« Guh, gah…… ?! Gaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ?! »
« Wa, Wanda ?! Qu’est-ce qui vous arrive ?! »
Alors que Kesera lâchait soudain son bâton et se mettait à souffrir en se tenant la poitrine, Miradinga appela son nom, inquiète, et tenta de s’élancer vers lui.
Mais au moment même où il commença à souffrir, il aperçut la lumière qui s’échappait de la « Coupe du Double » au plafond et s’immobilisa.
« Qu, qu’est-ce que c’est ?! Qu’est-ce qui se passe ! »
Tous les regards se portèrent sur la « Coupe du Double » au plafond, et l’un des enseignants éleva la voix.
Mais personne ne pouvait répondre à cette question, et une inquiétante lumière noire recouvrit en un instant la scène où se tenaient Kesera et Miradinga.
« Qu, qu’est-ce qui se passe ? »
« Je, je ne sais pas…… C’est le chaos total…… »
« Eh, qu’est-ce qu’il a ? Kesera-kun va bien ?! »
Face à l’agitation des enseignants, les élèves assis dans les gradins commencèrent à exprimer leur anxiété.
D’abord quelques voix isolées, elles devinrent progressivement un murmure grandissant en voyant les enseignants paniqués.
« Marine, tu sais ce qui arrive à Kesera-kun ? »
« …… Probablement une emballement de mana. Mais ça n’arrive qu’aux très jeunes enfants qui peinent à contrôler leur mana. »
« Dans ce cas, soit c’est un phénomène différent de l’emballement habituel, soit on a forcé Kesera à le provoquer…… mieux vaut partir de cette hypothèse, non ? »
En voyant Marine acquiescer à mes mots, je me levai d’un bond.
Et je hurlai de toutes mes forces.
« Les élèves dans les gradins, évacuez immédiatement ce terrain d’exercice ! Je répète : sortez d’ici tout de suite ! »
« Qu, qu’est-ce que tu dis ?! Y a un truc dangereux ?! »
« C, c’est vrai ! Et puis, qu’est-ce qui arrive à Kesera-kun ?! »
« Hé, poussez pas ?! C’est dangereux, bon sang ! »
J’essayai de prendre en charge l’évacuation à la place des enseignants dépassés, mais les élèves, confus face à cette situation brutale, ne semblaient pas prêts à bouger.
Pire encore, beaucoup arboraient une attitude hostile envers moi qui venais de leur donner des ordres sans explication.
« Mauvais, j’ai mal géré la réaction…… »
« Silence. »
Alors que j’hésitais sur la manière de calmer les élèves, un mot de Marine fut accompagné d’un vent glacial qui souffla violemment.
Les élèves tournèrent tous la tête vers la magicienne qui l’avait provoqué.
« …… Ça va. Calmez-vous. Laissez-nous faire. »
« Ma, Marine-sensei le dit, alors…… »
Apaisés par la voix posée de Marine, les élèves retrouvèrent leur calme et, sans se bousculer mais rapidement, se dirigèrent vers les sorties.
Une fois que tous les élèves eurent quitté le terrain, je remerciai Marine.
« Merci Marine. Bon, on fait quoi maintenant ? »
En bas, sur la scène, plusieurs enseignants tentaient de détruire le mur noir qui l’enveloppait en y tirant des sorts, mais cela ne semblait avoir aucun effet.
Heureusement, on distinguait vaguement l’intérieur. Pour l’instant, Miradinga semblait simplement piégée, mais le problème venait de Kesera.
« Guuh ?! Nuguah ?! »
« Wanda ! Reprenez-vous, Wanda…… ! »
Miradinga s’était précipitée à ses côtés et l’appelait désespérément, mais Kesera restait accroupi, la tête entre les mains, à gémir.
Les enseignants, témoins de la scène, redoublèrent d’efforts pour percer le mur.
Mais une voix moqueuse résonna dans le terrain d’exercice.
« Fufu…… Inutile. Ce mur ne cédera pas à ce niveau. »
« Tch ?! Qui est là ?! »
Un enseignant réagit à cette voix à l’écho étrange, et l’auteure du rire se manifesta « ici même » de l’autre côté des gradins, face à nous.
« Tch…… Toi, c’est Parassu-kun, non ? Pourquoi es-tu ici ? »
Le premier à nommer cette silhouette fut Fail-san.
Sa voix, empreinte d’une vigilance extrême, me surprit, et Marine à mes côtés écarquilla les yeux.
« Marine, tu la connais ? »
« …… Professeure magicienne d’outils. Partie. »
« Autrement dit, celle qui a fabriqué la “Coupe du Double” et compagnie ? »
Marine acquiesça d’un hochement de tête, et je reportai mon regard sur la personne apparue de l’autre côté.
C’était une femme vêtue d’une robe blanche.
De longs cheveux en broussaille, un visage où l’on devinait des cernes.
« Oh, Marine-san est aussi là ? Cela fait longtemps. »
Elle souriait doucement, mais la réponse de Marine fut de lever sa baguette sans un mot.
