Quelques jours plus tard, c'était le dernier jour de notre séjour à Hanrud pour Rip-chan et moi.
Nous devions partir avant midi, mais avant cela, j'avais emmené Rip-chan jusqu'à l'entrée de la ville de Hanrud.
« Ah ! Elle est là ! Purisu-chaaan ! »
Rip-chan, qui me tenait la main, a lâché prise et s'est élancée en courant dès qu'elle a aperçu Purisu-chan près de la voiture de Propthof.
La scène où Rip-chan se jetait dans ses bras et où Purisu-chan la rattrapait en paniquant ressemblait, vu leur apparence, à de vraies sœurs.
« Elles se ressemblent vraiment, ces deux-là. »
« Oui, Arrito-san. ... Dites, elles ne seraient pas parentes ? On dirait qu'elles sont liées par le sang, tant elles se ressemblent. »
« Vu comme elles se ressemblent, on finirait par le croire... »
Sans que je m'en aperçoive, Arrito-san se tenait à côté de moi. J'ai acquiescé en signe d'accord avec ses paroles.
Un coup d'œil sur le côté m'a montré qu'elle aussi, comme moi, posait un regard doux sur les deux filles qui riaient joyeusement.
« Tōri-san. Merci encore. Grâce à vous, Purisu et moi sommes en vie. »
« ... Moi aussi, je suis content d'avoir pu vous aider. »
« Alors relevez la tête, s'il vous plaît. » J'ai posé la main sur l'épaule d'Arrito-san qui baissait la tête, pour la faire relever.
Arrito-san a alors croisé mon regard et a laissé échapper quelques mots.
« ... Comme je pensais. Ce qu'il a dit est vrai, vous êtes un aventurier gentil. »
« Cette personne... ? »
« Oui. Dista... mon mari. »
« Heu... ? » Ne comprenant pas le sens des mots d'Arrito-san, je me suis retrouvé seul à incliner la tête en réfléchissant.
D'après son ton, son mari... ce Dista-san semblait me connaître. Mais bien sûr, je ne connais pas Dista-san, et il n'y a pas non plus de souvenir d'une rencontre dans mon enfance que j'aurais oubliée. Cela ne fait même pas un an que je suis arrivé dans ce monde.
« ... Ah, pardon. Dire ça ne fait que vous embrouiller, hein. »
« C'est vrai. Si possible, j'aimerais bien que vous m'expliquiez de quoi il s'agit... »
« Je vois. D'ailleurs, vous avez le droit de le savoir. »
Elle a commencé à raconter les faits en disant cela.
Comme je l'avais entendu, Purisu-chan possède un Œil Magique parce que son père, Dista-san, est un descendant du clan des Œils Magiques.
C'est précisément parce qu'ils possédaient cet œil spécial qu'ils vivaient en cachant ce pouvoir à leur entourage.
Mais il a découvert par son propre Œil Magique que ce pouvoir, qui devait rester secret, avait été dévoilé.
« Observer l'avenir des gens et changer leur destin. Telle était la force de l'Œil Magique de Dista. »
« Changer le destin... ? » À mon murmure, Arrito-san a acquiescé.
« Pour être précis, il s'agirait de changer la direction de l'avenir qui devait advenir... Dista a su par ce pouvoir que dans un avenir proche, on viserait son Œil Magique et celui de Purisu, qui n'avait pas encore manifesté le sien. Mais dans l'avenir qu'il a vu... »
« Ils n'ont pas pu s'enfuir ? »
« Oui. Selon lui, il a vu un avenir où après que leurs yeux aient été volés tous les deux, tous les trois seraient tués. C'est pour ça que Dista a changé notre destin, à Purisu et moi. »
« ... Un tel avenir, n'importe qui voudrait le changer. Mais Dista-san ? Lui, il n'a pas changé son propre avenir ? »
À ma question sortie sans réfléchir, Arrito-san a lentement secoué la tête.
