Puis elle désigna d’un geste l’entrée du terminale de l’aéroport. « Capitaine Felix, veuillez me suivre. Je vous conduit au Drop, où certains de vos coéquipiers se sont déjà rassemblés. »
« Merci. »
Felix cessa de jeter des coups d’œil autour de lui et la suivit dans le terminal à moitié vide. Seuls le personnel et des robots en activité y encombraient les lieux.
Après avoir passé le contrôle de sécurité, ils sortirent de l’aéroport et gagnèrent une voiture volante qui les attendait déjà.
À peine Felix fut-il installé sur la banquette arrière que sa guide l’interrogea : « Souhaitez-vous avancer doucement pour observer les alentours ? »
Felix acquiesça d’un signe de tête et entrouvrit la vitre.
Dès qu’il aperçut l’atmosphère apaisante et l’air pur de l’île, toujours intacts malgré le développement immobilier qui avait déjà investi la moitié du territoire, un sourire satisfait étira ses traits.
Il avait toujours aimé la nature, les espaces ouverts et l’air frais.
Grâce aux technologies avancées employées, qui ne dépendaient pas de ressources polluantes, cette île tenait toutes ses promesses à cet égard.
Selon lui, tout fonctionnait à l’électricité, probablement générée par des piles nucléaires miniaturisées.
Chaque pile pourrait théoriquement alimenter l’île entière pendant des décennies, si la consommation se limitait à éclairer les bâtiments, recharger les véhicules et consorts.
Si ces accumulateurs pouvaient sembler stupéfiants et coûteux, leur principe reposait en réalité sur une technologie nucléaire datant d’au moins plusieurs centaines de milliers d’années.
Sans même parler de la race des Métaux, dont on ignorait quelles sources énergétiques elle utilisait, il suffisait que les planètes les plus avancées du royaume d’Alexandre eussent réduit ces piles au rang de simple solution de secours pour comprendre le fossé technologique.
Autrement dit, la fabrication de ces batteries, voire même la construction de centrales nucléaires, n’était pas véritablement interdite comme la majorité des autres procédés.
Si l’Organisation ESG était disposée à débourser, elle pourrait aisément acquérir ces brevets et mettre fin aux alertes climatiques ainsi qu’aux multiples menaces pesant sur la vie des citoyens.
Toutefois, Felix savait que l’Organisation ESG n’avait nullement l’intention d’y consacrer tous ses moyens. S’ils adoptaient cette technologie dépassée, ils seraient contraints de la remplacer rapidement par quelque chose de supérieur.
Ils voulaient partir directement du sommet de l’arbre technologique pour ne plus jamais avoir à courir après les autres civilisations.
C’est pourquoi, bien qu’une année et demie se soit écoulée depuis l’invitation, la planète ne montrait guère de progrès technologique tangible.
Felix comprenait que l’Organisation ESG misait tout sur l’équipe terrienne pour accélérer ce processus !
Pourquoi ? Parce que la récompense offerte par la victoire à un Jeu Planétaire était un vœu capable d’influencer toute la planète !!
Alors que lors des compétitions individuelles, un joueur pouvait formuler un souhait limité clairement par son rang, le JSP appliquait exactement le même concept, mais en faisant de la planète elle-même la cible du vœu.
Par exemple, si l’équipe terrienne remportait la première manche, le vœu pourrait consister en une forte réduction pour l’acquisition de substances médicales, de potions, de véhicules, de vaisseaux spatiaux, de signaux pour les tours de RVU… etc.
Dans l’autre sens, ils pourraient purement et simplement demander l’accès aux technologies restreintes de l’Alliance, qu’il s’agisse des secteurs militaire, médical, minier, spatial ou bien d’autres encore.
Felix se souvenait encore du premier choix du Conseil lorsqu’ils avaient de justesse remporté leur troisième match : obtenir les plans de la Tour de Surveillance Lunaire.
Sans la poussée de la Gama Organization qui sévissait alors sur la planète, le Conseil aurait peut-être opté pour un vœu plus utile.
Pourtant, ils n’eurent pas le choix que de réclamer cette tour, car elle seule leur permettait de scanner le sol planétaire à la recherche d’un vaisseau spatial de grande taille.
Désespérés, ils cherchaient obstinément les coordonnées du vaisseau de la Gama.
Leur premier match imposant des restrictions, le vœu resta plutôt modeste.
Ils n’obtinrent qu’un plan de génération moyenne et durent encore racheter les matériaux et engager la main-d’œuvre nécessaire à sa construction.
Personne ne se plaignait pourtant, car sans la plateforme du JSP, les Terriens n’y auraient probablement jamais accédé avant des siècles.
Le meilleur dans tout ça, c’était l’absence de limites !
Enfin, ils ne pourraient pas souhaiter une figure quelconque issue de la base de données restreinte de l’Alliance, même si leur vœu valait amplement pour l’obtenir.
Cela s’expliquait par le fait que la Terre était membre à part entière de l’Alliance et soumise à ses règles, tout comme n’importe quel autre membre.
Par conséquent, aucun autre membre ne pouvait interférer avec leur vœu ni l’empêcher de se réaliser, surtout avec l’intervention impartiale de la Reine IA !
Ces situations d’abus n’avaient pas été totalement éradiquées, mais elles étaient réduites au strict minimum sous la surveillance de la Reine.
En d’autres termes, la Terre n’était peut-être actuellement qu’une simple poussière au sein du corps béhémoth de l’Alliance, laquelle regroupait la majorité des races de l’Univers.
Mais elle possédait ses propres droits, tout comme chaque membre de l’Alliance ! Qu’elle soit au sommet ou en bas de l’échelle, comme eux !
Cependant, l’Alliance n’avait pas envoyé d’invitation parce qu’elle manquait désespérément de membres ou pour une raison semblable.
