―― La terre du désert, Harenaé.
Ce pays dispose de peu de ressources et, qui plus est, il est recouvert d'un vaste désert pullulant de monstres, si bien que le commerce n'y est pas correctement mené.
Le fait qu'Harenaé survive encore à ce jour tient uniquement à ce qu'on le considère comme la terre sainte où naissent les héros, et que les pays étrangers lui apportent leur soutien.
Mis à part s'en remettre à un héros, il n'existe aucune voie de survie pour la nation.
Mais le héros tant attendu, né pour la première fois en cinq cents ans, aurait perdu la vie en protégeant le peuple contre un dragon maléfique apparu à Harenaé.
« … Tu t'intéresses à des trucs bizarres, client. À la mort du héros-sama, rien de moins. »
« Ah, j'ai traversé exprès le désert d'Harenaé pour venir dans ce pays rien que pour ça. »
Un homme de grande taille était venu dans une petite taverne d'Harenaé.
Il portait un lourd manteau à capuche qui lui cachait le visage.
De ce qui dépassait à peine, une barbe brune épaisse ressortait.
« … T'es aventurier, client ? »
À la question de la tenancière, l'homme secoua la tête.
« Plus maintenant. Mon épaule du bras fort s'est fait mordre par un monstre, elle ne bouge plus correctement. J'ai hésité à garder une épée pour me défendre, mais j'aime pas faire la chochotte. J'ai foutu l'arme aussi. »
« … Hein. Y a paraît un aventurier appelé "Volk le Tueur de Dragons" qui soignerait n'importe quelle blessure, et il serait dans le coin. Mais les gens ordinaires peuvent pas se le permettre, hein. »
La tenanciera jeta un coup d'œil vers l'épaule droite de l'homme.
« Hou, il existe vraiment. J'aimerais bien le rencontrer. »
Le nom de Volk, l'homme le connaissait aussi.
On murmure qu'il est l'épéiste le plus fort du continent, une légende vivante.
Son surnom vient du fait qu'il a abattu seul un dragon supérieur.
C'est un homme monstrueux : on raconte qu'il s'est jeté du haut d'une falaise pour s'entraîner, ou qu'il a nagé pour rattraper un bateau qu'il avait raté, les légendes ne manquent pas à son sujet.
On dit aussi que quand un monstre lui a brisé son épée, il l'a mordu à mort.
Y a sûrement de l'exagération, mais ça n'empêche qu'il est un maître d'épée incontesté.
« Arrête de t'informer sur le héros-sama. L'Église a mis le silence. Si tu poses trop de questions, au pire, les types de l'Église te mettront en taule. »
« Si tu te soucies de moi, je préférerais que tu me parles franchement. »
L'homme posa sur la table un sac rempli de monnaie.
La tenanciera fronça les sourcils, l'air ennuyé.
C'est un pays pauvre, donc un revenu inattendu fait plaisir.
Mais plus que ça, l'attitude visiblement sérieuse de l'homme lui fit sentir l'odeur des ennuis.
Si on le laisse faire, cet homme ira poser les mêmes questions ailleurs et finira par tomber sur les soldats.
« Moi non plus, j'en sais pas beaucoup. »
« Ça me va. Plus que la vérité, je veux savoir comment les types de l'Église racontent l'histoire. »
« Un dragon maléfique est apparu d'un coup au milieu du pays et a fait un carnage. À ce moment-là, le héros-sama a perdu la vie. Au début, l'Église a dit que le héros-sama était mort en protégeant le pays… Mais ensuite, des rumeurs bizarres sur le héros-sama ont commencé à sortir les unes après les autres. »
« Des rumeurs bizarres ? »
« Qu'il a essayé de fuir en utilisant les soldats comme appâts parce qu'il allait perdre contre le dragon maléfique, qu'il a pété un câble et a tranché des civils en les tuant… Pour couronner le tout, qu'il avait déjà mis la main sur ses compagnons de voyage, des soldats, des connaissances avant ça… Qu'il a fait couvrir ses crimes par l'Église et a essayé de faire porter le chapeau à l'ancien chef de l'ordre des chevaliers du pays… »
« C'est dégueulasse. »
« Je sais pas jusqu'où c'est vrai. Mais y a l'air d'y avoir du vrai aussi. Maintenant, l'Église dit que ce type n'était pas le héros… Que le vrai héros va apparaître bientôt, ils racontent ça. Si tu le dis ouvertement, tu finis en taule… Mais tout le monde en sous-main se dit que c'est un montage pour garder l'enseigne de "terre où naissent les héros"… Ça te va ? »
« Je vois… Si on en croit ce qu'on entend depuis l'étranger, c'est normal que ça sonne faux. Merci, je suis satisfait. »
L'homme but son vin, puis poussa un profond soupir.
