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Slime Saint

Chapitre 22 : Un slime louche tient conseil de guerre

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Chapitre 22

Chapitre 22 : Un slime louche tient conseil de guerre

Chapitre 22/4055%~8 min de lecture1 499 mots

L'intendante du domaine de Kôshin, Log Kôshin, serait une succube. Quelqu'un dans le genre d'Iris ?

On nous conduit jusqu'à sa porte, et de drôles de voix nous parviennent.

“E-euh, il faut vraiment que je m'assoie là ?”

“C'est la moindre des choses pour une seigneure succube ! Allez, traitez-moi de gros porc !”

“Q-quoi ?! E-espèce de petit cochon !”

“Pas petit cochon, gros porc !”

J'ai regardé Rizé. Rizé, aussi désemparée, me regardait.

« On rentre ? »

« Rentrons. »

« Ah, attendez, ne partez paaas ! »

Alors que Rizé et moi flairions le danger et cherchions la sortie, la porte s'est ouverte à la volée sur une succube en robe blanche croulante de dentelles, cheveux et yeux bleu pâle, l'air très comme il faut, l'apparence d'une humaine de quatorze ans.

« Log Kôshin ! Merci infiniment de nous prêter main-forte cette fois encore ! »

« Ah, nous repartons, ce ne sera pas nécessaire. »

« Je rapporterai que le domaine de Kôshin se porte à merveille. »

« Nooon ! Ne partez paaas ! »

Je m'attendais à une détraquée, c'était en fait la victime. Mais qu'elle nous laisse en dehors de ça.

Comme on ne peut pas décemment refuser, on entre. Le mobilier est rare. Devant, derrière et de chaque côté du bureau, un homme à quatre pattes. Non : un malabar torse nu.

« Euh, ces messieurs sont… »

« Nous ne sommes pas des messieurs ! Nous sommes des canapés ! »

« Je rentre chez ma mère ! »

« Avant de partir, un petit gros porc, s'il vous plaît ! »

« Certainement pas ! Je rentre ! »

« Je me téléporte ! »

« Nooon ! Pitié ! Ne partez surtout paaas ! »

Log a supplié avec l'énergie du désespoir. Comme il est hors de question de s'asseoir sur un canapé musclé, on lance une Purge et on s'installe à même le sol pour discuter. Les canapés ont bien maugréé, mais ils se sont tus quand j'ai lâché « séance d'abandon ». Ça fait peur, je préfère ne pas y penser.

« Cette fois encore, Burselion et les siens semblent viser les ressources humaines et matérielles de ce domaine. »

Les choses sérieuses commencent, sauf que les canapés musclés me préoccupent trop pour que j'écoute. Ces ressources humaines-là, qu'on les leur prenne.

« Ah, je les fais dégager. Les malabars désobéissants seront punis ! »

« Aye, m'dame ! »

Ouh, les malabars ont décampé d'un bloc. Log serait donc redoutable ?

« Ils ont une peur inexplicable des néréides. »

« Des néréides ? »

« Des appâts de pêche. J'aime pêcher, alors elles ne me font rien, mais dès que je leur en jette, ils prennent la fuite. »

Forcément, on prend la fuite quand on reçoit des vers sur la peau nue. Malabar ou pas. Les malabars évacués, la discussion reprend.

« Vraiment, mon prédécesseur avait un goût déplorable en matière de recrues : tous sérieux, mais tous un peu déréglés quelque part… »

« Je compatis, mais on parlait stratégie. Je compatis, hein. »

Cette femme serait capable d'une heure de récriminations. Ce n'est pas de sa faute, remarquez.

« Le plan de l'ennemi comporterait trois volets. Le premier, la ruée provoquée par le Mascaret céleste. Le deuxième, une base. »

« Une base ? »

« Il semble qu'ils se soient emparés de l'ancien terrain de manœuvre de l'ordre des chevaliers. »

Un combat en intérieur, cette fois. Ça pourrait être coriace. Ma meilleure tactique, c'est quand même l'attaque par en dessous.

Cela dit, en intérieur, un slime peut se coller aux murs et au plafond pour l'attaque surprise. C'est même la manière la plus classique et la plus noble de combattre pour un slime. Dans une fantasy réaliste, le slime qui vous tombe du plafond pour vous dissoudre à l'acide fort est l'un des monstres les plus dangereux d'un donjon.

