paierai, c'est promis. Plus tard… quand je saurai gagner de l'argent. Pomera a l'air de tant souffrir… »

Un sourire m'échappe et je le cache derrière ma main.

Quelle enfant douce, vraiment.

« … Enfin, il me reste bien de quoi en employer encore une fois. J'irai voir Pomera moi-même. Toi, Milia, va demander des onguents et des bandages aux maisons alentour et rassemble ce que tu peux. »

« Merci beaucoup ! »

Milia s'incline et part en courant.

… Bon. Puisque j'ai promis, il va falloir que je retourne chercher une potion de mana.

Un deuxième flacon entier, c'est exclu, mais la moitié ne devrait pas poser de problème.

De toute façon, j'ai une longévité si démesurée que je ne sais qu'en faire.

Qu'elle diminue un peu, je ne le regretterai certainement pas.

J'ai pris l'habitude d'enterrer dans mon jardin ceux que j'aimais et qui sont morts ; ils sont trois, désormais.

J'avais quelque chose en tête, mais cela devra attendre.

Mon état est déplorable à cause de la potion de mana, et l'affaire ne souffre pas le délai, mais ce n'est pas de celles qu'on peut confier à quelqu'un d'autre.

Suivre le dragon des ténèbres, par exemple.

C'est un pressentiment, rien de plus, et il y a beaucoup de danger.

Et ma raison de le suivre n'est qu'un caprice de ma part.

Cette silhouette… je ne l'avais vue qu'en image, il y a très longtemps. Un Dragon Fléau, n'est-ce pas ?

Je repasse au manoir, je bois encore un peu de potion de mana et je lance la magie blanche sur Pomera.

Une fois assurée de son rétablissement, je donne quelques consignes simples à Milia, qui s'affaire avec plusieurs autres à rassembler du matériel de soin, je dis que je vais me reposer un peu au manoir et que je leur laisse le reste, puis je quitte le village en cachette.

Je me lance un sort qui atténue ma présence et je cours à travers la forêt.

Milia se comportait comme si le fait d'avoir failli être tuée par un dragon ne l'atteignait pas, mais c'est sans doute qu'au vu de l'état du village, elle s'est dit qu'elle n'avait pas le droit de se replier sur elle-même.

Au fond d'elle, cela doit la travailler énormément.

Le résultat a beau avoir été heureux, il reste que le dragon des ténèbres a tué des villageois.

S'il se sait que c'est elle qui l'a amené ici, la position de Milia au village en pâtira, immanquablement.

C'est un peu lâche de tout mettre sur le dos d'un mort, mais faire taire quelques personnes et dire que c'est Grégory qui a amené le dragon des ténèbres est ce qui arrangerait le mieux les choses.

Ce sera difficile d'obtenir l'accord de Milia, mais à long terme, c'est sans conteste ce qu'il y a de mieux.

Seulement, avant de jouer ce coup, il y a une chose dont je veux m'assurer.

Vu l'ampleur de ce qui s'est passé, il y a eu bien peu de morts.

Un homme dévoré par un maha-loup entré dans le village, un autre abattu par Dôz, trois tués par le Rock Dragon, et Grégory, décapité par le dragon des ténèbres.

Il est indécent de s'en réjouir, mais après tout ce qui est arrivé, six morts seulement, c'est un miracle.

J'ai examiné le corps de Grégory plus tard : il avait été pris dans la crevasse ouverte par le Little Rock Dragon, et son corps était broyé.

Au moment où on lui a tranché la tête, était-il seulement encore en vie ? J'en viens à en douter.

J'ai fait le tour des blessés pour leur demander l'origine de leurs blessures : pas un seul n'a été blessé par le dragon des ténèbres.

Pour un Dragon Fléau réputé pour sa cruauté, les dégâts sont bien maigres.

Il en va de même pour l'attaque contre Milia.

Manquer un grand mouvement à si courte distance, c'est proprement impensable.

Qu'il ait battu en retraite aussi facilement devant une magie comme la mienne est également étrange.

J'ai beau avoir frappé par son attribut faible, je ne l'ai touché qu'au dos de la main.

Peut-être que tout cela n'est qu'une suite de hasards.

J'ai vécu longtemps, et des coïncidences pareilles, je ne trouve pas cela si rare.

Et pourtant, cela m'accroche.

N'aurions-nous pas couvert d'injures un héros qui a protégé notre village, et ne l'aurions-nous pas chassé à coups de pierres ?

« Ouhp ! »

En courant, la nausée me monte à la gorge.

Je m'arrête un instant et pose la main contre un arbre.

Décidément, j'ai bu trop de potion de mana.

Je m'adosse à l'arbre pour me reposer le temps que le mal de tête passe.

Peut-être vaudrait-il mieux rentrer, pour aujourd'hui.

Ce dragon des ténèbres doit déjà s'être enfoncé loin dans la forêt.

Plus on va au fond, plus les monstres sont dangereux. Mon sort d'effacement de présence ne suffira plus à les semer.

Mieux vaut se reprendre.

C'est en me donnant cette excuse que je me relève, et à ce moment-là, un grand bruit retentit tout près.

Un combat entre grandes bêtes magiques ?

Si je suis prise là-dedans, je n'y résisterai pas une seconde.

Je fais quelques pas vers le village, puis je m'arrête.

Des grandes bêtes magiques, il n'y en a pas tant que ça dans les zones relativement peu profondes de la forêt.

Je me dis que l'une des deux pourrait bien être le dragon des ténèbres de tout à l'heure ; je me retourne, puis je lève la tête, attirée par le bruit.

Je vois le dragon des ténèbres s'élever dans les airs.

Dans ses bras, il tenait fermement un monstre informe, un slime.

Du haut du ciel, le dragon des ténèbres tourne la tête vers moi, puis détourne le regard.

Et il pique droit vers le fond de la falaise.

J'ai couru jusqu'au bord et j'ai regardé en bas.

Emporté par le courant du fleuve, sans doute : le dragon des ténèbres n'était déjà plus visible.

En relevant la tête, mon regard a croisé celui d'un grand lézard qui, comme moi, contemplait le fond de la falaise.

Le grand lézard ne semble pas s'intéresser à moi le moins du monde : il reporte aussitôt les yeux vers l'aval.

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