Histoire du Héros
On peut dire sans exagération que c'est l'histoire la plus célèbre de ce monde : elle raconte le voyage d'un héros invoqué d'un autre monde il y a plusieurs centaines d'années, ainsi que de ses compagnons, jusqu'à la défaite du Roi Démon.
Un monde où les monstres du monde entier devinrent féroces et se mirent à attaquer activement les gens à cause de l'apparition du Roi Démon.
Pour mettre fin à cette situation, le royaume de Grayle fut le premier à se dresser et invoqua un héros doté d'un pouvoir immense depuis un autre monde.
Et les quatre héros, y compris le héros, parvinrent brillamment à vaincre le Roi Démon.
Le premier est le héros, protagoniste de l'histoire invoqué depuis un autre monde.
On raconte que ce héros, dont le nom n'est pas consigné, maniait la magie de la lumière et brandissait une épée de lumière pour tailler sans pitié monstres et démons.
D'un autre côté, envers les gens, c'était une sorte de philanthrope, ou disons qu'on le voit dépeint comme « le protagoniste par excellence » à maints endroits du récit. On pourrait l'appeler bonhomme, mais on se demande par moments s'il n'y va pas un peu trop fort.
Pour donner un exemple, il mit en déroute des bandits qui l'avaient attaqué en chemin, mais ne leur prit pas la vie en disant qu'ils pouvaient encore se racheter.
Mais bon, c'est du grand classique, et c'est pour ça que c'est populaire. En plus, on ne sait pas si l'histoire est vraie. Ce n'est pas à moi de la critiquer.
Le second, le Chevalier de la Foudre qui servait en tant que chevalier dans le premier pays visité par le héros.
À l'origine chevalier d'un certain pays, il semblerait que ce pays ait demandé au héros s'il avait assez de force pour combattre le Roi Démon. Et c'est ce chevalier qui l'affronta pour tester sa puissance.
Naturellement, le héros l'emporta. Le chevalier devint son compagnon, se tint à ses côtés sur le front et combattit en maniant deux épées. Son allure est décrite comme étant exactement comme la foudre.
La troisième, la Sainte qui continua de soigner les gens blessés par les monstres dans un pays sans nom.
C'est la seule femme dont le nom reste dans l'histoire, notée comme étant Élysira.
Ayant entendu la rumeur qu'il y avait une utilisatrice de magie de guérison, le héros et le chevalier s'arrêtèrent dans ce pays sans nom pour demander son aide pour vaincre le Roi Démon, et elle les rejoignit en disant que si elle pouvait changer la situation, elle le ferait.
La raison pour laquelle seul son nom subsiste, c'est que l'histoire raconte ce qui se passa après la défaite du Roi Démon.
Apparemment, après la défaite du Roi Démon, elle réussit à transmettre son pouvoir de guérison à d'innombrables personnes.
Pour honorer ses mérites, le pays sans nom changea son nom en Théocratie de la Sainte.
De son idéal « la guérison pour tous les gens », la Théocratie de la Sainte obtint le statut de nation neutre perpétuelle, et l'on écrit qu'elle bâtit des églises dans chaque pays et y dépêche des prêtres maniant la magie de guérison.
Au passage, la magie de guérison qu'utilisent les prêtres de l'église est-elle quelque chose de différent des magies des quatre éléments ?
…… Si l'occasion se présente, j'essaierai de m'en renseigner la prochaine fois.
Je rapporte mon regard sur le livre que je tiens.
Et le quatrième et dernier, une femme magicienne qui devint leur compagne dans le pays de l'Ouest.
C'est une magicienne qu'ils rencontrèrent dans le pays de l'Ouest quand le groupe du héros s'apprêtait à pénétrer dans le domaine des monstres où se trouvait le Roi Démon, et elle est décrite comme une grande magicienne maniant librement toutes sortes de sorts.
On dit qu'elle retenait à elle seule la progression des monstres jusqu'à l'arrivée du héros. Par la suite, pour percer la progression des monstres par le Roi Démon, elle se joignit au voyage des héros.
De plus, comme le livre la dépeint comme maniant divers attributs, je suis très intéressé par les attributs que cette magicienne manie.
Mais hélas, il n'y a pas de description si détaillée. Juste de quoi penser qu'elle sait probablement utiliser les quatre attributs.
« Un héros invoqué d'un autre monde, hein…… »
Moi aussi, je suis venu dans ce monde depuis un autre monde. Ce n'est pas que je n'ai pas d'intérêt.