« Et le troisième volet : l'ennemi se serait attaché les services d'un garde du corps de niveau roi-démon. Et pas n'importe lequel : Arsuagreus l'Apatride, connu pour être une plaie. »

« … Lui ? »

« Tu le connais, Rizé ? »

« Arsuagreus l'Apatride est un démon supérieur qui, sans jamais se fixer, a écumé les donjons jusqu'à atteindre le niveau roi-démon, et qui participe à toutes les guerres comme mercenaire en y multipliant les massacres. »

« Décidément, les gens forts sont souvent des démons. »

« Le dire devant vous, qui êtes devenue si puissante en étant un slime, a quelque chose d'incongru, mais l'espèce démoniaque est une espèce d'élite : la moitié des pointures en sont. Face aux dragons, en revanche, nous avons du mal. »

« Les dragons, c'est du cheat. »

Pour l'instant, on serait dispensées de dragon. Sauf qu'à mesure que le Mascaret céleste avance, ils finissent par sortir : cette fois, le calendrier étant tardif, la ruée risque fort d'en comporter. Les créatures volantes, je n'aime pas. Je finirai bien par affronter un dragon de terre un jour ?

« Pour la manœuvre : je tue à peu près un dixième des monstres de la ruée, et je passe le reste au soin. Pour la base ennemie, une fois le rez-de-chaussée nettoyé, on détruit murs et piliers pour la faire s'effondrer : je veux combattre au sol autant que possible. Donc la lutte antiaérienne, c'est pour vous. Le démon supérieur qui leur sert de garde du corps, laissez-le-moi. »

« Cette personne est militaire ? »

« Maîtresse de donjon. Un peu stratège aussi, semble-t-il. »

« Si vous pouvez vraiment réduire d'un dixième les monstres d'une ruée, je n'ai aucune objection. Je vous en prie, même ! »

« Je participe également. La base ennemie, je m'en charge. »

Rizé à la destruction des bases. Difficile de faire plus rassurant. Le titre de Massacreuse va encore briller de mille feux. Il donne peut-être une capacité, d'ailleurs, ce titre ?

… Vingt pour cent de régénération en plus quand la bataille est à sens unique ? Mon endurance anormale vient peut-être de mon corps de slime et de ce titre.

Peu importe. De toute façon, quand la ruée commencera, je devrai encore massacrer. Autant poser mes pièges d'avance.

« Bien, alors sans plus attendre… le dîner, s'il vous plaît. »

« Tu n'as que ça à la bouche ! »

« Ah, entendu, je le fais préparer sur-le-champ ! »

« Et toi, quelle bonne volonté ! »

On est donc passées à table. Une profusion de plats à base de poissons du coin. Il y avait du sashimi, et même un flan salé aux œufs. Cela dit, l'ensemble était très riche en protéines… Je ne demanderai pas pourquoi.

***

Bien, bien. La période du Mascaret céleste approche et on entend parler d'enlèvements un peu partout. Si ça se reproduit tous les ans, on comprend que les monstres de la planète rouge n'aient aucune tendresse pour les humains de la planète bleue. Vous en pensez quoi, vous ? Moi, ça me met les tripes en feu ! Il y a des petits enfants dans le lot. Et sur la planète bleue, on en fait des esclaves.

… Moi qui ne voulais pas mettre les pieds sur la planète bleue, j'ai changé d'avis. J'irais bien leur dire deux mots, au moins une fois. Cela dit, quand on est en guerre mondiale, je comprends qu'on ne puisse plus se payer le luxe de l'humanité. Perdre, c'est devenir esclave. Raison de plus pour que ce soit moi qui mette fin à cette guerre. Des humains qui ne savent que ramper au sol, ce ne sont pas des adversaires pour moi.

Bon, l'ennemi du jour, ce sont des monstres. Qui vient prendre, je le tue. Ma vérité n'a pas changé.

En attendant la ruée, Log s'est retrouvée invitée dans mon donjon, allez savoir comment. Ce donjon, on l'appellerait « le donjon d'Azalée » ou « le donjon de la Sainte ». C'est quoi, le donjon de la Sainte ?

On a fait le nécessaire pour rester en contact avec ses subordonnés grâce à un appareil de communication. Un objet rare produit par un donjon, paraît-il. J'en ai fait copier plusieurs et analyser le mécanisme. Pour le professeur carnet rouge, c'est une formalité.

« Quel endroit merveilleux. »

« Tu as apporté un maillot ? »

« Oui ! J'ai hâte ! »

« Azalée, on jouuue ! »

« Tu prends tes aises, Cal. »

Log est surexcitée : douche obligatoire d'abord. Ensuite, direction le toboggan aquatique. Cal, elle, a compris comment on profite vraiment de cet endroit. C'est une station thermale, ici. Un donjon, mais une station thermale. Il faut lézarder et jouer de temps en temps.

L'essentiel, ce sont les sources chaudes et la cuisine, et les installations de loisir de temps à autre. Mais j'aimerais bien une attraction de plus. Les toboggans, eux, se multiplient tout seuls, allez savoir pourquoi.

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