Yassago accepta tacitement les conditions de Gu Hang, et Janviers emboîta le pas aussitôt.
Quand l'information selon laquelle les deux marquis étaient stabilisés parvint à ses oreilles, Gu Hang ne put réprimer un léger sourire.
S'ils avaient réellement foncé depuis le sud, quelles qu'en aient été les conséquences, ça aurait posé problème. La pression sur la 2e Division aurait alors été considérable.
Cela était bien plus avantageux désormais.
Il transmit ces renseignements à Perbov, qui donna aussitôt l'ordre d'attaquer.
En sachant que les deux marquis étaient tirés d'affaire, Perbov se sentait soulagé d'un lourd fardeau.
Le délai pris avant l'offensive ne tenait pas seulement à l'attente des nouvelles venues du sud, mais aussi au déchargement en cours de renforts en munitions.
Les navettes effectuant la liaison entre les vaisseaux-mères et le sol ne cessaient de passer.
Pour privilégier la vitesse de mise à terre des troupes, les stocks initiaux de munitions et de ravitaillement étaient limités. Heureusement qu'ils n'avaient pas encore affronté une intense contre-attaque, sinon ceux de la Force Expéditionnaire auraient pu être vite épuisés.
Désormais débarrassé de cet obstacle, Perbov pouvait lancer sa furieuse offensive l'esprit tranquille.
Cette offensive visait deux objectifs prioritaires.
Le premier, et non le moindre, concernait les personnalités clés que étaient Nes Luman et Gu Ming.
Le second visait les batteries antiaériennes spatiales disséminées à travers la Ville de la Pince.
L'assaut se déroula avec une relative facilité.
Les contingents venus de l'est et de l'ouest percèrent quasi simultanément la première ligne de défense de la Ville de la Pince, s'y infiltrèrent et plongèrent dans des combats de rue.
En théorie, l'urbanisation rend les engagements particulièrement ardus. Bien que les chars conservent leur utilité une fois en milieu urbain, leur efficacité y perd beaucoup par rapport aux champs de bataille découverts.
Or, en pratique, la première ligne de défense royale, basée sur les remparts et les portes fortifiées, n'avait tenu qu'un jour et une nuit. Dès le passage aux rues, leur dispositif s'effondra lamentablement.
On n'eut pas droit au carnat prévu, fait de bâtiments à prendre coûte que coûte après chaque échange de tirs. L'avancée de l'Armée de l'Alliance fut fulgurante.
C'est alors que deux autres événements vinrent perturber le cours de la journée.
D'une part, nombreux furent ceux à apercevoir quelques vaisseaux filer à basse altitude vers le domaine royal de la Ville de la Pince.
Pas besoin d'être devin pour comprendre qu'il s'agissait de la flotte commandée par Gu Ming, probablement venue extraire Gu Ming dans l'espace.
Mais alors que Perbov s'apprêtait à demander à ses batteries d'intercepter les intrus, les canons antiaériens de la Ville de la Pince ouvrirent le feu les premiers.
Ces quelques vaisseaux furent abattus sur le champ ! Explorez des histoires sur Empire
Peu après, les éclaireurs signalèrent des échanges de tirs provenant du cœur même du complexe royal dans la ville centrale. L'ennemi semblait tourner en armes les uns contre les autres.
Ayant entendu le rapport, et faisant le lien avec l'abattage précédent des vaisseaux de Gu Ming, Perbov, aussi tardif fût-il, cerna rapidement la situation.
Ce conflit s'acheminait vraisemblablement vers son terme.
Il ne savait trop que penser.
Fallait-il se réjouir de voir ses hommes échapper à un nouveau bain de sang, ou regretter que les décorations promettaient de ne plus tomber ?
Quoi qu'il en fût, la conduite à tenir ne relevait pas de son grade. Il se contenta donc d'instruire ses troupes de poursuivre l'objectif initial, tout en modulant leur approche pour limiter les pertes, et informa aussitôt le Gouverneur de la situation.
Il ne tarda pas à recevoir en retour l'ordre précis du Gouverneur de figer ses positions et d'attendre la suite des évènements.
Une demi-journée plus tard, un contingent complètement démuni fit irruption hors du palais royal et capitula face à l'Alliance.
À leur tête marchait un homme mûr, large d'épaules, le torse nu et les poignets noués par un lien improvisé.
Ses traits figuraient déjà sur plusieurs portraits et clichés qu'avait consultés Perbov : il reconnaissait le souverain du Royaume Luman, Nes Luman.
