Elle s'élance en frappant l'eau comme pour la repousser.
La vitesse est élevée, mais pas autant que la course sur terre.
Car nous sommes sous l'eau, et je suis à l'origine une bête qui court sur le sol.
« Division de bête à queues, "Futaba" ! »
Je fais circuler ma puissance magique dans l'une de mes quatre queues pour créer un clone.
La puissance magique donnée au clone créé est minimale, de quoi disparaître en un tout petit instant.
Mais ce laps de temps suffit amplement. Le clone me propulse fermement.
…… S'il n'y a pas d'appui, il suffit d'en créer un, non ?
L'ingéniosité est importante.
Je suis une bête-renarde. En manipulant des clones, je peux accomplir seule ce qui est impossible à une seule personne.
Laissant derrière moi le clone qui se fond dans l'eau pour disparaître, j'accélère d'un coup et poursuis ma route sous l'eau. Non pas en fendant le vent, mais en tranchant le courant marin ; non pas en courant sur la terre, mais en galopant dans les fonds marins.
L'eau est plus lourde et plus collante que l'air, mais une fois la vitesse lancée, c'est comme d'habitude. Je suis assurément une chasseuse.
« Je l'ai attrapée…… »
Dépassant la vitesse de la cible, ma main l'atteint.
La proie dans ma main se débat vigoureusement, mais c'est une résistance vaine puisque je l'ai déjà capturée. Il suffit d'enfoncer mes griffes acérées, propre aux bêtes-humaines, à l'endroit adéquat pour qu'elle se taise.
« …… Comme je pensais, cette méthode est plus propre que la magie de vent. »
J'ai déjà confirmé que la magie fonctionne même sous l'eau. Bien que nous soyons sous l'eau, grâce au pouvoir de la reine Kutîra, nous pouvons parler sous l'eau. Tant qu'on peut parler, on peut utiliser la magie.
Pas seulement la magie de vent, mais aussi la magie de feu. Le fait de pouvoir respirer aussi, d'ailleurs ; on ne peut décrire cet espace que comme mystérieux.
« De la magie d'eau à grande échelle…… ? Ou l'effet d'un outil magique ? »
Dans un cas comme dans l'autre, manipuler une puissance de cette envergure doit demander un effort considérable. Il se peut que Kutîra-san, ne serait-ce qu'en puissance magique, rivalise avec ma mère.
Cette ville où je passe depuis quelques jours est paisible où que l'on aille, et semble fonctionner en tant que ville à part entière, sans rien envier aux grandes cités de la République comme Sakura-zaka ou Sakura-no-miya.
La différence avec la surface, c'est qu'on y croise autant de gens qui marchent que de gens qui nagent, et les passants ne sont que des hommes-poissons — des kaijin.
« Renard-feu, feu-follet. »
Je fais rouler dans ma paume un sort de feu à puissance réduite, au lieu de le lancer. C'est paresseux, mais il suffit ensuite de l'approcher pour une cuisson sommaire.
Le poisson n'étant pas très gros, il cuit en peu de temps. En augmentant légèrement la chaleur à la fin pour le saisir, c'est prêt.
Malgré l'eau, une bonne odeur flotte, et mon ventre grogne longuement.
« …… C'est cuit, Risheru-san. »
Réprimant la faim que réclame mon corps, je lance le poisson grillé à Risheru-san.
Non pas dans les airs, mais dans l'eau, le poisson grillé nage à vitesse modérée, pour être finalement saisi par des doigts bruns.
« — »
Ce sont sans doute des mots de remerciement. Risheru-san, qui s'incline avec déférence, commence à manger délicatement, comme si elle embrassait le poisson grillé.
La voir savourer lentement une bouchée et faire un visage si heureux m'inspire honnêtement un peu d'envie, mais je l'endure. Le prochain sera ma part.
« Cela dit, jusqu'à quand devrons-nous rester ici ? »
Honnêtement, j'aime bien l'aspect de cette ville sous-marine.
On peut à la fois nager et marcher, la sécurité n'est pas mauvaise. Les gens avec qui on interagit sont gentils et c'est amusant. Surtout, les poissons sont à volonté, à manger à volonté.
Pourtant, nous ne devrions pas rester ici.
Risheru-san mange le poisson avec appétit pour l'instant, mais je sais bien qu'en réalité, ce n'est pas le moment pour ça.
…… Elle a l'air seule.
On le comprend même sans partager la langue.
Il y a quelqu'un qu'elle veut voir, mais elle ne peut pas aller la rencontrer. Cette frustration transparaît juste un peu. Même sans échanger de mots, on le devine à l'atmosphère et à l'expression.
C'est pour ça que je veux la renvoyer vite, et si ça peut ne serait-ce qu'un peu adoucir ses sentiments, je lui ferais manger autant de poisson qu'elle veut.
« Ou plutôt, ce que je peux faire maintenant se résume à ça, non ? »
Pour une raison que j'ignore, Kutîra-san nous a invités en tant qu'invités dans cette ville, mais ne cherche pas à nous laisser partir.
Sur ce point, Zeno-san est censé négocier, donc je n'ai d'autre choix que d'attendre.
J'aimerais pouvoir aider d'une façon ou d'une autre, mais tout ce que je peux faire maintenant, c'est au mieux soulager un peu l'inquiétude de Risheru-san comme ça.
« — »
« Ah…… non, Risheru-san. Ne vous en faites pas. J'en attraperai un autre ! »
J'ai dû faire une mine soucieuse sans m'en rendre compte. Risheru-san me regardait de près avec un air inquiet.
Même sans mots communs, des choses se transmettent. C'est valable pour moi comme pour Risheru-san.
Répondant par un sourire pour ne pas l'inquiéter, je frappe à nouveau le sol de pierre.