Plus qu'ailleurs, c'est l'absence quasi totale de frappes orbitales lors des assauts au sol des Orques Peaux-Vertes qui déconcertait. Dans tous les appels à l'aide, on insistait sur ce point : malgré le nombre colossal de forces en présence et la férocité de leur offensive, qui surprit les défenses et causa d'énormes dégâts, les assaillants encaissaient remarquablement peu de tirs venant de l'espace.
Sur les planètes du Secteur Stellaire Iron Pass, les systèmes de défense orbitale étaient pour la plupart encore opérationnels ; certains ports spatiaux n'avaient même pas cédé.
Il était absurde de supposer que les Orques Peaux-Vertes éprouvaient de la pitié.
La pitié n'était dans leur vocabulaire.
Où donc s'était écoulée cette immense flotte orque ?
La réponse tombait sous le sens : soit la Flotte du Nord avait résisté et, bien que coupée du reste, retenait encore un gros contingent de vaisseaux orques quelque part ; soit un second groupe se lançait à la poursuite de la Flotte Yunluo, s'enfonçant toujours plus avant dans le Domaine Stellaire Dragonhawk.
Rien n'interdisait non plus qu'un détachement important virât capter le Secteur Stellaire Aigle-Cheval.
Dans ce scénario, Steel Wing pourrait-elle résister pendant quarante-cinq jours ?
Et encore, ces quarante-cinq jours indiqués par Gu Hang correspondaient seulement au délai avant le déploiement des forces alliées. Même en mobilisant les troupes au plus proche du Système Stellaire Fatches, il faudrait effectuer cinq bonds à travers les tunnels du Royaume Stellaire pour joindre Steel Wing, soit au minimum quinze jours de route.
Attendre l'arrivée des renforts principaux risquait fort de porter cette attente à soixante jours.
Pourtant, à force d'échanger en tête-à-tête avec Gu Hang, son air serein finit par convaincre Tilermungs : il n'y avait effectivement aucune marge de manœuvre. C'était déjà le délai maximal pour que l'Alliance lève l'ensemble de ses contingents et lance la mobilisation avant le départ.
Impossible d'espérer un transfert immédiat : déplacer une telle armada aurait provoqué des goulets d'étranglement logistiques. Cent millions de fantassins sur place ne suffiraient pas à eux seuls ; il leur fallut des équipements lourds, des stocks infinis de munitions, de vivres et tout un lot de matériel logistique indispensable.
Au fond, on ne dépêchait pas des soldats mourir : on les envoyait combattre.
Et Gu Hang faisait preuve d'une franchise absolue.
L'avant-garde spatiale était déjà partie.
Vingt cargo spatial y participaient, couverts par des remorqueurs marchands lourdement armés. Leur cargaison, essentiellement constituée d'armements, de munitions et de provisions, visait à gonfler les stocks de Steel Wing et à préparer le déploiement des forces régulières.
Mais le plus précieux pour la Flotte Tianma parmi ce convoi, c'était l'équipe technique embarquée et les pièces critiques de remplacement.
Elles étaient vitales pour la flotte.
Six ans de conflit permanent finissent toujours par laisser des traces. Malgré les interventions basiques assurées dans le Secteur Stellaire Iron Pass, l'usure des coques et des mécanismes était inévitable.
Le déversement de techniciens spécialisés permettrait de remplacer les pièces trop usées et redonnerait un souffle nouveau à l'ensemble de la flotte.
En jetant un œil au personnel technique, Tilermungs reconnut même plusieurs visages connus.
Des vétérans du chantier naval de l'Étoile Aile Volante. Cette révélation scella ses convictions : Gu Hang agissait avec franchise, tout en conservant rigueur stratégique et bon sens.
Cela ne dissipa cependant nullement son angoisse.
Les dernières reconnaissances confirmaient son intuition : loin de couvrir l'assaut au sol, la flotte peau-verte persistait à concentrer ses effectifs, propageant l'embrasement à travers tout le Domaine Stellaire Dragonhawk.
Un premier groupe s'était déjà immiscé dans le système stellaire de Temir, dans le Secteur Iron Pass.
Là-bas, trois mondes relevaient directement de l'Empire. La flotte orque y avait lâché une rafale de bombes, pulvérisé des batteries orbitales, largué des bataillons d'invasion, puis filé vers l'ouest.
Leur prochain objectif visait le Secteur Aigle-Cheval.