Juste à côté se trouvait un second individu, manifestement paniqué et la gueule bâillonnée.
À peine demie-journée passée, Gu Hang, installé dans le camp avancé hors des murs, reçut en audience Gu Ming et Nes Luman.
Sans daigner jeter un coup d'œil à son oncle, ligoté, roué de coups et se tortillant au sol la bouche close, Gu Hang fixa son attention sur Nes Luman.
Torse nu, ligoté de son propre chef et arborant même un fouet dans le dos…
Tiens tiens, une nouvelle prouesse à la Guttara ? Offrir sa peau en guise de repentir ?
Ce souverain du Royaume Luman savait parfaitement connaître les nuances entre souplesse et fermeté.
Devant la tournure des événements, il trancha enfin sans la moindre hésitation, balayant ses derniers espoirs chimériques pour prendre une décision radicale.
Il ne tolérerait pas que Gu Ming prenne le large par ses seuls moyens.
Au cas où Gu Ming parviendrait à fuir, il resterait peut-être une porte de sortie. Il disposait encore de quatre escadres en orbite, ainsi que de multiples réseaux d'influence. Même pour renverser la vapeur s'il venait à être contraint à la défensive, il pourrait tenter de bricoler divers plans.
En revanche, Nes Luman n'avait plus rien à offrir. Son ascension laborieuse, ses Chevaliers Royaux façonnés patiemment, venaient de voler en éclats en une seule nuit ;
Sa capitale allait être broyée sous les assauts d'une lignée rivale du clan Gu ;
Le moindre faux pas de Gu Ming suffirait à l'exposer à une mort certaine et à l'anéantissement de sa maison.
Au cœur de la tourmente, il donna l'ordre à ses dernières batteries antiaériennes fidèles d'intercepter les vaisseaux envoyés au secours de Gu Ming, et contra ses forces à abattre la garde rapprochée avant de s'emparer de l'homme vivant.
Telles étaient les preuves irréfutables de sa bonne foi.
Il comprenait qu'en posant un pied dehors, il livrait sa vie entière, ainsi que celle de son peuple, à la merci d'un nouvel maître.
Que pouvait-il faire d'autre ?
Le naufrage était en vue.
Il lui fallait saisir sa dernière cartouche avant l'anéantissement total pour préserver une maigre chance de survie.
L'humiliation lui pesait, mais un véritable dirigeant savait se courber pour mieux se redresser.
Dès leur affrontement, il se laissa tomber à genoux devant Gu Hang.
« Moi, roi du Royaume Luman, je viens apporter mes excuses au Chef de clan Gu ! »
« Il y a six mois, Gu Ming est venu me voir en cachette et nous avons complotté ensemble... »
Sans aucune question ni provocation de la part de Gu Hang, Nes Luman confessa intégralement la manœuvre, avec une profonde humilité.
Gu Hang, quant à lui, maîtrisait déjà l'entièreté de l'incident en l'absence de ces aveux.
Il se contentait simplement de souligner que, dans le cours normal des décisions familiales, Gu Ming avait perdu toute chance de victoire ; il avait donc choisi de bousculer les règles, provoquant un scandale majeur.
Les conseils familiaux se réunissaient traditionnellement sur l'Étoile Heijian. Peu importait le souverain réel ou le détenteur de l'autorité gouvernementale, le commerce extérieur de la planète dépendait entièrement des escadres marchandes de la famille Gu. Des décennies d'interdépendance avaient forgé des liens cordiaux entre les deux partis.
Loin de faire partie intégrante de l'appareil militaire guien, ils constituaient pourtant un débouché stratégique primordial, l'un des piliers ayant permis la montée en puissance du clan.
Sombre d'établir Gu Ming, Wang Qi ne voyait nullement venir la traîtrise de Nes Luman. De son avis, les nombreuses nations peuplant Heijian Star entretenaient naturellement de meilleurs rapports avec elle.
Elle comptait sur la manœuvre visant Nes Luman contre Gu Ming, pourquoi donc l'adversaire retournerait-il les forces indigènes de Heijian Star contre elle ?
Elle avait par ailleurs dépêché des observateurs pour assurer le suivi de la situation.
Mais une pièce manquait à son échiquier, et elle se fit piéger par Nes Luman.
Gu Ming avait su jouer sur une ambition précise : un contrôle absolu et éternel de l'Étoile Heijian.
Un nouveau chapitre sera disponible ce soir.