Le pouvoir qui provoque un phénomène aussi extraordinaire que la modification du futur semble épuiser considérablement rien qu'en l'utilisant. Pour deux personnes, ce doit être énorme.
Au final, Dista-san est mort d'épuisement pour avoir utilisé ce pouvoir.
« N'y avait-il personne d'autre sur qui compter ? Si c'était le cas, Dista-san n'aurait pas eu à utiliser ce pouvoir... »
« Même s'il y en avait, nous qui ne faisions que vendre des légumes dans un bled perdu, nous n'avions aucune connexion pour faire face aux experts de cette Église. Et les événements de l'avenir qu'il a observés sont des choses qui peuvent inévitablement se produire. Pour les éviter, il n'avait pas d'autre choix que de l'utiliser. »
« C'est... comme ça... »
« Oui. C'était quelqu'un de difficile. »
« J'aurais voulu qu'il me consulte au moins... » a-t-elle murmuré faiblement.
Tout en disant ça, elle souriait en caressant Propthof avec Rip-chan, qui se faisait manger ses vêtements par la bête.
« Avant de mourir, il a dit ça. Si tu fuis, va vers cette ville... vers Hanrud. Comme ça, un aventurier gentil qui aidera Purisu apparaîtra. Et à la fin, une vie paisible nous attend. »
« ... Je vois. »
Dans ce cas, Dista-san a peut-être vu que j'aiderais Purisu-chan.
Non, c'est un Œil Magique qui change le destin. Même le fait que je sois venu dans cette ville à la place de mon vieux, c'est peut-être dû au destin que Dista-san a changé.
« C'est une histoire bizarre, hein... Je voulais qu'il soit là... Je voulais qu'on vive tous les trois en riant à nouveau... ! Pourquoi, Dista... »
Tandis que de petits sanglots s'échappaient d'Arrito-san qui se cachait le visage à deux mains en pleurant, je me suis placé devant elle et ai écarté ma robe pour que Purisu-chan et les autres ne voient pas cet état.
Heureusement, Purisu-chan et Rip-chan s'amusaient à caresser Propthof, donc elles ne se sont pas retournées vers nous.
Un moment plus tard, Arrito-san a essuyé ses larmes, a dit « pardon » et a relevé le visage.
« C'est pas bien. Si je reste comme ça, je vais l'inquiéter. Dorénavant, c'est moi qui dois protéger cette enfant. »
En la voyant forcer un sourire avec ses yeux encore rouges en se disant « Il faut que je tienne bon », j'ai pensé intérieurement : les mères, c'est fort.
À ce qu'on m'a dit, elle a 28 ans. Elle n'a que trois ans de plus que moi, et pourtant elle assume si bien son rôle de mère, je trouve ça purement admirable.
« Arrito-san. Merci de m'avoir raconté tout ça. »
Je me suis incliné en la remerciant, pensant lui avoir rappelé des souvenirs douloureux, mais Arrito-san s'est empressée de me dire de relever la tête.
« Ne vous en faites pas. Pour vous, c'était une histoire qu'il était normal de raconter. En plus, vous nous avez non seulement aidées, mais vous nous avez même trouvé du travail ! C'est plutôt nous qui recevons trop, alors ne vous excusez pas comme ça ! Hein ? »
« Le visage heureux de Purisu-chan suffit comme remerciement. C'est une enfant qui a demandé de l'aide. En tant qu'adulte, j'ai juste fait ce qui allait de soi. Et pour le travail, c'était une proposition de leur part... Je regrette seulement de vous avoir recommandé un endroit qui ne pourra pas payer de vrai salaire pendant un moment. »
« Ç-Ca va. D'après ce qu'on m'a dit, la cantine est super pas chère, et il y a même un lit. En plus, ils surveillent les études de Purisu, c'est tout ce qu'il y a de mieux ! »
« ... Si vous le dites, ça m'aide beaucoup. »
Je suis sauvé par les mots gentils d'Arrito-san, mais je suis frustré de ne rien pouvoir dire face à l'image de cette fichue elfe qui rigole dans ma tête.