Au contraire, je me suis demandé si je n'étais pas le héros, mais comme la façon dont j'ai été appelé est différente, ce n'est probablement pas le cas.
Le héros a été invoqué par la famille royale de Grayle, tandis que moi, j'ai été réincarné dans ce monde par un dieu incompréhensible.
Si le processus diffère, on ne peut pas affirmer que je suis le même héros.
Je continue de feuilleter les pages de l'« Histoire du Héros » en survolant le texte.
Dans l'ensemble, la structure est une histoire en deux parties.
La première partie traite des rencontres avec les compagnons jusqu'à l'entrée dans le domaine des monstres à l'extrême ouest. La seconde partie fait la part belle au voyage des quatre jusqu'à la défaite du Roi Démon après leur entrée dans le domaine des monstres.
« En plus des combats contre les monstres, des aventures dans les donjons, des démêlés avec le clan de l'Œil, une lutte à mort contre les dragonidés. Une légende héroïque bourrée à craquer, et même de l'amour en prime…… bon, je comprends que ce soit populaire. »
Ces derniers temps, j'ai pensé lire cette « Histoire du Héros » pour essayer d'oublier mon échec à la capitale.
Selon le bouquiniste, ce sont surtout les échanges entre le héros et la magicienne, çà et là au fil du voyage, qui sont populaires. Surtout auprès des femmes.
Après tout, dans n'importe quelle époque et n'importe quel monde, les filles aiment donc les histoires d'amour entre hommes et femmes.
« C'est vraiment une histoire du grand classique. »
Si je devais citer le seul développement inattendu, ce serait que le héros a fini sa vie quelque part dans ce monde sans s'unir à personne. L'endroit n'est pas précisé.
Normalement, il aurait épousé la princesse, ou serait devenu l'amant de la magicienne avec qui ça allait bien…… mais quoi que j'en dise, ça n'a pas beaucoup de sens.
Plus que ça, cependant.
« Appeler le héros, mais qu'est-ce qu'il veut faire au juste…… alors qu'on n'a pas l'impression que le monde soit assez en péril pour devoir être sauvé. »
Ce grand gaillard du Culte du Héros qui s'est présenté comme Chéraledda a bel et bien dit que si on appelle le héros, le monde sera à nouveau sauvé.
Mais pour l'instant, le monde n'est pas dans une situation où tous les monstres feraient en permanence une ruée magique comme dans l'« Histoire du Héros ».
« Est-ce qu'il y a une autre situation que celle-là qui doit être sauvée…… un truc du genre ? »
Mais quelle est cette situation ? J'y réfléchis, mais rien ne me vient à l'esprit.
À la base, c'est un cinglé. Il n'a peut-être pas de raison claire. Il se peut qu'il veuille juste faire invoquer le héros parce qu'il est fan.
Conclusion
Pour l'instant, y réfléchir ne sert à rien.
« Pour l'instant, je me méfierai des robes cramoisis qui se réclament du Culte du Héros…… »
Je ferme l'« Histoire du Héros » d'un claquement sec.
Je l'avais acheté bon marché chez un bouquiniste de la capitale pour en savoir plus sur le héros, mais c'était aussi agréable comme histoire.
Si on me demande si ça mérite d'être considéré comme sacré, j'incline la tête, mais bon, je comprends bien que ce soit populaire.
« Je le revendrai quelque part…… hein ? »
Comme je l'ai lu une fois et en ai saisi le contenu, je pensais le mettre en vente, quand on frappa discrètement à la porte de ma chambre.
Quand j'ai dit « Entrez », une petite tête mignonne apparut par l'entrebâillement.
« Ônii-san, le repas est prêt ! »
« Merci, j'arrive tout de suite. »
À cette réponse, elle fit un grand signe de tête et s'élança de l'autre côté de la porte, Rip-chan (7 ans), la fille mascotte de « l'Auberge de la Quiétude ».
Je la suis jusqu'au rez-de-chaussée, où Rip-chan apparaît de la cuisine en portant un plateau avec les plats, en soufflant « heave-ho, heave-ho ».
Réchauffé par le spectacle de Rip-chan qui fait de son mieux, tout comme Oyaji-san, je reçois mon repas de ce dernier et mange à côté de Rip-chan.
« Hé, Ônii-san ! Tu es allé à la ca-pitale, non ! C'était comment ? Il y avait plein de trucs amusants, plein de trucs bons !? »
Un moment après le début du repas, Rip-chan, tenant du pain à deux mains, leva vers moi des yeux pleins d'attente.