Face à cette menace silencieuse, Parassu haussa les épaules. « Toujours aussi peu loquace, je vois. »
« Réponds vite, Parassu-kun. Tu n’es plus enseignante, pourquoi es-tu dans un endroit pareil ? »
« Oh, Morgal-sensei. C’est mon alma mater, tout de même ? Y a-t-il une raison pour que je n’y vienne pas ? »
« Ne fais pas l’innocente. C’est toi qui as disparu du jour au lendemain. Tu n’as plus de place ici en tant qu’enseignante. Si tu as compris, lève ce mur et disparais illico. Nous devons soigner Kesera-kun d’urgence. »
Fail-san fit un geste de la main pour la chasser.
Parassu ne perdit pas son sourire. « Bien froid, tout de même. » Et elle secoua la tête.
« Soit. De toute façon, je ne suis pas venue pour faire ami-ami. La raison de ma présence ? Vous l’avez sous les yeux. J’attendais cette situation. »
« Celle-ci ? »
Au « Oui, exactement » de Parassu, je suivis son regard : à l’intérieur du mur, Kesera accroupi et Miradinga qui l’appelait désespérément.
À cet instant, le mana de l’autre côté du mur enfla soudain.
La source : Kesera lui-même !
« Miradinga ! Éloigne-toi de là !! »
« Inutile. De l’intérieur, on ne perçoit ni l’extérieur, ni les voix. Hmm hmm, cela faisait un moment qu’elle était intégrée à la “Coupe du Double”, mais……さすが mon outil magique. Il a l’air de fonctionner sans problème. »
« Marine reste ici. “Lance-Torrent” ! »
Marine, baguette en avant, sauta des gradins en lançant son sort.
Des dizaines de lances d’eau, bien plus grosses que les « Lances d’eau » de Kesera, tourbillonnantes et violentes, furent projetées droit sur le mur.
Mais même la magie de Marine fut stoppée net, incapable de le percer.
« Inutile, vous dis-je. Ce mur bloque toute magie. Que ce soit celle de Morgal-sensei, ou la nouvelle magie de Miradinga-san. Mais voir la magie de Marine-san repoussée aussi…… Mon outil magique est vraiment merveilleux. »
« Dans ce cas…… »
Je dégainai mon épée, renforçai mon corps par l’« Enveloppement », sautai des gradins et traversai la distance jusqu’aux gradins opposés où se tenait Parassu en un seul bond.
Si le mur ne tombe pas, il suffit d’abattre l’exécutante pour le lever.
Je ne peux pas user ouvertement de magie spatiale devant tout ce monde, mais contre une ex-enseignante qui ne doit sa force qu’à ses outils, l’« Enveloppement » seul devrait suffire !
« C’est regrettable, mais…… »
Sans hésiter, je portai un coup à Parassu, mais *gakin* : quelque chose m’arrêta.
« Iih ?! C’est quoi ce truc ?! »
« Croyez-vous que je n’aie pas prévu de parade au corps-à-corps ? »
Un bras — ou quelque chose de semblable — jaillit de l’intérieur de sa robe, déchirant le tissu.
Ce membre, apparemment métallique, aux mouvements d’un automate à ressorts, avait saisi ma lame.
« Cet “Enveloppement”…… Ah, vous êtes le sensei qui l’enseignait à Miradinga-san. Je vois, je vois…… Vous êtes l’une des causes. »
« On se connaît pas et tu sors n’importe quoi ?! »
J’augmentai discrètement la puissance de mon Enveloppement pour essayer d’arracher mon épée, mais l’emprise ne lâchait pas.
L’idée de passer à l’« Enveloppement » sérieux — celui sans retenue — commença à me traverser l’esprit.
« Alors, occupons-nous de vous. »
« Ha ?! »
Avec un sourire insouciant, un second bras jaillit de sa robe.
Son extrémité se tourna vers moi.
« C’est un prototype…… mais pour tuer un simple épéiste, c’est amplement suffisant. »
« Merd…… ?! »
L’extrémité du bras s’ouvrit en quatre, comme la gueule d’un monstre.
Au centre, une sorte de cercle magique.emit un torrent de mana colossal droit sur moi.
***
« Tori !! »
Le flot de mana déchaîné par Parassu engloutit l’épéiste ligoté et perça le mur du terrain d’exercice, laissant un grand trou avant de se perdre dans le ciel.
« Oh, l’a-t-il pulvérisé ? … さすが mon outil magique. Un prototype, mais belle performance. »
« Vous avez…… Tori ! »
« Hmm ? Pourquoi vous énervez-vous tant, Marine-san ? Ce n’est pas comme vous. Seriez-vous amants, par hasard ? Dans ce cas, mieux vaut quitter cet épéiste. Vous méritez un bien meilleur magicien. Sous cet angle, mon outil a fait du bon travail. »
« Tch !! »
Elle le pensait vraiment.