Car Arrito-san et Purisu-chan ont toutes les deux été embauchées au laboratoire de Fail-san.
La raison est simple. Si Purisu-chan a l'Œil Magique qui visualise la quantité de mana, ses recherches feront un bond en avant.
Du coup, Arrito-san devient gouvernante logée au laboratoire, et Purisu-chan aide aux recherches de Fail-san en utilisant son Œil Magique.
Bien sûr, c'était leur volonté d'accepter ou non, mais cette fichue elfe a mis comme condition qu'en échange de la persuasion pour qu'elles acceptent, elle passerait l'éponge sur le fait d'avoir hébergé Purisu-chan au laboratoire comme refuge et sur le dédommagement de l'« Utsuserukun ! » qu'elle a pété.
Résultat : Arrito-san a accepté volontiers ma persuasion, et Purisu-chan avait un léger tiraillement au visage en se disant « Cette tension, tous les jours !? »
Disons que j'ai jugé qu'à l'école de magie, l'Église aurait du mal à mettre la main dessus, et qu'avec Fail-san ce serait sûr. En plus, si Purisu-chan était visée, Fail-san la protégerait à fond vu qu'elle a l'Œil Magique, et moi aussi je pourrais accourir sans cacher ma magie.
... Ceci dit, la tête qu'elle a faite quand je lui ai annoncé qu'elles avaient accepté m'a mis en rogne. C'était quoi ce regard triomphant ?
« Mamaaaan ! On part bientôt, da wa ! »
« Ara, c'est déjà l'heure ? »
Arrito-san a répondu énergiquement « J'arrive ! » en agitant la main vers Purisu-chan qui faisait de grands signes, puis s'est dirigée vers la voiture.
Je l'ai suivie vers la voiture, mais je ne sais ce qui leur a pris, Purisu-chan et Rip-chan se sont regardées, ont hoché la tête, et ont soudain couru vers nous.
Moi et Arrito-san nous sommes arrêtés net, et Purisu-chan s'est jetée sur Arrito-san, Rip-chan sur moi.
« Moi, cette gosse... C'est dangereux, tu sais ? »
« Ehehe... Maman, moi, j'aime maman, da wa ! »
Un échange touchant entre mère et fille.
Je regardais ça de côté, les deux fronts collés en souriant, mais Rip-chan a agrippé mes vêtements pour grimper, alors je l'ai attrapée en vitesse.
« Rip aussi aime onii-san ! »
« Ouais, merci Rip-chan. »
« Ehehe... »
« Tōri-san ! »
Pendant que je regardais Rip-chan détendre ses joues de joie en se faisant caresser la tête, Purisu-chan, qui était dans les bras d'Arrito-san, m'a appelé.
Je me suis tourné vers elle pour savoir quoi, et elle a fait un signe de yeux à Arrito-san pour qu'on la pose, puis elle a marché vers moi.
« Merci de m'avoir aidée, da wa ! Et puis ! Moi, j'ai trouvé ce que je veux faire, da wa ! »
En disant ça, Purisu-chan a attrapé le bas de mes vêtements et a affiché un sourire comme une fleur.
« Je sais pas encore exactement ce que je veux être plus tard... Mais je veux devenir quelqu'un qui pourra aider Tōri-san un jour ! Je vais bosser mes études, apprendre plein de trucs... Bien sûr, maîtriser cet œil encore mieux... Et je rendrai ce que vous avez fait pour moi aujourd'hui, c'est sûr ! C'est ça, mon truc à moi maintenant ! »
« ... Ouais. J'attendrai ce moment avec impatience. »
« ! ... Un !! »
À la voix du cocher qui criait « La voiture pour la ville universitaire part ! », Arrito-san et Purisu-chan sont montées dans la voiture.
Au hennissement de Propthof, la voiture a quitté Hanrud, mais en chemin, Purisu-chan a pointé son visage par la fenêtre et nous faisait signe.
