Adof fonce à nouveau sur moi.
'Que faire, un feinte ne marchera plus.'
Le fait que le précédent ait failli réussir, c'est sûrement parce qu'il pensait : « Un dragon qui lance un feinte, impossible. »
À la base, un feinte, ça ne s'abuse pas.
Une fois utilisé, faut laisser le temps que l'adversaire l'oublie avant de remettre ça.
Mais si je l'affronte de face, le neutraliser avec un minimum de dégâts va devenir sacrément coton.
Après l'avoir rossé, je devrais négocier en position de force, et ça laisse un sale goût.
J'ai pas envie que ça se termine sur une impression pourrie.
Si ça traîne trop, j'aurai plus le choix.
Je préférerais éviter le choc frontal.
Mais le feinte, c'est mort aussi.
Faut que je trouve un autre moyen de percer sa garde.
Ce vieux... Adof, il a pas que des stats élevées, son mental a l'air costaud.
Pour le faire tomber, mieux vaut viser la monture que le cavalier.
Secouer le cheval, c'est plus simple.
J'inspire un grand coup, puis je baisse la tête pour me mettre à hauteur du cheval.
« GRUWAAAAAAAAAAAAAH !! »
La surface du sable a vibré sous ma voix, soulevant un petit tourbillon de sable.
Le cheval d'Adof a frémi de frayeur face à mon [Rugissement].
La tempête de sable a mis de l'ambiance, on dirait.
L'élan du cheval qui fonçait sur moi a faibli l'espace d'un instant. Ça me suffit.
Face à ce gaillard, je peux pas trop me retenir.
'Ça va faire un peu mal, mais pardonne-moi.'
« GRUAAH ! »
Quand je lève le bras, Adof tire les rênes sur le côté.
De l'autre main, il braque sa grande épée sur moi pour me tenir en joue, mais il grimace comme s'il venait de faire une connerie.
Il se reprend direct, mais c'est trop tard, sa grimace a parlé pour lui.
Il dégage une sacrée killing intent en garde, mais vu sa tronche d'avant, c'était purement un bluff de la dernière chance.
Il espérait sans doute me faire hésiter ne serait-ce que quelques dixièmes de seconde.
Il fait mine de vouloir attaquer, mais ça sonne faux.
D'ailleurs, dans cette position, il a pas la marge pour tenter un contre.
Au mieux, il peut lever sa grande épée pour bloquer.
Je balaye mon bras horizontalement et je mets un direct en plein dans le cheval.
Lui retirer sa mobilité, ça change la donne.
Au moment où mon bras percute la bête, Adof lâche les rênes et pose les pieds sur le dos du cheval.
« HYIIIN ! »
Le cheval s'effondre sous mon coup, roulant au sol en hennissant de douleur.
Adof pousse sur le cheval recroquevillé, s'envole haut et atterrit sur mon épaule droite.
'Merde, il vise la tête.'
J'anticipe la trajectoire de la lame, je tourne la face vers mon épaule droite et j'ouvre grand la gueule.
Je sens quelque chose de dur contre mes dents, et je mords dedans.
J'ai réussi à chopper la grande épée d'Adof entre mes dents.
Je secoue la tête violemment sur la gauche.
L'arme s'arrache des mains d'Adof.
Je la balance en l'air direct.
La grande épée s'enfonce dans le sol avec force, projetant du sable partout.
Déséquilibré par l'arrachement de son arme, Adof tombe de mon épaule et s'écrase juste devant moi.
Il est plus costaud que je pensais.
Une petite tape va pas suffire à le neutraliser.
Faut que lui colle un bon gros coup pour de bon.
Je pourrai le soigner avec [Repos] après, ça permettra de négocier.
Ça va partir sur un malentendu dès le début, mais tant pis.
L'idéal serait qu'on s'en sorte tous les deux quasi intacts, mais si je continue à me retenir, je vais me faire décapiter.
Je vise Adof en plein vol et j'abats mon bras de toutes mes forces.
Paume ouverte, pas les griffes. Ça devrait pas le tuer.
Adof se recroqueville en l'air, fait un flip parfait et repousse ma paume d'un coup de pied.
Il utilise l'élan pour atterrir proprement, roule et enchaine direct sur une roulade avant.
Ma main claque le sol juste derrière lui.
'Il encaisse encore, celui-là.'
Ceci dit, je lui ai pris sa monture et son arme.
Plus de mobilité, plus de puissance, plus d'allonge.
La situation est meilleure qu'avant.
Adof se relève et on se toise.
À cette distance, le prochain coup le cloue au sol.
Je bouge l'épaule, et Adof fléchit les genoux.
« Arrêtez, s'il vous plaîîît ! Le dragon-san, le dragon-san... »
La voix de Nina vient de derrière moi.
À l'entendre, le regard d'Adof quitte le mien pour aller vers Nina.
Nina était étendue dans les bas-fonds de la mer, donc Adof ne l'avait pas vue jusqu'ici.
« Y'a... quelqu'un ? Pourquoi... »
'Là, maintenant, je peux peut-être négocier.'
Je recule de quelques pas, sortant de ma distance idéale.
Adof a l'air de comprendre qu'on lui laisse une chance, la tension retombe d'un cran.
Adof jette un œil à l'endroit où gît son épée, puis revient vite vers Nina derrière moi.
« Hé, la fille là-bas ! Ça va ? »
« Le dragon-san, il protégeait juste Nina, nyan ! »
Nina hurle d'une voix rauque, et Adof m'écarquille les yeux.
C'est le moment qu'a choisi le lapin de jade pour débouler jusqu'à mes pieds, en tirant ses oreilles derrière lui.
« P-pefu »
[« Une fois, parler, veux. Ça, dit. »]
Adof est surpris par l'apparition du lapin de jade.
Pas tant le lapin lui-même que le spectacle du dragon et du lapin côte à côte qui devait lui paraître bizarre.
Il a l'air sacrément décontenancé, mais il reprend vite son visage habituel.
Adof nous regarde tour à tour, le lapin, Nina et moi, puis ouvre la bouche.
« C-compris. Je me rends. J'écouterai ton histoire. Et puis... j'ai un autre camarade. »
Adof lève les deux mains, signe qu'il n'a plus l'intention de se battre.
'Bien, ça a marché.'
Lui, comparé aux soldats d'avant, a l'air de pouvoir discuter.
Je pourrai peut-être lui confier Nina.
Mais comme je sais pas comment il voit l'esclavage, la négociation risque de passer par l'intimidation.
Faut que je tâte son terrain au fur et à mesure.
La traduction du lapin de jade peut décaler les nuances, faut que je fasse gaffe en parlant.
« Ilusia, désolé mais change de programme, range ton épée et sors. J'veux essayer de parler un peu à ce dragon. »
Adof regarde derrière moi en parlant.
'... Hein ? Quoi, Ilusia ?'
'Pourquoi ce type connaît mon nom ?'