Malheureusement pour Felix, il dut couper la vidéo court et partir plus tôt que prévu, son énergie frôlant un niveau dangereusement bas.
Pourtant, il était plus que satisfait de ce qu'il avait obtenu.
Sans créer le moindre drame inutile, il s'envola loin de la ville et mit le cap sur la cité la plus proche.
Il devait emprunter un moyen de transport s'il voulait regagner la capitale au plus vite.
...
De retour à la capitale, Felix réactiva sa capacité d'invisibilité et se rendit au bureau de Miss Sanae.
« Bienvenue, des résultats ? » demanda Miss Sanae en s'affalant sur le canapé, les yeux rivés sur la télé, une tripotée de paquets de grignotines ouverts sur la table.
Pendant ce temps, Karra, le petit Timmy et Sekiro étaient assis par terre à côté d'elle.
« Vous n'avez pas du boulot ? » Les paupières de Felix tressaillirent, sachant qu'il restait encore neuf dossiers à boucler.
« J'attends que mes gens me reviennent. » Miss Sanae répondit en croquant des chips.
« C'est comme ça que vous gérez ? Vous attendez que les réponses vous tombent tout cuites dans le bec. » Felix ne fut guère convaincu par son excuse.
« Petit c*n, t'as pas encore pigé que le taf de détective, c'est pas facile et que ça demande de la patience ? »
« Ah bon ? »
Felix sortit son appareil et fit apparaître une vidéo holographique.
« Hein ? HEIN ?!! »
Au début, Miss Sanae n'y prêta pas plus attention que ça, jusqu'à ce qu'elle réalise que les personnages principaux de l'enregistrement étaient Sir Azravan et Mr Zinnar !
« C'est vrai ? »
Elle se redressa illico et colla son visage à l'enregistrement, yeux écarquillés, cherchant désespérément la moindre faille pour en contester la légitimité.
Ce n'était pas par méchanceté... Elle arrivait simplement pas à concevoir comment Felix avait pu mettre la main sur un enregistrement aussi accablant !
« Autant que possible. » l'assura Felix.
« Mais comment ? Justement, comment ? Ni Azravan ni Zinnar ne sont assez cons pour tenir leurs conversations à découvert comme ça ! Et comment as-tu pu les filmer d'aussi près sans qu'aucun des deux ne te repère ? C'est eux qui ont filmé la vidéo et tu l'as volée, c'est ça ? Mais qu'est-ce qui se passe, bordel ?! »
Miss Sanae mit la vidéo sur pause, incapable de se concentrer sur son contenu.
Qui pouvait lui en vouloir ? Sa concentration était en miettes et ses émotions plongées dans un chaos total face aux implications choquantes derrière cette vidéo !
Hélas... Felix n'avait pas l'intention de lever sa confusion.
« Disons que j'ai mes méthodes, » dit Felix avec indifférence.
« Des méthodes ? DES MÉTHODES ? C'EST RIEN DE MOINS QU'UN MIRACLE ! » Miss Sanae s'agita encore plus face à son silence, incapable d'accepter d'ignorer la méthode de Felix.
« C'est pour ça qu'il voulait pas m'emmener avec lui ? »
Sekiro en était certain à présent : il n'aurait été qu'un boulet s'il avait accompagné Felix.
« Laisse tomber, je dirai rien. » Felix changea de sujet en relançant la vidéo depuis le début. « Regardez et écoutez bien, on a de quoi faire bien plus que lui pourrir la vie. »
Même si Miss Sanae n'apprécia guère le secret de Felix, elle le considérant toujours comme son serviteur, elle lâcha l'affaire pour l'instant et l'écouta.
Après une heure passée à visionner la vidéo jusqu'à la fin, tout le monde resta coi, l'air hébété.
Le fruit, l'évolution, l'arnaque, tout était étalé au grand jour et même un idiot aurait pu conclure que cette preuve était un fusil à double canon !
« Ça... Je sais pas comment t'as fait, mais si on balance ça au tribunal, Azravan se fait jeter hors du plan céleste dès demain ! » s'exclama Sekiro sur un ton extatique.
« J'ai un autre plan en tête que de le poursuivre. » Felix secoua la tête.
« Quoi ? Tu l'as pris la main dans le sac à vendre des bêtes communes évoluées sans en informer ses clients au préalable. Ça suffit pour gagner le procès et récupérer 50 % de la totalité de ses actifs comme récompense pour le bureau. » Sekiro était perplexe.
« Kikiki, Sekiro, ta vision est trop étriquée. » Miss Sanae grimaça diaboliquement. « Ce que ton doux maître angélique veut dire, c'est : pourquoi se faire chier à le poursuivre et filer 50 % de ses actifs au gouvernement quand on peut le faire chanter pour le traire jusqu'à la moelle ? »
Felix se contenta de claquer des doigts et de pointer Miss Sanae du doigt pour valider son plan.