« Tōri-saan ! Rippu ! J'ai hâte de se revoir quelque part, da waa !! »
Au milieu des « Saluuut ! » énergiques qui s'éloignaient de Hanrud, Rip-chan et moi avons continué à agiter la main jusqu'à ce que la voiture disparaisse de vue.
Finalement, la voiture a disparu de mon champ de vision, et j'ai fait demi-tour en gardant Rip-chan dans les bras.
« Revoir Purisu-chan, ça va être chouette, hein, onii-san ! »
« Ouais. Faut qu'on bosse dur nous aussi pour ne pas perdre... Mais avant ça, faut saluer les gens de la ville. On retourne à Boris aujourd'hui. »
« Un ! Saluer, Rip plein de fois ! »
« On va y aller ! » Les deux mains levées, Rip-chan était à fond.
Entraîné par sa motivation, j'ai levé mon poing pour me motiver, et Rip-chan a crié encore plus fort en levant les deux mains une seconde fois.
Comme ça, avec Rip-chan, on a fait le tour de Hanrud, et on a dit au revoir à Sodomas-san, Reda-kun, Blue-chan, Iro-kun, le trio d'enfants de la voiture, ainsi qu'aux enfants avec qui on a joué et à leurs parents.
Et maintenant, Rip-chan et moi sommes en train de faire nos derniers adieux à Martha-san et Goza-san qui sont venus nous voir partir jusqu'à la voiture pour Boris, mais...
« Uu... uuuu... S'il te plaaaait... Reste encoreee ! Jiji est troooop triste ! »
« Qu'est-ce que tu dis ! La maison de Rip-chan, c'est Boris ! Rip-chan. Reviens quand tu veux, hein. Jiji et baaba t'accueilleront toujours ! »
« Un ! Rip, j'aime jiji et baaba ! »
« Aaah mō ~ Vraiment, quelle gentille enfant ~ ! »
Rip-chan, serrée par Martha-san, faisait un air pas mécontent en souriant, puis elle est allée d'elle-même embrasser Goza-san qui s'effondrait en pleurs.
Goza-san avait l'air de monter au ciel.
« Toi aussi, Tōri-san. Y a eu plein de trucs, mais merci. »
« N-Non, pas du tout ! C'est moi qui dois vous remercier. Vraiment, merci. Honnêtement, rien qu'à penser ce qui serait arrivé sans l'aide de Martha-san et les autres, j'en ai des frissons. »
Quand on a protégé Purisu-chan, quand on a dévoilé les méfaits de l'Église, quand on a fait reposer Arrito-san, tout n'aurait pas marché sans la coopération de Martha-san et les autres.
En y pensant, je me sens redevable envers elles, mais Goza-san, qu'elle le sache ou non, m'a répondu sèchement.
« Hmph, un gamin qui fait des manières bizarres, c'est pas bien. Allez, rentrez vite ! Maman ! Rip-chan ! On rentre ! »
« C'est pour ça que je dis que Rip-chan rentre à Boris ! »
« Iyaaaaa ! Jiji veut encore jouer avec sa petite-filleeee ! »
« ... ? Onii-san, y a rien à voir ? »
« Faut pas regarder. »
Ses premiers mots étaient cool, ceci dit, ai-je pensé en souriant amèrement, et j'ai embarqué dans la voiture avec Rip-chan.
Et quand j'ai sorti la tête de la voiture partie à nous deux, j'ai vu Martha-san et Goza-san qui nous faisaient signe à l'entrée de Hanrud.
« Jijii ! Baabaa ! À plus ! »
« Merci beaucoup ! »
J'ai crié vers elles qui devenaient toutes petites.
Comme ça, ce retour au pays à la place de mon vieux, qui n'a été que problèmes, s'est terminé sans encombre grâce à l'accueil avec la cuisine au goût subtil de mon vieux.
... Tiens, c'était un retour au pays, ça !