Elle le faisait pour leur offrir une réelle chance de se battre pour leur survie, au lieu d’être envahis et broyés dès le départ par manque d’avancement technologique.
Les Jeux de Suprématie Planétaires étaient évidemment la plateforme destinée à les voir prouver leur valeur et s’élever au-dessus des autres membres de l’Alliance !
L’Organisation ESG et le Conseil n’avaient pas investi tout cela dans l’équipe pour rien !
Ils l’avaient fait parce qu’ils savaient que l’existence même de la planète et la liberté de ses citoyens dépendaient des résultats obtenus par leur équipe représentative !
À défaut de quoi, Felix et le reste de l’équipe mondiale n’auraient pas reçu ces nano-suits, ni été transférés immédiatement sur l’île juste après l’attentat visant Felix.
L’Organisation ESG savait qu’elle ne pouvait se permettre de perdre le moindre de ses éléments forts quelques mois seulement avant le premier match.
En attendant, les membres de l’équipe résidant dans les pays voisins de l’île l’avaient déjà atteinte plusieurs heures plus tôt et patientaient pour que tout le monde soit réuni.
...
Vingt minutes plus tard…
La voiture volante avait encore réduit sa vitesse en approchant du bâtiment scellé en matériau transparent.
« Donc voici le Drop ? » murmura Felix en observant de près l’immense structure.
Au cours du trajet, on lui avait appris que ce bâtiment portait le nom de Drop et avait été conçu par un hors-natif moyennement connu dans la Réalité Virtuelle Universelle.
Le design était en vérité merveilleux, car ce matériau transparent permettait aux extérieurs de voir à l’intérieur et aux intérieurs de regarder vers l’extérieur.
Et ce contrôle était modulable !
Il suffisait d’une requête simple adressée à l’IA pour que la paroi devienne blanche comme du lait à l’extérieur, empêchant toute curiosité indésirable.
De cette façon, chacun au quartier général bénéficiait de la lumière naturelle et de la beauté de la forêt environnante, tout en gardant un contrôle total sur sa confidentialité.
De plus, les matériaux utilisés pour sa construction étaient assez résistants pour résister aux armes laser et même dissiper des impacts nucléaires !
Ainsi, il servait de seconde ligne de défense à l’équipe.
« Suivez-moi, capitaine. » La jeune fille sourit poliment à Felix tout en ouvrant la porte.
Après être sortie, elle ne marcha pas directement vers le bâtiment, qui restait à distance, mais posa plutôt le pied sur une plateforme carrée, noire, contrastant avec le sol blanc.
'Oh ? Ils ont même ajouté des plateformes flottantes ?'
Sans attendre d’instruction, Felix gagna aussitôt un autre carré noir et s’y plaça. Puis il se tourna vers la jeune fille. « Quelle est la séquence d’activation ? »
« Le capitaine est vraiment très informé. » La jeune fille le complimenta avec un sourire charmeur, tandis qu’elle tapotait rapidement cinq fois du talon au centre de la plateforme.
Immédiatement, la plateforme noire s’éleva d’un demi-mètre au-dessus du sol et maintint sa position silencieusement.
Felix imita le geste et sa propre plateforme monta à la même hauteur. Voyant cela, la jeune fille tapa une fois devant elle, et une barre pliée noire apparut lentement à l’endroit exact de son toucher.
Elle continua de se déplier jusqu’à atteindre la taille de la jeune fille. Puis, à son extrémité supérieure, elle s’écarta sur les deux côtés pour former des poignées évoquant celles d’un scooter.
La jeune fille appuya sur un bouton vert et son bracelet se connecta à la plateforme.
Cette liaison permettait désormais à la Reine de piloter la machine, ce qui se traduisait par une intégration totale au mental de la jeune fille.
Felix fit de même et demanda à la Reine de le transporter vers le bâtiment à vitesse modérée.
En route, il ne put s’empêcher de remarquer que la plupart des employés, aussi bien à proximité qu’à l’intérieur du bâtiment, utilisaient ces plateformes plutôt que de marcher.
Elles filaient vite, car ils atteignirent le mur transparent du bâtiment en quelques secondes seulement.
La jeune fille précéda Felix et orienta l’écran de son bracelet vers le mur. Aussitôt, une lumière bleu ciel l’illumina brièvement avant de se retirer. Une section du mur glissa alors latéralement, ouvrant le passage à eux deux.
Cependant, la jeune fille resta immobile et fit signe à Felix de faire pareil.
« Capitaine Felix, vous ne pouvez pas pénétrer dans le bâtiment avec moi sans autorisation préalable. » Avant que Felix n’ouvre la bouche, la jeune fille précisa : « M. Rodrigas a déjà relié votre identifiant RVU à l’IA du lieu. En tant que capitaine, vous disposez de droits de contrôle sur le bâtiment, certes inférieurs à ceux de l’IA et de M. Rodrigas. »
« Oh ? Pas mal du tout. » Satisfait, Felix esquissa un léger sourire tout en tendant son bracelet vers la paroi.
Après avoir été balayé par la même lumière bleue, la Reine informa Felix que son bracelet venait d’être appairé au bâtiment et que le niveau de sécurité 5 lui était attribué.
« Souhaitez-vous une explication concernant votre niveau de contrôle dans le bâtiment ? » demanda la Reine.
« Donne-moi seulement les points essentiels. » répondit Felix en rattrapant la jeune fille qui venait de franchir l’entrée.
« Vous êtes autorisé à entrer dans 99 % des bâtiments, vous pouvez octroyer l’accès à des personnes non autorisées et, enfin, vous pouvez contrôler la transparence des murs. »
« Superbe. » Felix arbora un large sourire en entendant ce dernier niveau d’accès.