Le tunnel du Royaume Stellaire reliant Temir débouchait directement sur Steel Wing.
Il ne faisait plus aucun doute : le rival tant attendu de Tilermungs venait de franchir le seuil.
Dès qu'il apprit le transit d'une flotte orque en provenance de Temir, il mit en œuvre son plan de bataille conçu à l'avance : il dépêcha le gros des vaisseaux Tianma au point de saut du système afin d'y tendre une embuscade.
Comme anticipé, les deux flottes s'affrontèrent dès le point de saut.
Si la marine Tianma cherchait à les coincer, les Peaux-Vertes s'y attendaient aussi. À la guerre, ces êtres paraissent brutaux, impulsifs et barbares, acharnés dans la bagarre, mais ils cache une ruse froide et un sens tactique rare.
Les coincer par surprise s'annonçait donc rude.
Ce qui expliqua pourquoi cet affrontement, prévu des deux côtés, fut bref mais sanglant.
Habitué au jeu spatial, Tilermungs avait calculé le point d'apparition des navires ennemis à la seconde près. Les batteries étaient déjà chargées, prêtes à vomir une pluie de projectiles dès que les silhouettes orques se dessineront.
La première vague orque sortit du saut, massive. Conscients d'un potentiel piège, les ennemis activèrent aussitôt leurs boucliers vert sombre et verrouillèrent leurs armes.
Mais la réaction de la marine humaine fut implacable, leur infligeant un revers brutal.
Harcelés par des faisceaux coordonnés, une flopée de navires sautèrent littéralement sous l'impact, leurs boucliers n'ayant pas eu le temps de saturer.
Dans l'échange, la flotte orque, fraîchement sortie du trou d'espace, peinait à riposter correctement, malgré des ordres de feu pressants.
L'inertie des vaisseaux orques, bloquée à leur vitesse post-saut, constitua la faille exploiter par Tilermungs. Tandis que la marine ennemie tentait d'avancer, les Tianma passèrent en biais et décriront une courbe pour encercler les Peaux-Vertes, annihilant une grande partie de leur couverture de tir et accordant un net avantage aux défenseurs.
Après une douzaine d'échanges, quinze navires orques, quel que soit leur tonnage, étaient réduits à l'état de ferraille spatiale. De l'autre côté, la marine humaine ne comptait qu'un escorteur perdu, sortant miraculeusement indemne.
La victoire ne faisait aucun doute.
Mais au lieu de poursuivre, la flotte humaine amorça une retraite immédiate.
Avant l'engagement, Tilermungs nourrissait encore l'espoir secret que ce premier détachement, faible et maladroit, permette d'obtenir un succès majeur, voire d'anéantir carrément les assaillants sur place.
Décrocher une victoire nette, même face à la supériorité numérique future du clan Dent-de-Fer, aurait permis de soulager le front et retarder l'effondrement.
Mais la réalité finit toujours par rattraper les illusions.
Les compteurs affichaient déjà plus de trois cents navires orques surgissant du trou d'espace, et rien n'annonçait une fin proche.
Même si les vaisseaux Tianma surpassaient largement en technologie et en robustesse les coques orques, ils n'étaient pas plus d'une centaine.
L'écrasante disproportion des effectifs demeurait flagrante.
Tenir l'avantage du premier engagement garantirait quelques beaux succès, mais l'anéantissement complet restait hors de portée. Avec le temps, une fois les orques stabilisés, cet avantage s'effacerait, laissant place à un match de force pure.
À l'issue de cet exode, les chances de succès des Tianma chuteront à trente pour cent tout au plus.
Certes, la force ennemie visible n'était qu'un avant-poste de la véritable armée orque, et une victoire ici serait symbolique...
Mais engager toute la flotte Tianma pour treize chances sur cent ?
Tilermungs n'avait rien d'un suicidaire.
Après avoir arraché quinze prises à l'ennemi, il était temps de battre en retraite vers Steel Wing.
Là-bas, un dispositif orbital complet et un réseau dense d'artillerie anti-fusée attendraient les orques, offrant un terrain idéal pour la décision finale.
Je suis allé voir mes parents aujourd'hui pour le Nouvel An avant de rentrer chez moi. Il était déjà tard quand je me suis couché...
Je ferai en sorte de vous rattraper avec des chapitres supplémentaires demain !
Vous imaginez bien que si je ne me hâte pas de combler ce retard, je risque de m'engouffrer dans les corrections jusqu'en juin...