D'après ce qu'elle dit, Rip-chan n'est jamais allée à la capitale.
Bien sûr, un voyage de plus d'une semaine est difficile pour une gamine de 7 ans. Et avec le danger des bandits et des monstres, c'est naturel.
À cette question, je ferme les yeux en disant « Voyons voir » et me remémore la série d'incidents survenus à la capitale l'autre jour.
Concernant les incidents survenus à la capitale, toutes sortes de rumeurs se sont répandues, et même ici à Boris, on n'en parle plus que de ça.
Mon élimination du dragon terrestre est déjà devenue une histoire du passé.
Mais on commence aussi à entendre dire que le « Magicien Tueur de Dragons » apparu à la capitale était en fait un imposteur, et que le vrai a mis fin à la turbulence des monstres à la capitale.
Cela dit, l'histoire du « Magicien Tueur de Dragons » et de la princesse a l'air d'avoir plus d'intérêt, et c'est presque uniquement de ça qu'on parle dans les tavernes.
Maudite princesse au cerveau amoureux…… ! Tu m'as volé mon plaisir…… !
« Ônii-san, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu fais une tête effrayante ? »
« Ça va. C'est encore mieux que la tronche d'Oyaji-san. »
« Qu'est-ce que tu dis !? »
J'ignore Oyaji-san qui m'intimide depuis la cuisine et, pour l'instant, je décide de parler du paysage urbain de la capitale et des gâteaux qui semblent plaire à Rip-chan.
Heureusement, côté gâteaux, Marine m'a trimballé partout et j'en ai mangé plein. Je peux en parler un peu.
« Au fait, les cookies étaient bons ? »
« Ouais ! Les cookies de la ca-pitale ! C'était sucré ! Mais la prochaine fois, je veux aussi manger du gâ-teau ! »
« C'est ça. Quand tu iras à la capitale un de ces jours, on en mangera. »
« À ce moment-là, Ônii-san aussi ensemble ! »
Rip-chan saisit ma main fermement et sourit à nouveau.
Mouais, mignonne.
Elle est mignonne, mais j'aimerais bien qu'elle adresse ce sourire et ces mots à la cuisine aussi, Rip-chan.
« Kàwsedrftgyfujikolp……!? » un cri incompréhensible sans voix, et le patron qui a l'air de vouloir me fusiller du regard clignote dans le coin de mon champ de vision.
Je continue de manger en disant « C'est encore meilleur qu'avant » avec un sourire amer face au patron dont on ne sait s'il pleure ou s'il est en colère.
Et quand j'ai fini de manger et porté les assiettes à la cuisine, le patron, redevenu au visage patibulaire, m'appela : « Au fait. »
« J'ai entendu dire que ça a été dur de ton côté à la capitale, mais Tōri, t'as rien eu ? Les rumeurs disent qu'un démon est apparu. »
« Ah, cette histoire. Eh bien, c'est vrai qu'un démon est apparu. J'en ai même croisé le fer moi-même. »
« Hou, pour de vrai…… Les démons, j'en avais seulement entendu parler dans l'"Histoire du Héros", mais ils existent vraiment…… Heureux que tu t'en sois sorti. »
Le patron avait les yeux écarquillés à mes mots, mais son regard changea vite en une expression inquiète.
De toute façon, pour ce qui s'est passé sur place, les marchands venus de la capitale en parlent, et surtout Vivelveizen s'excite en disant « Je dois raconter ma bravoure ! » et en babillant à la guilde, donc ce n'est pas un secret.
Je fais un muscle en riant « Tout va bien, les cinq membres intacts », et le patron acquiesça « C'est vrai ça. »
Sur mon bras ainsi tendu, Rip-chan sauta et s'accrocha d'un bond.
« Ça va papa ! Ônii-san il est super fort ! Avant aussi, Ônii-san en vêtements noirs―― »
« Allez Rip-chan ! Je vais te faire tourner comme ça ! »
« Kyaa ! »
Coupant court aux mots de Rip-chan qui allait laisser échapper quelque chose, je la fais tourner sur place en la balançant.
La sensation est exactement celle d'une attraction de parc d'attractions.
Sous le regard d'Oyaji-san qui semble dire « Qu'est-ce que tu fabriques ? », je sue à froid tout en chuchotant à l'oreille de Rip-chan : « C'est notre secret à tous les deux, d'accord ? »
À ces mots, Rip-chan cligna des yeux un instant, puis porta immédiatement son index à sa bouche et fit « Chut ! » en riant.