« Suivant ton conseil, j'arrête l'enquête ici. Mon but est atteint… Demain, je pars pour un autre pays. Rester plus longtemps ici, y a rien de bon à en tirer. »
« … C'est dur à entendre. C'est vrai que pour un voyageur, c'est juste un pays pourri… Mais quand même, c'est notre terre natale. »
« C'est pas dans ce sens-là… non, j'ai dit un truc méchant, pardon. »
À ce moment-là, la porte de la boutique fut fracassée avec fracas.
« Na ! »
La tenanciera poussa un cri de surprise.
Ceux qui entrèrent étaient six soldats.
Et derrière eux apparut un vieillard en habits de cérémonie.
« Qu… qu'est-ce que c'est que ça ! Pourquoi des soldats dans ma boutique… ! »
Le vieillard balaya la salle du regard, repéra l'homme et durcit son visage.
« Je t'ai trouvé ! On a signalé t'avoir vu par ici ! »
Le vieillard hurla en haussant la voix.
« Tueur de héros, traître… L'ancien chef de l'ordre des chevaliers, Adof Arens ! »
« L'ancien chef de l'ordre des chevaliers… !? »
La tenanciera poussa un cri de stupeur.
L'homme… Adof Arens se leva d'un bond, retira son manteau et montra son visage.
« Ça fait longtemps, monsieur le prêtre. Mais cette affaire est déjà close, je devrais être blanchi. L'évêque en personne me l'a dit de sa propre bouche. »
« Foutaises ! C'est parce que t'as dit vouloir reprendre ton poste de chef de l'ordre qu'on t'a arrangé ça exprès ! Et malgré ça, tu nous as refilé tout le merdier et t'as fui à l'étranger ! Tu as jeté du sable à la figure de la bienveillance de l'évêque ! »
Le prêtre hurla sur Adof.
Adof avait once subi la rancune tenace du héros, avait été accusé à tort et avait failli être exécuté.
À cette occasion, un dragon lui avait sauvé la vie, et avec son aide, il avait accompli sa vengeance contre le héros.
L'Église qui le couvrait, à la mort du héros, vit ses méfaits se dévoiler les uns après les autres, et craignit de perdre son autorité en étant entraînée dans sa chute.
Sachant qu'Adof ne pouvait plus combattre à cause de son épaule blessée, on avait essayé de le remettre ne serait-ce que formellement au poste de chef de l'ordre pour en faire le nouveau symbole d'Harenaé, et en même temps montrer la rupture avec le faux héros pour sauver la face de l'Église.
Mais Adof, qui avait déjà tourné le dos à l'Église, avait laissé entendre qu'il accepterait le poste, fait reconnaître officiellement son innocence, puis avait laissé une lettre et était parti à l'étranger.
Depuis, Adof était dans d'autres pays, mais Harenaé restait sa terre natale quoi qu'il arrive.
Inquiet de la réalité de sa patrie d'où ne sortaient que des rumeurs louches, il était revenu pour voir la suite du scandale du héros.
« Je m'en vais. Vous pouvez vous écarter ? »
« Ça ne se passera pas comme ça. Tu en sais trop sur nos affaires. Je t'ai laissé courir parce qu'on pouvait te gérer, mais si c'est pas le cas, je ne peux pas te laisser en liberté ! Attrapez-le ! »
« Oui ! »
Les six soldats encerclèrent Adof.
« Un guerrier à la retraite, le toi d'aujourd'hui, y a pas de quoi avoir peur ! »
« Rends-toi calmement. On n'a pas l'intention de te tuer, Adof-san. »
« Tu penses pas pouvoir te battre à mains nues avec ton bras fort immobilisé, si ? »
Adof parcourut leurs visages du regard, puis ricana.
« C'est chiant. Avec autant de têtes connues. »
« Allez-y ! »
Au signal du prêtre, les soldats foncèrent sur Adof.