Il savait que quand il s'agissait de profits et de gains, ils étaient des âmes sœurs, car pas moyen que Miss Sanae agisse dans les règles avec un tel fusil entre les mains.
« Au lieu de tendre le fusil au tribunal, autant le braquer nous-mêmes sur Azravan, » dit Felix avec indifférence.
« Mais... Et Emeric ? » s'enquit Karra d'une voix douce, leur rappelant que cette affaire avait été présentée à l'origine par le serviteur qui voulait sa liberté.
« Sa situation se règle facile, y'a pas moyen qu'Azravan refuse de libérer son serviteur si on lui ordonne. » Miss Sanae ricana sinistrement, « Vous avez aucune idée de ce que les esprits sont prêts à faire pour éviter de se faire virer du plan céleste. »
Même les esprits sombres aux vies déprimées font tout leur possible pour rester à flot sur le plan.
Alors ne parlons même pas de l'un des marchands de bêtes les plus connus du plan, dont la réputation grimpait en flèche jour après jour.
Ainsi, Felix et Miss Sanae s'assirent et préparèrent la meilleure approche pour tirer le maximum d'Azravan.
Quand ils eurent fini de planifier, minuit avait déjà sonné.
« Je suppose qu'il devrait être rentré maintenant. » Felix regarda sa maître et dit : « On y va ? »
« Pas la peine d'y aller, il viendra de lui-même. » Miss Sanae grimaça, « J'ai son numéro, moi. »
Sans la moindre hésitation, Miss Sanae rédigea un court mail et y joignit un extrait de cinq secondes de la vidéo... Puis elle l'envoya à Sir Azravan.
« Maintenant, on attend. » dit-elle en zappant sur la télé et en continuant de boulotter ses grignotines.
« Mets un truc bien. » Felix la rejoignit avec la même attitude cool.
...
Pendant ce temps, au dernier étage de la Boutique de Bêtes Spirituelles, Sir Azravan était visible, se réveillant l'air hébété après avoir entendu son appareil bipper.
« Qui m'emmerde à cette heure tardive ? » Mécontent, il choppa son appareil en cristal et jeta un œil à la notification, voyant qu'il avait reçu un nouveau mail.
Quand il perçut le nom de l'expéditeur, son mécontentement monta d'un cran. « Qu'est-ce que cette tarée insupportable me veut ? »
Bien que la majorité des propriétaires d'entreprises et des criminels du milieu détestent Miss Sanae de tout leur cœur, ils gardaient quand même contact avec elle, sachant qu'un jour viendrait où ils auraient besoin de ses services.
Sans plus attendre, Sir Azravan ouvrit le mail qui ne contenait qu'une seule phrase rédigée ainsi.
-Après avoir visionné l'extracte, viens me voir tout de suite. :) :) -
Les paupières de Sir Azravan tressaillirent d'agacement face à son arrogance, mais la curiosité l'emporta et il appuya sur la pièce jointe.
La première chose qui apparut fut son visage ultra, ultra-haute-
définition, en train de célébrer avec excitation aux côtés de Mr Zinnar et de ses serviteurs, tandis qu'un lion aux ailes cramoisies dormait devant eux.
« ... »
Les yeux écarquillés de Sir Azravan restèrent collés à l'écran, chaque once de couleur drainée de son visage une fois l'extracte terminé.
Ce n'était que cinq secondes, mais il eut l'impression de le regarder pour l'éternité.
« Im.. Im.. Impo..ssible. »
De la sueur froide se forma sur son front, son cœur cognant si violemment qu'il menaçait de jaillir de sa poitrine.
Les fondations mêmes de ses croyances et du monde qu'il avait réalisés semblaient se briser... Une sensation glaciale de peur l'étreignit, son souffle devenant saccagé et superficiel.
L'incrédulité troubla son regard, le rendant grand et vulnérable, comme s'il cherchait désespérément un quelconque indice de falsification ou de tromperie dans la vidéo après l'avoir rejouée plus de dix fois.
Hélas, chaque fois qu'elle se terminait, il ne lui restait qu'un sentiment de désespoir absolu le griffant jusqu'à l'abîme tandis que le poids des conséquences potentielles pesait lourdement sur son âme !
La pièce lui parut étouffante, et les murs semblèrent se refermer sur lui alors que l'ampleur de ce qu'il venait de voir commençait à s'installer.
Au terme de sa crise émotionnelle, une seule pensée demeura dans son esprit.
« Je suis f*utru ! »