Marine, les yeux d’une intensité qu’on ne lui connaissait pas, avança d’un pas, leva sa baguette et déploya plusieurs sorts autour d’elle.
Chaque sort ajouté, chaque vague de sa colère repoussait d’un pas les enseignants alentours.
« Attends, Marine. »
Mais une voix la retint au milieu de sa furie.
« Tch, écartez-vous, sensei. Je la tue. »
« C’est violent pour toi…… Mais pas la peine de t’emporter. Il est vivant. »
Marine avait dirigé l’un de ses sorts sur Fail, mais s’immobilisa à ces mots.
« Vraiment ? » scruta-t-elle son visage. Fail répondit d’un sourire confiant : « Bien sûr ! »
« …… Compris. Je fais confiance au sensei. »
« Qu’est-ce qui te prend ? … Morgal-sensei, je peux vous envoyer des herbes pour la presbytie ? »
« Inutile. Je suis encore jeune ! D’ailleurs, il est bel et bien vivant. Kshishi…… Ton outil magique est un produit défectueux, non ? »
« Fufu, peu importe. Même s’il vit, il a encaissé un sort de cette puissance de front. Il ne bougera pas de sitôt. »
Parassu eut un rire bref, puis retrouva son doux sourire et porta à nouveau son attention sur Kesera sur la scène.
« Quel est votre but ? Vous l’avez demandé, non ? C’est cruel de ne rien savoir, alors je vais vous le dire. »
« Oh ? Si tu veux parler, je t’écoute. Clairement, concisément, et de façon compréhensible, s’il te plaît. »
« Vite fait, » enchaîna Fail.
Parassu le regarda d’un air las, haussa les épaules et continua.
« S’emparer du corps de Tira Miradinga. C’est mon objectif. »
« Quoi ?! »
Fail afficha une mine dubitative.
Les autres enseignants, qui écoutaient, penchèrent tous la tête de concert.
Face à leurs réactions, Parassu hocha la tête satisfaite.
« Fufu…… Contrairement à vous,愚鈍, qui n’avez pas remarqué son talent jusqu’à aujourd’hui, moi, je l’avais perçu. Je lui servais souvent de conseillère, alors lui faire toucher “par hasard” l’outil de détermination d’attribut fut un jeu d’enfant. »
« L’outil de détermination d’attribut ?! Pourquoi ne m’as-tu pas parlé d’un outil si pratique, toi ?! »
« Pas question. La mission d’un outil magique est d’exprimer pleinement ses performances, mais mes outils doivent servir *mes* intérêts. Ah, les ratés, je vous les cède ? Le “Mur d’Obstruction” aussi est un raté, mais il est utile, non ? »
« Impossible…… » Un enseignant poussa un cri en entendant le nom de l’outil. Fail grogna, les lèvres serrées.
Parassu pouffa. « Reprenons. »
« On dit que le talent pour la magie et les attributs réside dans le sang, mais à mon avis, c’est légèrement différent. La magie provient du corps *et* de l’âme. Donc, si l’on utilise le corps d’un utilisateur de magie spéciale, on devrait pouvoir créer un outil magique issu de cette magie. »
« Ne me dis pas que tu… tu veux faire un outil magique avec le corps de Miradinga-kun ?! »
« Exact. Bien sûr. Des ongles aux cheveux, en passant par les organes, les os, le cerveau : j’utiliserai tout, sans rien gaspiller. J’ai déjà 확보 l’endroit et l’environnement pour ça. Fufu… J’en frémis d’impatience à l’idée des outils que je vais créer. »
Elle le dit avec une joie maniaque.
Fail et les enseignants la fixèrent comme on regarde une folle dangereuse.
L’un d’eux, plus impressionnable, s’effondra sur place, nauséeux.
« …… Tu allais jusqu’à ce point, toi. »
« C’est ma nature. Ma disparition de cette école aussi vient d’elle. Le poste d’enseignante était une cage trop étroite, trop propre, un déchet. »
« Trop de contraintes, trop ennuyeux. C’était parfait. »
Elle adressa aux enseignants un sourire rafraîchissant.
« Comparée à ça, je suis libre maintenant. Au nom du Héros, on me fournit des cobayes ravis, un environnement où aucun outil n’est remis en cause. Le financement, je le gère moi-même, c’est le point difficile… mais bon, je vendrai mes ratés, ça réglera le problème. »
« Hou ? Tu as changé de camp, c’est ça ? Ton nouveau groupe doit être une sacrée bande de dingues ! »
« … En parlant de ça, je ne me suis pas encore présentée sous ma véritable identité. »
Ignorant l’ironie de Fail, Parassu fit jaillir deux bras supplémentaires de son dos, déchirant sa robe.
Avec ses quatre bras qu’elle fit cliqueter, elle sourit largement.
« Alors, permettez-moi de me présenter : l’un des trois grands cardinaux de l’Église du Héros, la “Main Folle” Meitōri. Enchantée. »